mercredi 10 février 2010 - par remiaufrere

De l’anarcho syndicalisme en général et de la disparition d’une « figure historique » en particulier…

De l’anarcho-syndicalisme présent à F.O., ailleurs et de la disparition d’une figure...

Comme son nom l’indique l’anarcho-syndicalisme se définit comme un syndicalisme opérant selon les principes anarchistes (démocratie directe, délégués mandatés élus et révocables, autogestion, libre fédéralisme, ...).
 
La mouvance anarchosyndicaliste est un élément fondateur du syndicalisme français avec la création de la C.G.T. en 1895. Il existera une courte C.G.T.-syndicalisme révolutionnaire (CGT-SR) dans les années 30 (2000 adhérents estimés), qui disparaitra en 1939 (interdiction légale).
Cette « famille » syndicale rejoindra la CGT réunifiée de 1945 pour ensuite former avec d’autres FO dès 1947-1948 et/ou la Confédération Nationale du Travail (C.N.T.).
 
L’anarcho-syndicalisme est encore aujourd’hui présent dans ses deux organisations syndicales, la seconde se référant spécifiquement à la pensée anarchiste ouvrière.
 
L’un des leaders du courant anarcho-syndicaliste de F.O. vient de disparaitre en la personne d’Alexandre HEBERT. Un personnage au parcours étonnant et détonnant que fut celui du secrétaire général de l’Union départementale FO de Loire-Atlantique entre 1947 (date de la scission syndicale au sein de la CGT avec la création de la CGT-FO) et 1992, soit 45 années durant, longévité assez exceptionnelle dans cette organisation syndicale.
 
Patrick HEBERT, son fils, qui se revendique lui-même comme militant trotskyste (ex-PT maintenant P.O.I. courant dit « lambertiste ») prit la suite en 1992 et est toujours dans cette responsabilité aujourd’hui.
 
Alexandre HEBERT s’est défini comme un « anarchiste individualiste » plaçant « au centre de ses préoccupations le devenir de l’individu ». Au niveau syndical, en février 2008, Alexandre HEBERT répondait dans un entretien (« le choc du mois » février 2008) qu’aujourd’hui il mettait « sur le même plan les dirigeants de la CGT et ceux de la CFDT et de la CFTC…ne sont plus représentatifs…profondément intégrés à l’appareil d’Etat, national et supranational… » tout en se déclarant « inquiet de l’évolution de Jean-Claude MAILLY, qui pratique un syndicalisme rassemblé… »… « ce syndicalisme-là rappelant la Charte du Travail de 1941 ». Il confirme son positionnement en indiquant qu’il « ne peut y avoir de syndicalisme réel, représentatif, que dans la mesure où il représente des intérêts de classe distincts… ».
 
Quand à l’avenir sur les conflits sociaux futurs, Alexandre HEBERT précisait qu’on « se trouve dans un système bloqué, on n’évitera pas le surgissement de révoltes, sûrement coûteuses mais salvatrices et la politique actuelle n’a pas d’avenir, elle ne peut déboucher que sur des mouvements incontrôlables » en rappelant que « la démocratie ne peu être fondée que sur la séparation des pouvoirs, sinon c’est l’Etat totalitaire ».
 
Si le verbe d’Alexandre HEBERT était souvent haut et fort, certains syndicalistes à FO comme ailleurs garde un souvenir mitigé du militant qu’il était. En témoigne son interview dans le journal du Front National (National Hebdo, Français d’abord) en 1999, apparition médiatique très remarqué pour le syndicaliste de combat social dans une publication d’extrême droite. Cette affaire connue d’ailleurs un certain retentissement dans de nombreuses unions départementales F.O. ainsi qu’au siège même de cette confédération. Et cela servit utilement (et judicieusement) celles et ceux qui quittèrent l’organisation dirigée par Marc BLONDEL pour créer l’UNSA. Il est vrai que le secrétaire général de FO, tout comme son fils P.HEBERT, ne désavouèrent point cette présence médiatique pourtant bien indélicate pour une organisation proclamant sans cesse son républicanisme éclairé.
 
D’où l’analyse (certes succincte et réductrice) de nombreux militants syndicalistes qui comprirent que l’anticapitalisme ouvriériste (et « anti-bourgeoise ») de l’extrême droite s’était logiquement retrouvé avec l’anarcho-syndicalisme de l’extrême gauche si proche des compagnons de Pierre LAMBERT.
 
Face à cette polémique, Alexandre HEBERT répliqua qu’il « n’a jamais diabolisé le F.N. » (Journal Ouest France 12 octobre 1999).
 
Il précisa :"Je n’ai rien de commun avec l’extrême droite, mais je n’ai jamais été dupe de ce que la diabolisation du Front national avait pour principale utilité de permettre à la gauche de se faire élire".
 
Pour cette raison (comme pour d’autres), il semblait difficile pour certains militants syndicaux à l’intérieur de FO, issus du mouvement socialiste, de groupes républicains comme ceux relevant d’engagements philosophiques voire maçonniques, de poursuivre un chemin commun dans la défense des salariés.
 
Dans plusieurs organisations issues de F.O., plusieurs syndicalistes ont évidemment souffert de l’entrisme de l’extrême gauche et des courants issus du « lambertiste » même si l’anarchosyndicalisme ne s’est jamais revendiqué comme tel bien que la proximité entre Pierre LAMBERT et Alexandre HEBERT est un fait avéré et reconnu.
 
Nombreuses sont les anecdotes concernant les agressions et luttes « politiques » dans le monde syndical, trop souvent illustrées par l’outrance.
 
Citons, par exemple, le fait d’être affublé par un représentant (de la même école d’Alexandre HEBERT) du terme de soutien de « la charte du Travail de Pétain en 1941 » lorsqu’en 2004, deux responsables nationaux à FO cheminots soutinrent la signature à un accord d’amélioration du dialogue social à la SNCF (pourtant sans contraintes car sans mesures coercitives).
Ce n’est que la marque d’un langage répétitif (et violent) provenant du « leader ») concrétisant la fermeture du cercle (forcément noir reliant drapeau et chemises).
 
Dans le monde syndical et politique, quand les extrêmes se rejoignent ainsi, la République sociale s’éloigne d’autant. Et le monde syndical y perd sa grandeur…
 
 
R.AUFRERE
 
NDR : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (« humani nil a me alienum puto » tiré de L’Héautontimorouménos, v. 77 du poète comique latin Publius Terentius Afer -190 à -159 av. JC).
C’est pourquoi je salue la mémoire d’A.HEBERT…
 


4 réactions


  • Daniel Roux Daniel Roux 10 février 2010 17:50

    Cet article est une curiosité.

    Je me demande à quel lecteur il est destiné. On dirait presque l’extrait d’un journal intime ou d’une correspondance entre 2 amis.

    Quoi qu’il en soit, je me permets quelques remarques.

    L’arnacho-syndicaliste est une chimère.

    Par définition, un anarchiste est individualiste. Il n’a ni dieu, ni maître et par conséquent pas de représentant. S’il agit au sein d’un groupe, cela ne peut être que pour un objectif précis. S’il s’engage, cela ne sera que pour une courte durée.

    Un syndicaliste au contraire, ne conçoit l’action qu’en commun avec d’autres partageant les mêmes valeurs. Le syndicat n’existe que parce que les syndiqués le font exister sur le long terme, que d’autres s’y rallient et s’engagent sous l’autorité d’une direction élue ou cooptée.

    Quant à F.O. , les buts poursuivis par sa création ne sont plus secrets depuis longtemps. Les fées pécuniaires qui se sont penchées sur son berceau s’appelaient CIA et Patronat. Le but était d’affaiblir la CGT trop puissante à l’époque et à travers elle, le parti communiste.

    C’est assez cocasse d’évoquer la succession d’un père par son fils dans une organisation soi-disant anarchiste.

    Ces quelques remarques n’enlèvent rien au respect que j’éprouve pour des personnes capables de s’engager dans un mouvement collectif oeuvrant pour améliorer le sort des plus faibles. Y compris à F.O. dont les membres ne savaient pas, pour la plupart, qu’ils n’étaient que des pions dans le grand jeu politique.


    • remiaufrere remiaufrere 10 février 2010 23:56

      Mon petit mot est destiné au lecteur curieux, tout simplement. Qu’il soit un citoyen syndiqué et/ou engagé dans un mouvement politique n’a qu’une importance relative.

      J’ai souhaité mettre en relief les contradictions et les oppositions politiques et syndicales au sein du mouvement ouvrier.

      Je partage en partie votre propos.

      Enfin, vous noterez surtout que je pense qu’il n’y a pas de « meilleur » dans le microcosme de l’extrème gauche qui, dans certaines situations, sait être particulièrement compréhensive avec les mouvements anti-républicain d’extrème droite factieux voire fascisants, notamment par leur détestation parfois commune du capitalisme (que l’on peut comprendre vu le tournant actuel de la crise financière et économique).

      Le monde politique se définit selon mon point de vue à la fois linéairement sur une surface plane mais aussi (et surtout) en géométrie spatiale.


    • Luc Paul ROCHE Luc Paul ROCHE 24 février 2010 13:51

      Cette histoire de CIA et de patronat n’enlève rien à la radicalité des positions de FO, surtout depuis Blondel et Mailly, peu suspects d’être les suppôts du patronat. De toute manière, si la CIA a versé du fric, il vaut mieux que ce soit pour financer une organisation syndicale plutôt qu’autre chose. Cet argument un peu syndicalophobe, vrai ou faux, n’a guère plus de consistance que celui des « caisses noires » des syndicats. Le problème est et reste : que fait-on du fric ? Si on l’utilise pour informer et mobiliser les travailleurs, je vois mal... où est le mal.

      Merci à l’auteur de l’article d’avoir rendu hommage à un syndicaliste.


  • ddacoudre ddacoudre 11 février 2010 01:22

    bonjour remiaufrere

    tu aurais pu partir du « ganstérisme » qui déboucha sur l’anarchisme avant que l’industrialisation de fédèrent les exploités autour d’audacieux révoltés qui construisirent la conscience de classe avec toutes ses écoles de pensé qui en découlèrent, et Alexandre était attaché à l’une d’elle comme j’ai pu être attaché a l’action de Pelloutier . il n’y a pas de confusion a faire entre l’extrême droite et le mouvement anarchosyndicaliste, rien ne les rassembles, même pas le droit d’un ouvrier FN de défendre ses itérêts salariaux.

    l’anarchosyndicalisme reste une référence historique fondatrice point, il ne peut se vivre que dans des groupes restreints, c’est pour cela qu’il a évolué vers le syndicalisme que nous connaissons et dont une des traces du principe de l’anarchosyndicalisme et le mandat donné par le syndicat de base qui reste l’autorité de décision.

    l’anarchisme ne peut se vivre qu’au travers du conception de la capacité de l’individu à faire sa place à l’autre sans qu’il n’en naisse un antagonisme que ne pourrait solutionner par un ordre normatif puisqu’il n’y en a pas.

    cordialement


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