De la Dignité du Travail
Le fond du problème
I. Témoignage d’un homme passé par tous les mondes
Il est issu du lumpen français pré immigration. Il a grandi dans les marges, dans les zones où l’État ne mettait pas les pieds, dans les endroits où la débrouille était la seule économie. Puis il a traversé toutes les classes sociales : les ouvriers, les employés, les cadres, les élites, et même les multimilliardaires, dans leurs cercles où l’argent n’est plus un outil mais un climat.
Ce parcours lui donne une vision rare : il a vu la France d’en bas, d’en haut, et d’entre les deux. Et il peut dire une chose : le fond du problème n’est jamais abordé au moins depuis 1981.
II. Comment la France a fabriqué trois mondes ouvriers
Pendant quarante ans, la France a laissé se créer trois mondes distincts dans les classes populaires :
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Les natifs des classes ouvrières, héritiers de l’industrie, du travail manuel, des solidarités de quartier.
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Les travailleurs immigrés, arrivés dans les secteurs les plus durs et les plus mal payés.
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Des franges du lumpen, issues de trajectoires migratoires troubles (cf Scarface le film), qui ont structuré l’économie informelle là où l’État s’est retiré.
Ces trois mondes vivent côte à côte, mais pas ensemble. Ils n’ont pas les mêmes réseaux, pas les mêmes horizons, pas les mêmes loyautés, pas les mêmes rapports à l’État.
Ce n’est pas la faute des individus. C’est la faute d’un système qui a utilisé la précarité pour fragmenter la classe ouvrière et de tous partis politiques anti ouvriers.
III. Le rôle du capital : diviser pour neutraliser
Les enquêtes sociologiques le montrent : le capital a toujours cherché à diviser le salariat pour éviter une nouvelle 1968.
Comment ?
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destruction de l’industrie,
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éclatement des statuts (CDI, CDD, intérim, plateformes),
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utilisation de main d’œuvre précaire pour casser les salaires,
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tolérance de l’économie informelle dans les zones les plus pauvres,
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segmentation des trajectoires sociales.
Résultat : la classe ouvrière n’a pas disparu — elle a été dissoute.
IV. Le pacte silencieux : paix sociale contre économie informelle
Dans les quartiers populaires, un compromis tacite s’est installé :
“On tolère une partie de l’économie informelle, vous nous laissez la paix vous contenez le mécontentement par tous les moyens....”
Ce pacte a :
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stabilisé certains territoires,
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évité des affrontements,
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permis aux élites de vivre tranquilles,
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mais détruit toute possibilité de solidarité ouvrière.
Car l’économie informelle :
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concurrence l’économie légale,
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offre un ascenseur social parallèle,
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crée des loyautés locales,
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fragmente les quartiers,
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isole les travailleurs manuels.
Les “pauvres légaux” — ceux qui bossent, paient leurs impôts, respectent les règles — sont les grands perdants du pacte.
V. Pourquoi les grandes manifs unitaires ne reviendront pas
En 1968, les ouvriers formaient un bloc homogène. Aujourd’hui, ils sont éclatés en trois mondes :
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un monde légal,
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un monde précaire,
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un monde informel.
Cette fragmentation empêche :
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les grandes grèves,
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les grandes manifs,
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les grandes solidarités,
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les grandes conquêtes sociales.
La lutte des classes existe toujours. Mais la classe elle-même a été fracturée.
VI. Le travail manuel : le grand sacrifié
Le travail manuel est devenu :
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mal payé,
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invisible,
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concurrencé par l’informel,
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dévalorisé culturellement,
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isolé politiquement.
Il n’a plus :
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de bloc social,
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de syndicats puissants,
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de conscience collective,
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de solidarité territoriale.
Il est le cœur du problème, et le problème que personne ne veut traiter.
Parce que revaloriser le travail manuel impliquerait :
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augmenter massivement les salaires,
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affronter le patronat,
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casser le pacte informel,
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reconstruire une unité ouvrière,
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redonner du pouvoir aux travailleurs,
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réduire les inégalités territoriales.
Aucun gouvernement ne veut ouvrir cette boîte.
VII. Les jeunes pris entre la clé de 12 et le kilo de résine
Dans les quartiers populaires, le choix des jeunes n’est pas moral, il est mathématique.
L’économie légale leur propose :
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mécano, carrossier, livreur, manutentionnaire, intérim : 1 800–2 000 € par mois, dos cassé, horaires éclatés, aucune reconnaissance, “rouler sous les bagnoles” pour un salaire qui ne permet même pas de quitter le quartier.
L’économie informelle leur propose :
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quettant : quelques centaines d’euros par semaine,
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petit échelon : 3 000–5 000 € par mois,
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échelon supérieur : 10 000, 20 000, parfois 50 000 € sur une période courte,
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statut local, ( petites bagnoles de luxe, Porsche Maserati, l'argent immédiat plein les poches, papa maman contents, frigo plein, études payantes pour les gamins !
Et au-dessus de tout ça, une utopie :
devenir star du foot, du basket, du combat, c’est-à-dire gagner le jackpot dans un système où la probabilité réelle est proche de zéro.
Le message implicite que la société envoie à ces jeunes est simple :
“Si tu restes dans le légal, tu survivras. Si tu prends un risque minime , tu peux vivre confortablement . Si tu deviens une star, tu peux briller.”
Dans ce contexte, le travail manuel légal devient un non choix : il est perçu comme une punition, pas comme un avenir.
Ce n’est pas que les jeunes “aiment le deal”. C’est que le système leur propose un horizon légal tellement faible que l’illégal apparaît comme une rationalité économique, et la starification sportive comme une religion de substitution.
VIII. Ce dont personne ne parlera avant une rupture majeure
Le fond du problème est trop explosif. Il touche :
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le capital,
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l’État,
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les élites,
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les quartiers,
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les travailleurs,
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l’économie informelle,
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les trajectoires migratoires,
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la sécurité,
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la cohésion sociale.
C’est un nœud. Un nœud que personne ne veut défaire.
Alors on attend. On attend la prochaine rupture. La prochaine secousse. La prochaine révolution sociale — quelle qu’en soit la forme — qui forcera la société à regarder ce qu’elle a ignoré :
Mais p*****, vous allez revaloriser le travail manuel nom de D*** !
PS : des lecteurs qui n ont pas lu Marx
ignorent que les machines ( robots ou fraîseuses ...) ne créent pas de valeur mais ne font que la transmettre. Ne pas confondre valeur et richesse !


