mardi 10 décembre 2019 - par Martin de Wallon

Commerce d’armes et activités illicites : Trafics et conflits d’intérêts

En 2004, la valeur totale des contrats de ventes d'armes à travers le monde était estimée déjà à plus de 37 milliards de dollars, selon le rapport annuel du Congrès des États-Unis sur les ventes d’armes. C’est un marché très lucratif qui occulte de nombreuses activités illégales, notamment le trafic d'armes et le maintien des conflits dans le monde, pour les intérêts gouvernementaux…

Avec le trafic de drogue, de médicaments et le proxénétisme, le trafic d’armes se positionne à la tête des activités illégales qui continuent tranquillement à se frayer du chemin.

« Le marché gris » : Entre légal et illégal

Si les activités illicites liées au commerce d’armes prospèrent, c’est bien parce qu’il se pose une nette ambiguïté à définir le trafic dans le domaine. A dessin. En effet, la vente d'armes est encadrée par des dispositions législatives strictes depuis 2013, où l'Organisation des Nations unies a adopté le Traité sur le commerce des armes. Ce traité avait été ratifié par 82 pays en avril 2016. Pourtant, le rapport Small Arms Survey de 2007 précisait : « Les transferts autorisés peuvent enfreindre le droit international, les règles et les coutumes – y compris les normes juridiques relatives au respect des droits de l’homme ou aux conflits internationaux. Les transferts peuvent également être irresponsables en raison du risque accru de détournement vers des destinataires non autorisés ».

Ainsi, de nombreux gouvernements européens ont autorisé, au mépris des règles, les commerçants d’armes à négocier sur le marché « gris » avec des pays pourtant sensibles comme l'Angola pendant la guerre civile, le soudan, le Yémen etc. Même les pays sous embargos de l’ONU tels que le Liban et la Somalie sont quand même approvisionnés.

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Au total, seulement 16 états ont concrètement appliqué les réglementations pour l’enregistrement, l’homologation des courtiers en armes et la répression des transactions illicites. Le Canada est l’un des meilleurs exemples.

Le Royaume-Uni, 5ème exportateur mondial derrière la France, autorisait des ventes de matériel de guerre à des pays dont il avait condamné le non-respect des droits de l’homme, comme l’Indonésie, le Népal et l’Arabie saoudite.

Activités occultes et conflits d’intérêts

Le commerce d’armes, c’est aussi la couverture d’activités sécrètes d’espionnage. A ce propos, RFI interviewait en 2004, Jacques Monsieur, marchand d’armes, belge et en mission d’espionnage en Iran, au Congo-Brazzaville, en Croatie, en Bosnie, au Tchad, en France et aux Etats-Unis. Dans un récit sans faux fuyants, celui qui se fait appeler « le Renard » livre les techniques par lesquelles le commerce d’arme sert de couverture à des états qui souhaitent infiltrer la situation militaire des pays difficiles d’accès. Il dévoile par ailleurs les mécanismes qui sont régulièrement utilisés par les grandes puissances pour maintenir des conflits dans le monde, en organisant l’acheminement d’armes à des forces ennemies. Ceci se confirme par deux rapports explosifs de l’ONU sur l'Angola et la Sierra Leone, où, des acteurs du commerce illégal de diamants et d'armes avaient été désignés comme les mêmes qui alimentaient les forces, dans les deux de ces conflits sanglants.

D’un autre côté, l'affaire Falcone-Mitterrand-Gaydamak avait permis de mettre clairement en lumière les liens occultes entre le commerce d'armes et les milieux politiques (ainsi que la face particulièrement sombre des relations entre la France et l'Afrique). L'enquête, véritable scandale en France avait révélé des noms de personnalités telles que, Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné de l'ex-président Mitterrand, conseiller pour les affaires africaines de 1986 à 1992 à l'Elysée, soupçonné d'avoir touché des commissions en faveur d'une société de ventes d'armement, Brenco International, dirigée par Pierre Falcone. Pour les enquêteurs, Christophe Mitterrand avait reçu 500 000 F pour avoir usé de son influence et ouvert les portes du régime angolais du président José Eduardo Dos Santos, confronté à la rébellion de l'Unita. 

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Ce fonds aurait tout simplement servi au financement du Rassemblement pour la France (RPF).

Dans sa chute, le fils de Mitterrand dévoilé avait entrainé Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani ou l'ex-conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali. Ils auraient tous aidé les activités de trafic d’armes et de blanchiment d’argent de cette société.

Ainsi, permettant un certain « feu vert », de nombreuses puissances ainsi attirées par l’exploitation du diamant, du pétrole et d’autres matières premières ont développé une criminalité internationale via le commerce d’armes, en complicité avec les dirigeants de ces régions.

Enfin, le trafic d’armes reste encore le socle de plusieurs réseaux mafieux russes, ukrainiens et israéliens, qui peuvent étendre leurs activités dans tous les continents, quitte à traiter avec des intervenants déjà bien implantés.




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