De l’ENA à la complosphère : l’irresistible chute de François Asselineau, le prophète de l’UPR
Il est l'énarque des causes perdues et le prophète des Powerpoints de l'apocalypse. François Asselineau, l'homme qui voit la main de la CIA dans chaque pli d'un drapeau européen, a réussi l'exploit de transformer un CV prestigieux en une pièce de théâtre de boulevard pour complotistes en mal de frissons. Entre ses scores électoraux qui flirtent avec le néant et son trône de papier sur les plateaux les plus rances du Web, portrait d'un "loser éternel" qui prend la France pour sa salle de classe et ses (rares) électeurs pour des imbéciles.
L'inspecteur des ombres et le mépris en bandoulière
Dans le petit monde de la marge politique, il y a les agitateurs de rue et il y a François Asselineau. Le premier vous crie dessus ; le second vous impose un Powerpoint de quatre heures pour vous démontrer que votre voisin de palier est un agent de la CIA. L'ancien inspecteur général des finances n'est plus seulement un candidat à 1 % : il est devenu le conservateur en chef d'un musée des horreurs complotistes, un énarque qui a troqué le service de l'État pour le service de ses propres délires de grandeur.
Il y a quelque chose de profondément irritant dans la persévérance de l'échec. Asselineau ne se contente pas de perdre ; il perd avec une arrogance professorale, persuadé que si les Français ne votent pas pour lui, c'est uniquement parce qu'ils sont maintenus dans une hypnose collective par les "médias de grand chemin". C'est le drame de l'intelligence dévoyée : celle d'un homme qui utilise son CV prestigieux comme une matraque intellectuelle pour valider les théories les plus fumeuses de la complosphère. Sa suffisance est son armure ; il ne dialogue pas, il instruit des procès en débilité contre quiconque ose poser une question. Pour lui, le monde est une immense salle de classe où il serait le seul maître, distribuant les bonnets d'âne à la Terre entière.
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L'homme qui murmurait à l'oreille des diapositives
Entrer dans une conférence d'Asselineau, c'est accepter de s'enfermer dans une faille spatio-temporelle. L'homme ne parle pas, il assène. Sa voix, monocorde et hautaine, possède cette morgue typique de la haute administration qui estime que le peuple est un enfant ignorant à qui il faut apprendre à lire. Il ponctue chaque démonstration d'un "C’est pourtant simple !" ou d'un "Ouvrez les yeux, mes chers compatriotes !", avec ce rictus satisfait de celui qui pense avoir percé le secret des dieux. Il prend un plaisir manifeste à traiter ses interlocuteurs comme des idiots, savourant sa propre supériorité comme on déguste un grand cru dans un bunker.
"Regardez ce timbre, mes chers compatriotes !" s'exclame-t-il souvent, pointant un détail de deux millimètres sur une archive de 1951. Pour lui, la preuve de la trahison nationale ne se trouve pas dans les actes politiques, mais dans les logos et les symboles. Il est capable de déceler un complot atlantiste dans la courbure d'une étoile sur un drapeau européen. C'est le "complotisme de bureau" : une pathologie où l'on est convaincu que le monde est dirigé par des messages codés que seul un diplômé de l'ENA peut décrypter. Cette obsession du détail insignifiant lui permet d'éluder les vraies questions, préférant noyer son auditoire sous un déluge de faits déconnectés de la réalité pour masquer son vide programmatique.
Le "petit caporal" de l'UPR et le séisme judiciaire
Mais derrière le vernis du haut fonctionnaire "propre sur lui" se cache un mode de management que ses anciens cadres qualifient de "brutal", voire de "sectaire". En 2020, la citadelle Asselineau a tremblé. Une lettre ouverte de vingt membres du bureau national réclamait sa démission. Le motif ? Des accusations de harcèlement sexuel et moral, étayées par des témoignages décrivant des comportements prédateurs envers de jeunes collaborateurs masculins. On y dépeignait un homme abusant de sa position hiérarchique et de son aura intellectuelle pour assouvir des pulsions bien loin de la rigueur gaullienne qu'il affiche en public.
Sa riposte fut un cas d'école de sa rhétorique habituelle : "C’est une boule puante", un "excellent signe" que le système cherche à l'abattre. Pour Asselineau, une plainte pour agression sexuelle n'est jamais une affaire de mœurs, c'est une opération "barbouzarde" de l'Élysée. En décembre 2024, a bénéficié d'un non-lieu en première instance. Prudence, toutefois : un non-lieu n'est en rien un brevet d'innocence ou une relaxe prononcée après un procès. C'est simplement une décision de procédure signifiant que le juge d'instruction, à ce stade, n'a pas jugé les charges suffisantes pour renvoyer l'affaire devant un tribunal. C'est un "match nul" technique, pas une victoire sur le fond. Le parquet de Paris ne s'y est d'ailleurs pas trompé en faisant appel : pour la justice, le dossier reste une plaie ouverte. Cette affaire a révélé une homophobie latente au sein de son mouvement : alors que le leader est accusé de gestes déplacés envers des hommes, sa base la plus radicale se déchaîne contre le "lobby LGBT" et le "wokisme européen", créant un climat de schizophrénie idéologique où l'on déteste ouvertement ce que l'on est soupçonné de pratiquer dans l'ombre.
GPTV : l'antichambre du scandale et de la poutinolâtrie
Banni des plateaux sérieux, Asselineau a trouvé refuge dans les égouts du Web : la plateforme Géopolitique Profonde (GPTV). On se demande encore comment un tel site, véritable décharge à ciel ouvert de la désinformation et de la haine, est encore autorisé à exister. C’est là, dans ce décor de carton-pâte entre deux publicités pour des conserves de survie, des abris anti-atomiques et des placements douteux dans l'or, qu'Asselineau dispose d'un siège attitré. Il y est comme à l'église, disposant de son propre banc marqué à son nom, où il officie chaque semaine devant une assemblée de survivalistes et de paranoïaques.
Le scandale n'est pas seulement dans ses propos, mais dans le lieu même de son sacre. GPTV est l'antichambre de tout ce que la France compte de profils inquiétants et de théories rances. Voir un ancien haut serviteur de l'État s'asseoir avec une telle régularité sur ce trône de l'infamie, flatté par des intervieweurs complaisants qui boivent ses paroles sur la "CIA infiltrée dans nos institutions", est un spectacle qui oscille entre le tragique et le grotesque. C’est là qu’il déploie sa "poutinolâtrie" la plus crasse, recyclant les scripts de Moscou avec un zèle de nouveau converti, assurant que la Russie est le dernier rempart de la civilisation contre un Occident décadent.

L'ombre de la haine et le "de Gaulle" de Wish
Plus grave encore est le sifflet à ultrasons de son antisémitisme. Asselineau est trop énarque pour être condamné, mais il sait parler à l'oreille des complotistes les plus radicaux. En désignant sans cesse des "élites apatrides" ou des "banquiers internationaux" sur GPTV, il offre une grille de lecture où l'ombre du complot juif mondial est l'éternel architecte de la ruine nationale. Il fréquente des plateformes qui servent de passerelles vers les thèses d'Alain Soral, validant par sa seule présence un écosystème de haine. Sa complaisance envers les sphères les plus sombres du Web finit de démasquer l'imposture de l'homme de dossiers.
Parallèlement, il continue de souiller l'héritage du général de Gaulle. Asselineau se rêve en homme du 18 juin, mais il n'est que l'homme du 18 heures sur YouTube. De Gaulle a construit une puissance ; Asselineau n'est que le "de Gaulle" de Wish, une version low-cost qui ne construit que des listes électorales finissant à la poubelle. Il prétend diriger un parti de 25 000 membres, mais il est incapable de mobiliser plus de quelques centaines de fidèles. La réalité est brutale : Asselineau a plus d'abonnés sur ses réseaux sociaux que d'électeurs. Il gère une communauté de voyeurs du complot qui aiment se faire peur avant d'aller se coucher, mais qui ne prennent même plus la peine de voter pour lui, lassés par ce disque rayé qui tourne en boucle depuis vingt ans.
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L'illusion du savoir total comme arme de manipulation
Ce qui rend Asselineau réellement nocif, c’est son usage fallacieux de l'érudition. Il noie ses interlocuteurs sous des références historiques pour mieux faire passer ses conclusions les plus absurdes. "Savez-vous ce que disait Walter Hallstein en 1958 ?" demande-t-il avec ce petit rictus suffisant. Si vous l'ignorez, vous êtes disqualifié d'office. Il utilise l'Histoire comme une arme d'intimidation, transformant la discussion politique en un concours de mémorisation dont il est le seul arbitre. Pour lui, prendre les gens pour des idiots est une seconde nature, une manière de s'auto-convaincre qu'il est le seul à détenir les clés du royaume.
Cette posture de "seul sachant" est le ciment de son imposture. Elle lui permet de balayer d'un revers de main les experts, les économistes et ses rivaux, tous dépeints comme des vendus ou des ignorants. "Ils ne lisent pas les traités !" hurle-t-il à longueur de vidéos. Lui les lit, certes, mais il les lit comme un paranoïaque déchiffre une lettre anonyme : il y cherche désespérément des preuves de sa propre importance. Cette dérive a fini par vider l'UPR de toute substance politique pour n'en faire qu'une caisse de résonance pour son ego boursouflé, une chapelle où l'on célèbre le culte d'un homme qui a fini par croire à ses propres mensonges.

Le naufrage d'une intelligence
François Asselineau est le témoin d'une époque trouble où l'intelligence peut se dévoyer totalement dans la folie des grandeurs. Il est cet énarque qui, faute d'avoir pu diriger le pays, a décidé de le réinventer dans un bocal de paranoïa bureaucratique. Il restera dans l'histoire des "losers éternels" comme celui qui pensait sauver la France avec un stabilo et des graphiques, alors qu'il n'était que le divertissement favori d'une frange de la population qui a renoncé à l'action pour se complaire dans la détestation.
Un conseil : si vous croisez l'une de ses vidéos sur GPTV, coupez le son. Vous éviterez ainsi de découvrir que la CIA a probablement infiltré votre machine à café et que le seul moyen de sauver votre âme est de suivre un homme que même ses anciens lieutenants décrivent désormais comme un naufragé de la raison. Asselineau n'est pas la solution, il est l'un des symptômes les plus grotesques de notre fatigue démocratique, un petit roi sans royaume qui trône sur un fauteuil de studio YouTube en attendant une reconnaissance qui ne viendra jamais.
Références & bibliographie
- Articles de presse & enquêtes :
- Le Monde, "François Asselineau, le candidat du 'Frexit' qui agite la complosphère", dossier politique, 2017-2024.
- Libération, "Accusations de harcèlement sexuel : le système Asselineau sous tension", enquête, mai 2020.
- Mediapart, "Les secrets de l'UPR : management brutal et délires paranoïaques", série d'articles, 2021.
- Conspiracy Watch, "François Asselineau, portrait d'un prophète de la conspiration bureaucratique", analyse, 2023.
- Rapports & documents juridiques :
- Arrêt de la Cour d'appel de Paris concernant la procédure pour harcèlement moral et sexuel, mars 2025.
- Procès-verbaux de l'Inspection générale des Finances (IGF), archives administratives (carrière de F. Asselineau).
- Analyses géopolitiques & web :
- Observatoire de la désinformation, "La galaxie GPTV : analyse des réseaux d'influence pro-russes en France", rapport annuel 2025.
- Camus, Jean-Yves, Les droites nationalistes en France, Éditions du Seuil, 2024 (chapitre sur les mouvements souverainistes marginaux).




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