lundi 13 octobre 2025 - par Michel J. Cuny

Dans les petits papiers d’André Pironneau – avant Charles de Gaulle -, voici André Maginot, ou le petit père « La poisse »… (38)

Nous reprenons notre lecture du long texte que le général allemand von Seekt avait adressé à la presse des États-Unis, et que L’Écho de Paris s’était empressé de reprendre dans son numéro du 16 août 1931 (à la page 3 pour la partie ici concernée).

Gardons à l’esprit que la rédaction du journal avait annoncé qu’elle allait très vite en fournir une critique décidément acerbe (d’André Pironneau, bien sûr). Aussitôt, nous retrouvons la ligne de défense mise en œuvre par André Maginot, l’homme dont Henri de Kerillis nous avait annoncé qu’il était susceptible de figurer, un jour, à la tête des « Casques d’acier » à la française, mais selon le modèle allemand ou… mussolinien…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k8141712/f3.item.zoom

« Le réquisitoire du général von Seeckt contre la France »

« Toutes les discussions sur le désarmement négligent le fait que l’inégalité des armements ne se manifeste pas seulement par le nombre de soldats et de fusils, mais aussi par la possibilité ou l’impossibilité où se trouve un pays de garantir ses frontières en les fortifiant. La France a la possibilité de dépenser des milliards pour les fortifications de sa frontière de l’Est et de se mettre ainsi à l’abri contre toute attaque allemande. L’Allemagne, par contre, est obligée de laisser ses frontières grandes ouvertes ; ainsi la France, sous n’importe quel prétexte, ne serait-ce que pour lever ses tributs ou pour appuyer n’importe quelle demande politique, pourra attaquer l’Allemagne !
Ce point de vue français explique nettement l’attitude de la France dans la question du désarmement ; il éclaire ses propositions à la commission préparatoire de désarmement et nous donne un avant-goût de l’attitude qu’elle observera lors de la conférence mondiale du désarmement. La France a définitivement fixé sa politique, qui, bien que s’exprimant dans d’autres termes, est contenue dans le mémorandum qu’elle vient d’adresser à la Société des Nations. Le fait que les principes français ont été acceptés par la conférence préparatoire du désarmement, permet de conclure que la France n’acceptera pas que la supériorité absolue de sa position soit affaiblie par la possibilité d’un désarmement. La France s’attachera fermement à ses principes qu’elle considère comme la seule base possible des travaux de la prochaine conférence.
La France est même opposée à l’examen des chiffres afférents aux armements des différentes nations, lequel examen rendrait possible une comparaison sincère de ces armements, car cette méthode permettrait de réfuter tous les arguments qu’elle fait valoir en ce qui concerne les dangers qui la menacent et la nécessité où elle se trouve de garantir sa sécurité. La France ne permet pas non plus qu’on mentionne ses immenses ressources militaires, le nombre de ses réserves instruites blanches et de couleur, ni la quantité de ses matériaux de guerre accumulés. Mais si même son budget de guerre était limité, une nation comme la France, aussi riche en or, trouverait toujours les moyens financiers qu’elle jugerait nécessaires à son armement. En ce qui concerne les sommes qui ont été déjà dépensées pour ses fortifications, elles n’ont jamais été mentionnées sous aucune forme.


La seule concession à laquelle la France consentirait serait de fixer, au moins pour une certaine période, les budgets navals et militaires de toutes les nations d’après leur état présent, ce qui équivaudrait à des « vacances d’armement ». La France pourrait envisager de telles vacances avec tranquillité puisque celles-ci, étant donné la situation actuelle des armements, garantiraient sa supériorité absolue et empêcheraient simultanément les autres puissances d’atteindre son propre niveau. Toutes les limitations plus ou moins formelles que la France pourrait accepter, tous les accords qu’elle pourra contracter ne devront rester en vigueur qu’aussi longtemps que sera maintenue la limitation actuelle des armements de l’Allemagne. Si la proposition était faite de lever « l’interdit » frappant les armements allemands, la France se réserverait le droit d’augmenter ses propres armements. Cela constituerait une menace ouverte qui forcerait le monde à s’engager dans une course générale aux armements dès qu’une tierce puissance, considérant l’inégalité de la sécurité du côté allemand et du côté français comme inadmissible, proposerait les modifications nécessaires dans l’intérêt de tous.
Le dessein net de la France à perpétuer la classification des nations européennes en « armées » et « non armées », et nations de première et de deuxième classe a été clairement exprimé par le ministre de la guerre français, M. Maginot. Ni la supériorité de ses armements, ni les garanties offertes par les traités de Locarno, ni les principes du pacte Kellogg ne suffisent à la France pour garantir sa sécurité, car, pour la France, sécurité veut dire une Allemagne éternellement paralysée.
Cette conception de la sécurité a été chaque fois maintenue quand des discussions ont eu lieu, et la « sécurité » de la France, déclarée toujours insuffisante, a été utilisée par elle comme excuse à son opposition à tout désarmement réel. Mais l’Allemagne pourra facilement réclamer le bénéfice d’une telle conception quand viendra l’examen du problème des armements, car sa sécurité comparée à celle de la France, est équivalente à celle d’un homme muni d’une canne face à face avec un adversaire muni d’un revolver à six coups.
Si l’on tient compte de l’attitude de la France précisée comme ci-dessus, de la dépendance plus ou moins grande des autres nations à son égard, de la position de l’Angleterre telle qu’elle est apparue jusqu’à présent vis-à-vis d’elle, on peut prévoir qu’à la prochaine conférence mondiale du désarmement, une majorité se formera pour une décision qui correspondra aux intérêts de la France. On fera tout pour éviter un échec complet de la conférence, mais il est de plus en plus improbable qu’un véritable désarmement, capable d’avoir un effet réel sur la sauvegarde de la paix et la renaissance économique, puisse être obtenu.
Quand on examine la situation générale du monde, il paraît bien improbable que le moment soit venu, malgré les apparences extérieures, pour un pareil accord, mais il fut un temps où cet accord, entre l’Allemagne et la France, d’une part, l’Allemagne et l’Angleterre, d’autre part, était possible ; la paix mondiale et le développement économique n’avaient pas alors à souffrir des antagonismes nationaux portés par la guerre à une tension extrême. Aujourd’hui, un accord entre l’Allemagne et la France est devenu extrêmement difficile du fait des prétentions de la France à maintenir sa supériorité dans les domaines politique, militaire, économique et financier.
Il n’est pas certain que l’Italie accepte de reconnaître cette supériorité permanente de la France sur terre et sur mer. Dans ce cas, toute la question de l’égalité des armements devra être de nouveau, du côté italien, mise à l’ordre du jour. Comment le fossé entre la thèse française, si fermement établie, sur le maintien du désarmement des nations vaincues et les demandes justifiées de l’Allemagne pourra-t-il être jamais comblé ? Nul ne saurait le prédire. Il est même à peine croyable qu’un tel résultat puisse être obtenu. L’instinct de conservation de l’Allemagne ainsi que le souci de son avenir la forcent à persévérer dans sa volonté d’être traitée sur le même pied que les autres puissances pour tout ce qui concerne sa sécurité. Et ceci serait également la solution de la question des armements. L’Allemagne a été désarmée sur la promesse solennelle que les autres nations suivraient son exemple. Cette promesse n’a pas été tenue et, autant qu’on puisse humainement le prévoir, elle ne le sera jamais. Ainsi l’Allemagne a été trompée par le traité qui lui a été imposé et elle est complètement incapable d’obtenir l’observation des clauses de ce traité par les autres nations.
Mais ce qu’il y a de plus important encore est précisément la réclamation de l’Allemagne de se voir accorder des droits égaux conformément aux précisions contenues dans les statuts de la Société des Nations. Ces droits d’égalité furent accordés à tous les membres de la Société aussi bien pour tout ce qui concerne les questions de sécurité que celles de l’armement. Il est évident que l’Allemagne ne s’abstiendra pas de participer aux travaux de la conférence bien que le fait du maintien des stipulations militaires du traité de Versailles lui enlève tout intérêt direct et personnel dans ces travaux. Si même, du côté français, il existait certaines tendances à accepter une limitation plus ou moins formelle des armements, le fossé entre les armements français et les armements allemands continuerait à être tellement profond qu’on ne pourrait parler de droits égaux et de l’indépendance souveraine de l’Allemagne. Ceci ne constituerait pas la base d’apaisement dont la conséquence serait le rétablissement économique de l’Allemagne. La participation de l’Allemagne à la conférence serait donc uniquement justifiée par l’intérêt qu’elle attacherait aux limitations générales des armements et par l’espoir que la dépression économique du monde s’en trouverait de ce fait diminuée.

L’Allemagne ne peut abandonner ses revendications pour des droits égaux en ce qui concerne sa sécurité, elle ne peut pas permettre qu’on les « balaye ». Elle continuera à demander que le désarmement des autres nations se poursuive jusqu’au point où les droits d’égalité, selon la promesse qui lui a été solennellement faite, seront atteints et quand l’égalité des armements sera obtenue. L’Allemagne sera contrainte à faire état des conséquences du rejet de sa demande et de ce que la non-observation des traités par une des parties devra lui rendre sa liberté d’action. Il faudra proclamer cette demande bien qu’il soit douteux qu’en présence de l’attitude négative de la France, ladite demande soit agréée par la Conférence. S’il en est ainsi nous serons exposés aux dangers consécutifs à un échec de la conférence du désarmement, malgré toute la bonne volonté manifestée par l’Allemagne et à leurs effets ultérieurs quant à la sauvegarde de la paix et au rétablissement de la situation économique mondiale.
Quelle sera, dans ces diverses questions, l’attitude de l’Allemagne ? »

Là encore, nous aurons vu surnager le nom d’André Maginot, grand ami de cœur d’André Pironneau… avec sa belle « ligne » qui n’aura su qu’assurer le désastre de… 1940, non sans qu’un De Gaulle y vienne ajouter son grain de sel… pour servir à la dynamique… allemande (! !!)

N.B. Pour voir dans quel cadre général se range le présent travail, veuillez suivre ce lien…
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. Cuny




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