lundi 22 août - par hommelibre

Corse : orages exceptionnels, mais…

Aujourd’hui chaque orage local peut faire l’objet d’une couverture médiatique. Il y a 40 ans seuls les très grands événements étaient relatés, en quelques minutes aux infos. Aujourd’hui tout fait ventre et des télés proposent des heures de direct avec les témoignages de ceux « qui n’ont jamais vu ça ».

Tarn

On découvre que la nature peut être violente et qu’un orage est une bombe en puissance. Enfin, on croit découvrir, car les anciens le savaient bien. Aujourd’hui, à l’ère de l’instantanéité et des grandes peurs collectives, l’info se distille comme si ces événements étaient les premiers.

Par exemple il se dit par endroits que les épisodes méditerranéens (dits aussi cévenols selon la localisation) auraient lieu à des dates de plus en plus précoces et que ce serait la première fois en août.

Les archives montrent que c’est faux. La surenchère alarmiste a encore aveuglé des journalistes. Ainsi le journal Le Millavois, de Millau, dresse une liste des catastrophes liées aux débordements du Tarn depuis six siècles. 

Le Tarn prend source au mont Lozère dans le Massif Central. Il reçoit d’abondantes précipitations lors des épisodes méditerranéens et ses crues dévastatrices ne sont pas rares.

 

Précocité

On apprend que l’une des plus grosses crues date du mois d’août 1580.

« Dans le courant du mois d’août 1580 « un déluge d’eau emporte le Pont d’Aguessac et aussi les moulis et fait branler les vaisseaux pleins de vin dans les caves dudit lieu. »

Un siècle plus tard :

« Le samedi 17 août 1697, la crue du Tarn provoque de grands dégâts dans la vallée. Les eaux du Tarn s’élèvent jusqu’au niveau des aires publiques de la Grave et de la Paulèle emportant les gerbiers qui s’y trouvaient, les plaines de Saint-Estève et de La Graufesenque sont totalement submergées. »

Concernant la nature « méditerranéenne » et la précocité de l’épisode le prévisionniste de Météo France Frédéric Nathan précise :

« … on peut estimer que c’est ça si les cellules orageuses sont stationnaires qu’elles déversent plus de 100 mm de pluie. Il y a déjà eu ce type de situation mi-août, même si c’est plus classique à l’automne. »

Un autre prévisionniste de Météo France, Tristan Amm, est catégorique :

« On s’inquiète aujourd’hui de la temporalité de ces épisodes méditerranéens, qui arriveraient « bien plus tôt qu’à l’accoutumée » (…) Ce n’est pas dû au réchauffement climatique« , tranche directement le prévisionniste au bout du fil. »

 

Ruissellement

C’est rare en août mais pas nouveau. Cette sorte de mousson provençale ou languedocienne (cévenole) est un phénomène connu, normal en automne et parfois en hiver, dont l’intensité varie d’une année à l’autre.

Aussi destructeurs que soient ces épisodes, ils font partie des normales météorologiques. Cela existe depuis des temps immémoriaux mais depuis les années 1950 nous l’avons gommé de nos mémoires, bercés par la douce musique d’une illusoire sécurité apportée par le progrès technologique. La presse en parle comme si le monde n’avait pas existé avant l’an 2000.

Nous les redécouvrons après avoir oublié leur existence, après avoir construit en zones inondables, après avoir bétonné un maximum et modifié l’hydrologie de régions vulnérables, et après des épisodes passés aussi cataclysmiques qu’aujourd’hui.

Cette année la Méditerranée est très chaude, suite aux vagues de chaleur et à un très fort ensoleillement. L’humidité qu’elle dégage va favoriser possiblement ces épisodes. Tombant sur des sols secs elle pourrait ruisseler plus que d’habitude.

 

Aléatoire

Enfin peut-être. N’oublions pas que les modèles, les statistiques et les prévisions restent un objet plutôt aléatoire dès que l’on aborde la précision. Météorologie et climatologie ne sont pas des sciences exactes. Ainsi à propos des ouragans. Le 8 avril dernier le site Météo Médias annonçait :

« Les experts se sont prononcés : la prochaine saison des ouragans sera très intense encore cette année. »

Futura-Science annonçait à peu près la même chose le 1er juin :

« … la NOAA prévoit à nouveau un nombre de phénomènes largement au-dessus de la normale. (…) Le nombre de phénomènes cycloniques pourrait être le double de la normale. »

Or depuis début août la NOAA et d’autres agences revoient leurs prévisions à la baisse. La saison est pour le moment très calme dans l’Atlantique nord. 

Malgré les modèles et les statistiques, les prévisions restent un objet plutôt aléatoire. D’ailleurs le beau monstre d’orage (image 1) qui a touché la Corse n’avait pas été anticipé. 

Météo France s’en est expliqué un peu laborieusement, et l’on peut se demander s’ils n’ont pas fait davantage confiance à leurs modèles théoriques qu’à la situation sur le terrain pourtant surveillée en temps réel par satellite.

 

 

Images 1, Corse, copie écran TF1 ; image 2, Corse, Radio Classique ; image 3, TF1 ; image 4, Météo Languedoc.

 



9 réactions


  • Clark Kent Philippulus 22 août 08:56

    Faire peur !

    Le but n’est pas tant d’améliorer les tirages et l’audimat (même si ça mange pas de pain) que de faire peur.

    il faut que la population vive dans une perpétuelle anxiété pour pouvoir remercier ses sauveurs des sacrifices qu’ils lui demandent pour fiancer leurs opérations glauques ense présentant non pas comme des bandits, mais comme des saints. C’est un stratagème classique dans la mafia : le Parrain se présente toujours comme un protecteur alors qu’il est le plus grand criminel du pays.


    • Fergus Fergus 22 août 09:20

      Bonjour, Philippulus

      Je ne suis pas sûr que cette explication soit la bonne, même si elle est sans doute vraie pour une part.

      Je penche plutôt vers une surexploitation médiatique des évènements spectaculaires, effectivement porteurs d’« audimat ».

      Et ce n’est pas un hasard : le public est, non seulement très friand d’images fortes de toutes natures, mais raffole sur les réseaux sociaux de vidéos de ce genre, ce qui oblige les grands médias à ne pas être en reste, sauf à courir le risque d’être ringardisés et délaissés.


    • Clark Kent Philippulus 22 août 09:43

      @Fergus

       

      Les médias ne sont que les instruments d’un pouvoir, pas un pouvoir elle-même (le quatièrme ?) comme l’ont avancé certains idéologues américains.

      Quand les hommes politiques utilisent la peur… et la confiance.


    • Fergus Fergus 22 août 09:55

      @ Philippulus

      Certes, mais les médias sont également motivés par des quêtes de profit qui jouent à l’évidence un rôle important dans leur traitement de l’actualité.


    • Clark Kent Philippulus 22 août 10:02

      @Fergus

      évidemment ! qui a dit le contraire ?


    • Sarah Juste 22 août 14:57

      @Philippulus non vous avez raison , il n’y a pas que l’audimat, faire peur et convaincre que le changement climatique s’accélère et bientôt on aura le pass climatique a averti déjà mysa..et Laurent gounelle indirectement dans le reveil. Notre voiture sera elle sous qrcode, nos déplacements, nos achats , notre consommation en co2 sera limitée et mesurée chaque pas ou achat que l’on fera , on bloquera notre cb et notre liberté de circuler ou consommer ou même de vivre encore pour notre « bien » et celui de notre planète…c’est sur, les milliardaires et leurs valets ( les politiques et journaleux de propagande) veulent notre bien…


  • carolus 22 août 09:01

    Si cela continue on nous expliquera aussi que chaque semaine voit battre le record de bêtise d’Agoravox.


Réagir