vendredi 22 mai - par VICTOR Ayoli

Coronavirus : les multinationales contre les États ?

Leurs profits contre nos vies ?

« Choose France » proclamait le ministre de l’économie Bruno Lemaire lors d’un grand raout fin janvier. Il se gargarisait de huit milliards d’investissements… Les investissements étrangers, c’est surtout le pillage des actifs, de la trésorerie, des brevets, de la clientèle de nos entreprises puis la fermeture et le « plan social » jetant à la rue les ouvriers et employés. Le plus emblématique de la nuisibilité de ce bradage de nos fleurons par des responsables irresponsables reste le dépeçage d’Alstom par General Electric, autorisé sinon organisé par un certain ministre de l’économie appelé Macron. Un scandale qui se poursuit d’ailleurs puisque le prédateur yankee continue opiniâtrement le démantèlement du site « mère » de ce qui fut Alstom en annonçant le déménagement de toutes les activités de maintenance de ce site vers l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Des exemples de la nuisibilité de cette « libre circulation des capitaux », principe de base de la « globalisation » (novlangue pour pillage par les multinationales), on en trouve des palanquées, de Whirpool à Ford, de Pechiney à Arcelor, d’Alcatel à Lafarge.

Un nouveau pas dans cette nocivité se pointe à l’horizon, c’est celui des actions devant des justices privées d’investisseurs étrangers estimant que leurs profits ont été menacés voire amoindris suite aux décisions des États pour faire face à la pandémie Covid-19. Ainsi des cabinets de droit international planchent sur les biais par lesquels des entreprises s’estimant lésées par les mesures d’urgence décidées par les gouvernements pour lutter contre le coronavirus pourraient exiger des réparations. Ceci à travers l’Investor-State Dispute Settlement (ISDS), ce sinistre mécanisme ultralibéral permettant à des multinationales étrangères d’attaquer un État devant un tribunal arbitral privé lorsqu’elles estiment que les décisions de cet État sont préjudiciables à leurs profits, réels ou à venir. Ce système reste opérationnel dans les très nombreux accords commerciaux bilatéraux en vigueur. Ainsi, bien que prise par les gouvernements dans l’intérêt général et face à une menace vitale, certaines mesures pourraient mener ces gouvernements devant ces « tribunaux » privés, avec à la clé des dédommagements énormes bien qu’illégitimes.

Par exemple les pétromilliardaires du Qatar, propriétaires du Martinez, du Carlton et autres palaces tant à Paris que sur la Côte d'azur pourraient attaquer, devant un de ces « tribunaux » privés, l’État français qui a osé fermer leurs bouibouis pour parasites friqués. Et ce sont nos impôts qui seront ainsi utilisés…

Comment est-il possible que le règlement de tels différents échappe à la justice légale des pays, mettant ainsi à bas l’état de droit ?

Eh ! C’est ça l’ultralibéralisme cher à Macron et consort… et proclamé sans pudeurs de jeune fille par David Rockefeller le 1er février 1999 dans le magazine Newsweek : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire. » Autrement dit déléguer au secteur privé, aux multinationales, la maîtrise des choix au détriment de l’État.

Mais au fait, on pourrait retourner cette logique mercantile contre ces multinationales. La pandémie actuelle, ainsi que celles qui vont immanquablement suivre, ne sont-elles pas le résultat, entre autres, du saccage des forêts mettant en étroits contacts des animaux sauvages et des humains, permettant ainsi le passage des virus de ces bestiaux qui n'y sont pour rien vers les humains ?

Alors pourquoi les États ne porteraient-ils pas plainte contre les multinationales partout dans le monde puisque leur cupidité qui saccage la planète fait qu’elles sont les créatrices et les propagatrices de cette pandémie, et les obliger, par conséquent, à rembourser les dettes des États ?

On peut toujours rêver…

 

Sources :

https://globalarbitrationreview.com/article/1222354/could-covid-19-emergency-measures-give-rise-to-investment-claims-first-reflections-from-italy

http://ccsi.columbia.edu/2020/05/05/isds-moratorium-during-covid-19/

https://www.mediapart.fr/journal/economie/200520/au-nom-du-covid-19-general-electric-demantele-un-peu-plus-belfort

http://www.toupie.org/Bibliographie/fiche.php?idbib=1203

https://www.mediapart.fr/journal/international/180520/covid-19-des-activistes-redoutent-une-hausse-des-procedures-lancees-par-des-multinationales-contre

 

Illustration X - Droits réservés



14 réactions


  • Parrhesia Parrhesia 22 mai 19:15

    Décidément, Victor Ayoli, c’est toujours un plaisir de vous lire !!!

    Encore que le saccage des forêts me semble un peu secondaire dans la responsabilité globale de la présente situation…

    Nous en trouverions la preuve si, par miracle, les saccageurs de forêts étaient mis hors d’état de nuire.

    Je vous parie tout l’or du Pérou contre un sac de nèfles que le Nouvel Ordre Mondial resterait toujours aussi performant dans sa folie capitaliste financiarisée et dans ses conséquences !!!


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 23 mai 05:26

    Etat et multinationales sont les deux faces de la même pièce. L’Etat organise la faiblesse du nombre, pour permettre aux scélérats des multinationales de maintenir leur exploitation.

    La justice est déjà largement « privée » dans la mesure ou les textes de loi sont rédigés par des lobbyistes et soumis à l’approbation des députés.

    L’Etat est l’instrument des classes dominantes pour exercer la violence contre les masses de manière anonyme, au nom de la légitimité du suffrage.


    • berber 23 mai 08:09

      @Opposition contrôlée

      Exact ….depuis plus de 40 ans, les politicards sont à la botte des multinationales par exemple , en « 2016, les neuf « Sages » – d’éminents juristes mais aussi d’anciens politiques comme Lionel Jospin, Michel Charasse et Valéry Giscard d’Estaing ont censuré deux dispositions adoptées par les députés pour lutter contre l’évasion fiscale des multinationales. Tout d’abord, l’amendement dit « Google », présenté par le socialiste Yann Galut, qui visait à permettre au fisc de taxer les géants du net pour les profits réalisés en France mais redirigés vers des filiales situées en Irlande ou au Luxembourg. Le Conseil a jugé qu’il portait atteinte au principe d’égalité devant la loi… !!!no comment…Autre mesure censurée : le reporting public pays par pays, qui aurait contraint les multinationales françaises à publier des informations complètes sur leurs filiales, y compris leurs effectifs, leur chiffre d’affaires, leurs bénéfices et les impôts acquittés. La disposition aurait permis de faire toute la lumière sur d’éventuelles manœuvres d’évitement fiscal. Déjà en vigueur pour les banques, elle est actuellement envisagée au niveau européen. Le Conseil constitutionnel a jugé qu’elle était contraire à la « liberté d’entreprendre », au motif qu’elle forçait les firmes françaises à dévoiler des informations stratégiques dont pourraient profiter leurs concurrentes…. »


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 23 mai 15:32

      @berber

      depuis plus de 40 ans

      Beaucoup plus, en effet. A vrai dire, la profession de politicard a été inventée pour éviter aux classes dominantes d’être trop visibles. Au XIXème siècle, ils cumulaient directement la propriété des banques et le siège de député.  


    • Dantès 23 mai 16:22

      @Opposition contr ?l ?e

      Observation exceptionnelle. Un parfait r ?sum ? du ph ?nom ?ne (et sp ?cialement visible en ce moment). Je vous tire mon chapeau


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 23 mai 18:35

      @Dantès
      Oui, moi non plus, je ne donne pas cher de ma peau...


    • berber 25 mai 05:49

      @Opposition contrôlée

      Exact ,de ce coté mes fiches –mondialisation-sont a peu près à jour . Mais merci de votre observation (pointue) . Cela m’a permis de lire « L’invention du député. Réunions parlementaires et spécialisation de l’activité politique au XIXe siècle » de  Jean Joana

  • gaijin gaijin 23 mai 07:03

    la main invisible du marché quand tu l’as dans le cul et bien tu sais ou elle est !


  • Dans la trilogie évoquée dans la photo du début, il manque le quatrième, celui qui fait le mort au bridge et le d’Ard-tagnant des mousquet-aires et qui chez nous décime 66,6% de la population (celle des laissés pour comptes de pertes sans profits) appelé corona-macron (au dessus des parasites puisqu’il en est leur führeur de vivre avec ou sans fièvre au samedi soir). Son tableau de chasse 1583 fois plus mortel que le corona-machin (premier de cordée du dessin et à dessein).

    23/05/2020 – Hebdo LVXXX – https://wp.me/p4Im0Q-3JU

    • On n’est plus à une connerie près et surtout avec de possibles contradictions permanentes. Si chaque Français payait 135€ par semaine pandémique cela ne ferait que le budget annuel de l’état, librement consenti en amendes covidaires, au nom des coercition d’ordres dictatoriaux et surtout contradictoires permettant toutes les dérives arbitraires des régaliens qui se régalent et s’en régalent, à la prime de rendement près.

  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 23 mai 11:55

    « Alors pourquoi les États ne porteraient-ils pas plainte contre les multinationales  »

    1. déjà, il faudrait trouver la juridiction compétente : le droit international n’existe pas, c’est seulement un rapport de forces
    2. les appareils d’états étant sous contrôle des multinationales, ce ne sont pas leurs laquais qui vont cracher dans la gamelle qu’elles leur servent largement arrosée de sauce succulente et accompagnée de nestars énivrants.

  • BA 23 mai 13:12

    Coronavirus : l’assureur AXA condamné à indemniser un restaurateur parisien fermé pour cause de confinement.


    https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/coronavirus-l-assureur-axa-condamne-a-indemniser-un-restaurateur-parisien-ferme-pour-cause-de-1590160233 ?



    • V_Parlier V_Parlier 23 mai 23:24

      @BA
      Ouais, enfin ça c’est parce-qu’il devait avoir souscrit le contrat approprié et qu’ils lui faisaient des difficultés pour le remboursement. J’ai remarqué que les médias conventionnels avaient sauté sur ce fait plus que divers, comme si ça allait changer la face du monde, rétablir la justice partout etc...


  • Polybe 25 mai 13:38

    A méditer : le nombre de lobbies inscrits auprès du Parlement Européen : lien.


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