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De fil en aiguille, les Documents diplomatiques nous mènent au petit trou de souris dans lequel Charles de Gaulle se sera glissé… (84) - AgoraVox le média citoyen
lundi 6 juillet - par Michel J. Cuny

De fil en aiguille, les Documents diplomatiques nous mènent au petit trou de souris dans lequel Charles de Gaulle se sera glissé… (84)

Comme nous l’avons vu, le mémorandum britannique du 31 janvier 1934 s’inspire très largement, et sans du tout s’en défendre – tout au contraire, il le proclame –, des thèses défendues par… Adolf Hitler… Comprenne qui pourra.

Mais qu’en aura donc pensé la diplomatie française de ce temps-là ? C’est ce que nous allons étudier maintenant, en nous penchant sur la Note du Service français de la Société des Nations mise au point au Quai d’Orsay le 31 janvier 1934…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bd6t53270068/f642.item.zoom

Nous y lisons, tout d’abord, ceci :
« La France oppose à un réarmement immédiat et important de l’Allemagne la thèse d’une réduction progressive des armements, subordonnant d’ailleurs cette réduction à des garanties précises et à l’organisation d’un contrôle efficace. À ce programme, l’Allemagne en opposait un autre, fondé sur le maintien des armements au niveau actuel pour les pays actuellement armés et sur un réarmement immédiat, qualitatif et quantitatif, des États dits « désarmés ». »

Selon les différentes rubriques étudiées, la Note s’efforce de résumer, tour à tour, la position française et la position allemande telles qu’elles avaient été exprimées avant que le mémorandum britannique ne soit publié… Ensuite, elle fait intervenir la tournure que tout cela prend dans le document produit par le « gouvernement de Sa Majesté »… C’est ce que nous allons retenir dans ce qui suit.

Prenons, tout d’abord, le cas de la Sécurité (Garanties d’exécution et contrôle)…
« Les nouvelles propositions anglaises se bornent à étendre le principe de la consultation entre signataires au cas d’une violation de la convention de désarmement ; elles ne disent pas que les signataires ont le devoir de redresser les violations commises ; à plus forte raison, aucune mesure précise n’est-elle envisagée à cette fin. »

Nous passons aux Effectifs…
« Le mémorandum britannique affirme à nouveau le principe de la parité ; il l’applique spécifiquement à l’ensemble des effectifs stationnés dans la métropole, ce qui semble impliquer que, pour les calculs, il serait tenu compte, en ce qui nous concerne, de la force mobile prévue pour les territoires d’outre-mer ; de ce fait, les forces proprement destinées à la défense du territoire français se trouveraient numériquement inférieures aux forces allemandes. »
« Le mémorandum anglais souligne qu’il est prévu pour les forces françaises stationnées outre-mer une limitation à 200.000 hommes, ce qui implique, dit-il, une réduction considérable des effectifs actuels. »

Dans le calcul des forces soumises à une limite quantitative, faut-il compter ce qui constitue une spécificité essentielle du système nazi de maintien de l’ordre politique dictatorial : les formations de S.A. et de S.S. ? Voici ce que la Note a pu constater :
« Le gouvernement britannique a cru en effet éviter toute difficulté à cet égard, en posant le principe que toute instruction militaire est interdite hors de l’armée, sans d’ailleurs définir ce qu’il faut entendre par là, et en prenant acte de la promesse faite par le gouvernement allemand de laisser le contrôle s’exercer sur les formations de S.A. et de S.S. » 

N’y a-t-il pas là, pour la diplomatie française, de quoi s’étrangler…
« Il en résulterait en effet que les chiffres d’effectifs seraient fixés sans tenir compte des formations nazies existantes. »

Autre rubrique : les Matériels terrestres…
« La note anglaise combine le réarmement allemand avec le désarmement français ; à cet égard, elle va donc au-delà des revendications du Reich : la période d’épreuve disparaît. En effet, pour l’Allemagne, il y aura augmentation immédiate des matériels d’artillerie, non pas seulement du point de vue quantitatif, mais aussi du point de vue qualitatif. Inversement, la destruction des gros matériels commencera tout de suite. »

Voici venir les Armements aériens… et la leçon qu’en tire la Note française…
« Tout se passe en réalité comme si l’Angleterre envisageait de demeurer en ce qui la concerne à un niveau proche de son niveau actuel, la France étant progressivement abaissée et l’Allemagne peu à peu élevée. »

Passons aux « conclusions » que la Note se trouve en mesure de dégager du mémorandum britannique du 31 janvier 1934 :
« Elles permettent d’apprécier l’importance du pas que le gouvernement anglais est prêt à faire pour aller au-devant des désirs de l’Allemagne. »

On ne saurait mieux dire… Encore qu’il faille peut-être ajouter…
« Pendant ce temps, le gouvernement allemand poursuit l’exécution de ses programmes. »

À Berlin, la France disposait alors d’un observateur de toute première catégorie en la personne de son ambassadeur auprès du gouvernement nazi : André François-Poncet, qui s’empresse de faire savoir au président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, Édouard Daladier, l’impression que donne cette soudaine acceptation des « désirs » allemands dont nous ne connaissons pas encore l’essentiel du contenu…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bd6t53270068/f663.item.zoom

« L’Allemagne a lieu, en effet de se féliciter. L’Italie et l’Angleterre se rallient au réarmement qu’elle n’a cessé de revendiquer.  »

Pour atteindre quel but ? Avec quelle intention ? A priori, ainsi que l’affirme André François-Poncet…
« Dans la mesure même où l’Allemagne a des raisons de se réjouir, la France en a donc de s’inquiéter. Elle se trouve mise par l’initiative de ses anciens alliés dans la situation la plus embarrassante. » 

C’est ici qu’il faut commencer à bien réfléchir… et se préparer à envisager une sorte de basculement tectonique à l’échelle de… l’Eurasie. En effet, l’ « apaisement » ne concerne que l’environnement géographique immédiat de l’Allemagne… Pourquoi donc la France devrait-elle aller là-contre ? Ne serait-ce que parce qu’elle n’aurait pas assez rapidement compris que le grand méchant loup visait bien au-delà d’elle-même ?...

Contentons-nous, tout d’abord, d’une visée très étroite… et aussitôt André François-Poncet va pouvoir nous démontrer que cela ne fait que plonger la France dans une impasse… Certainement, nous dit notre ambassadeur à Berlin…
« La première tentation qu’elle éprouvera sera d’opposer un refus catégorique aux propositions anglaise et italienne. Tout espoir d’aboutir à une convention de désarmement devra être abandonné. Mais il est clair qu’en pareil cas, l’Allemagne ne s’en tiendra pas au respect de la partie V du traité. »

Riposte très dangereuse pour la France…
« Si elle passe aux actes, elle rapproche singulièrement les perspectives d’une conflagration. Dans un pareil conflit, qui l’assistera ? »
« Et pour qu’elle fût assurée de garder l’avantage matériel qui lui appartiendra au début, il faudrait, non pas seulement qu’elle fût prête aux plus lourds sacrifices financiers, mais encore que sa politique fût dirigée par une préoccupation d’ordre principalement national et militaire, que la nation tout entière réformât ses mœurs, son éducation, ses goûts et fût pénétrée d’un dynamisme égal à celui qui anime l’Allemagne hitlérienne.  »

Serait-ce une préfiguration de ce qui allait démarquer le livre Vers l’armée de métier (publié en mai 1934), de l’article du même nom (version Revue politique et parlementaire du 10 mai 1933) ?...

Laissons l’ambassadeur de France à Berlin poursuivre son propos…
« La France irait au-devant d’un péril mortel si, à l’entrée d’une voie qui peut conduire à des complications belliqueuses, elle ne se soumettait pas, chez elle, aux disciplines qui lui ménageront les meilleures chances de préserver son indépendance et ses libertés. »

…le fascisme à l’hitlérienne ?... 

Mais il y a autre chose, chez André François-Poncet, qui paraît également pouvoir se rapporter à la ligne qui serait finalement suivie par Charles de Gaulle, mais seulement à mots couverts…
« De toute manière, le problème des amitiés et des alliances sur lesquelles notre pays pourra compter, et qui seront disposées à le suivre jusqu’au bout, demeure pour lui un problème capital. »

Quel pourrait donc être ce « bout  » ?... L’ambassadeur semble s’adresser ici à quelques initiés…les seuls capables de décrypter ses propos de la bonne manière…
« Le récent accord germano-polonais, les sondages que l’Allemagne s’apprête à effectuer de nouveau auprès de la Roumanie et de la Yougoslavie, les dangers accrus qui menacent l’existence du cabinet Dollfuss, ont la valeur d’un avertissement que nous ne devons pas négliger. » 

Plus précisément, mais sans du tout sortir du plus épais brouillard… pour n’effaroucher personne…
« À cet égard, il est remarquable que les mémoires anglais et italien ne se soient pas arrêtés à l’un des articles du projet de M. Hitler, qui n’était pas, cependant, le moins intéressant.
M. Hitler avait offert, de son propre mouvement, la conclusion de pactes de non-agression, avec tous ses voisins, comportant une clause d’assistance mutuelle et l’établissement d’une solidarité contre l’agresseur éventuel. » (c’est bien l’ambassadeur qui souligne)…

Quel agresseur éventuel ? L’Allemagne elle-même ? Allons donc !... Mais qui, alors ?

Curieusement, les Documents diplomatiques nous invitent eux-mêmes – dans une note de bas de page - à revenir au tout début du mois de décembre 1933… Ce que nous allons faire avec une curiosité certaine…

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. Cuny



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