lundi 5 janvier 2015 - par Robert Branche

Dans le palais de la monarchie républicaine

Sortir des ors de la République est une urgence pour refonder la France

Je viens de voir avec retard le film documentaire de Patrick Rotman, « Le Pouvoir  ». Sorti en mai 2013, c’est une plongée dans le quotidien de l’Élysée, aux temps de François Hollande. Tout commence à la passation de pouvoir le 15 mai 2012, et se termine le 25 janvier 2013.

Une plongée brute sans commentaires. Bien sûr, la caméra n’est pas neutre, chaque angle est un point de vue, chaque séquence est choisie, chaque enchaînement est la conséquence d’un montage voulu.

Mais j’ai regardé ce film en essayant de faire abstraction de cette intention, en cherchant à recevoir de façon la plus neutre possible les images qui se déroulaient.

Deux choses m’ont frappé : la puissance des ors de la République – ou devrais-je dire de la monarchie républicaine – et l’impréparation évidente de cette équipe. Une mise en vertige, l’un mettant chaque seconde davantage en relief l’autre : plus le cérémonial se déroulait, plus l’improvisation ressortait.

Et le commentaire en voix off de François Hollande ne faisait que souligner ce vertige, tellement les images contredisaient ce qui était dit. Les mots se voulaient posés, le raisonnement démonstrateur, mais ce qui était vu était disloqué, quasiment chaotique. Comme un pièce dont les acteurs ne connaitraient pas le script…

Les ors de la République

Arrêtons-nous d’abord sur les ors de la République.

Fascinant de voir la Présidence de la République vivre dans un palais. Un petit Versailles en plein centre de Paris.

Impossible d’ouvrir une porte. A chaque fois, un huissier est là pour vous empêcher.

En regardant ces images, j’ai repensé à mes débuts à l’École Polytechnique, et aux semaines passées au camp du Larzac. Impossible d’aller chercher moi-même un pot de café. Non, un régiment entier n’était là que pour nous servir. Fallait-il nous inculquer que nous étions d’une race supérieure, celle qui doit être servie ?

Est-ce de même à l’Élysée ? Le Président, une fois élu, cesse-t-il d’être un Français pour devenir un monarque qui doit être servi à chaque instant ? Comment François Hollande qui se voulait un « Président normal » a-t-il pu accepter cette comédie royale ?

Et à chaque fois qu’il pénètre dans une pièce, un huissier le précède pour annoncer à tous les présents : « Le Président de la République ». Aurait-on peur qu’il ne soit pas reconnu ? Comedia del arte. Louis XVI doit se retourner dans sa tombe, en voyant qu’il s’est fait couper la tête pour rien !

Autre aberration : comment diriger un État moderne dans un cadre qui relève d’un musée ? J’imagine un instant le siège d’une quelconque entreprise, plongé dans un tel formol. Assurément, les décisions prises seront faussées, en retard, décalées.

Et François Hollande s’étonne d’être, petit à petit, comme ses prédécesseurs, coupé de la réalité du monde, mais comment ne pas l’être quand on travaille un musée Grévin de la politique !

Mise en vertige d’un pouvoir sans projet ou au pays de l’improvisation

Au milieu des ors de la monarchie républicaine, le bateau présidentiel n’a aucun cap, aucun projet.

Ceci est flagrant tout au long du film. Et c’est d’autant plus net que ce n’est pas intentionnel : on sent bien que Patrick Rotman ne se veut ni juge, ni accusateur, il se contente de filmer ce qu’il voit, et de nous faire entendre ce qui est dit.

Et voilà un Président qui dit : « Je ne pensais pas que la situation de la France était si grave ».

Mais sur quelle planète vivait-il ces dernières années ? Est-ce que la rue de Solferino l’avait à ce point isolé de la réalité de son propre pays ? N’avait-il donc rencontré aucun Français pendant sa campagne, aucun dirigeant d’entreprise, aucun économiste ? Mais il est vrai que son ennemi était la finance…

Un peu plus loin, son Secrétaire Général, Pierre-René Lemas, indique qu’il va falloir faire des économies dans la dépense publique, mais que cela ne va pas être facile. Sic ! Et François Hollande d’ajouter : « Et cela comprend aussi les dépenses des collectivités locales et les dépenses sociales ». Merci pour les précisions. Se croît-il à un oral d’entrée à l’ENA ?

Si c’était le cas, il aurait eu une bonne note, puisque sa précision est exacte, mais il est Président et sensé avoir un projet… Mais cette discussion montre que ni l’un, ni l’autre n’y avaient réfléchi avant.

Résumons : donc aucun des deux premiers dirigeants du pays – car dans le fonctionnement de la cinquième république, le Secrétaire général de l’Élysée a de fait plus de pouvoirs que le Premier ministre –, n’avait réfléchi à l’avance sur les dépenses publiques. Fallait-il oui ou non les réduire, et comment ?

Bizarre, non ? Car on pourrait penser que leur première responsabilité est précisément de piloter ces dépenses.

Si l’on voulait avoir une preuve du niveau d’impréparation de François Hollande à l’exercice du pouvoir, avec ce film, on a l’embarras du choix.

Je pourrais multiplier les exemples, mais je vous laisse les découvrir !

Juste une dernière pour le plaisir : je ne résiste pas à l’envie de relayer l’anecdote relative au G8 et aux négociations internationales. A ce propos, François Hollande dit d’abord qu’il n’en avait pas l’expérience, ce qui, comme il le mentionne à juste titre, est normal quand on n’a pas été Président. Puis rapidement, il enchaîne que, après une réunion, il maîtrise le sujet. Cela saute aux yeux effectivement !

Pour une présidence moderne avec un projet concret pour refonder la France

Qu’est-ce que je retire de ce voyage dans le palais de la République aux temps de François Hollande.

D’abord que quitter ce palais est très probablement une bonne idée !

Pourquoi en effet le prochain Président n’aurait-il pas le courage d’exercer sa fonction dans un cadre « normal », non pas pour y exercer une « Présidence normale », car c’est une tâche par construction « anormale », mais simplement pour l’exercer efficacement, c’est-à-dire en ne vivant pas dans un musée, mais dans le réel. Comme tout dirigeant, être dans un cadre moderne, fonctionnel et correspondant au monde actuel. Et sans huissier qui ouvre chaque porte avant lui – le cas échéant, on peut mettre ici ou là des portes à ouverture automatique ! –, et qui annonce à chacun son arrivée.

Au passage, on fera aussi quelques économies sur le budget de dépenses de l’État. Même si ce n’est pas pour moi l’objectif essentiel, c’est toujours bon à prendre !

Faudrait-il se séparer du Palais de l’Élysée ? Peut-être. Mais on pourrait le garder pour les réceptions officielles de chefs d’État étrangers. Et l’ouvrir aux visiteurs le reste du temps. Un Versailles plus central et plus commode en quelque sorte.

Ne plus avoir de Palais dans lequel gouverner, et … arriver au pouvoir non pas seulement avec un programme seulement construit pour gagner des élections, mais un plan d’actions concret : quel projet pour la France ?

Et singulièrement que faire la première semaine, le premier trimestre, la première année. Évidemment, ce plan d’actions doit être très précis au début, puis progressivement être plus un guide pour choisir et décider.

C’est ainsi que travaille Nous Citoyens : nous sommes en train, en mobilisant une partie importante du réseau des adhérents, de construire ce plan d’actions. Le processus est en cours. Via Internet, nous associerons plus largement tous les Français qui voudront contribuer à cette construction essentielle.

Il est indispensable en 2017 d’avoir un Président et une équipe qui arriveront au pouvoir, non pas seulement en ayant réussi à le conquérir, mais avec un projet réaliste et ambitieux pour refonder la France.



6 réactions


  • howahkan Hotah 5 janvier 2015 14:04

    nous n’avons aucun besoin d’hommes politiques...ce ne sont que des parasites carriéristes et oligarchiques....ce projet est le xieme de l’hydre mutltitete oligarchique pseudo bourgeois pour voler le travail de la masse de ceux qui eux bossent réellement...


  • Trelawney 5 janvier 2015 16:49

    Il est indispensable en 2017 d’avoir un Président et une équipe qui arriveront au pouvoir, non pas seulement en ayant réussi à le conquérir, mais avec un projet réaliste et ambitieux pour refonder la France.

    Un peu de politique fiction.

    1 - En 2017 le mouvement « Nous Citoyens » fait le job et réussit un score de 7% au premier tour. Au second tour c’est Marine (qui a un programme) vs Sarkozy (qui a comme programme « élisez ma gueule »). Il penche pour qui « Nous citoyens » ?

    2 Nous citoyens toujours à 7 % et c’est Marine vs Hollande

    3 Hypothèse peu probable Hollande vs Sarkozy

    Conclusion : on peut continuer à les astiquer les « ors de la république » sont pas pré de ternir


  • taberleroi 5 janvier 2015 17:06

    « Les Déclarations et les Constitutions des politiques sont faites pour orner les bibliothèques de la République des copains et des coquins. » 
    A nos dépens, nos représentants ne représentent qu’eux-mêmes !

    L’année 2015 est l’année du Citoyen Démocrate, Libre et Digne

    La république est une escroquerie intellectuelle proposée à l’origine par le monarque qui se savait condamné et a trouvé ce subterfuge pour faire croire que le peuple est le possesseur des biens de la nation et lui, le monarque, en est le gestionnaire c’est pourquoi il est devenu le monarque républicain.

    En d’autres termes, le peuple est propriétaire de tout mais le fonds appartient au monarque, i.e. le président de la république qui en dispose, en use et en abuse ; il fait payer la mauvaise gestion et les pertes organisées en faillite permanente au peuple qui paye tout et pour tous les faux représentants du peuple qui en réalité sont les valets du monarque républicain.

    Il se permet d’accorder des droits au peuple au lieu d’écouter le peuple sans qu’il n’ait de devoirs à son égard et il se sert de la force publique payée par le peuple pour le contrer en cas de manifestation de mécontentement de osé par le peuple.

    Apparemment, il n’ existe aucun texte fondateur de la république en tant que telle et elle est seulement mentionnée dans la Constitution de la France comme étant une et indivisible.
    C’est la religion du peuple ! On y croit ou on n’y croit pas mais dans tous les cas, le peuple doit payer ! Les représentants du peuple estiment être la conscience du peuple et n’ont pas besoin du peuple pour décider ; telle est leur vision de la mission de leur mandat qui les rend indéboulonnables et à supporter impérativement jusqu’au terme !
    C’est de la démocratie monarchique. C’est de la spoliation du peuple et de la prise d’intérêts illégale condamnable pour le citoyen mais pas pour le monarque et ses serviteurs qu’il s’agit car il n’y a pas de séparation des pouvoirs et le peuple doit subir !
    Le monarque républicain est l’ETAT !
    L’Etat fraudeur, corrupteur, proxénète, trafiquant, blanchisseur d’argent sale, escroc ; l’Etat qui vole les salariés et donne l’argent aux banquiers, aux industriels pour créer des emplois qu’ils détruisent et cocufient consommateurs, salariés et syndicats au profits des patrons, l’Etat qui perd la boule et vend à discrétion le patrimoine des citoyens au bénéfice des faux industriels complices des politiques : immeubles, terrains, routes, chemin de fer, téléphone, eau, gaz, électricité, etc., l’Etat qui crée la gabegie, l’incurie, l’irresponsabilité et donne des leçons de gestion aux citoyens qui ne peuvent pas subvenir aux besoins vitaux de la famille pour payer la crise décrétée par les politiques de tous bords depuis plus de 40 ans.


  • gruni gruni 6 janvier 2015 09:38

    « N’avait-il donc rencontré aucun Français pendant sa campagne »


    Sans doute que si !

    Mais de quels français parlez-vous. Car si la République est une et indivisible, le peuple lui est très divisé. Et chaque Français est un petit président de la République avec Ses solutions pour que Sa situation s’améliore. Vous avez sans doute remarqué que lorsqu’un français interroge le Président dans une émission télé. Il ne parle que de ses problèmes, comme s’il était unique et que le monde devait tourner autour de lui. 
    Si c’est le peuple qui doit gouverner ce pays, dites-moi lequel.
    Il faut être un peu fou pour désirer diriger ce pays, d’ailleurs tous les présidents le sont sans doute plus ou moins. 
    Il faudra faire avec.
    Quant à l’Elysée il participe à laisser croire à un homme élu qu’il est exceptionnel. Alors qu’en fait il est quelqu’un de normal qui progressivement perdra le sens des réalités. Pour les résultats que l’on sait.


  • Allexandre 6 janvier 2015 21:17

    Article intéressant même si nous n’apprenons pas grand chose. Mais le plus surprenant, c’est qu’il suscite aussi peu de réactions. Pour sûr, Zemmour ou Houellbecq sont plus attractifs. Merci aux médias...de merde que sont ces prétendus journalistes qui n’ont aucune honnêteté et côté déontologie, zéro, comme Zemmour !


  • xaccrocheur 7 janvier 2015 11:07

    Bon article, dommage que la conclusion publicitaire en ruine un peu l’élégance, mais on perçoit bien l’ambiance du film, merci.

    Le pouvoir, il est à Washinton, Bruxelles et Tel-aviv. Ici, localement, on ne s’occupe plus que de sociétal non-fumeur gnagnagna. Le traité transatlantique a été signé sans que François ou Nicolas ne reçoivent même un coup de fil.

    Vous voulez détruire un pays ? Rendez ses « dirigeants » (soigneusement choisis) inopérants au-delà du ridicule, puis suivez-les quelques semaines avec une caméra. Ça déprime tout le monde, c’est une vraie arme politique. C’est ça l’idée en ce moment : La con-fu-sion. élément Indispensable de la guerre civile.

    Qui a fait ce film ? Quels genre de films a-t-il fait avant ? D’où parle-t-il, et finalement, que dit-il ? Wikipedia, ma chère amie, deux mots.


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