mardi 9 juin - par Hamed

De l’impasse à l’escalade ? Les guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient au tournant de l’histoire

La guerre qui se poursuit aujourd’hui en Ukraine doit avoir un sens qui dépasse les enjeux qui divisent les grandes puissances. On ne peut regarder les graves événements qui arrivent aujourd’hui en Europe que sous le prisme des stratégies des puissances ; par ces stratégies contradictoires, chaque grande nation ou groupe de nations vise des buts propres ce à quoi ils aspirent, en termes de puissance, d’hégémonie, ou simplement d’ambition stratégiques.

 

Pour avoir une vision à la fois causale et finale, l’histoire évènementielle doit être décryptée non seulement dans tous ses faits historiques mais les questions essentielles que le décrypteur doit poser sont celles-ci : « Quel rôle joue la guerre en Ukraine dans le devenir du monde ? Que gagne réellement l’Occident à soutenir l’Ukraine ? Pourquoi ces événements et enjeux divisent les puissances impactent en souffrances le peuple ukrainien ? Est-ce que cette guerre en Ukraine est intelligible et compatible au déterminisme historique ? Et le déterminisme historique ne s’inscrit-il pas dans le déterminisme du progrès politique, économique et social de l’humanité ? »

 

 C’est à toutes ces questions en interrogeant l’histoire dans son essence que l’on pourrait avoir une vision véritablement rationnelle de la guerre en Ukraine et son impact qu’elle aura sur la marche de l’humanité. Pour saisir le véritable impact de cette guerre, il faut revenir à l’histoire récente, c’est-à-dire ce qui est sorti de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 1945. Entrons d’emblée dans la situation historique, à cette époque, du monde.

 

Le Deuxième Conflit mondial s’est terminé par des millions de morts. Pour la seule Union soviétique, 26 millions de soldats et de civils ont été tués et 25 millions de sans-abri. C’est le pays qui a enregistré le plus de pertes humaines dans le monde ; il a été ravagé par des destructions matérielles estimées à six fois le revenu national de 1940. Pour l’Allemagne, il ne restait plus qu’un amas de ruines du grand Reich, les grandes villes sont en grandes parties détruites. En Europe, des millions d’habitants ont perdu leurs logis, devenus sans abri ; la guerre a provoqué des dommages considérables ; partout, le conflit a apporté ruines et destructions ; toute l’Europe s’est vue ensuite occupée par des forces militaires de libération. La guerre semblait sonner le glas d’une Europe développée, à la pointe d’une économie et d’une culture de portée mondiale.

 

 Seules deux superpuissances sont sorties de la guerre avec une grande marge de manœuvre. Les deux empires coloniaux européens, la France et la Grande-Bretagne, affaiblis, se sont vues contraints, par les guerres d’indépendance dans les colonies et les pressions internationales, à renoncer progressivement à leurs possessions. Leur suprématie disparaissant au milieu des années 1950. Les conférences de Yalta et de Potsdam – la France y était absente – qui décidèrent du partage du monde devaient dessiner la carte du monde en deux blocs Est et Ouest.

Dans l’Europe des Balkans et la zone d’occupation soviétique de l’Allemagne, des régimes communistes ont été mis en place. En Extrême-Orient, le Japon, soumis à l’administration américaine, a perdu les territoires conquis. Sakhaline et les îles Kouriles sont devenues soviétiques. La Corée libérée est séparée en deux zones d’occupation américaine et soviétique. La Chine est reconstituée, mais perd le Formose (Taiwan). L’union entre communistes et nationalistes chinois contre le Japon a vécu. Soutenues par l’URSS, les troupes de Mao Tsé-toung reprennent la conquête du pouvoir. Mais le facteur qui va changer les rapports entre les blocs, c'est la révolution dans la puissance de destruction des armements.

 

 Dans les siècles précédents et surtout la première moitié du XXe siècle, la puissance d’une nation se mesurait à la puissance de feu de ses armées. Pour peser sur l’échiquier mondial, toutes les nations européennes ont rivalisé d’ingéniosité en matière de pouvoir de destruction des armements, rendant ainsi les guerres inévitables. Grâce à la performance des armes, des guerres étaient extrêmement meurtrières. Les pertes humaines en 1914-1918 et 1939-1945 en témoignent.

 

 Pour le premier conflit mondial, on estime le coût des pertes humaines à plus de 9 millions de morts et plus de 10 millions de blessés et des destructions considérables. Pour le deuxième conflit mondial qui a fait sombrer l’Occident dans une folie meurtrière sans précédent, rien qu’en Europe, la guerre a fait, selon les estimations, au moins quarante millions de morts. Dans le monde, on fait état de chiffres effrayants, soixante-dix millions de morts et plus, le nombre de blessés se comptaient par dizaines de millions, et cers guerres étaient presque apocalyptiques vu le nombre et la faible durée, en cinq longues années et demie.

 

On peut dire de cette hémorragie d’une humanité, puisque ce ne sont plus deux nations qui se font la guerre, ou dans un seul continent, mais sur la Terre entière, l’humanité entière qui est en guerre puisque cette guerre va ensuite amener les peuples colonisés, des peuples qui représentent les deux-tiers de l’humanité, à se soulever à la fin de la guerre pour conquérir leurs indépendances. Alors peut-on se dire sur ces guerres 1939-1945 et les guerres d’indépendance qui ont suivi, relèvent-elles des « contingences » ou des « nécessités d’un monde qui avance » et qui veulent effacer les quelques quatre à cinq siècles passés. La question se pose à notre conscience, à notre compréhension du sens des guerres qui frappent notre monde ?

 

Que serait-il arrivé à l'humanité si ces armes fussent découvertes au milieu du Deuxième conflit mondial par les nazis et utilisées à grande échelle durant la guerre ? On n'a même pas besoin de s'étendre sur cette question, l'humanité aurait tout simplement perdu tout repère. L'Angleterre serait un tas de ruines. Des millions d'Européens, d'Américains et de Russes auraient probablement été exterminés. Le Deuxième Conflit mondial aurait été apocalyptique.

 

 Une « humanité » qui se serait transformée irrémédiablement en une « inhumanité ». Et l'arme absolue ne s'est pas fait découvrir dans le théâtre européen, mais dans un théâtre lointain, là où il n'y avait pas la guerre. « Un peu comme si la Nature avait pitié des hommes », leur évitant l’apocalypse. Et les essais nucléaires n'ont été concluants que le 16 juillet 1945, une première bombe atomique (au plutonium) américaine a été essayée avec succès à Alamogordo, dans une région désertique de l'État du Nouveau-Mexique ? Moins d’un mois après les essais concluants, deux bombes ont été larguées par les Américains les 6 et 9 août, respectivement sur les villes japonaises, Hiroshima et Nagasaki ? Après explosion, deux villes, deux peuples, avec leurs maisons et leurs infrastructures se sont pratiquement volatilisés de la surface de la terre. C'est comme si ces peuples n'avaient pas existé. En réalité, les habitants d'Hiroshima et de Nagasaki ont existé, mais ils ont existé pour, à vrai dire, ne pas exister. La raison est simple, ils n'ont laissé aucune trace hormis les grands brûlés et les aveugles, restés vivants (ou des restes de cadavres calcinés) qui témoignaient d’avoir vu l'« enfer sur Terre en nature ».

 

 L'âge atomique a ouvert un nouvel ordre mondial, mais il n’est pas fini, et on peut dire qu’il est loin d’être fini. Le Conseil de sécurité groupe les cinq puissances nucléaires retenues, à l’époque. Aujourd’hui de nouvelles puissances nucléaires sont apparues déclarées officiellement ou non, ou au seuil. Neuf États possèdent l'arme nucléaire. Le ⁠Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) distingue les puissances officielles (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) des puissances non officielles (Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël) ; il est fragilisé par des impasses diplomatiques comme l'échec de sa 11e conférence d'examen (27 avril au 22 mai 2026)

 

Et il y a de vrais risques de prolifération nucléaire surtout avec les « États Seuils » ; un État seuil possède les compétences scientifiques et matérielles pour fabriquer une bombe rapidement, sans avoir franchi le pas de l'essai ou de la militarisation. Et l’Iran dont l'enrichissement d'uranium est à des niveaux élevés ravive les craintes. D’autres pays comme le Japon ou le Brésil possèdent d'importantes infrastructures civiles (technologie de pointe, maîtrise du cycle du combustible) qui en font des États à seuil technique ; mais non confrontés à des conflits majeurs avec des puissances nucléaires, ils ne sont pas poussés à passer le seuil. Ce qui n’est pas le cas de l’Iran qui est en guerre et surtout que l’enrichissement nucléaire a été mené pour l’immuniser contre une guerre avec les États-Unis, qui, depuis la révolution islamique de 1979, n’ont cessé de le déstabiliser.

 

Or, avec la guerre menée par les États-Unis et Israël, en 2026, la situation s’est fortement détériorée ; malgré le cessez-le-feu, en vigueur depuis le 8 avril, les frappes américaines et iraniennes ne cessent pas ; des côtés, on avance la « légitime défense ». Et le plus gros problème est que le conflit est dans l’impasse. L’Iran dit qu’il est sorti « victorieux » de la guerre avec les États-Unis ; c’est l’inverse pour les États-Unis qui ne cessent de menacer l’Iran lui intimant de se soumettre à ce qu’il lui est notifié dans les plans de négociation que les États-Unis remettent au pays médiateur, le Pakistan.

 

Il est clair que ni l’Iran ni les États-Unis ne cèderont ; chaque partie cherchera à imposer ses conditions. Si les États-Unis acceptent une solution négociée sans pour autant mettre fin à l’enrichissement nucléaire à fins militaires (au-dessus de 3%) et la remise des 440 kg d’uranium enrichi à 60% hors d’Iran, forcément l’Iran sera gagnant et les États-Unis apparaîtront perdants, ce qui est inacceptable pour les États-Unis. Et vice versa si l’Iran accepte les conditions US.

 

Donc, le cessez-le-feu sera maintenu, les États-Unis maintiendront la pression sur l’Iran, à travers le blocus sur les ports iraniens, les violations de la trêve et ripostes vont se poursuivre ; mais pour les États-Unis, cette situation est préférable que s’ils acceptaient les conditions de Téhéran. En effet, mener une troisième guerre avec Israël contre l’Iran est voué à un nouvel échec et, bien plus grave, la riposte de l’Iran sur les bases américaines stationnées dans les territoires des pétromonarchies arabes du Golfe et sur Israël constituerait une situation très négative pour les États-Unis ; elle ne fera que montrer la faiblesse de la première puissance du monde face à une puissance régionale, l’Iran.

 

 Donc une situation d’impasse et de blocage. Mais cette situation ne s’arrête pas là. Il y a aussi la guerre que mène Israël contre le Hezbollah, et Israël n’arrive pas à arrêter les attaques du Hezbollah sur le sol israélien. Cherchant à mener des frappes contre a banlieue sud de Beyrouth, et compte tenu de la menace de l’Iran de frapper en représailles, Washington a imposé son veto à Israël. Pas question de mener des frappes sur Beyrouth-Sud. Israël a compris qu’une telle action sur la capitale libanaise, il entraînerait les États-Unis dans une troisième guerre contre l’Iran, et Israël sera soumis à des bombardements par l’Iran.

 

Et pourtant, deux jours après, avec l’accord de Washington, Israël bombarde des immeubles à Beyrouth-Sud. Réponse de l’Iran : un parlementaire iranien promet une riposte « ferme et douloureuse », après le raid israélien dans la banlieue sud de Beyrouth.

 

Une situation de guerre entre les États-Unis-Israël et l’Iran-Liban qui ne montre aucune issue de sortie ; bien plus, c’est l’usure, le temps de guerre qui va s’allonger, les souffrances en morts et blessés et destructions d’une grande partie des villages frontaliers libanais avec Israël.

 

Une autre guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran serait contre-productive ; qu’elle durerait un mois, deux ou plus, ceux qui seront touchés le plus sont en premier Israël compte tenu de l’exiguïté de son territoire, les bases américaines dans les pays arabes du Golfe et l’Iran, contrôlant et fermant le détroit d’Ormuz, provoquerait de nouveau une forte hausse du prix du pétrole. Bien entendu l’Iran, mais ce pays est très vaste, et surtout il est habitué à la guerre – près de 8 ans de guerre avec l’Irak, dans les années 1980.

 

Une telle situation fera apparaître, à l’opinion mondiale et aux autres puissances, l’« impuissance » des États-Unis face à l’Iran. Ce qui rendrait très précaire la présence des États-Unis au Moyen-Orient ; les pays de la région et du monde viendrait à douter de la puissance US censée protéger les États arabes alliés de la région.

 

On comprend pourquoi Israël continue ses opérations sur le front sud du Liban contre le Hezbollah et les États-Unis qui ont délimité d’un commun accord avec

I’État hébreu ; l’objectif est de maintenir la pression sur l’Iran et son allié libanais. Et, en même temps, cette pression laisse apparaître que ni les États-Unis ni Israël n’ont atteints leurs buts de guerre. Puisque l’Iran comme le Hezbollah contre-attaque mettant à mal la posture géostratégique des États-Unis et d’Israël, dans cette guerre. Ce qui explique la poursuite des attaques et bombardements d’Israël et plus sporadiques pour les États-Unis suivies de ripostes du camp adverse. 

 

Le problème dans cette logique de guerre qui est « limitée », non totale, est dicté par le rapport des forces. La résilience de l’Iran et du Hezbollah dans la guerre a amené les États-Unis à être confrontés à une impasse « insoluble » où le facteur temps posera un grand problème dans la poursuite de la guerre. Certes, sur le plan du facteur temps, ce sont surtout les populations civiles surtout au Liban et à Gaza qui en paieront le prix en morts de femmes, d’enfants, d’hommes.

 

Une autre guerre majeure se greffe sur le conflit iranien, l’Ukraine. En ne prenant que la déclaration le vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, du 3 juin 2026. Il dit : « La Russie pourrait recourir à l'arme nucléaire en réponse à une atteinte à son intégrité territoriale « dans le pire des cas ». Il a appelé les pays à prendre cet avertissement « avec le plus grand sérieux ».

 

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio l’a confirmé. Il s’est inquiété du risque « d’escalade », après l’attaque de drones ukrainiens qui ont touché des sites énergétiques et militaires à Saint-Pétersbourg, en Russie.

 

« Ce qui a changé ces derniers mois, c’est que l’Ukraine est devenue de plus en plus efficace pour mener des frappes à longue portée en profondeur sur le territoire russe (...) et je pense que c’est l’une des raisons qui nous rappellent pourquoi il est important d’essayer de mettre fin à cette guerre, si nous le pouvons, car le risque d’escalade est réel, plus réel qu’il ne l’était il y a deux ans », a-t-il déclaré devant une commission parlementaire.

 

« A ce stade, aucune des deux parties n’a été disposée à faire les concessions nécessaires pour rétablir la paix, en particulier du côté russe », a relevé M. Rubio, disant que les Etats-Unis restaient « prêts à jouer tout rôle possible dans ce contexte pour rétablir la paix ».

 

Il a concédé que « les perspectives ne semblaient pas très bonnes quant à la volonté de l’une ou l’autre des parties de faire les concessions nécessaires pour parvenir à un accord ».

 

Qu’est-ce qu’on remarque dans ces impasses tant en Iran qu’en Ukraine ? Ne perdons pas de vue que ce sont les États-Unis qui sont le plus gros contributeur dans la Guerre en Ukraine ; ce sont surtout eux qui arment l’Ukraine. Bien que la France et le Royaume-Uni soient des puissances nucléaires, ce sont les États-Unis, en tant que superpuissance mondiale, qui protège l’Europe de la Russie.

 

Donc si retournement il y a en Ukraine ou en Iran, à l’avantage de la Russie et de l’Iran, le premier perdant, ce sont les États-Unis ; les pays européens le sont aussi, mais c’est leur sponsor qui en aura le plus à souffrir ; surtout au Moyen-Orient par où passe 20% de la production mondiale de pétrole facturée pratiquement en dollars US ; les fameux « pétrodollars » qui octroient le « privilège exorbitant » à la Banque centrale des États-Unis (Fed) d’émettre des liquidités monétaires massives pour financer les déficits extérieurs américains.

Sans ces pétrodollars, l’économie US serait en crise qui durerait longtemps avec des répercussions au niveau mondial.

 

La question qui se pose : « Que va-t-il arriver avec cette double impasse en Ukraine et en Iran ? » Une escalade ? Tout le laisse à penser, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio l’a déclaré ; c’est simplement parce que l’escalade est une réalité très plausible. Et comme il le confirme : « le risque d’escalade est réel, plus réel qu’il ne l’était il y a deux ans. »

 

Pourquoi après deux ans ? Parce qu’aujourd’hui une autre guerre est apparue et aussi complexe et peut-être plus ; le détroit d’Ormuz qui est sous contrôle de l’Iran et auquel il faut ajouter 450 kg d’Uranium enrichi à 60% qui ne laisse qu’une semaine ou deux pour le porter à 90%, prêt à être utilisé dans une ogive nucléaire. Et ni les États-Unis ni l’AIEA ne savent les progrès réalisés par l’Iran sur cette donne stratégique.

 

Force de dire que la situation ne restera pas dans l’état ; en Ukraine ou en Iran, le statu quo deviendra à terme intenable. Quand le président Vladimir Poutine dit que Donald Trump est occupé par l’Iran où les enjeux sont plus importants, c’est seulement ce qui transparaît dans les déclarations du président américain qui donnent l’impression être préoccupé plus par le conflit avec l’Iran qu’avec l’Ukraine.

 

En fait, le président russe espère toujours que l'accord-cadre d'Anchorage, issu du sommet historique d’août 2025 en Alaska qu’il a eu avec Trump, pourrait être la solution. En fait, celui-ci n’est plus d’actualité, pour la simple raison que l'accord-cadre d'Anchorage, exigeant que Kiev devait céder des territoires à la Russie, n’a été suivi d’aucun cessez-le-feu. Un accord pour ainsi dire mort-né.

 

Avec la guerre en Iran et au Liban, la situation est pire pour les États-Unis, pour l’Ukraine et pour Israël. L’Ukraine avec ses frappes en profondeur dans le territoire de la Fédération de Russie donne cette impression qu’elle est en train de retourner le cours de la guerre ; ce n’est là qu’une apparence. Et Marco Rubio en a fait le constat.

 

Aussi peut-on s’interroger : « Que va-t-il se produire en 2026 ? Et qu’en est-elle cette escalade ? Risquera-t-elle de devenir « nucléaire » ?

 

Il est difficile de croire que la Russie, acculée, recourra à l’arme nucléaire. C’est pratiquement impossible ; la riposte pour la Russie est de faire durer le conflit autant de temps qu’il faudrait pour épuiser l’adversaire. L’Iran aussi, habitué aux sanctions, aux embargos, continuerait à contrôler le détroit d’Ormuz, tout en ripostant aux violations de la trêve par l’armée américaine ; ce faisant, l’Iran épuiserait les forces US. Mais alors, l’escalade dont parle le secrétaire d’Etat américain n’est pas une idée en l’air.

 

« Avec l’impasse et l’absence de sortie de crise, et une pression d’une partie sur une autre, une escalade pourrait survenir. » Et deux questions se posent : « Est-ce de la guerre en Ukraine ou d’Iran que viendra l’escalade et l’escalade qui résultera pourrait influer sur les deux guerres ? Que sera-t-elle cette escalade ? « Conventionnelle ou nucléaire ? » D’avance, si l’escalade reste conventionnelle avec extension à d’autres parties, la guerre se terminera comme cela a été dans les guerres précédentes. Si l’escalade est nucléaire, la situation change totalement ; cependant la dissuasion va forcément fonctionner, et interdira toute idée de frappe nucléaire contre une ou l'autre partie.

 

Force est de constater que l'humanité se trouve à l'un des carrefours les plus décisifs de son histoire. Ces deux guerres, en Ukraine et au Moyen-Orient, ne sont pas de simples conflits régionaux ; elles sont le révélateur d'un ordre mondial en profonde mutation. Comme après 1918 et 1945, ce sont les ruines et les sacrifices qui forgent, douloureusement, les conditions d'un monde nouveau. Que cet ordre émergent soit plus juste, plus équilibré, moins soumis à l'hégémonie d'une seule puissance, voilà l'enjeu véritable que ces guerres posent à la conscience de l'humanité. Que ces sacrifices ne soient pas vains, c'est l'exigence minimale que l'histoire impose aux puissances qui tiennent aujourd'hui le destin du monde entre leurs mains.

 

L’auteur : Medjdoub Hamed est chercheur indépendant spécialisé en économie mondiale, relations internationales et prospective. Ses travaux s'attachent à articuler les grands cadres théoriques de la philosophie et des sciences sociales avec l'analyse des dynamiques géopolitiques contemporaines.




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