De l’Ukraine au détroit d’Ormuz : guerres d’usure et Inflation au service du Rééquilibrage monétaire mondial
Comment comprendre les guerres actuelles qui se jouent depuis plus de quatre ans en Ukraine et depuis près de trois ans au Moyen-Orient, depuis l'attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023 jusqu'à l'extension du conflit à l'Iran en 2025-2026 ?
On assiste trop souvent aux conflits modernes comme à une suite de tragédies géographiques isolées. Comme aujourd'hui, d'un côté, l'Ukraine et la Russie apparaissent figées dans une guerre d'usure interminable. De l'autre, le golfe Persique et la mer Rouge sont le théâtre d'une instabilité chronique, rythmée par des tirs sporadiques de missiles balistiques et des attaques de drones. Bien que ces deux foyers ébranlent profondément le commerce mondial, les discours politiques dominants, qu'ils émanent de Washington, de Paris ou de Londres, s'évertuent à traiter ces crises selon une grille de lecture purement sécuritaire et géopolitique.
On y parle de droit international, de lignes rouges, d'alliances sacrées et d'axes du mal. Pourtant, derrière ce rideau de fumée médiatique et idéologique se cache une réalité d'une tout autre nature. Une analyse rigoureuse, combinant l'exigence de la recherche et l'étude des dynamiques sur le temps long, révèle que ces conflits ne sont pas des anomalies accidentelles de l'Histoire ; ils en sont paradoxalement les rouages indispensables aux avancées de l'économie mondiale.
Sur le plan des conflits, l'Ukraine et le Moyen-Orient ne constituent pas deux guerres séparées ; ce sont deux événements intrinsèquement liés, relevant d'un même cœur systémique à travers lequel est en train de s'opérer un rééquilibrage dynamique du pouvoir mondial.
L'objectif de cette étude est de lever le voile sur la cohérence profonde de la marche du monde. La stratégie d'usure observée dans ces deux conflits ne relève pas d'une aberration ; elle répond à une nécessité historique supérieure, que notre analyse se propose de dérouler à travers trois strates de lecture successives : celle, la plus visible, des coûts matériels et des impasses politiques ; celle, plus profonde, de la trajectoire historique du déclin hégémonique occidental depuis 1945 ; et enfin celle, la plus souterraine, d'un mécanisme monétaire mondial resté jusqu'ici largement impensé.
Car une question centrale traverse ces trois niveaux : pourquoi surgit-il, de manière quasi systématique, un phénomène inflationniste bien précis lors des guerres et des graves crises, un phénomène que les Banques centrales occidentales, émettrices des monnaies de réserve internationales, s'empressent ensuite de juguler en relevant leurs taux d'intérêt directeurs, alors même que ce sont ces mêmes institutions qui, par leur création monétaire massive, l’ont fait naître et prospérer ? C'est ce paradoxe qui commande la structure de cette étude, et dont la résolution n'apparaîtra pleinement qu'au terme du parcours.
I. L'opération « Fureur épique » et le bilan matériel du Pentagone
Ce n'est pas la guerre en Ukraine qui a été le détonateur ; elle en a été la mèche. Le détonateur est venu ensuite : il a commencé par l'attaque du Hamas et s'est prolongé par une autre guerre, d'abord l'attaque israélo-américaine contre l'Iran en juin 2025, puis l'attaque de l'armée américaine seule contre l'Iran à partir de fin février 2026. Cette guerre, qui a désormais pour enjeu le détroit d'Ormuz, s'enlise dans un état stationnaire, un cessez-le-feu entrecoupé d'attaques sporadiques de part et d'autre.
Le point de départ de la prise de conscience globale de ce blocage systémique se situe dans le Golfe Persique. Pendant des décennies, l'Occident a considéré son emprise navale sur les grands verrous maritimes mondiaux comme une constante immuable. L'opération « Fureur épique », menée par les forces américaines et leurs alliés occidentaux pour tenter de briser le blocus imposé par l'Iran et sécuriser le détroit d'Ormuz, a profondément remis en cause cette certitude. Le rapport officiel de l'Inspecteur général du Pentagone, transmis au Congrès américain pour la période s'étendant du 28 février au 30 juin, dresse à cet égard un bilan d'une gravité inédite.
Sur le plan purement budgétaire, l'opération a englouti la somme astronomique de 33,4 milliards de dollars en l'espace de seulement quatre mois, un chiffre que l'administration américaine a tenté de minimiser au nom du secret défense, mais qui masque une asymétrie économique intenable pour le modèle occidental. Sur ces 33,4 milliards, 22,3 milliards ont été consumés uniquement par les munitions tirées : pour contrer des vagues de drones d'attaque à bas coût, de type Shahed-136, estimés à quelques dizaines de milliers de dollars l'unité, et des missiles balistiques iraniens, l'US Navy a dû saturer son espace aérien de missiles intercepteurs avancés (SM-2, SM-3, Patriot) dont le coût unitaire oscille entre 2 et 10 millions de dollars.
Cette disproportion financière a provoqué ce que le Pentagone qualifie désormais en coulisses de « crise des munitions » : les goulots d'étranglement de l'appareil militaro-industriel américain, incapable de reconstituer ces stocks de haute technologie à une cadence de guerre de haute intensité, sont apparus au grand jour, contredisant de manière flagrante la rhétorique triomphaliste de Donald Trump, qui affirmait sur ses réseaux sociaux que les réserves américaines étaient « pratiquement illimitées ».
Au-delà de la consommation de munitions, le rapport de l'inspecteur général chiffre les pertes matérielles directes en équipements à 3,7 milliards de dollars, révélant une vulnérabilité physique que Washington n'avait jamais admise publiquement. Entre 24 et 30 drones d'attaque MQ-9 Reaper ont ainsi été abattus par les défenses antiaériennes iraniennes ou se sont écrasés sous l'effet du surmenage opérationnel ; 4 avions de chasse F-15E Strike Eagle ont été entièrement détruits lors de frappes de représailles sur des bases avancées ; 1 chasseur furtif F-35A Lightning II a subi de lourds dommages, le rendant indisponible pour de longs mois.
La flotte de ravitaillement n'a pas été épargnée : entre 7 et 12 avions-citernes KC-135 Stratotanker ont été détruits ou gravement endommagés, notamment lors d'un crash majeur sur le sol irakien, portant un coup sévère aux capacités de projection à longue distance de l'US Air Force. À cela s'ajoutent la perte de 4 hélicoptères d'attaque légers AH-6 et d'un hélicoptère de recherche et sauvetage au combat HH-60W Jolly Green II, la destruction d'un avion radar AWACS E-3 Sentry et de deux avions de transport de forces spéciales MC-130J Commando II, ainsi que la perte d'un drone de surveillance maritime MQ-4C Triton, pulvérisé par un missile balistique, tandis qu'un drone submersible autonome de pointe (Dive-LD) a été capturé intact par les forces navales de Téhéran.
Le rapport révèle également que les frappes de missiles balistiques iraniens ont touché ou détruit plus de 228 structures militaires réparties dans huit pays du Moyen-Orient – Irak, Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Oman et Jordanie. L'Irak concentre à lui seul 157 millions de dollars de dégâts physiques sur les installations américaines, sous l'impact de plus de 600 attaques de harcèlement. Le cas le plus critique reste celui de la base navale de Bahreïn, port d'attache névralgique de la 5e Flotte américaine : face à l'intensité des bombardements et à l'impossibilité de garantir la sécurité des bâtiments de surface, le commandement central américain (CENTCOM) a été contraint de déplacer une part majeure de sa logistique vers l'atoll britannique de Diego Garcia, à plus de 3 500 kilomètres du golfe d'Oman.
Ce repli stratégique s'est transformé en un gouffre opérationnel, les navires d'approvisionnement devant désormais effectuer des traversées de 14 à 18 jours de mer pour ravitailler la flotte restée en zone de conflit. Privés de ports d'attache sécurisés pour le repos, à l'image du groupe aéronaval du USS Abraham Lincoln déployé en continu pendant neuf mois, les équipages subissent un épuisement psychologique et matériel sans précédent, forçant le Pentagone à dépêcher le USS George Washington en remplacement d'urgence.
Pour couronner le tout, le Département d'État accuse 184 millions de dollars de dégâts physiques sur ses infrastructures diplomatiques, notamment à Erbil, complétés par un surcoût mensuel de 24,5 millions dû à l'évacuation du personnel non essentiel dans sept capitales de la région.
II. Guerres d’usure en Ukraine et au Moyen-Orient. L'impasse diplomatique
L'examen de ces données matérielles brutes conduit naturellement à s'interroger sur la rationalité des acteurs politiques qui maintiennent ces théâtres d'opérations ouverts, malgré un coût de toute évidence insoutenable. C'est ici que l'on pénètre dans le « premier niveau de sens de notre analyse » : l'impasse politique et les contradictions inhérentes au leadership occidental contemporain.
Sur le front européen, les dirigeants des nations occidentales affichent une détermination sans faille à soutenir l'Ukraine face à la Russie, une posture que l'appareil d'État russe, par la voix de ses diplomates et de ses analystes de sécurité, qualifie de politique de « têtes brûlées ». En fait, les dirigeants européens paraissent des « têtes brûlées », mais en réalité, la guerre en Ukraine et celle du Moyen-Orient sont nécessaires au regard de l'Histoire.
En alimentant en continu la machine de guerre ukrainienne par des livraisons d'armes à longue portée, des financements à fonds perdus et un soutien en renseignement satellitaire, les gouvernements européens croient défendre l'intégrité de leurs frontières et affaiblir durablement le géant russe. En réalité, ils soufflent sur les braises d'un conflit gelé qui dévore leurs propres économies. L'impasse est totale : l'Europe s'est coupée de ses approvisionnements énergétiques historiques bon marché, s'exposant à une désindustrialisation rampante, tout en vidant ses propres arsenaux pour maintenir une ligne de front de plus de 1 000 kilomètres. En agissant ainsi, les élites européennes s'enferment dans une guerre d'usure qu'elles ne peuvent pas gagner sur le plan industriel, face à une Russie qui a basculé l'intégralité de son économie en mode de production de guerre. De surcroît, le statut de la Russie comme l'une des deux plus grandes puissances nucléaires de la planète, combiné à son immense territoire, sans commune mesure avec celui des autres nations, laisse peu d'espoir quant à une victoire militaire de l'Ukraine.
De l'autre côté de l'Atlantique, la communication du président américain Donald Trump offre un contraste saisissant de contradictions. Trump s'est auto-proclamé l'homme de la paix, capable de régler la crise ukrainienne « en 24 heures » et d'ouvrir des canaux de négociation directs avec Téhéran. Pourtant, la réalité de ses actions dessine une stratégie radicalement différente : celle de l'omniprésence ambiguë, d'une posture consistant à être simultanément « ici et là ».
Interrogé récemment en marge d'un tournoi de golf en Irlande, Trump a balayé d'un revers de main les efforts de médiation menés par le sultanat d'Oman pour désamorcer les tensions maritimes dans le Golfe, affirmant qu'il « se fichait » de ces pourparlers. Pendant qu'il feint de chercher la paix pour séduire un électorat américain lassé des interventions extérieures lointaines, son administration continue de valider l'envoi d'aide logistique et militaire à l'armée ukrainienne pour éviter un effondrement géopolitique qui ternirait son image de force.
Plus flagrant encore, lorsqu'il s'exprime sur la hausse vertigineuse des prix du pétrole, Trump attribue systématiquement la responsabilité aux frappes de drones ukrainiens sur les raffineries russes, observant un mutisme total sur le blocus iranien dans le détroit d'Ormuz et sur le fiasco matériel de l'opération « Fureur épique ». Évoquer le Moyen-Orient l'obligerait à admettre que l'armée américaine est tenue en échec par l'asymétrie de la guerre d'usure iranienne.
Dans ce théâtre d'ombres, la Russie se trouve dans l'obligation géopolitique absolue de maintenir et d'intensifier sa pression militaire : la guerre se déroule à ses frontières immédiates. Le territoire russe, un empire géographique de 17 millions de kilomètres carrés gorgé de gaz, de pétrole, de terres rares et de minerais précieux, constitue l'objet d'une convoitise historique permanente de la part des puissances occidentales. Pour l'OTAN, s'imposer en Ukraine ou enserrer la Russie à ses marges occidentales est un acte stratégique primordial, et donc une nécessité impérative pour encercler le véritable rival du XXIe siècle : la Chine.
Ce conflit transcende ainsi la simple rivalité géopolitique pour épouser les contours d'un choc des civilisations tripartite, opposant l'Occident technocratique et universaliste, qui cherche à imposer son modèle normatif et financier mondial globalisé, à la Chine, puissance industrielle et démographique continentale engagée dans une stratégie de long terme pour sécuriser ses routes d'approvisionnement en matières premières, et à la Russie, pont culturel orthodoxe et eurasiatique, jalouse de sa souveraineté territoriale et résolue à briser l'unilatéralisme occidental par la force s'il le faut.
III. La marche forcée de l'humanité : le déclin hégémonique depuis 1945
Pour comprendre la véritable portée de ces conflits figés, il convient de s'extraire de la temporalité de l'actualité immédiate pour inscrire notre réflexion dans le temps long de l'Histoire macroéconomique. C'est le « deuxième sens de notre analyse » : ces deux guerres apparemment bloquées constituent en réalité une marche forcée, douloureuse mais nécessaire, pour acter le déclin de l'hégémonie occidentale et assurer l'existence d'une immense masse de l'humanité jusqu'ici invisible aux yeux des centres de pouvoir du Nord.
L'histoire de l'Occident depuis 1945 peut se lire comme une longue suite de reculs géopolitiques successifs, déguisés en choix politiques ou en ajustements stratégiques. Le processus a commencé avec la décolonisation, qui a sonné le glas des empires coloniaux britanniques, français, hollandais… ; pour la première fois, des millions d'êtres humains réclamaient le droit d'exister en dehors de la tutelle des métropoles européennes. Ce mouvement de fond s'est heurté à la résistance violente de l'Occident, mais la force asymétrique de l'Histoire – deux Guerres mondiales – a fini par l'emporter.
Chaque décennie depuis lors a apporté son jalon dans le déclin hégémonique. La guerre du Vietnam (1960-1975) a démontré au monde entier qu'une armée de paysans déterminés, soutenue par une logistique asymétrique, pouvait tenir en échec la plus grande puissance technologique du monde. En 1973, la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier qui en a découlé ont brisé le mythe de l'invincibilité de l'axe israélo-américain au Moyen-Orient, introduisant pour la première fois l'arme économique du brut comme contre-pouvoir politique.
Au tournant du XXIe siècle, l'Occident, grisé par sa victoire apparente lors de la chute du bloc soviétique, a cru pouvoir imposer un ordre unipolaire par les guerres d'Irak et d'Afghanistan (2001-2021). Vingt ans plus tard, le constat est sans appel : ces interventions se sont soldées par des fiascos financiers, militaires et moraux absolus pour l'armée américaine et l'OTAN. Le retour précipité des Talibans à Kaboul en août 2021 est l'image directe de cette impuissance.
L'Occident a dépensé des milliers de milliards de dollars pour un résultat politique nul, laissant des pays exsangues et renforçant la détermination de ses adversaires stratégiques. L'Ukraine et le blocus actuel du Golfe s'inscrivent en ligne droite dans cette trajectoire historique : les forces de l'OTAN ne parviennent plus à dicter leur loi.
Qu'il s'agisse de la prise de contrôle stratégique du détroit de Bab el-Mandeb par les rebelles Houthis au Yémen, qui ont capturé l'île stratégique de Périm (Mayyun) et forcé la fermeture de l'oléoduc Est-Ouest saoudien par des frappes de drones, ou de la résistance de l'armée russe sous les salves de sanctions occidentales, le constat reste le même : la capacité d'emprise de l'Occident sur le reste du monde baisse de manière irréversible. La puissance militaire occidentale s'use dans des guerres de position immobiles, incapable d'imposer un coup d'arrêt aux acteurs émergents.
IV. La métaphysique de l'inflation et le grand cycle de la liquidité
Nous touchons ici au « troisième sens de notre analyse », le plus souterrain, le plus invisible, et pourtant le plus fondamental : la dimension monétaire et financière de la guerre d'usure globale. C'est dans ce domaine que se révèle la cohérence absolue de la marche du monde. Le monde contemporain, marqué par une explosion démographique sans précédent dans le Sud Global, dont la population est estimée aujourd’hui à environ 7 milliards d’habitants, ce qui représente 85% de la population mondiale, a un besoin vital et perpétuel de liquidités monétaires massives pour assurer sa simple survie élémentaire. Or, une question cruciale se pose : qui détient le pouvoir d'émettre ces liquidités internationales ?
L'architecture financière mondiale issue des accords de Bretton Woods (1944) a conféré aux Banques centrales occidentales, au premier rang desquelles la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE), suivies de celles du Japon et du Royaume-Uni – la Chine émergeant tardivement avec le renminbi, depuis septembre 2016 –, le monopole exclusif de l'émission des monnaies de réserve internationales. Le dollar américain et l'euro sont les principales monnaies utilisées pour le commerce international des denrées de base, de l'énergie et des technologies ; elles représentent près de 80 % des monnaies de réserve au niveau mondial.
Les monnaies nationales des pays du Sud Global n'ont, elles, aucun pouvoir d'action en dehors de leurs frontières intérieures. Ce système crée une asymétrie violente : l'Occident jouit d'un « privilège exorbitant », celui de créer de l'argent par un simple jeu d'écritures comptables, sans contreparties physiques, et d'utiliser ce papier pour importer les richesses réelles produites par les bras et les ressources du reste du monde. À l'inverse, les pays du Sud Global, bien que représentant la majorité absolue de la population de la planète, se trouvent structurellement démunis : ils souffrent de la rareté des devises occidentales, que les banques centrales du Nord émettent avec parcimonie pour maintenir leur propre domination économique et contenir l'inflation domestique.
C'est précisément là que la guerre intervient comme un « catalyseur systémique obligatoire ». En bloquant les routes maritimes et en perturbant les infrastructures de production, les conflits au Moyen-Orient venant s’ajouter au conflit en Ukraine provoquent une flambée immédiate et massive du prix du pétrole ; le Brent s'installant au-dessus des 107 dollars le baril influe, par extension, sur toutes les matières premières mondiales. Cette hausse des prix change de nature sous le regard de la macroéconomie basée sur les rapports de force : elle devient un « ordre de virement forcé ».
Pour continuer à vivre, à faire tourner ses industries et à maintenir le niveau de vie de ses populations, l'Occident est « obligé » d'injecter des masses monétaires colossales dans les circuits mondiaux pour payer ses factures énergétiques et ses importations courantes. L'argent créé par la Fed et la BCE quitte les coffres du Nord pour se déverser vers les pays producteurs de ressources et les économies industrielles d'Asie. L'inflation mondiale n'est pas une maladie économique accidentelle : elle est le « sang monétaire qui irrigue la planète », le mécanisme par lequel l'asymétrie de la guerre arrache à l'Occident sa liquidité jalousement gardée pour la redistribuer de force à un Sud Global démographique qui en a un besoin vital pour survivre.
Cette grille de lecture permet de comprendre le comportement, autrement paradoxal, des Banques centrales occidentales à la suite de ces vagues d'inflation. Lorsque la Fed ou la BCE augmentent brutalement leurs taux directeurs, le discours officiel affirme qu'elles luttent contre l'inflation pour stabiliser l'économie. En réalité, elles interviennent en bout de chaîne pour fermer logiquement le cycle : l'inflation a déjà accompli sa mission historique, elle s'est élevée pour forcer la distribution de la liquidité mondiale là où elle était nécessaire.
Une fois que ce sang monétaire a irrigué les circuits de la planète et opéré la mutation structurelle du rapport de force, les Banques centrales occidentales augmentent les taux pour siffler la fin de la séquence. C'est une fermeture de sécurité permettant d'éviter l'effondrement total des monnaies de réserve et de stabiliser le « patient mondial » jusqu'au prochain choc géopolitique.
Conclusion : Une symbiose forcée par l’Histoire pour la survie de la planète
En définitive, l'analyse combinée des pertes matérielles de l'opération « Fureur épique », des impasses diplomatiques entretenues par les dirigeants politiques, et des grands cycles de création monétaire révèlent une « harmonie historique » derrière le chaos apparent des guerres d'usure. Les frictions armées de notre siècle ne sont pas des ruptures de civilisation, mais les outils violents « commandés » par l’Histoire, dans la régulation monétaire « forcée » à l’échelle mondiale.
L'Occident ne distribuerait jamais ses liquidités de son propre gré au reste du monde ; il y est contraint par la hausse mécanique des prix induite par la guerre. En retour, cet argent créé permet aux nations occidentales de continuer à importer le travail réel de l'Asie et les ressources du Sud, maintenant un équilibre asymétrique où tout le monde gagne à ce que le jeu se poursuive pour éviter une panne systémique généralisée. L'Histoire n'avance pas par la vertu des discours pacificateurs, mais par la marche forcée de ces vases communicants macroéconomiques, où la guerre arrache la monnaie du Nord pour « abreuver » la réalité démographique du Sud.
Medjdoub Hamed
Chercheur

