Dans le palais de la monarchie républicaine
Sortir des ors de la République est une urgence pour refonder la France
Je viens de voir avec retard le film documentaire de Patrick Rotman, « Le Pouvoir ». Sorti en mai 2013, c’est une plongée dans le quotidien de l’Élysée, aux temps de François Hollande. Tout commence à la passation de pouvoir le 15 mai 2012, et se termine le 25 janvier 2013.
Une plongée brute sans commentaires. Bien sûr, la caméra n’est pas neutre, chaque angle est un point de vue, chaque séquence est choisie, chaque enchaînement est la conséquence d’un montage voulu.
Mais j’ai regardé ce film en essayant de faire abstraction de cette intention, en cherchant à recevoir de façon la plus neutre possible les images qui se déroulaient.
Deux choses m’ont frappé : la puissance des ors de la République – ou devrais-je dire de la monarchie républicaine – et l’impréparation évidente de cette équipe. Une mise en vertige, l’un mettant chaque seconde davantage en relief l’autre : plus le cérémonial se déroulait, plus l’improvisation ressortait.
Et le commentaire en voix off de François Hollande ne faisait que souligner ce vertige, tellement les images contredisaient ce qui était dit. Les mots se voulaient posés, le raisonnement démonstrateur, mais ce qui était vu était disloqué, quasiment chaotique. Comme un pièce dont les acteurs ne connaitraient pas le script…
Les ors de la République
Arrêtons-nous d’abord sur les ors de la République.
Fascinant de voir la Présidence de la République vivre dans un palais. Un petit Versailles en plein centre de Paris.
Impossible d’ouvrir une porte. A chaque fois, un huissier est là pour vous empêcher.
En regardant ces images, j’ai repensé à mes débuts à l’École Polytechnique, et aux semaines passées au camp du Larzac. Impossible d’aller chercher moi-même un pot de café. Non, un régiment entier n’était là que pour nous servir. Fallait-il nous inculquer que nous étions d’une race supérieure, celle qui doit être servie ?
Est-ce de même à l’Élysée ? Le Président, une fois élu, cesse-t-il d’être un Français pour devenir un monarque qui doit être servi à chaque instant ? Comment François Hollande qui se voulait un « Président normal » a-t-il pu accepter cette comédie royale ?
Et à chaque fois qu’il pénètre dans une pièce, un huissier le précède pour annoncer à tous les présents : « Le Président de la République ». Aurait-on peur qu’il ne soit pas reconnu ? Comedia del arte. Louis XVI doit se retourner dans sa tombe, en voyant qu’il s’est fait couper la tête pour rien !
Autre aberration : comment diriger un État moderne dans un cadre qui relève d’un musée ? J’imagine un instant le siège d’une quelconque entreprise, plongé dans un tel formol. Assurément, les décisions prises seront faussées, en retard, décalées.
Et François Hollande s’étonne d’être, petit à petit, comme ses prédécesseurs, coupé de la réalité du monde, mais comment ne pas l’être quand on travaille un musée Grévin de la politique !
Mise en vertige d’un pouvoir sans projet ou au pays de l’improvisation
Au milieu des ors de la monarchie républicaine, le bateau présidentiel n’a aucun cap, aucun projet.
Ceci est flagrant tout au long du film. Et c’est d’autant plus net que ce n’est pas intentionnel : on sent bien que Patrick Rotman ne se veut ni juge, ni accusateur, il se contente de filmer ce qu’il voit, et de nous faire entendre ce qui est dit.
Et voilà un Président qui dit : « Je ne pensais pas que la situation de la France était si grave ».
Mais sur quelle planète vivait-il ces dernières années ? Est-ce que la rue de Solferino l’avait à ce point isolé de la réalité de son propre pays ? N’avait-il donc rencontré aucun Français pendant sa campagne, aucun dirigeant d’entreprise, aucun économiste ? Mais il est vrai que son ennemi était la finance…
Un peu plus loin, son Secrétaire Général, Pierre-René Lemas, indique qu’il va falloir faire des économies dans la dépense publique, mais que cela ne va pas être facile. Sic ! Et François Hollande d’ajouter : « Et cela comprend aussi les dépenses des collectivités locales et les dépenses sociales ». Merci pour les précisions. Se croît-il à un oral d’entrée à l’ENA ?
Si c’était le cas, il aurait eu une bonne note, puisque sa précision est exacte, mais il est Président et sensé avoir un projet… Mais cette discussion montre que ni l’un, ni l’autre n’y avaient réfléchi avant.
Résumons : donc aucun des deux premiers dirigeants du pays – car dans le fonctionnement de la cinquième république, le Secrétaire général de l’Élysée a de fait plus de pouvoirs que le Premier ministre –, n’avait réfléchi à l’avance sur les dépenses publiques. Fallait-il oui ou non les réduire, et comment ?
Bizarre, non ? Car on pourrait penser que leur première responsabilité est précisément de piloter ces dépenses.
Si l’on voulait avoir une preuve du niveau d’impréparation de François Hollande à l’exercice du pouvoir, avec ce film, on a l’embarras du choix.
Je pourrais multiplier les exemples, mais je vous laisse les découvrir !
Juste une dernière pour le plaisir : je ne résiste pas à l’envie de relayer l’anecdote relative au G8 et aux négociations internationales. A ce propos, François Hollande dit d’abord qu’il n’en avait pas l’expérience, ce qui, comme il le mentionne à juste titre, est normal quand on n’a pas été Président. Puis rapidement, il enchaîne que, après une réunion, il maîtrise le sujet. Cela saute aux yeux effectivement !
Pour une présidence moderne avec un projet concret pour refonder la France
Qu’est-ce que je retire de ce voyage dans le palais de la République aux temps de François Hollande.
D’abord que quitter ce palais est très probablement une bonne idée !
Pourquoi en effet le prochain Président n’aurait-il pas le courage d’exercer sa fonction dans un cadre « normal », non pas pour y exercer une « Présidence normale », car c’est une tâche par construction « anormale », mais simplement pour l’exercer efficacement, c’est-à-dire en ne vivant pas dans un musée, mais dans le réel. Comme tout dirigeant, être dans un cadre moderne, fonctionnel et correspondant au monde actuel. Et sans huissier qui ouvre chaque porte avant lui – le cas échéant, on peut mettre ici ou là des portes à ouverture automatique ! –, et qui annonce à chacun son arrivée.
Au passage, on fera aussi quelques économies sur le budget de dépenses de l’État. Même si ce n’est pas pour moi l’objectif essentiel, c’est toujours bon à prendre !
Faudrait-il se séparer du Palais de l’Élysée ? Peut-être. Mais on pourrait le garder pour les réceptions officielles de chefs d’État étrangers. Et l’ouvrir aux visiteurs le reste du temps. Un Versailles plus central et plus commode en quelque sorte.
Ne plus avoir de Palais dans lequel gouverner, et … arriver au pouvoir non pas seulement avec un programme seulement construit pour gagner des élections, mais un plan d’actions concret : quel projet pour la France ?
Et singulièrement que faire la première semaine, le premier trimestre, la première année. Évidemment, ce plan d’actions doit être très précis au début, puis progressivement être plus un guide pour choisir et décider.
C’est ainsi que travaille Nous Citoyens : nous sommes en train, en mobilisant une partie importante du réseau des adhérents, de construire ce plan d’actions. Le processus est en cours. Via Internet, nous associerons plus largement tous les Français qui voudront contribuer à cette construction essentielle.
Il est indispensable en 2017 d’avoir un Président et une équipe qui arriveront au pouvoir, non pas seulement en ayant réussi à le conquérir, mais avec un projet réaliste et ambitieux pour refonder la France.

