De nouvelles façons de traquer les indignés ?
Barack Obama en personne l'a dit : il craint autant les Indignés que le Tea-Party, qu'il met sur le même niveau. Libre à lui de mélanger les torchons avec les serviettes, mais il serait mieux inspiré, en ce moment, de surveiller... ces propres services secrets. Non pas à l'étranger, pour le nombre de personnes tuées par ses drones, chose dont les américains ne se préoccupent que fort peu, mais au sein même de son pays, où des techniques de surveillance à la Big Brother prennent une dimension importante. On s'en est aperçu récemment une nouvelle fois en Californie, ou un jeune étudiant a découvert un drôle de boîtier GPS sous son véhicule. Ce n'est pas la première fois, je vous avais parlé il y a un an pile de la première tentative en affirmant qu'elle était déjà grave. La seconde est du même tonneau : le procédé de surveillance semble depuis s'être nettement amélioré... aujourd'hui, face à un mouvement qui s'attaque en priorité aux racines mêmes du capitalisme, en ayant popularisé le mot de "bankster" on doit s'attendre dans les jours à venir à trouver d'autres méthodes des pouvoirs en place pour dénigrer les indignés, où tous ceux qui seraient tentés de les rejoindre. L'arsenal s'étoffe de jour en jour.
La première fois c'était un étudiant iranien qui avait été visé par la méthode : Yasir Afifi, un jeune étudiant en marketing âgé de vingt ans du Mission College de Santa Clara, en Californie. Cette fois "l'heureux élu" se prénomme Greg, c'est un hispano-américain : visiblement, le procédé ne s'intéresse pas aux américains blancs. Il s'est aperçu de sa présence de l'engin en allant voir sa mère à Modesto, à 80 miles de San José. A peine la vérification faite, l'engin avait déjà disparu : le photographe que Greg avait fait venir le lendemain pour constater la présence du bidule était reparti hélas bredouille. Ne la surveyant pas toutes les deux minutes, cela avait en effet pu se produire, c'était lui qui passait alors pour un affabulateur. Ayant néanmoins raconté son aventure à ses amis, l'un d'entre eux lui dira que quelques jours plus tard, il avait vu quelqu'un s'approcher à nouveau du dessous du véhicule, à l'arrière gauche : près de l'emplacement du petit boîtier qui avait été facilement détecté, car son antenne orientée ver le sol était trop visble.. En vérifiant le jour-même, Greg avait constaté que l'engin était revenu à son emplacement, ou presque, seulement l'avait-on un peu bougé d'emplacement : on l'avait donc remis en place pour qu'il devienne cette fois encore moins visible !
A la place de l'engin de l'année dernière, au boîtier de piles imposant, de nets progrès de miniaturisation de la batterie ont été faits : le nouvel émetteur n'est pas plus grand qu'un téléphone portable, et semble comporter sa propre batterie interne. Mais est bien par définition un pisteur GPS. On est en droit de se demander à quoi ça peut bien correspondre cette technicité alors que l'étude des localisations des téléphones par triangulation d'émetteurs peut se faire par une simple question posée par le Homeland Security aux fournisseurs d'accès Internet. A croire qu'entre différents services, FBI ou CIA, on ne sait pas encore quelle technique précise privilégier. L'important, sans doute étant de pister automatiquement les individus, sans avoir à faire de filature traditionnnelle.
Même si on hésite encore, celles en place ramènent déjà pas mal d'infos précise Wired : cette technologie invasive, par exemple, permet à la police, le FBI, la Drug Enforcement Administration et d'autres organismes de s'engager dans des surveillance secrètes 24 h sur 24 et sur une longue période de temps, et de collecter de grandes quantités d'informations sur toute personne qui conduit le véhicule, qui est suivi. « Une personne qui sait tout des trajets peut en déduire s'il s'agit d'un participant à l'église chaque semaine, si c'est un grand buveur, un habitué de la salle de gym, un mari infidèle, un malade externe sous traitement médical, un associé de certains individus ou de groupes politiques - et non juste un seul renseignement sur une personne, mais tous ces renseignements ", a écrit la Cour d'appel américaine via le juge Douglas Ginsburg dans une récente décision. La Cour Suprême se penchera cette semaine pour déterminer si des mandats doivent être nécessaires pour une utilisation de ces traqueurs." Et effectivement : le 8 novembre dernier un bon nombre de cette fameuse cour décrivait l'usage de ces capteurs comme étant carrément des réminiscences de 1984, de Georges Orwell. Une autre juridiction, la Cour d'appel du District de Columbia avait déjà du statuer sur un cas similaire survenu il y a peu et étiqueté "cas 1983", celui d'un dénommé Antoine Jones, qui avait porté plainte après avoir découvert un "beeper" collé sous son véhicule. Il estimait que ses droits avait été violés selon quatrième amendement par l'utilisation du GPSfixé sous sa voiture, ceci réalisé sans mandat de police. La Cour avait récusé en un premier temps la conviction de Jones. Selon Wired, cette affaire du cas 1983 du beeper est parmi les raisons pour lesquelles la question est à nouveau devant les juges. Car la cour d'appel avait elle déclaré que la balise permettait de "suivre une personne d'un endroit à l'autre", et que l'appareil GPS qui pistait Jones avait bien surveillé ses "mouvements 24 heures sur 24 pendant 28 jours." La cour d'appel avait statué finement sur l'affaire, ajoute Wired, en précisant comme quoi "elle illustrait comment la séquence des mouvements d'une personne pouvait révéler plus que les mouvements individuels dont elle était composée". Un argument auquel semblaient fort sensibles ces derniers temps les membres de la Cour Suprême. Les indignés bénéficieraient-ils d'un jugement interdisant l'usage de ce type de GPS ? Réponse dans quelques semaines.
Mais il existe d'autres moyens pour leur mettre des bâtons dans les roues. Les anglais n'ont pas été en reste, par exemple, pour dénigrer le mouvement : un journal a ainsi montré une photo prise avec une caméra thermique censée prouver qu'il n'y avait personne qui dormait dans les tentes le soir lors de l'occupation d'un square, ou presque. Une étude plus approndie du cliché semblait davantage présenter un grossier effet de solarisation à partir des teintes des tentes, mais quand bien même ç'eût été vrai, il s'agît bien là d'une presse utilisée comme propagande d'un pouvoir aux abois. Un des indignés avait démontré par l'exemple que c'était impossible à déterminer : la personne dans la tente était indiscernable, et c'était donc bien un fake complet, venu certainement de la police, et complaisamment repercuté par les médias anglais. Dans les années 70, le mouvement hippie a connu les mêmes dérives sécuritaires : on faisait pourchasser des jeunes que l'on savait pertinnemment désarmés ("peace and love !) par des personnes en armes. La plupart du temps, c'était totalement disproportionné.

Aujourd'hui,tout un arsenal de techniques anti-émeutes a été mis au point : le son semble la technique la plus prometteuse. On appelle cela par exemple l'HyperSpike, inventé par Curt Graber, de la société Wattre Corporation. Le principe en est expliqué ici. C'est un haut parleur résistant aux intempéries capable d'émettre des sons de haute fréquence à très fort volume (140 deb !) dans un faisceau très étroit (ici dans la démonstration du fabricant Ultra Electronics USSI). Avec un portée de 200 mètres, dont on peut constater ici l'effet véritable insupportable (les 500 m sont aussi atteints, et même le kilomètre de portée ne semble pas l'effrayer non plus...). Les premières recherches sur l'engin datent de celles sur comment se débarrasser des oiseaux d'aéroport, un fléau avec leur capacité à provoquer des catastrophes par ingestion dans les réacteurs. Des oiseaux, on est passé ensuite aux animaux, plus gros... et plus distants. Des animaux, on est passé ensuite aux êtres humains, devenus bien entendu... les pigeons de l'histoire. Un appareil émettant un son aigu régulier de cette nature empêcherait en effet tout un groupe de manifestants de rester à la même place, ou de communiquer entre individus restés proches. C'est en quelque sorte le principe dissuasif de la sirène de protection d'anti-vol de voiture ou d'habitation mais à la puissance 10, voire davantage. Evidemment, en ville son usage serait plus délicat (avec la populace qui ne soutiendrait pas le mouvement mais se retrouverait incommodée par les sons émis).
Ce genre d'objet a été testé d'abord lors des attaques de pirates somaliens sur les tankers surveillés par des mercenaires. Ce qui tendrait aussi à prouver que les regroupements d'indignés sont assimilés, justement, à de la piraterie ! Plusieurs appareils sont déjà sur le marché, et plusieurs manifestations ont déjà été repoussées grâce à cette technique. Ainsi le sommet du G20 de Pittsburgh du 24 et 25 septembre 2009 qui a vu l'utilisation d'un des premiers modèles, appelé Long Range Acoustic Device (ou LRAD). Sur certains campus universitaires US, on a commencé déjà à en déployer certains : dans quel but, voilà qui est intéressant à étudier : la parano du pouvoir US ne semble décidément pas vouloir s'arrêter : après les caveaux en préparation, voici maintenant les campus perçus comme des foyers possibles d'insurrection !

En revanche, un autre système, testé en Irak et en Afghanistan, celui-là, ne semble plus avoir la même cote : celui du faisceau de micro-ondes irritantes, ou Active Denial System, expliqué ici par Rachel Maddow. L'expérimentation en Irak et Afghanistan, annoncée à grand frais ne semble pas du tout avoir été concluante, ont estimé les militaires. Les engins ont été discrètement rapatriés... pour être aussitôt installés dans certaines prisons US révélait non sans surprise Maddow : ce pays est vraiment malade et paranoïaque !
Or, il conviendrait d'étudier avec attention ce qu'ils ont voulu dire par là : quand on sait comment ça fonctionne, à savoir que ça échauffe la peau de manière incontrôlable sur quelques millimètres seulement selon le réglage de l'appareil, on n'ose imaginer ce que ça a pu donner en cas de... mauvais réglage. D'autres engins, cette fois à base de faisceau laser, ont également été testés sur les pirates somaliens : le journal qui relate le test précisant que le faisceau pouvait être réglé d'intimidant... à léthal ! Alors qu'on avait clamé partout jusqu'ici que ce genre d'armes était non léthales, justement ! La prochaine manifestation d'indignés, va-t-on oser ressortir les jeeps munies de leur émetteur de micro-ondes ou de faisceau laser ? Va-t-on bientôt griller sur place les indignés ?



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