lundi 22 octobre 2012 - par Olivier Des Mots Crates

Commentaire sur l’article d’Hervé Gattegno (Le Point) : La voie royale de Borloo débouche sur une impasse

Monsieur Gattegno,

Votre article sur le parti créé par Jean-Louis Borloo est très intéressant et instructif, mais me semble comporter (au moins) une approximation, pour ne pas dire une erreur d'analyse un peu trop simpliste.

Source : LePoint.fr

 

Vous dites « [...] François Bayrou s'est largement discrédité [...] ».

A vos yeux ? Aux yeux de qui ? Des électeurs de droite sans doute, et je vous le promets : ça n'est pas si grave... Vous auriez pu parler de nombreuses erreurs qui ont été commises, ou tout simplement du fait que les défaites de l'un ouvrent des portes à l'autre qui n'attendait que ça, mais le mot discrédité ne me semble pas le plus juste ni le plus approprié.

En effet, François Bayrou a gagné beaucoup de crédit auprès de ceux qui veulent créer une troisième voie indépendante, et vous pouvez vérifier avec le dernier sondage d’Opinion Way (page 32 du sondage) : 84% des sympathisants MoDem sont satisfaits de Bayrou vs. 49% pour Borloo, et seulement 26% de ceux de droite sont satisfaits de Bayrou (le prix du choix de l'entre-deux tour) contre 53% pour Borloo.

Ensuite vous nous dites « se positionner au centre droit ne suffit pas à revendiquer les droits du centre  ». Nous sommes d'accord sur ce point, mais vous dites aussi « il y a déjà eu, malgré tout, un centriste à l'Élysée : c'était Valéry Giscard d'Estaing  » et « si l'UMP tient le choc, les centristes qui en font partie (Raffarin, Méhaignerie...) y resteront parce que c'est là que sont leurs électeurs  ».

Le centre-droit n'est pas le centre, mais VGE est un centriste, et Raffarin et Méhaignerie, membres de l'UMP aussi...

Marie-Anne Kraft fait passer le message suivant sur son blog Mediapart demandant « que la presse et les médias arrêtent d'utiliser le mot centre ou centristes, pour un parti de droite qui usurpe ce mot et trompe les électeurs. C'est vraiment devenu la mode de donner des noms en forme de faux-nez aux partis  ».


Permettez-moi de vous encourager à le lire.

Pour l'instant, reconnaissons que notre choix n'est pas la voie la plus facile parce que c’est celle qui demande le plus de courage et de sacrifices. Je ne suis pas membre d'un fan club (avant que l'on ne nous replace cette objection toute faite) et d’ailleurs, combien de fois me suis-je énervé après certains choix, certaines tactiques qui ne me paraissaient pas les meilleures...

Mais tout ça n'est pas irrémédiable, ces erreurs de communication et d'organisation sont rattrapables et seront corrigées beaucoup plus facilement que de changer la profonde inconstance et l'opportunisme des gens de l'UDI.

En effet, ils ont choisi une posture électoraliste bien plus qu’un positionnement politique. Ils ont peut-être raison à court terme mais n’ont clairement pas d’intérêt pour changer les choses sur le long terme. La Ve République est leur excuse, mais les institutions sont faites pour évoluer et s’ils croient en ce qu’ils font (prôner une Europe Fédérale) ils devraient peut-être considérer que les institutions peuvent changer

Vous ne souhaitez voir les choses que comme si elles répondaient à la théorie des vases communicants : les gens sont à l'UDF, puis sont passés à l'UMP, ou au Modem, puis peut-être au NC, puis encore ailleurs... mais ce sont toujours les mêmes dans un système clos. C'est peut-être le cas pour les élus, mais pas pour les militants.

Ce que le MoDem a réussi à faire, c’est d'attirer des gens neufs, qui n’ont jamais adhéré à un parti avant le MoDem. Si certains choisissent de partir à l’UDI (sans doute ceux qui gardent une sensibilité de droite), la logique arithmétique veut que la proportion de ceux qui sont venus pour la troisième voie indépendante augmente. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il y en a qui étaient dans d’autres partis avant, et qui resterons quand même au MoDem pour poursuivre sa construction par conviction. Au bout du compte, les derniers stigmas de la « différence d’origine politique » vont continuer à s’effacer pour laisser place à un socle fort sur lequel nous pourrons construire. Risquons-nous d’y perdre quelques militants ? Sans doute, je ne suis pas certains de combien et je ne pense pas autant que ça mais oui, nous en avons perdu et cela va continuer pour un temps.

Mais je pense surtout que nous devons nous mettre en mesure d’en regagner en capitalisant au contraire sur ce choix d’entre deux tours qui montre bien quel type de parti nous voulons être : solidement ancré sur les valeurs humanistes (un fourre-tout auquel nous redonnerons un sens), indépendant, optimiste, courageux et honnête.

La clef sera l’organisation et la communication et regardez bien les nouvelles, ces deux besoins urgents sont déjà en train d’évoluer rapidement au MoDem.

Merci de votre lecture.

Olivier



4 réactions


  • Fergus Fergus 22 octobre 2012 10:29

    Bonjour, Olivier.

    Je crains que vous ne vous leurriez gravement sur le Modem. Certes Bayrou tente encore d’exister et y parvient tant bien que mal, mais sans être réellement écouté et sans influence sur un électorat qui l’a désormais passé par pertes et profits. Quant au Modem, il est, quoi que vous en pensiez, subclaquant. Et sauf grosse erreur de Borloo, il ne se remettra pas de l’émergence de l’UDI.


  • LE CHAT LE CHAT 22 octobre 2012 11:13

    mais ce sont toujours les mêmes dans un système clos. C’est peut-être le cas pour les élus, mais pas pour les militants.

    Comme l’avis des militants compte pour du beurre , et que les élus s’incrustent jusqu’à la tombe , le changement c’est pas pour maintenant ......


  • Romain Desbois 22 octobre 2012 14:49

    Ca me fait penser aux pubs où on te vend le même produit mais avec un nouvel emballage smiley

    Heu au fait, il a touché combien pour se coucher aux présidentielles ?


  • Laconique Laconique 22 octobre 2012 17:28

    Très bon article, qui voit clairement les choses, à mille lieues des inepties pavloviennes des automates de la presse qui se sont trompés toute leur vie et se tromperont jusqu’à leur dernier souffle. Borloo n’est qu’un effet de mode, on le sort du placard lorsqu’il s’agit de combler le vide à droite, mais au fond c’est un soumis qui se dégonfle toujours face à l’épreuve. Rien à voir avec Bayrou, qui a toujours su faire preuve de courage et d’indépendance, et qui vise un peu plus haut que les misérables combinaisons politiciennes dans lesquelles s’empêtrent tous les « observateurs »…


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