Contre la conservation de l’Empire colonial, Charles de Gaulle offrait au Reich l’accès aux richesses de la France métropolitaine… (98)
Au-delà des richesses considérables d’une France mal défendue par sa géographie et par la configuration des terres et des cours d’eau qui la séparent de son très possible envahisseur allemand, que vaut cette armée française dont il était assez courant d’affirmer qu’immédiatement après la fin de la Grande Guerre de 1914-1918, elle était la meilleure du monde ?...

Qu’en pense le lieutenant-colonel Charles de Gaulle, et peut-être, à travers lui, le Conseil supérieur de la Défense nationale dont il est membre à travers le poste qu’il y occupe depuis 1931 au sein du Secrétariat général ?
Le diagnostic n’aura pu qu’enchanter les lecteurs et lectrices de la version allemande, que voici tout d’abord…
„Ist Frankreichs fast schußloses Volk wenigstens auf seiner Huf ? Ist es in der Lage, seine ganze kriegerische Kraft zu entfalten ? Ist es gewohnt, schnell zuzuschlagen, wenn vom Gegner die ersten Schläge fallen ?“ (page 24)
Soit : « Cette nation, si mal protégée, du moins se tient-elle en garde ? La voit-on capable de déployer de but en blanc toute sa force guerrière ? Frappe-t-elle à bon escient dès les premiers coups ? Vingt siècles répondent que non ! » (Idem, page 98)
Tout cela est donc structurel, selon ce qu’en dit la suite :
„In Schwung und Schwäche gleich überstürzt…“ (page 25)
Venons-en immédiatement à la traduction française du long passage correspondant :
Soit : « Des élans et des faiblesses également précipités, dans le dessein beaucoup de passion mais peu de constance, voilà notre fait. Surpris par le péril, nous l’acceptons d’enthousiasme, mais sans l’avoir préparé. Du moins, lui opposons-nous une cohésion immédiate ? Non ! Chaque Français tient trop à son indépendance. Avant de se soumettre, il en délibère, se lie aux autres seulement quand il le croit utile, fait des réserves à l’égard de la hiérarchie. La solidarité, la discipline, ont chez nous quelque chose de frémissant, de contenu, d’instable, qui rend l’action en commun inégale et malaisée. D’ailleurs, ce peuple doctrinal court à l’épreuve nouvelle tout bardé de principes. Le bandeau lui couvrant les yeux, il frappe à faux de grands coups, se prodigue à contresens, charge héroïquement les murs. Puis, déconfit, mais redressé par l’amour-propre, il se trouve face à face avec la réalité et lui arrache ses voiles. » (Idem, pages 99-100)
Ses « voiles » ?... De fait : voici que nous nous enfonçons soudainement dans une scène à caractère sexuel tout simplement torride, sous le regard sans doute un peu étonné de la partie allemande :
„Wenn so die offene Munde klafft, wenn der Leib schußlos dem Stoß des Feindes preisgegeben ist – wie sollte unser Vaterland seine Blöße decken, wenn nicht mit der Waffe in der Hand.“ (page 26)
Soit : « Béante, offrant aux coups son corps sans armure, privée de tout répit et de tout recours, où donc la patrie peut-elle trouver sa protection latente, sinon dans les armes ? » (Idem, page 102)
Et c’est alors que surgit le… "phallus mortifère" tel que nous avions pu en annoncer la venue il y a un certain temps déjà :
„Das Schwert ist nicht nur die ultima ratio in seinen ewigen Streitigkeit, es ist auch das Zeichen seiner Schwäche.“ (page 26)
Soit : « L’épée n’est pas seulement l’ultime raison de ses querelles, mais l’appoint de sa faiblesse. » (Idem, page 102)
Magie ! voilà qui est tout à fait typique du… coq gaulois, n’en déplaise aux Germains et à quelques autres…
„Alles Unerfreuliche im Lande Frankreich…“ (page 26)
Soit : « Tout ce qu’il y a de fâcheux dans le territoire, d’absurde dans la politique, d’infirme dans le caractère, elle n’a pour le compenser en dernier ressort, que l’art guerrier, l’habileté des troupes, la douleur des soldats. Et cela lui est spécifique. » (Idem, page 102)
Or, l’épée française n’est pas un instrument qui pourrait, en toute simplicité, aboutir dans les mains de la citoyenneté ordinaire, de la nation armée, et de la conscription qui va avec…
„Wie soll man schließlich die anfangs stets üblichen Fehler und Ungeschicklichkeiten…“ (page 29)
Soit : « Comment compenser, enfin, ce que les premiers mouvements des Français ont, d’ordinaire, de faux et de maladroit, sinon par la solidité d’un corps maçonné d’un ciment spécial ? Ces erreurs dans les prévisions, ces illusions quant à soi-même et quant aux autres, partant ce trouble moral et matériel, qui marquent le plus souvent nos rencontres avec le réel, les vertus d’une élite peuvent en balancer l’effet. L’ordre, l’habitude de ne s’étonner point, voire cette sorte d’isolement dont une longue accoutumance fait aux troupes d’élite une seconde nature, tels sont les antidotes à nos poisons intérieurs. » (Idem, page 107)
L’épée ne peut donc être le fait que de… l’élite. Sans celle-ci, le peuple de France ne serait militairement plus rien…
„Weil unser Land dem Einfall offen liegt…“ (page 29)
Soit : « Configurés pour l’invasion, exposés aux surprises, tant par les dispositions du caractère national que par celles de nos voisins, nous ne pouvons nous en remettre, pour supprimer les premiers chocs, à la défensive hâtive de formations mal assurées. Le moment est venu d’ajouter à notre masse de réserves et de recrues, élément principal de la résistance nationale mais lente à réunir, lourde à mettre en œuvre et dont le gigantesque effort ne saurait correspondre qu’au dernier degré du péril, un instrument de manœuvre capable d’agir sans délai, c’est-à-dire permanent dans sa force, cohérent, rompu aux armes. Point de couverture française sans une armée de métier. » (Idem, page 110)
Par conséquent…
„Die Zeit der Soldaten und Kampfgruppen von erlesenem Wert ist gekommen !“ (page 34)
Soit : « Voici venu le temps des soldats d’élite et des équipes sélectionnées. » (Idem, page 118)
Mais d’où tirent-ils leur supériorité ?... Ici, de Gaulle remonte le temps…
„… so wird der technische Fortschritt der Zeit aus der Masse der Soldaten eine Auslese herausbilden. Der Panzer erscheint wieder, und der Motor bewegt ihn.“ (page 41)
Soit : « …un progrès technique nouveau va déterminer parmi les soldats la formation d’une équipe privilégiée. La cuirasse reparaît, portée par le moteur. » (Idem, page 128)
Ici, nous atteignons, en allemand, le titre que voici…
„Politische Lage“ (= situation politique)… Et c’est alors qu’il faut user de la plus extrême des vigilances quant à certaines libertés que l’éditeur allemand prend avec le texte français original… alors que, précisément, en agissant ainsi, il fait disparaître l’essentiel de la manœuvre de rapprochement franco-allemand offerte à Hitler par de Gaulle… et l’acceptation tacite, par les autorités politiques de ce pays, de l’offre qui leur est faite de renouer avec la politique de… Bismarck, en publiant une version "spéciale" de Vers l’armée de métier.
Cette fois-ci, il nous faut citer une phrase allemande dans sa totalité, et la mettre en parallèle avec le texte original français… pour entrer dans le détail d’un étrange phénomène…
„Die Pflichten gegen die internationale Friedensorganisation, unsere Pflicht, den Schwachen beizustehen und die Weltordnung zu erhalten, sind geeignet, uns die Bildung eines Berufsheeres aufzuerlegen.“ (page 42)
Prenons la traduction automatique proposée par Linguee…
« Les obligations qui nous incombent envers l'organisation internationale pour la paix, notre devoir de venir en aide aux plus faibles et de préserver l'ordre mondial, justifient la création d'une armée de carrière. »
Voici maintenant la version originale française :
« Ainsi, les tendances du monde, les conditions d’une organisation internationale de la paix, en tout cas nos propres devoirs d’assistance des faibles et de maintien de l’ordre impérial, concourent à nous imposer la création de troupes professionnelles. » (Idem, page 148)
Que peut bien signifier ce remplacement de la formule : "ordre impérial", qu’utilise De Gaulle, par la version allemande qui nous donne "ordre mondial" ?
Le pire est qu’arrivés à cet endroit-là des deux livres, nous constatons, tout à coup, que, dans la version allemande, les pages qui précèdent immédiatement cette phrase du texte français ont disparu… Or, ce sont celles qui auront permis au lecteur français de ne pas s’y tromper. Il s’agissait en effet de l’Empire colonial français… Ce qui aurait dû rassurer le lecteur allemand moyen… Ainsi De Gaulle ne prétendait-il pas venir troubler l’ordre mondial… en concurrence avec l’Allemagne hitlérienne. Il ne demandait que de préserver les possessions coloniales françaises et, au besoin, en utilisant, contre les foules indigènes, son imparable "phallus mortifère"…
En opérant une coupe, dont nous allons pouvoir regarder de près en quoi elle aura consisté, Gallicus (la voix d’Hitler ?) ne tendait qu’à donner plus de poids à cette idée selon laquelle la France de De Gaulle paraissait vouloir être revancharde… quand c’était, justement, tout le contraire… Elle s’offrait à plier, pourvu qu’on lui conservât son Empire… selon cette formule déjà citée précédemment, et qui nous renvoie à Londres, au tout début du mois d'août 1942, lorsque, devant son officier d'ordonnance, Claude Bouchinet-Serreulles, nous retrouvons l’homme de l’appel du 18 juin 1940…
« L'Empire, c'est moi ! dit-il parfois. Partout où le drapeau français flotte, c'est moi ! » (Claude Bouchinet-Serreulles, Nous étions faits pour être libres, Grasset 2000, page 140.)
« Il faut que les Français le sachent. Je ne peux continuer à marcher avec des alliés qui s'acharnent à saper partout la position de la France, qui veulent me voler le Levant, qui n'ont ni politique ni stratégie, qui se bouchent hermétiquement les oreilles dès que je veux leur enfourner quelques idées, qui tandis qu'ils me dédaignent vont se pendre aux basques des moindres valets de Vichy, ces démocraties qui entretiennent des ambassadeurs au pays de l'Ordre Nouveau... Je dirai bientôt tout cela dans un discours retentissant. » (Idem, page 227.)
« Mais je marcherai avec Hitler. S'il est prouvé que la France [lui-même ?] ne gagne rien à continuer la guerre avec les Alliés, qu'au contraire elle [lui-même encore ?] perd tout, eh bien ! La France renversera sa politique et gagnera la guerre avec Hitler ! J'ai toujours dit qu'il n'y avait que deux politiques : celle de Déat et la mienne ; si la mienne échoue, je me rallie à Déat. Il n'y a qu'un guide valable à toute politique, c'est l'intérêt national [celui de De Gaulle ?]. L'intérêt national devient-il de marcher avec Hitler ? Alors vous verrez ce que deviendront les démocraties, elles ne feront pas long feu ! » (Idem, pages 227-228.)
Le voilà bien dans toute sa splendeur, notre héros national !
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine Cuny

