D’un génocide l’autre
La décimation des classes exploitées, de Spartacus aux Gilets Jaunes
UN GENOCIDE OUBLIE
Alors que le monde assiste, impuissant ou complice, à ce que de nombreux experts et organisations qualifient de génocide en cours à Gaza – avec des accusations portées par des groupes israéliens comme B'Tselem et Physicians for Human Rights, qui dénoncent une "génocide contre les Palestiniens" via des attaques systématiques, un siège inhumain et une famine délibérée, entraînant des dizaines de milliers de morts et un risque de famine massive selon des experts de l'ONU – cette tragédie contemporaine rappelle une violence plus ancienne et structurelle. La Cour internationale de Justice (CIJ) examine ces allégations depuis 2024, avec des mesures provisoires ordonnant à Israël de prévenir tout acte de génocide, bien que le verdict final soit encore en attente en 2025.
Ce conflit, enraciné dans l'occupation et l'exploitation coloniale, illustre comment les oppressions ethniques et raciales s'entremêlent souvent à une décimation de classe, où les plus vulnérables – paysans, ouvriers et prolétaires – sont broyés par des systèmes de pouvoir.
Dans l'histoire officielle, les génocides sont souvent confinés à des massacres ethniques ou religieux : des Amérindiens aux Arméniens, des Juifs aux Palestiniens. Pourtant, une violence plus insidieuse et massive hante l'humanité depuis l'aube des sociétés hiérarchisées :
la décimation des classes exploitées. Ce "génocide de classe", comme l'ont qualifié certains théoriciens marxistes, n'est pas un événement ponctuel, mais un processus continu lié à la division du travail – cette séparation entre ceux qui produisent et ceux qui s'approprient.
De l'Antiquité romaine avec Spartacus jusqu'aux soulèvements contemporains des Gilets Jaunes, cette oppression structurelle a coûté des centaines de millions de vies, broyées par l'exploitation, les famines et les répressions.
Cet article explore cette chaîne tragique, en soulignant comment la lutte des classes, théorisée par Marx et Engels, reste le fil rouge d'une histoire occultée.
Les origines : La division du travail dans l'Antiquité, berceau de l'exploitation
La division du travail émerge avec les premières civilisations agraires, vers 3000 av. J.-C., transformant des communautés égalitaires en sociétés de classes. Dans l'Égypte antique ou la Mésopotamie, les paysans et artisans produisent pour une élite de prêtres et de rois, sous la menace de la famine ou de l'esclavage. Mais c'est à Rome que cette division atteint son paroxysme, avec un système esclavagiste qui traite les humains comme des outils ( Théorisé par Aristote) jetables.
Spartacus incarne cette révolte primordiale.
En 73 av. J.-C., cet esclave thrace, gladiateur à Capoue, mène une insurrection massive contre la République romaine. Avec 70 000 à 120 000 compagnons – majoritairement des esclaves agricoles et des prolétaires ruraux –, il défie l'Empire pendant deux ans, remportant des victoires comme celle du Mont Vésuve. Rome répond par une répression féroce : Crassus crucifie 6 000 survivants le long de la Via Appia, un avertissement macabre aux opprimés.
Cette "Troisième Guerre Servile" n'est pas isolée ; dès l'Antiquité, des révoltes paysannes et serviles secouent les empires, des pauvres d'Athènes aux Bagaudes gauloises. Ces mouvements révèlent la violence inhérente à la division du travail : les classes exploitées, privées de moyens de production, sont décimées par le labeur forcé, les guerres et les exécutions massives.
Le Moyen Âge : Serfs et jacqueries, une oppression féodale
Avec la chute de Rome en 476 ap. J.-C., l'Europe entre dans le féodalisme, une nouvelle forme de division du travail où les serfs – attachés à la terre comme des biens meubles – triment pour des seigneurs et l'Église.
La pax romana cède à un système d'exploitation rurale : corvées, dîmes et tailles épuisent les paysans, tandis que famines et épidémies (comme la Peste Noire de 1347-1351, tuant 30-50 % de la population européenne) frappent surtout les classes inférieures.( cf le sort des serfs, illustré par le film de J.J Annaud : « le Nom de la Rose »
Les révoltes éclatent : la Jacquerie de 1358 en France voit des paysans armés de fourches attaquer les châteaux, criant vengeance contre les nobles profiteurs.
Inspirée par la Guerre de Cent Ans et les taxes exorbitantes, elle est écrasée dans le sang – des milliers exécutés, villages rasés. Au Moyen Âge, ces "révoltes populaires" ne sont pas rares : des soulèvements en Angleterre (1381) aux mouvements hussites en Bohême (1419-1434), les opprimés contestent une hiérarchie divine justifiant leur décimation. Marx y voit les prémices de la lutte des classes, où les serfs, aliénés de leur travail, meurent par millions de malnutrition et de répressions, un génocide silencieux masqué par la religion et le droit féodal.
L'ère industrielle : Le capitalisme, machine à broyer les ouvriers
La Révolution industrielle, dès le XVIIIe siècle, accélère la division du travail avec les usines et le salariat. En Angleterre, les "enclosures" chassent les paysans de leurs terres communes, les forçant à devenir prolétaires urbains. Adam Smith loue cette division comme source de progrès, mais pour les classes exploitées, c'est un enfer : enfants de 5 ans dans les mines, journées de 16 heures, accidents mortels et pollutions toxiques.
Au XIXe siècle, des famines comme celle d'Irlande (1845-1849, 1 million de morts) exacerbent l'exploitation coloniale britannique. Les ouvriers, théorisés par Marx comme une classe aliénée, subissent une décimation massive : tuberculose, cholera et répressions de grèves (comme la Commune de Paris en 1871, 20 000 fusillés).
Cette période voit naître le mouvement ouvrier, des Chartistes anglais aux syndicalistes français, mais le capitalisme répond par la violence d'État, perpétuant un génocide économique où des millions périssent de misère structurelle.
Des révolutions modernes aux Gilets Jaunes : La continuité de la lutte
Le XXe siècle prolonge cette chaîne avec des soulèvements comme la Révolution russe (1917), où les bolcheviks tentent d'abolir la division du travail dans un environnement mondial hostile. Pourtant, l'oppression capitaliste persiste : guerres mondiales, crises économiques et néolibéralisme déciment les classes populaires.
Aujourd'hui, les Gilets Jaunes (2018-2019 en France) incarnent cette révolte contemporaine. Issus des ronds-points, ces "sans-culottes modernes" – ouvriers, employés précaires, ruraux appauvris – protestent contre les taxes carburant, les inégalités et le mépris de classe d'Emmanuel Macron. Face à la répression policière (milliers de blessés, yeux crevés par des LBD), ils rappellent les jacqueries : un soulèvement spontané contre une élite qui privatise les richesses. Historiens comme Gérard Noiriel y voient les "leçons de l'histoire" : un mépris ancestral des puissants envers les opprimés, où la division du travail actuelle (précarité, ubérisation) continue de décimer les classes exploitées par l'austérité et l'exclusion.
Conclusion : Reconnaître le génocide invisible pour briser la chaîne
D'un génocide l'autre, l'histoire des classes exploitées n'est pas une série d'accidents, mais un système délibéré de décimation. De Spartacus aux Gilets Jaunes, en passant par les serfs médiévaux et les ouvriers industriels, des milliards ont été sacrifiés sur l'autel de l’oppression de classe. Reconnaître cela comme un génocide de classe – non pas pour minimiser les autres, mais pour élargir notre compréhension – est essentiel.
Comme l'affirment Marx et Engels, "l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes". Il est temps de transformer cette lutte en émancipation, avant que le capitalisme ne consomme les derniers résistants.



