mardi 23 mars - par Jean Dugenêt

Débat entre des trotskistes d’Argentine

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En Argentine, lors de l’élection présidentielle, s’est constitué un front électoral nommé FIT-Unitad (Front de Gauche des Travailleurs-Unité) regroupant quatre organisations qui se réclament du trotskisme (voir mon article « Le trotskisme en Argentine) :

  • MST (Mouvement Socialiste des Travailleurs)
  • PTS (Parti des Travailleurs Socialistes)
  • PO (Parti Ouvrier)
  • IS (Gauche Socialiste

Trois de ces organisations sont issues du morénisme (MST, TS et IS) mais deux seulement continuent à se réclamer de l’héritage de Naluel Moreno (MST et IS). Elles font partie respectivement des deux organisations internationales LIS-ISL et UIT-QI. Une troisième organisation internationale se réclamant de Moreno n’apparait pas dans ce front. Il s’agit de la LIT-QI qui n’a pas une grande organisation en Argentine. Elle est principalement implantée au Brésil.

La constitution de ce front a permis l’ouverture d’une discussion publique qui dépasse les seuls objectifs électoraux. Vous trouverez à ce sujet une vidéo sur YouTube.

L’enregistrement date du 21 août 2020. Les intervenants sont :

0mn0s Alejandro Bodart du MST (LIS-ISL)

23mn12s Rafael Santos du PO

39mn23s Mercedes Petit de la IS (UIT-QI)

55mn56s Christian Castillo du PTS (FT-QI)

1h11mn30s Guillermo Sanchez Porta de la IS (UIT-QI)

1h17mn15s Matias Maiello du PTS (FT-QI)

1h23mn22s Patricia Jure du PO

1h30mn15s Sergio Garcia du MST (LIS-ISL)

1h36mn25s Christian Castillo du PTS (FT-QI)

1h44mn10s Mercedes Petit de la IS (UIT-QI)

1h55mn30s Rafael Santos du PO

2h07mn50s Alejandro Bodart du MST (LIS-ISL)

Malheureusement nous ne possédons pas de transcriptions de toutes ces interventions qui sont en espagnol. Nous avons seulement trouvé les interventions de la MST sur leur site. Elles y sont publiées en anglais et nous proposons notre traduction en français qui est sans doute loin d’être parfaite. Nous avons aussi trouvé les interventions de l’IS (Izquierda Socialiste – Gauche Socialiste) avec ici et celles de Mercedes Petit et celle de Guillermo Sanchez Porta.

Nous publions donc les six interventions en gras dans notre liste ci-dessus.

Les 3 organisations internationales sont :

  • LIS – ISL Ligue Internationale Socialiste – International Socialist League
  • UIT-QI Union Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale
  • - FT-QI Fraction Trotskiste – Quatrième Internationale

 

Déclaration liminaire d'Alejandro Bodart

Bonjour camarades. Nous nous réunissons ici après plusieurs jours de débat, cette fois pour rendre hommage à Léon Trotsky 80 ans après son assassinat. La contribution de Trotsky à la cause révolutionnaire a été énorme. Toute sa vie et son travail le placent aux côtés de Marx et Engels, aux côtés de Lénine, comme l’un des plus grands révolutionnaires de l’histoire. Grâce à lui, le marxisme révolutionnaire a réussi à survivre à la nuit noire du stalinisme. Et encore aujourd'hui, tout son travail, toute l’expérience de plus d'un siècle de luttes de classe qu'il a réussi à nous transmettre, ont guidé l'action des révolutionnaires à travers le monde.

Je ne vais pas vous ennuyer en détaillant chaque moment de sa vie, de son travail, de toute son énorme carrière, de ses plus remarquables contributions, parce que tout cela a été développé par nos organisations toutes ces semaines, dans nos publications. Nous avons eu des échanges et d’autres débats à ce sujet. Demain, par exemple, certains d'entre nous vont participer à des événements internationaux et de nouveaux articles sortiront sûrement de ce débat.

Je pense que nous devons tirer le meilleur profit du peu de temps dont nous disposons. Le meilleur hommage à rendre à Trotsky est de discuter de l’opinion que chacun de nous a de ce qui s'est passé après sa mort. Qu'est-il arrivé au trotskysme depuis ce moment jusqu’à nos jours ? Pourquoi, si Trotsky nous a légué une base solide, le trotskisme est-il divisé aujourd’hui en plusieurs tendances ? Pourquoi aucune des organisations internationales qui revendiquent l’héritage de Trotsky n'a-t-elle réussi à gagner une influence de masse ? Et bien sûr, pourquoi n'avons-nous pas réussi à prendre le pouvoir dans aucun pays ? Voilà les questions qui sont posées même par ceux qui sont d’accord avec nous.

De toute évidence, il y a eu des causes objectives que nous ne pouvons pas nier, mais il y a eu aussi des écarts révisionnistes et de grossières erreurs de la part de la direction qui est restée à la tête de la Quatrième Internationale après la mort de Trotsky et aussi parmi ceux d’entre nous qui ont essayé de poursuivre le travail de Trotsky pendant toutes ces années. La crise de la direction de la Quatrième Internationale a marqué le début de sa dispersion, mais celle-ci a continué au fil des ans. Davantage d’erreurs ont été commises et il y a eu davantage de divisions, même au cours de la dernière période. Il y a eu de nombreuses divisions, ruptures et crises dans nos organisations.

Pendant toutes ces années, ces 80 ans, des opportunités extraordinaires ont été gaspillées, par exemple lors de la révolution bolivienne de 1952, qui aurait pu changer l’histoire du trotskisme. Les jeunes générations doivent étudier ce qui s’est passé et il est très important qu'elles en tirent des conclusions.

L'opportunisme est apparu comme un courant profondément enraciné dans les rangs de la Quatrième Internationale. L'adaptation à des directions non-révolutionnaires d'une révolution ou d'un processus de masse, a amené à des capitulations, à certains moments, face au stalinisme, au castrisme, au sandinisme. De telles capitulations ont eu lieu de la part de secteurs se réclamant du trotskisme quand, ceux d’entre nous qui viennent du courant de Moreno essayaient d’appliquer la théorie de la révolution permanente qu’ils avaient étudiée dans des livres, en essayant de faire avancer la révolution comme ce fut le cas au Nicaragua.

Maintenant, un autre aspect de l’opportunisme a également vu le jour. C’est le sectarisme dans nos rangs, qui tend à nous isoler en nous empêchant d’avoir une politique et une tactique adéquate lorsque les dirigeants qui sont à l'avant du processus de masse sont réformistes, partisans d’un front-populaire ou nationalistes. Cela nous a également fait manquer de nombreuses opportunités.

Dans les années 1990, le pessimisme enraciné a amené beaucoup de militants à abandonner la lutte pour le socialisme et la construction du parti révolutionnaire. D’autres ont fini par penser qu’il était impossible de construire des organisations de masse. Ils ont alors refusé de mener des politiques audacieuses face à des nouveaux phénomènes qui sont apparus.

Dans certaines organisations, le national-trotskysme s’est cristallisé. Il découle de l’erreur de croire qu’il est possible de gagner une influence de masse et de prendre le pouvoir avec un parti national sans être partie prenante d'une organisation internationale.

Ceux qui ont continué à se battre pour construire une organisation mondiale des révolutionnaires se sont séparés de ceux qui partent d’un parti plus ou moins développé pour en faire un parti-mère avec des petits groupes autour de lui afin d’élaborer une politique pour l’ensemble du monde.

L’échec de toutes ces expériences tout au long de ces 80 années, la plupart d’entre elles s’ajoutant à des méthodes bureaucratiques visant à interdir de discuter des erreurs, a conduit aux crises et aux divisions. Dans tous ces cas un changement de direction était impossible sans provoquer une scission dans nos organisations, parce que les dirigeants se considéraient comme intouchables.

Tout cela, explique pourquoi aujourd'hui, 80 ans après la mort de Léon Trotsky, le trotskisme continue d’être une minorité. Le temps fractionne de plus en plus le trotskisme au lieu de le regrouper

Aujourd'hui, la réalité commence à nous donner de nouvelles opportunités dont nous ne pourrons tirer profit que si nous osons changer, nous « révolutionner » nous-mêmes, ne pas craindre le changement. Trotsky s’était trompé au sujet du parti que voulait construire Lénine mais il a osé changer au cours de l’année 1917 et à partir de ce moment il est devenu le meilleur bolchevique. Lénine s’était trompé sur la dynamique de la révolution en Russie, mais, (NDLR en proposant ses thèses d’avril), il n’a aucunement hésité à accepter la théorie de Trotsky sur la révolution permanente. Un révolutionnaire ne doit pas craindre de changer, parce que s'il n'y avait aucun changement il n'y aurait pas de révolution.

Camarades du Parti Ouvrier (Partido Obrero) : nous considérons que vous devez franchement changer votre conception « national-trotskyste », qui vous conduit ces dernières années à ne pas chercher à construire une importante organisation internationale. Vous devez changer et arrêter de généraliser les politiques de l’Argentine à l’ensemble du monde. Vous devez cesser de prescrire ce qu'il faut faire dans d’autres pays, alors que, de nombreuses fois, des recettes passées ne peuvent même pas être réutilisées en Argentine.

Votre refus total de vous organiser en larges organisations anticapitalistes comme le PSOL (Partido Socialismo e Liberdade), ou le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste en France), juste pour donner deux exemples largement discutés par vous, explique en partie pourquoi vous ne vous êtes jamais développé au Brésil ou en France. Vous ne pouvez pas construire un parti sans faire des regroupements progressifs de l'avant-garde ni lutter pour disputer la direction des masses aux réformistes. Vous ne pouvez pas construire des partis avec une influence de masse, en recrutant les militants seulement un par un, sans discuter de politiques audacieuses pour intervenir dans les processus les plus dynamiques.

Nous ne croyons pas que la direction du mouvement ouvrier puisse changer sans que cela donne lieu à des batailles politiques au sein des organisations d’avant-garde. Les organisations de masse se divisent lorsque la démocratie ouvrière n’est pas pratiquée, lorsque la base n’est pas sollicitée lors de la prise de décisions, lorsque les pratiques héritées de la bureaucratie elle-même sont reproduites dans les organisations que nous dirigeons. Mais si nous nions les divergences politiques, si nous refusons d'apporter toutes nos propositions politiques à la classe ouvrière, il est impossible d’amener la classe ouvrière à une politique révolutionnaire.

Camarades du PTS, il est impossible de construire une internationale qui devienne un pôle d'attraction et donc de reconstruire la Quatrième Internationale à partir d'un courant international organiser en permanence autour d'un parti-mère lequel se considère comme le seul parti révolutionnaire et considère tous les autres partis comme des centristes. Ni vous, ni personne d'autre – nous non plus d’ailleurs – n'a une autorité suffisamment reconnue comme l’avaient Lénine et Trotsky pour regrouper les révolutionnaires. Pour nous, Nahuel Moreno était le seul dans la période d'après-guerre qui aurait pu avoir une autorité suffisante mais malheureusement, il est mort trop jeune. Pour cette raison, camarades, nous devons considérer que la stratégie du parti-mère pour construire une internationale s'est déjà avérée être un échec, mais pas seulement pour vous, pour nous tous qui avons essayé à certains moments de notre vie cette stratégie.

La seule façon d’unir réellement les révolutionnaires est, tout d'abord, d’accepter que nous ne sommes pas les seuls révolutionnaires, qu'il y en a d’autres. Il faut donc une stratégie qui permette que des organisations trotskystes qui ont des traditions différentes puissent coexister fraternellement sur la base de principes communs, mais aussi avec des différences partielles. Il faut privilégier la démocratie sur le centralisme, parce que - j'insiste - personne n'a le pouvoir d'imposer quoi que ce soit. Une stratégie qui permette de construire une direction supérieure à celles que nous avons connues n’est pas du tout du laxisme, comme vous l’avez écrit, mais c’est la méthode efficace à 100%.

Aujourd'hui, c'est la seule manière de construire une organisation forte. C’est seulement ainsi que nous serons en mesure de reconstruire les forces de la Quatrième Internationale, de la réorganiser. Nous devons discuter de la méthode à suivre pour cesser d’être des petits groupes internationaux, pour ne pas nous contenter de ce que nous sommes aujourd'hui. Nous devons discuter avec le plus de clarté possible de tout ce qui a échoué, pour nous ouvrir à de nouvelles expériences, de nouvelles stratégies qui permettront de nous regrouper avec d’autres révolutionnaires. Le monde est plein de révolutionnaires camarades, mais nous avons été formés séparément. Il y a des cadres, des dirigeants, des contributions théoriques qui viennent de différents courants et que nous devons unir. Personne ne doit suivre des dirigeants avec une confiance aveugle, parce que la confiance est seulement atteinte par des grands mouvements de masse des travailleurs. Lénine et Trotsky sont devenus les dirigeants qui ont rendu possible la construction de la Troisième Internationale parce qu'ils ont mené des révolutions. Nous devons discuter de la manière d’unir ceux d'entre nous qui n'ont pratiquement rien dirigé, pour voir si, à un moment donné, nous pourrons nous battre pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir. Dans ce monde qui est convulsé et plein d’opportunités, il nous faut gagner la confiance nécessaire pour construire une organisation internationale qui puisse prendre la direction du mouvement ouvrier.

Camarades, après une longue période, nous avons une expérience suffisante pour essayer d’unir les révolutionnaires. Nous pensons avoir acquis cette expérience dans la LIS-ISL et nous souhaitons en discuter. Nous sommes ouverts à toutes les suggestions à ce sujet.

Je veux aborder maintenant avec vous, camarades du PTS, une autre question. Je ne vais pas m'attarder sur la nécessité d'avoir des politiques spécifiques pour certains grands groupes puisque nous sommes d’accord sur ce point. Je veux aborder une question sur laquelle nos points de vue divergent : la politique qui était nécessaire face à des phénomènes comme « Proyecto Sur » ou le « Front civique ». (« Proyecto Sur » est un parti et un mouvement politique créé par des personnalités connues en Argentine. Il est intervenu après l’éviction du président Menem pour renationaliser le pétrole, les chemins de fer, les transports maritimes… Le « Front civique de Santagio » est un front électoral politique provincial de la province de Santagio de Estero qui regroupe des membres à la fois de l'Union Civique Radicale, du parti péroniste et quelques socialistes). Nous ne sommes pas d'accord parce que, dans des pays comme le nôtre, où il n'y a pas de tradition social-démocrate ou communiste-stalinienne, mais où nous souffrons du cancer du péronisme, du nationalisme bourgeois - ce qui arrive dans de nombreux pays - nous devons être ouverts à certaines tactiques lorsque, à certains moments, certains personnages péronistes, petits-bourgeois, non-bourgeois comme certains l'ont dit, arrivent sur le devant de la scène et génèrent des phénomènes politiques de masse. Refuser d’agir face à ces processus, c'est refuser de contester la direction du mouvement de masse. Nous ne pouvons pas discuter avec le « journal de lundi », de l’évolution ultérieure de Pino Solanas (cinéaste qui a fondé « Proyecto Sur »). Tous les groupements dont nous discutons, absolument tous, y compris le NPA, le PSOL et les grands groupes anticapitalistes que nous connaissons sont éphémères. Ils tournent toujours à droite, de plus en plus à droite et, à un moment donné, ils explosent, tombent en crise et disparaissent. Le problème est de savoir si nous devons y intervenir lorsque des secteurs de l'avant-garde se tournent vers eux et qu’ils produisent des phénomènes de masse. Refuser d’agir à l’égard de ces processus, c'est refuser de lutter pour gagner une influence, c'est nier l'essence du trotskysme, c'est vouloir rester une petite secte, un petit groupe, avoir peur de se battre pour conduire les masses vers le pouvoir et perdre l’occasion de faire des bonds en avant dans notre construction. Nous défendons l’entrisme que nous avons fait dans le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela), comme nous avons défendu l’entrisme dans le PT(Parti des Travailleurs), comme nous pensons qu’il était nécessaire de faire de l’entrisme pendant la période de boom de Syriza ou à Podemos. Ce sont des tactiques qui prennent le meilleur du trotskisme.

Il me reste peu de temps, mais je veux faire une proposition bien que je sache que nous n'allons pas être d'accord tout de suite. Il y a des camarades qui ont proposé, par exemple, il y a quelque temps, de créer un parti unique de gauche en Argentine. Nous ne pensons pas que ce soit possible pour le moment. Mais nous acceptons de discuter d'un projet de parti avec des tendances. Transformer le FIT-U (Front électoral qui regroupe 4 organisations se réclamant du trotskisme) en un parti de tendances où personne ne perdrait absolument rien de son indépendance politique ou organisationnelle, mais où nous pourrions agir ensemble non seulement électoralement mais aussi dans la lutte des classes et résoudre démocratiquement nos différentes positions, cela nous permettrait de faire un bond en avant.

Je veux aussi préciser que nous devons apprendre à débattre de nos divergences politiques sans railleries. Je conclurai par ceci : pour avoir discuté d'une politique à l'égard des petits agriculteurs, vous nous avez pratiquement placés aux côtés de la société rurale (NDLR Il se sont faits traiter de « ploucs ») ; pour avoir discuté d'une politique à l'égard de phénomènes comme Pino Solanas (cinéaste qui a fondé « Proyecto Sur ») à l'époque, vous avez suggéré que nous avions cessé d'être des révolutionnaires ou des trotskystes et que nous allions disparaître. Nous sommes toujours trotskystes, nous sommes ici comme vous, nous sommes plus vivants que jamais, au niveau national et international. Maintenant, nous devons apprendre à débattre. Par exemple, il y a quelques jours, le PO a commis une énorme erreur dans la législature du Chaco, et il y a quelque temps, ils ont également commis une énorme erreur dans la législature de Cordoue, mais cela ne nous amène pas à dire que le PO est devenu le PJ (Parti Justicialiste – Le parti péronniste) ni qu’il marche main dans la main avec le PJ, comme certains le disent. Dans la législature de la ville de Buenos Aires, une énorme erreur a été commise par le PO et le PTS, mais nous n'allons pas dire que les camarades sont sionistes. Au parlement national, nous pensons qu'il ne fallait pas voter les lois des Cayetanos, mais nous n'allons pas dire que nos députés nationaux - parce que nous portons le maillot - sont avec l'Église. Attention, il y a des pressions, nous devons discuter des raisons pour lesquelles ces choses se produisent. Parce que la démocratie bourgeoise a des armes formidables, mais il faut apprendre à débattre entre camarades, même des possibles erreurs, sans tomber dans une logique qui nous empêche d'avoir un débat politique à cause des provocations.

Si nous parvenons à le faire, nous avancerons et nous pourrons changer certaines conceptions que se sont enracinées, car personne ne peut prétendre détenir toute la vérité et personne n'a l'autorité d’un grand révolutionnaire. Nous ne pourrons pas diriger les mobilisations ouvrières si nous ne changeons pas, si nous ne sommes pas critiques à l’égard de ce que nous avons fait, si nous n'osons pas avoir des tactiques audacieuses pour intervenir. J'espère que nous pourrons réfléchir ensemble, nous écouter. Nous sommes convaincus que si nous nous écoutons, au moins un peu, tout ce débat ne sera pas vain, qu’il ne servira pas qu'à répéter les mêmes choses et à faire la sourde oreille. Merci beaucoup.

 

Intervention de Mercedes Petit de la IS (UIT-QI)

C'est un plaisir pour moi de participer au nom de l’IS (la gauche socialiste) et de l'UIT-QI (Unité internationale des travailleurs - Quatrième Internationale) à cet hommage à Léon Trotsky.

Ici, nous sommes tous d'accord pour dire que Trotsky a été le successeur de Marx, de Lénine, de la Révolution socialiste de 1917 en Russie, des quatre premiers congrès de la Troisième Internationale et nous sommes également d'accord aujourd'hui pour dire que l’héritage qu’il nous laisse est énorme.

En 1921/22, Lénine combattit aux côtés de Trotsky la bureaucratie naissante dans l'État ouvrier révolutionnaire. Sa maladie et sa mort ont laissé Trotsky face à Staline sans son appui. L'Union soviétique avait été isolée, les masses se remettaient lentement des souffrances de la guerre civile et cette bataille a malheureusement été gagnée par la bureaucratie. Les révolutionnaires ont perdu, nous avons perdu. Staline a promis l'utopie réactionnaire du socialisme dans un pays, a écrasé l'internationalisme et la démocratie ouvrière et a promu l'unité avec la bourgeoisie et la coexistence avec l'impérialisme.

Persécuté et calomnié, Trotsky a pu définir correctement l'Union soviétique comme un État ouvrier bureaucratisé et dégénéré. Il a appelé à une révolution politique pour chasser Staline et les bureaucrates du parti et restaurer la continuité révolutionnaire. Il a prédit que si le régime bureaucratique durait, le capitalisme reviendrait.

Il a combattu les conceptions réformistes de la Deuxième et de la Troisième Internationale, de la révolution en deux temps, des fronts populaires et nous a laissé sa théorie-programme de la révolution permanente et internationale. En 1938, exilé et persécuté par le stalinisme, il fonde la Quatrième Internationale.

Ici, l’IS (la gauche socialiste) avec l'ensemble du FIT-U, revendique la validité actuelle du programme de transition, le programme fondateur de la IVème internationale. Certaines parties semblent écrites aujourd'hui. Je cite presque textuellement : les forces productives ont cessé de croître, les améliorations techniques n'améliorent plus le niveau de vie des masses, le chômage et la misère grandissent, l'alternative est : le socialisme ou la barbarie. Et il donne un diagnostic central sur le monde : la crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat.

A la FIT-Unidad nous revendiquons tous l'actualité des tâches centrales que je résume en quatre points :

  1. Promouvoir la mobilisation des travailleurs et des masses contre le capitalisme impérialiste et contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression.
  2. La lutte pour la prise du pouvoir politique, la conquête des ouvriers révolutionnaires, des ouvriers et des gouvernements populaires, soutenus par les Soviétiques.
  3. La construction de partis révolutionnaires pour mener ces luttes, balayant définitivement l'influence dans les masses de la direction bureaucratique bourgeoise et ouvrière.
  4. Postuler la Quatrième Internationale et ses partis comme une direction pour mener la révolution socialiste à la victoire dans chaque pays et dans le monde.

C'est cet héritage de Trotsky qui nous rassemble aujourd'hui, répudiant son assassinat par l'agent de Staline.

Le crime a laissé la Quatrième sans direction en août 1940. Dès le début, notre professeur Nahuel Moreno a perçu que l'expérience et la capacité de Trotsky étaient irremplaçables. Il a perçu l'extrême faiblesse de la direction de la Quatrième Internationale, un vide au niveau de la direction, et que le révisionnisme opportuniste commençait à apparaître.

La victoire de mai 45 écrasant le nazisme, qui avait culminé pendant la Seconde Guerre mondiale, a amené une grande montée révolutionnaire des masses à travers le monde. La nouvelle direction de la IVème internationale avec Pablo et Mandel a commencé à mal réagir. Moreno a souligné que des événements imprévus et étroitement liés se sont produits.

Le premier : le renforcement des partis communistes et de Staline lui-même. Et ce malgré le fait qu'en 43, Staline avait dissous la Troisième Internationale, ce qui a empêché la prise du pouvoir en France, en Italie et en Grèce. Il était d'accord avec l'impérialisme anglais et les Yankees pour diviser le monde en sphères d'influence, pour la reconstruction capitaliste de l'Europe et il a promis de ne pas exproprier.

Ce renforcement s'explique par le fait que l'Armée rouge a été le protagoniste de l'écrasement du nazisme. Elle a pris Berlin malgré la conduite épouvantable de la guerre par Staline. C'est l'héroïsme du peuple russe qui a fait 20 millions de morts qui a permis cette victoire. Le rôle héroïque des communistes dans la résistance antinazie dans toute l'Europe occupée y a aussi fortement contribué.

Le deuxième événement imprévu est que la crise de la direction révolutionnaire déjà posée par le programme de transition s'est considérablement étendue.

Dans ce contexte, l'extrême faiblesse du trotskisme donnait lieu à des réponses révisionnistes, opportunistes et même à des méthodes bureaucratiques et brutales et à des fausses déclarations. Pablo et Mandel ont capitulé devant les partis communistes-staliniens et les dirigeants nationalistes bourgeois de manière irréversible ce qui a conduit à la crise, à la division et à la dispersion de la Quatrième Internationale.

[…] Ce qu'il y a de nouveau dans l'issue de la guerre et de l'après-guerre, c'est que des victoires ont commencé à être obtenues malgré les dirigeants nationalistes staliniens, petits-bourgeois et bourgeois.

Après l'écrasement du nazisme, tout ce qui était en Europe de l'Est a été exproprié. Mais surtout, les révolutions ont été victorieuses d’abord en Yougoslavie et en Chine où la bourgeoisie a été expropriée puis à Cuba. C'étaient des révolutions socialistes dirigées par des bureaucraties staliniennes et par la direction nationaliste petite-bourgeoise de Castro, qui ne voulaient pas de cette solution. Trotsky avait considéré cela comme une « hypothèse peu probable », dans le programme de transition. Au contraire, Pablo et Mandel ont embelli ces phénomènes. Ils ont piétiné l'héritage de Trotsky avec une capitulation sans principes devant Tito, Mao, Castro et les partis communistes. Pablo et Mandel ont déclaré que puisque ces dirigeants avaient mené à la victoire des révolutions alors ils étaient assurément des révolutionnaires. Ils ont soutenu les gouvernements bureaucratiques et les gouvernements bourgeois nationalistes comme celui de Ben Bella en Algérie depuis 1962. Ils ont dissous le trotskysme européen pendant 25 ans dans les partis communistes en promettant que les PC deviendraient révolutionnaires. Ils ont ainsi liquidé les partis trotskistes qui les ont suivis en Europe. Ils ont abandonné la construction des partis trotskystes. En Bolivie, en 1952, comme déjà mentionné, ils ont trahi la révolution ouvrière en soutenant le gouvernement bourgeois de Paz Estenssoro, tandis que la COB (Central Obrera Boliviana) a émergé et a été codirigé par les trotskystes. 

Mandel et la direction du SWP (Socialist Workers Party) ont capitulé devant le castrisme même lorsque, en juillet 1979, Fidel a déclaré que le Nicaragua ne devait pas devenir un nouveau Cuba. Et ensemble, ils ont également soutenu le gouvernement sandiniste, qui dirigeait avec la bourgeoise Violeta Chamorro, lorsqu'en août, ils ont réprimé les trotskystes de la brigade Simón Bolívar qui se sont battus contre Somoza.

Mandel a soutenu contre Moreno qu'il n'y avait aucun danger de restauration capitaliste sous la bureaucratie dans les pays où elle avait été expropriée et a soutenu avec enthousiasme Gorbatchev et sa perestroïka restaurationniste lors des négociations avec Reagan.

Après la mort de Mandel, ses partisans au Brésil ont continué à définir le PT (Parti des Travailleurs brésilien) comme le parti révolutionnaire et ont soutenu le gouvernement de Lula. Ils lui ont même donné l'important ministre des Terres. Au Venezuela, ils ont soutenu le gouvernement bourgeois de Chávez et le faux « socialisme du XXIe siècle », Syriza en Grèce.

Ce cours révisionniste et opportuniste est à l'origine de cette extrême faiblesse, de la dispersion, des crises et des divisions du mouvement trotskyste. Et tout a été fait en récitant le Programme de transition, mais en abandonnant la construction des partis révolutionnaires trotskystes et en liquidant la Quatrième Internationale comme direction alternative, au-delà de son existence formelle.

Le rejet de l'opportunisme a également donné lieu à une réponse sectaire qui a nié pendant des décennies les révolutions socialistes qui se sont produites avec les expropriations, avec Mao ou Fidel en tête.

Dans la FIT-Unidad, l’IS (la gauche socialiste) revendique la longue carrière de Moreno contre le révisionnisme sans principes et la construction de partis trotskystes. Mais ces controverses qui durent depuis des décennies ne sont pas le problème central aujourd'hui. Pratiquement tout peut être lu et étudié à partir des textes originaux publiés sur le site nahuelmoreno.org.

Aujourd'hui, ce qui nous rassemble, c'est cet hommage. De l’IS (gauche socialiste), nous proposons qu'il nous permette de commencer à prendre des mesures concrètes pour la tâche difficile de la reconstruction de la Quatrième Internationale, la tâche difficile de construire des partis de combat léninistes et internationalistes avec un fonctionnement conforme au centralisme démocratique.

Dans le monde, il y a des luttes, des montées révolutionnaires, des révolutions : le Liban, le Chili, les États-Unis, la Biélorussie ; […] Le grand obstacle aujourd'hui reste les dirigeants perfides […]

La validité actuelle de l'héritage de Trotsky nous donne des bases solides pour intervenir dans ces luttes. Il y a des trotskystes dans d'innombrables pays. Il y a aussi des milliers d'activistes et de combattants, d'avant-garde de la jeunesse, avec qui il est possible de se rassembler, d’avancer ensemble, sans peur, avec audace et en étant ouverts à de nouvelles expériences.

Mais je veux me référer, avant de présenter notre proposition, à quelques mots du camarade Bodart du MST qui a utilisé l'expression « unissez les révolutionnaires ». Mais ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas d'audace ou d'une grande ou petite fête, plus de mère ou plus de père ou de tuteur (référence au parti-mère). Le problème est de savoir si nous avons une politique correcte ou non. Les camarades dirigés par Bodart ont quitté l'UIT-CI, divisé l'UIT-CI, pour soutenir Chavismo. Ce ne sont pas des expériences ou des modèles nouveaux, c'est le vieux vice de l'opportunisme sans principes, de soutenir les gouvernements bourgeois, comme celui de Chávez […]

Nous réitérons la proposition que nous avons déjà faite lors de la conférence latino-américaine d'unir les révolutionnaires. Commencez par coordonner des campagnes communes. […] Deuxièmement, promouvoir là où les conditions sont réunies des expériences comme celle du FIT-Unidad en Argentine. Troisièmement, prendre des mesures concrètes vers une coordination nationale et internationale sur le chemin difficile mais nécessaire vers la reconstruction de la Quatrième Internationale sur la base d'un programme révolutionnaire.

Le défi n'est pas facile, mais il s'agit de vouloir avancer avec le programme de Trotsky, de surmonter la crise de la direction révolutionnaire pour faire triompher le socialisme dans le monde. Ce sera notre meilleur hommage. Merci beaucoup.

 

Intervention de Guillermo Sanchez Porta de la IS (UIT-QI)

Nous considérons comme essentiel que Trotsky nous ait légué l'essence de la thèse de la révolution permanente, la théorie de la dynamique de la victoire de la révolution socialiste internationale ou de sa régression, avec la contre-révolution impérialiste.

Entre le milieu du XXe siècle et le début du XXIe siècle, de nombreuses révolutions réussies se sont arrêtées à mi-chemin. Elles n'ont pas exproprié la bourgeoisie. Nous les appelons des révolutions avortées.

C'étaient des révolutions ralenties par la crise de la direction révolutionnaire et par la direction bureaucratique soviétique et chinoise, qui empêchaient les grandes révolutions d'avoir une dynamique d'avancée permanente afin d’être des leviers pour la victoire de la révolution mondiale […]

Par exemple, en Bolivie en 1952 ; en Algérie à partir de 1962 ; au Portugal en 1975 ; en Iran en 1978 ; avec la révolution nicaraguayenne de 1979 et le Salvador en 1980, entre autres. 

Au 21e siècle, il y a eu les énormes révolutions arabes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, qui sont connues sous le nom de printemps arabe. Celles-ci sont restées sur le terrain d'une révolution démocratique. La chute des dictatures a été stoppée ou vaincue par les directions ouvrières bourgeoises, petites-bourgeoises, réformistes et bureaucratiques […]

Ces révolutions […] du fait du contrôle des appareils bureaucratiques et de la crise de la direction révolutionnaire, n'ont pas avancé dans une dynamique de révolution permanente, interne et externe, mais ont été ralenties. 

Nier ces révolutions, comme le proposent les camarades du PTS, c'est abandonner l'intervention dans ces révolutions et ainsi abandonner la lutte contre les dirigeants perfides qui cherchent à arrêter et à avorter la victoire de la révolution socialiste dans ces pays […]

Nous, morénistes, avons défendu la lutte stratégique pour les deux prémisses que la thèse permanente a correctement soulevées : le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans les révolutions et la construction d'un parti marxiste révolutionnaire. Avancer vers la victoire de la révolution socialiste dans le pays concerné et au niveau mondial […]

Aujourd'hui, les révolutions se poursuivent et se poursuivront malgré la crise de la direction révolutionnaire. Et si l'on ne progresse pas pour surmonter cette crise, ce qui avancera, ce seront des défaites bloquant les conquêtes démocratiques et sociales […]

C'est pourquoi il est si important que tous les nouveaux combattants comprennent l'importance stratégique de la construction des partis ouvriers révolutionnaires internationalistes. Il s’agit d’unir les révolutionnaires de tous les pays pour que les révolutions triomphent et avancent vers la révolution socialiste internationale.

Le morénisme n'a jamais soutenu aucun de ces gouvernements de Front populaire ni capitulé devant les dirigeants contre-révolutionnaires. Au contraire, il a cherché à construire des partis révolutionnaires en promouvant la mobilisation et l'organisation de la classe ouvrière avec une politique pour que ces révolutions avancent vers le socialisme et vers la révolution socialiste internationale... C'est ainsi que nous avons agi avec la Brigade Simón Bolívar au Nicaragua en 1979. Et c'est pourquoi le Front sandiniste lui-même a reconnu que c'étaient les raisons pour lesquelles il nous a expulsés du Nicaragua, après la victoire de la révolution contre Somoza.

Et donc nous agissons aujourd'hui au Venezuela, sans capituler devant le Chavisme ou le « socialisme du XXIe siècle », sans rejoindre le PSUV, et en promouvant la mobilisation de la classe ouvrière, en construisant le syndicat autonome actuel C-CURA et le Parti du socialisme et de la liberté.

Nous agissons aussi au Pérou et au Brésil au sein de larges partis tels que la FA et le PSOL, combattant la politique des courants qui proposent de soutenir des variantes de front populaires. Nous défendons l'indépendance de classe et construisons nos partis révolutionnaires internationalistes. Nous sommes également surpris par les critiques du PTS à cet égard, car ils ont demandé à entrer au PSOL et à avoir des candidats au Front large au Pérou, tactique qu’ils critiquent aujourd'hui contre nous […]

Bref, Nahuel Moreno et notre courant ont toujours défendu et ratifié la conception de Trotsky du Programme de Transition […]

 

Intervention de Sergio García du MST (LIS-ISL)

Bonjour, bon après-midi camarades. Pour essayer d’apporter ma contribution au débat, je crois qu’il faut retirer des éléments positifs d'une discussion, même quand il y a un conflit d'opinions.

Il faut, avant tout, s’assurer de la véracité des faits. Par exemple, il a été dit que notre courant au Venezuela avait agi avec un opportunisme sans principes en faisant partie d'un gouvernement nationaliste bourgeois. C'est un mensonge. Les faits concrets montrent que, face au plus important processus révolutionnaire que le continent ait connu, notre courant a décidé de faire de l’entrisme dans les organisations politiques où la classe ouvrière et le meilleur de l’avant-garde du pays s’exprimaient et faisaient leur expérience. Nous n'avons jamais fait partie du gouvernement, nous n'avons jamais perdu notre indépendance politique. Nous avions notre propre organisation, notre propre journal, nos propres cadres, nos propres cours de formation et nous avons construit une organisation en intervenant dans ce processus.

Pourquoi est-ce que je dis que les faits sont très importants ? Car, entre nous, qui sommes tous des dirigeants politiques, il faut s’en tenir aux faits et éviter de confondre des concepts aussi élémentaires que : les principes, la stratégie et la tactique. Ce sont des concepts différents. Une tactique politique est utile en relation avec une stratégie et elle est considérée comme positive si elle contribue à la construction d'organisations révolutionnaires. La réalité de notre courant au Venezuela aujourd'hui est que nous sommes beaucoup plus forts que nous ne l'étions avant le processus révolutionnaire. Et la réalité c’est que ceux qui étaient plus forts avant le processus et n'avaient aucune tactique sont beaucoup plus faibles aujourd’hui.

Je veux évoquer la question des principes. Un courant ne peut être accusé de n'avoir aucun principe lorsqu’il met en œuvre une tactique dans le cadre d’une stratégie générale donnée. Sinon, il faudrait dire que Lénine n'avait pas de principe lorsqu'il a conseillé aux communistes anglais d'avoir une tactique particulière à l’égard du Parti travailliste. De plus, si vous lisez exactement ce que Lénine a dit, c'est : « votez pour eux et aidez-les à gagner parce que les travailleurs font confiance au parti travailliste et ils doivent faire cette expérience ». Lénine manquait-il donc de principe ? Regardez ces conseils qu'il a donnés aux communistes anglais. Trotsky avait si peu de principes qu'il recommanda d'entrer dans les partis socialistes pour fusionner avec leur jeunesse socialiste et leur gauche. Il pensait que, sur la base de cette tactique politique, un parti révolutionnaire pouvait faire un bond très important dans sa construction. Il ne viendrait à l’esprit d’aucun d’entre nous de dire qu’il n’avait pas de principes.

Je dis cela parce qu'il est très important de ne pas faire de confusion. Si nous voulons débattre positivement, nous ne devons pas mélanger les concepts qui sont tout-à-fait de base et doivent être liés de manière dialectique.

Lorsque nous discutons de la tactique du « Proyecto Sur », certains courants peuvent être d’accord ou non, mais nous discutons de tactique. Ce qu'ils doivent se demander c'est : est-ce que le MST, dans cette tactique, a perdu son indépendance politique a cessé de construire un parti révolutionnaire ? Et ce n'est pas le cas, nous n'avons jamais cessé de progresser. Même à l'Assemblée législative, lorsque nous sommes entrés, nous avions notre propre bloc. Vérifiez les bulletins de vote de notre député au cours de ces quatre années. C'était une réussite politique de notre tactique. Il n'y a pas un seul vote qui puisse être critiqué pour avoir violé des principes de classe.

Donc, vous pouvez soutenir une tactique ou pas, mais vous devez avoir des éléments objectifs pour dire si elle contribue ou non à renforcer un parti révolutionnaire. Comme vous pouvez le voir, nous continuons à construire des partis révolutionnaires et à construire une internationale, tout comme vous construisez vos partis, et nous sommes tous d’accord avec cela.

Ceci est très important pour l’évaluation du trotskisme et du morénisme. Je vois des camarades qui critiquent, comme les camarades du PTS, l’histoire de Moreno en fonction des étapes ou du fait qu’il a cédé ou non à l’opportunisme. Ecoutez, je vais vous donner une définition. Pour considérer qu’il y a de l’opportunisme il faut regarder s’il y a ou non construction d’un parti révolutionnaire. Il n'y a pas eu dans toute l'Amérique latine un courant qui a construit davantage de partis révolutionnaires que le morenisme. Donc, si vous niez ce fait, il est difficile de discuter. Avec cet esprit, nous sommes partisans de ne pas être dogmatique avec Moreno car nous ne devrions être dogmatique avec personne. Nous ne prenons pas tout ce qu’il a écrit pour une bible. Tout peut être discuté, car tous les courants ont leurs forces et leurs faiblesses et nous commettons sûrement tous des erreurs.

Nous devons également débattre du niveau international. Je ne crois pas, comme l'a dit Christian Castillo, que ce soit un problème d'organisation. C'est un problème politique profond. Par exemple : avons-nous un programme socialiste et anticapitaliste ? Celui de l'ISL est public et consultable sur le Web. Avec ce programme, certains peuvent s’entendre avec d’autres. Certains peuvent au contraire penser qu'ils doivent imposer ce programme et s’imposer comme dirigeants aux autres. Nous proposons un mécanisme différent, qui est basé sur un concept de construction internationale qui ne repose pas sur des tendances national-trotskystes lesquelles ont déjà eu de très mauvais résultats.

Je vais finir, parce que je manque de temps. Les camarades du Partido Obrero ont dit non à un parti avec des tendances, ce qui était la proposition d'Alejandro. Quelle est votre proposition alors ? Parce que dans le FIT-U, nous en sommes à un stade d'accord électoral et pas grand-chose d'autre. Le FIT-U ne prévoit pas d’actions communes dans la lutte des classes. Nous avons pris certaines mesures, mais il faut en prendre bien d’autres. Quelles sont les propositions ? Alejandro en a fait une, on peut avancer vers un parti de tendances. Discutons, car la pire chose serait que le FIT-U reste au stade où il se trouve aujourd'hui et qu'il n'ait pas de stratégie politique pour avancer vers des accords plus profonds alors que nous avons des débats importants. Discutons pour voir si nous pouvons intervenir davantage dans la lutte des classes et dans la lutte politique de notre pays. Ces deux choses sont liées. Elles sont inséparables.

 

Intervention de Mercedes Petit, dirigeante de l’IS et de l’UIT-QI

Plus d'une fois, nous avons souligné la mauvaise habitude de déformer les positions des uns ou des autres ou de sortir les citations de leur contexte pour arriver au même résultat. Ces pratiques interdisent d’avoir un débat clair. Nous le disons aux collègues du PTS. Nous disons notamment que Nahuel Moreno n'a jamais capitulé devant le castrisme. Il a été pratiquement le seul à s’être prononcé pour la défense de Cuba alors qu’en même temps il formulait d'énormes critiques sur Fidel et sur le Che. Pas dans les années 1980, mais en 1961/62, dans le feu des balles et des échecs des groupes foquistes et de Castro. Lisez la brochure de Moreno : « La révolution latino-américaine [1962] » [1] ; bien sûr, elle contient plusieurs citations exagérées ou erronées, mais Moreno lui-même l’avait signalé dans le prologue de la brochure de 1962.

Je dis au camarade Matías Maiello (sociologue à l’université de Buenos Aires et dirigeant du PTS) : la brochure « Deux méthodes contre la révolution latino-américaine » [2] est une critique impitoyable ce qui s’est passé en 1964 adressée à Che Guevara, notre héros et martyr. Je vous demande de la lire. Il fallait se remonter le moral en 1962/63. Tout est sur le site web [nahuelmoreno.org]. Maiello est choqué que Moreno ait écrit que Fidel était un génie révolutionnaire. Maintenant, je demande à Maiello de citer et de divulguer tout ce qui est écrit, documenté. Nahuel Moreno dit que les politiques du castrisme, de Fidel et du Che, mènent l'avant-garde latino-américaine d'échec en échec parce qu'elles forment un mouvement petit-bourgeois, irresponsable et aventureux. Tout est écrit.

Moreno n'a jamais été un guérillero. Le parti de Moreno s’est divisé à cause de cela. Bengoechea, l'ami proche de Moreno a rejoint le castrisme. C'était une pression énorme à laquelle Moreno et ses partisans ont résisté. Lire « Pérou : deux stratégies » [3]. Hugo Blanco et Moreno ont promu la distribution des terres et la syndicalisation des paysans au Pérou. Pendant ce temps, un groupe de nos camarades, les foquistes, se consacra à voler deux banques influencées par le castrisme.

J'ai dit que Moreno n'avait jamais été un guérillero. Désolé, s’est lui-même qui a écrit, que c'était pendant 3 mois en 1967, pour avoir suivi les instructions de Mandel et Livio Maitán, qui avaient rencontré Fidel. Moreno a lui-même fait une critique par écrit sur ces trois mois [4]. […]

Ainsi, les camarades du PTS ne sont jamais entrés dans le débat loyalement, pour avancer, sur les thèses de la révolution permanente de 1927 et sur la réalité de l'après-guerre. Mandel a piétiné toute sa vie le trotskysme, jurant que le texte des « Thèses sur la révolution permanente » de 1927 s'était concrétisé textuellement. Ce sont donc des discussions importantes que Moreno a commencé à soulever à partir des années 50 et 60.

Une fois de plus, nous disons aux camarades du PTS qui dénaturent toutes les positions de Moreno sur les révolutions démocratiques, sur les révolutions du XXe siècle et, en fait, sur les propres textes de Trotsky, qu'il n'a lui-même jamais fait de dogme de quoi que ce soit. Faisons un séminaire sur les textes écrits des thèses de 1929. Ils ne nous interrogent jamais sur nos critiques à votre égard, qui, comme Mandel, circonscrivez la théorie de la révolution permanente aux pays arriérés, lorsque Trotsky en 1929 lui a donné une portée très large disant que c'était la conception de la révolution socialiste permanente et mondiale, dépassant la limite de la Russie de 1905.

Donc, ce sont toutes ces choses qui doivent être discutées avec les textes dans leur ensemble. La fausse représentation des citations et la tenue de faux débats étaient déjà soutenues par nos enseignants au XIXe siècle. […]

Le camarade Castillo (PTS) continue d'insister sur le fait qu'il serait erroné d'appartenir ou de faire partie de larges partis de gauche à tendance. Les camarades français du PTS font partie du NPA depuis des années, tandis que le NPA soutenait Chávez et Syriza. Castillo a déclaré aujourd'hui, et a persisté dans sa déclaration, qu'ils sont dans le NPA "pour mener la bataille pour le transformer en parti révolutionnaire". Camarade Castillo, dans le NPA, la majorité sont des mandélistes et seront des mandélistes, ils ne seront jamais révolutionnaires. […] Ne vous faites pas d'illusions sur le fait qu'à un moment donné, le NPA va se transformer en parti révolutionnaire. […]

Je reviens donc à la proposition en trois points. La proposition d'unir les révolutionnaires. […] Avec l'objectif précis de proposer la reconstruction de la Quatrième Internationale. Et comme je le disais auparavant, ce sera le meilleur hommage que nous puissions rendre à Léon Trotsky, le grand révolutionnaire. Merci beaucoup.

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[1] Voir nahuelmoreno.org ainsi que « le trotskysme et le débat autour de la lutte armée », par Martín Mangiantini, publié dans Cehus, 2018, qui le reproduit en annexe.

[2] Voir nahuelmoreno.org et aussi « Polémica con Guevara », publié par Cehus, 2017.

[3] Voir nahuelmoreno.org et aussi « Pérou : deux stratégies », publié par Cehus, 2015.

[4] Voir « Le parti et la révolution », controverse avec Ernest Mandel, chapitre I, sous-points « La raison de notre guérilla » et « Cuba, l'OLAS et la guerre civile continentale », in nahuelmoreno.org et la publication d'El Socialista, 2013. Dans son édition papier, voir p. 118 à 122.

 

 Clôture des interventions par Alejandro Bodart

Eh bien, je pense que le débat est utile, bien sûr, le temps est un tyran, car on pourrait poursuivre cette discussion. Je ne peux pas répondre à tout ce qui a été dit et je ne pense pas qu'on puisse continuer le débat uniquement avec un bulletin. Nous pouvons aussi utiliser nos journaux. En fait, dans les deux derniers numéros que nous avons imprimés, nous avons évoqué les débats de la conférence précédente, notamment ceux sur l'unité militante (CPS). Maintenant nous allons aborder les questions soulevées aujourd'hui. Et de cette manière, clarifier la discussion et en même temps rechercher des points d'accord.

En premier lieu, nous sommes très intéressés par la discussion sur la manière de construire une organisation internationale et nous partons du constat que cela n’a jamais été fait pour la IVème internationale. Nous discutons 80 ans (pas un an ou vingt) mais 80 ans après la mort de Trostky et ce n’est toujours pas réalisé. Je ne veux pas vous énumérer les divisions du trotskysme au cours des 6 ou 7 derniers mois ou il y a un an ou deux, mais il y en a eu beaucoup, camarades. En Argentine, au Brésil, au Royaume-Uni, c'est donc qu’il y a un sérieux problème. Nous devons débattre. Ce n'est pas, comme le dit le camarade Castillo, un débat d'organisation. Mon camarade Sergio a déjà abordé cette question, c'est un débat profondément politique car si nous ne résolvons pas ce problème, il n'y a aucune possibilité de révolution socialiste.

Aucun parti national ne résoudra le problème de la révolution mondiale. Même le parti bolchevique, après la débâcle de la IIe Internationale, n'a pas pu construire immédiatement une organisation internationale. Il n'a réussi à construire la Troisième Internationale qu'en 1919 sur la base du prestige d'avoir réussi à prendre le pouvoir, mais il n'a pas été en mesure de construire rapidement des partis forts dans d'autres pays, par exemple, pour profiter de la révolution allemande imminente. S'il avait réussi, cela aurait changé le cours de l'histoire. Il faut des années pour construire des partis nationaux forts et ils ne peuvent être construits que s'ils font partie d'une communauté internationale, ce qui peut aider à construire et à gagner une influence de masse. Une internationale forte est nécessaire pour que, si nous parvenons à prendre le pouvoir quelque part, la révolution puisse s'étendre à la région et au monde, car si elle stagne dans un seul pays, elle recule et commence à se bureaucratiser, car la bureaucratie n'est pas un problème de volonté, c'est un problème social, politique, économique.

Par conséquent, le débat sur la manière de créer une internationale n'est pas un problème d'organisation, c'est un problème profondément politique. Nous ne sommes pas favorables à la construction d'une organisation internationale avec un programme minimum, ou avec un programme en quatre points (NDLR Comme Lambert avec sa charte en quatre points du Parti des Travailleurs). En cela, nous sommes en désaccord avec les camarades du Partido Obrero. Or, nous ne pensons pas non plus qu’un programme très complet puisse être élaboré à partir des formulations théorico-politiques d’une des nombreuses tendances qui existent dans la réalité. Nous pouvons nous entendre sur un programme de principe, mais nous devons accepter un mode de fonctionnement dans lequel il existe des différences partielles.

Le camarade Castillo, vous a donné beaucoup d’exemples de Lénine ou Trotsky faisant cela, mais vous savez quel est le problème ? Il n'y a pas de Lénine ou de Trotsky aujourd'hui. Par conséquent, personne n'a le pouvoir de faire ce que Lénine et Trostky ont fait. Et, si jamais nous prétendons avoir la même autorité qu’eux, nous devons mener à bien une révolution. Mais pour mener à bien une révolution, nous devons trouver un moyen de construire une internationale. Comment construire des partis de masse afin de ne pas continuer à se disputer dans des forums sur la façon de faire quelque chose que nous ne faisons jamais ?

Par conséquent, le problème de trouver un mode de fonctionnement basé sur un programme, aussi complet que possible mais qui accepte d'autres tendances et d'autres traditions, est fondamental. Il y a en effet une tendance du trotskisme anglais qui est très répandue. Dans une partie très importante du monde, il y a une autre tendance : celle du trotskisme français qui s'est répandue. Il y a des tendances de courants qui se sont formés au Brésil, qui se sont formés au Pakistan, qui se sont formés dans d'autres pays, et ils n'accepteront pas d'aller derrière les définitions théoriques du courant du PTS, ou du MST, ou du Partido Obrero. Ils veulent un autre type de méthode et c'est profondément politique. Et, s'il vous plaît, ne venez pas dire que l'antidote au parti-mère est le réseau Izquierda Diario, qui semble être le Saint Graal pour les camarades. Dans l'autre séminaire, nous avons déjà remis en question l'idée qu'avec Izquierda Diario on peut contester le bon sens qu'impose la bourgeoisie, ce qui est complètement erroné. Pour bien débattre, nous devons appliquer le centralisme démocratique.

Le problème du parti-mère est lié à une conception enracinée dans les divisions qui se sont répétées pendant des décennies. Nous réussirons à l'éliminer si nous nous ouvrons au changement et à la construction d'une autre manière.

Je veux aborder la question des tactiques pour cela. Je pense que les deux seules positions claires sont celles du Partido Obrero et la nôtre. Pourquoi ? Parce que le PO dit : « Rien avec personne, nulle part. Ni avec le NPA, ni avec Luís Juez, ni avec ceci ni cela ». Une politique très claire en effet ; erronée mais claire. Ils ont une politique évolutive. Ils croient qu'ils grandiront un à un sans fusionner avec personne. Eh bien, c'est une position claire. Je la respecte. Ensuite, il y a une autre position, comme cela est apparu clairement dans le débat, qui dit : « un large groupe ici oui, mais pas là ». C’est celle du PTS. « Ici, je l’aime un peu parce que je suis ici. Je ne l’aime pas là-bas. Là-bas, je suis contre, mais donnez-moi un candidat ». C'est une politique, excusez-moi camarades, qui est complètement erronée et incohérente.

Je ne parlerai pas beaucoup de la politique d’IS (Izquierda Socialista) car elle n’est pas très sérieuse. Ici, ils nous critiquent pour Proyecto Sur, puis ils se rendent au Pérou et rejoignent le Frente Amplio. Je vous le dis sincèrement, je vais faire une blague, je pense que Pino Solanas était Che Guevara par rapport à ce qu'est le Frente Amplio du Pérou.

Mais bon, ce sont des débats, trouvons des accords. Nous le disons clairement, il y a des processus, où de larges regroupements sont possibles dans lesquels nous devons discuter, avoir des politiques et des tactiques à leur égard. Ce n’est pas le cas partout. Ils surviennent indépendamment de ce que nous voulons. Bien sûr, nous aimerions, au lieu de grands partis de masse, être directement ceux qui capitalisent sur les virages à gauche qui ont lieu. Mais en général, cela ne se produit pas. Des médiations surgissent, il y a d'autres réalités, le PT existait au Brésil, le PSOL existe au Brésil, et pourquoi est-ce que seuls les morénistes ont de la force au Brésil ? Parce que nous étions les seuls à avoir des politiques et des tactiques à ce sujet.

Maintenant, comment mesurez-vous le succès ou l'échec d'une tactique. Comment savoir si elle est légitime ou non ? Quelle est la relation avec la stratégie ? Pour nous, la stratégie par rapport à ce dont nous discutons est la construction du parti révolutionnaire. Quiconque abandonne la construction du parti révolutionnaire pour une tactique, perd la stratégie. Si vous sortez plus fort d'une tactique, avec un parti révolutionnaire plus fort, la tactique était légitime et correcte. Parlons de Juez. Quelqu’un tirera-t-il des conclusions sur la raison pour laquelle nous sommes les plus dynamiques de Cordoue ? Au niveau électoral, par exemple, pourquoi avez-vous perdu du terrain alors que nous avancions la dernière fois ? Ce n'est pas seulement à cause de la tactique que nous avions à l'époque envers le Front civique, envers Juez, bien sûr, mais il est évident que cela a beaucoup aidé. Où est l'effondrement de notre parti pour avoir mené une politique envers un phénomène de masse comme Juez ? Notre personnalité publique, qui était une figure importante du phénomène de Juez, est devenue la figure la plus importante de la gauche à Cordoue. C'est ainsi que les tactiques sont mesurées. Le Parti révolutionnaire, le MST de Cordoue, est plus fort et vous êtes plus faible. Que cela vous plaise ou non, c’est cela et rien d'autre la réalité. Parlons donc des tactiques par rapport à la stratégie, car il n’y a pas d’autre mesure, il n’y a pas d’autre moyen de mesurer la réalité.

Pour finir, je veux dire au camarade Santos du PO de ne pas s'inquiéter. Nous n'allons pas quitter la FIT-U, au contraire. Nous avons des propositions et une politique pour le renforcer. Par exemple, nous pensons qu'il y a de l'immobilité au sein du Front, car il n'agit pas en tant que tel au-delà des élections. La droite du pays a déjà organisé une vingtaine de marches et nous ne pouvons même pas sortir une seule fois pour devenir un troisième pôle. Nos propositions sont de renforcer le FIT-U. Nous pensons qu’en transformant le FIT-U en un parti de tendances cela le renforcerait, cela permettrait aux gens qui n’adhèrent pas aujourd’hui parce qu’ils ne veulent pas rejoindre un parti d’être néanmoins pour nous. Il n'y a pas de danger de réformisme, car nous sommes tous trotskystes.

Nous allons nous battre pour que le FIT-U se renforce mais, pour cela, nous devons discuter de divers problèmes que nous voyons. Par exemple, nous nous affaiblirons si la séparation entre la Plénière du syndicalisme militant et le FIT-U continue d'être promue. Je ne peux pas imaginer Trotsky dire "non, je ne veux pas être président du Soviet de Petrograd parce que je ne suis pas un ouvrier, mais une tendance de gauche." Tenons ces débats si nous voulons renforcer le FIT-U, à partir de la réalité. Nous avons des propositions pour le faire.

Enfin, je vais terminer car je pense que je suis à court de temps. Camarades d'Izquierda, vous critiquez le PTS - je pense avec raison - parce que souvent ils déforment les débats. Alors, ne déformez pas vous aussi. Nous n'avons pas cassé l'UIT pour nous diriger vers le Chavisme. C'est un double mensonge. Vous oubliez que ce qui était cassé, c'était le MST, camarades. Vous étiez une minorité dans notre parti et vous n’avez pas accepté d’être une minorité, c’est pourquoi vous êtes parti. Vous faisiez partie de la direction de l'ancien MAS qui n'a jamais accepté l'émergence d'une nouvelle direction dans le parti en Argentine après le désastre qui s'est terminé par la destruction de l'ancien MAS et vous pensiez qu'à partir de là, vous seriez en mesure de construire une nouvelle direction avec un parti ici et une internationale. Le débat que nous avons eu était très profond et ne peut être synthétisé par une raillerie. C'est également faux car, comme nous l'avons déjà expliqué, nous n'avons jamais non plus fait partie du gouvernement Chavez. Nous avons fait de l'entrisme et revendiqué ces politiques, et nous pourrions donner 20 exemples de Trostky disant qu’il ne faut pas être sectaire, qu’il faut avoir des tactiques et des politiques non-sectaires à l’égard des partis sociaux-démocrates après la trahison de la Deuxième Internationale, après les assassinats de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, après l’échec de la révolution allemande. Alors débattons des tactiques, que nous soyons pour ou contre. Mais ne déformons pas les choses parce que ce sont des méthodes de mouvement étudiant, ces méthodes nous sont étrangères, souvent héritées du stalinisme, pas du trotskysme. Nous devons débattre avec une méthode saine et franche pour éclairer les débats. Merci beaucoup.



17 réactions


  • Lampion Séraphin Lampion 23 mars 10:13

    Lors du siège de Constantinople le 29 mai 1453, alors que les Ottomans s’apprêtaient à entrer dans la ville, les religieux byzantins étaient occupés à discuter de la question théologique du sexe des anges. Cet épisode a donné naissance à l’expression « querelle byzantine ».


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 23 mars 10:41

      @Séraphin Lampion
      Oui. En effet, ils discutaient du sexe des anges et quelques jours plus tard leur civilisation disparaissait.
      Aujourd’hui, notre civilisation est à deux doigts de disparaître (Socialisme et Barbarie) et les quelques militants qui discutent pour trouver la stratégie permettant de la sauver (socialisme) sont isolés...
      Le rapport s’est inversé.


  • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 23 mars 13:13

    Je comprends que cet article ne va guère intéresser beaucoup de lecteurs d’AgoraVox. J’ai d’ailleurs hésité à la publié. Se déporter dans le temps ou dans l’espace nous écarte des préoccupations françaises du moment. C’est pourquoi, il n’est jamais jugé comme primordial de s’intéresser au passé ou à ce qui se passe dans des contrées lointaines. Cependant, je considère que la discussion que je propose ici est particulièrement importante.

    Les révolutionnaires sont souvent perçus comme des marginaux plus ou moins romantiques qui sont en fait en dehors des réalités et ne remuent que des utopies.
    Dans cette discussion, il apparait clairement que, tout au contraire, les révolutions ne sont pas tant l’affaire des révolutionnaires que celle des peuples et elles apparaissent régulièrement, le plus souvent (malheureusement) sans révolutionnaires. Il y en a au moins une tous les 3, 4 ou 5 ans.
    Guillermo Sanchez Porta dit :

    "Par exemple, en Bolivie en 1952 ; en Algérie à partir de 1962 ; au Portugal en 1975 ; en Iran en 1978 ; avec la révolution nicaraguayenne de 1979 et le Salvador en 1980, entre autres. Au 21e siècle, il y a eu les énormes révolutions arabes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, qui sont connues sous le nom de printemps arabe.« 

    Il faudrait parler aussi de Cuba et de la Chine.
    Il faut ajouter au moins la révolution roumaine de 1989 et en 1968 la Tchécoslovaquie sans parler de la France.
    Aujourd’hui voyez les montées révolutionnaires au Liban ou en Biélorussie.

    Ces révolutions éclatent régulièrement mais aucune n’est complètement couronnée de succès. Les orateurs expliquent, parfois qu’elles sont avortées. On peut dire aussi qu’elles sont parfois confisquées (par des religieux en Iran, par une aile de la bureaucratie en Roumanie...) ou qu’elles dégénèrent.

    Comment faire pour que des révolutions soient victorieuses et finalement pour que le socialisme triomphe ? Est-ce vraiment une utopie ou n’est ce pas plutôt ce qu’il y a de plus réaliste. Qui a-t-il de plus vrai que le pronostic de Rosa Luxembourg : »Sociliasme ou Barbarie«  ? Qui a-t-il de plus actuel que ce constat de Trotsky : »La crise de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat" ?

    Telles sont les questions qui sont ici abordées.


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 23 mars 13:14

      @Jean Dugenêt
      J’ai hésité à le publier... je n’hésite plus.


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 23 mars 21:14

      @cettegrenouilleci
      Je ne sais pas. Ce texte était prévu pour un débat interne à l’AGIMO. J’ai finalement décidé de le proposer à AgoraVox mais il est vrai qu’avec 6 interventions c’est un peu long. Je vais essayer dans les commentaires de faire ressortir ce qui est important. En fait je suis d’accord avec les deux courants qui s’expriment ici et qui ont de petites divergences. Je suis en désaccord avec les 2 autres dont il est question. Je ne parlerai ici que de l’un d’eux : le PTS.

      Le PST est proche du NPA. Ils interviennent comme tendance dans le NPA. C’est la tendance « Revolution Permanente ». Dans l’article Alejandro Bodart souligne l’incohérence du PST qui refuse sa proposition de regrouper les 4 organisations qui discutent dans un grand parti avec 4 tendances alors qu’ils acceptent en France d’être une tendance du NPA. Mais, plus que l’incohérence, l’essentiel et dit par Mercedes Petit :
      "Les camarades français du PTS font partie du NPA depuis des années, tandis que le NPA soutenait Chávez et Syriza. Castillo (militant du PTS) a déclaré aujourd’hui, et a persisté dans sa déclaration, qu’ils sont dans le NPA « pour mener la bataille pour le transformer en parti révolutionnaire ». Camarade Castillo, dans le NPA, la majorité sont des mandélistes et seront des mandélistes, ils ne seront jamais révolutionnaires. […] Ne vous faites pas d’illusions sur le fait qu’à un moment donné, le NPA va se transformer en parti révolutionnaire. […] ".

      L’expression « mandélistes » ne veut pas dire grand chose. Ernest Mandel a dirigé ce courant au plan international pendant des années. C’est sous sa direction que tous les partis comme le NPA ont soutenu systématiquement tous les mouvements qui avaient une certaine popularité comme Chavez et Syriza (avant il y a eu Ho Chi Minh et Che Guevara...). Ils ne se remettent jamais en question lorsqu’ils constatent ensuite que cela abouti à ces échecs. Toute leur attitude c’est "c’était beau, et généreux. On y a cru. Ca a raté. C’est pas de chance.

      C’est triste et c’est dommage mais on eu raison d’être avec eux. La prochaine fois on recommencera« .

      Ils ne tireront jamais le bilan de ce qu’est un gouvernement de front populaire. Ils ne savent pas qu’il faut au besoin dans ce cas être à contre-courant de l’enthousiasme populaire. Le »ils vont trahir" est une certitude. Il n’y a pas à être surpris.

      Si demain, en France, Mélenchon, candidat unique, était élu. Il y aurait assurément un grand enthousiasme. Nous savons nettement qu’en restant dans l’UE il ne faudrait rien attendre de bon. Les dirigeants du NPA n’ont pas compris cela et ils ne le comprendront jamais.

      Je te remercie de ton soutien.


    • Xenozoid Xenozoid 23 mars 21:31

      @Jean Dugenêt

      tres bien, et merci je suivrais la discution 


    • Xenozoid Xenozoid 23 mars 22:21

      @CYRUS

      ta maman t’a abandonné ?


    • cyrus CYRUS 23 mars 22:27

      @Xenozoid

      Ta maman te dit mange ton soja et fait hummmm que c’ est bon ...
      t’ est conscient quand meme que le covid est diffusé par les eaux souillé et que c’ est avec ca qu’ on arrose ton soja OGM ...

      Bonne appétit reprend en une cuillère pour papa , tonton et la tante .


    • Xenozoid Xenozoid 23 mars 22:29

      @CYRUS

      Bonne appétit

      bon au moins ne fait pas pipi dans le sable


    • cyrus CYRUS 23 mars 22:39

      @Xenozoid

      Allons donc tout le monde sait que pour de beau chateau de sable , il faut prendre une boite de gros sel et saler la mer ... ca cristalise bien mieux ...

      même en pâté a la plage faut que tu revoit ta technique ...

      Bon celci dit , le reveil de lamerique du sud et l’ emancipation du chili , de l’ argentine du venezuela et du bresil sont des point clef pour sortir des regime reresif qui profite a l’ amerique de bidens d’ extreme droite deguisé en fausse gauche democrate smiley

      t’ en aprend des chose ce soir smiley t’ est pas venu pour rien smiley


  • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 23 mars 18:57

    Je préfère le monologue au silence. Je vais donc soliloquer, si possible, sans radoter.
    J’en été là : Qui a-t-il de plus actuel que ce constat de Trotsky : "La crise de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat" ?

    Il y a en effet une quantité de révolutions qui éclatent à travers le monde. J’invite ceux qui n’en sont pas persuadés à regarder la page de la Wikipédia intitulée « Chronologie des révolutions et des rebellions » en vous limitant à celles qui sont apparues depuis 1950. Il y en a des centaines. Il faudrait assurément faire le tri entre de simples mouvements sociaux, des rebellions, l’amorce de révolutions et de réels renversements de régime. Mais, assurément, ces diverses formes de révoltes ne peuvent pas être considérés comme des phénomènes exceptionnels, des épiphénomènes. Il s’agit du fonctionnement normal du système capitaliste qui exige une guerre permanente des nantis contre les exploités. Cette guerre prend, c’est bien normal, le plus souvent des formes d’une extrême violence. Nous ne comptons pas, dans ces diverses révoltes, les guerres d’écrasement de peuples entiers qui font partie intégrante aussi de ce système d’exploitation mondiale : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie... Ce qu’il faut considérer comme exceptionnel, dans ces conditions, c’est d’avoir une relative stabilité comme c’est le cas dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest. Attendre que des changements viennent d’une élection à l’autre : voilà l’utopie ! Regardez les faits ! Ouvrez les yeux ! Ce n’est pas d’élection en élection que fonctionne notre monde.

    La question qui se pose est : pourquoi, aucune de ces révolutions n’aboutit à la victoire du socialisme ? La réponse est : parce qu’il n’y a pas de parti révolutionnaire intégré dans une internationale révolutionnaire. C’est ce que Trotsky a formulé ainsi : « La crise de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire du prolétariat ».

    Il n’y a rien de nouveau dans ce constat qui est la suite logique de ce qu’écrivait Karl Marx au XIXème siècle. Nous ne cherchons pas de théorie fumeuse à la mode pour exprimer la réalité du monde dans lequel nous vivons. Il n’y a rien de plus actuel que le marxisme.

    Dans le débat que nous reproduisons ici les trotskistes posent notamment cette question :
    "Qu’est-il arrivé au trotskysme depuis ce moment (depuis la mort de Trotsky en 1940) jusqu’à nos jours ? Pourquoi, si Trotsky nous a légué une base solide, le trotskisme est-il divisé aujourd’hui en plusieurs tendances ? Pourquoi aucune des organisations internationales qui revendiquent l’héritage de Trotsky n’a-t-elle réussi à gagner une influence de masse ? Et bien sûr, pourquoi n’avons-nous pas réussi à prendre le pouvoir dans aucun pays ? Voilà les questions qui sont posées... "

    Des réponses sont ensuite apportées. Nous y reviendrons.


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 24 mars 09:59

      @Jean Dugenêt
      J’en étais là :
      "Qu’est-il arrivé au trotskysme depuis ce moment (depuis la mort de Trotsky en 1940) jusqu’à nos jours ? Pourquoi, si Trotsky nous a légué une base solide, le trotskisme est-il divisé aujourd’hui en plusieurs tendances ? Pourquoi aucune des organisations internationales qui revendiquent l’héritage de Trotsky n’a-t-elle réussi à gagner une influence de masse ? Et bien sûr, pourquoi n’avons-nous pas réussi à prendre le pouvoir dans aucun pays ? Voilà les questions qui sont posées... "

      La réponse c’est que les trotskistes étaient trop faibles quantitativement et aussi qualitativement à la sortie de la guerre pour maintenir le cap fixé par Trotsky. Quand je dis qu’ils étaient faibles qualitativement, je veux dire qu’il leur manquait l’expérience et la formation nécessaire. Face aux difficultés pour construire l’internationale révolutionnaire, ils ont capitulé en cherchant des raccourcis et donc en abandonnant le trotskisme. Dès 1951 la direction avec Michel Pablo, Ernest Mandel et Pierre Franck a sorti toute une théorie qui était une anticipation sur la fameuse théorie des blocs de Samuel Huntington. La lutte entre les blocs (Bloc capitaliste, bloc de l’URSS, bloc du tiers monde...) venait, sinon se substituer, du moins prendre l’avantage sur la lutte des classes. Il fallait alors défendre le bloc de l’URSS et en conséquence entrer dans les partis communistes. Il fallait aussi entrer dans tous les mouvements petits-bourgeois qui semblaient à un moment donné être à la tête de mobilisations ouvrières ou paysannes. Il y a eu une conséquence dramatique immédiatement en 1952 lors d’une révolution en Bolivie. Il faudra que je raconte cela une autre fois.

      C’est cette politique qui a amené des crises avec des scissions chez les trotskistes et finalement la désagrégation de la IVème internationale. Nous en avons encore aujourd’hui un très bel exemple avec le NPA qui se met à la remorque un jour de Chavez, le lendemain de Syrisa... et ne construira jamais de parti révolutionnaire.

      Pour imposer cette politique révisionniste la direction a usé de méthodes bureaucratiques afin d’interdire toute discussion. Cela s’est répété plusieurs fois notamment avec Lambert. Le bilan de cela aussi est ici tiré par les participants à la discussion pour définir un mode de fonctionnement où la démocratie l’emporte sur le centralisme, où personne ne peut se prendre pour Lénine ou Trotsky au point d’imposer son autorité. Il est exemplaire qu’ils puissent ensemble mener une discussion sans concession mais sans violence verbale.

      Ce que je viens d’écrire est évoqué par Mercedes Petit quand elle dit :
      "Dans ce contexte, l’extrême faiblesse du trotskisme donnait lieu à des réponses révisionnistes, opportunistes et même à des méthodes bureaucratiques et brutales et à des fausses déclarations. Pablo et Mandel ont capitulé devant les partis communistes-staliniens et les dirigeants nationalistes bourgeois de manière irréversible ce qui a conduit à la crise, à la division et à la dispersion de la Quatrième Internationale."


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 24 mars 14:06

      @Jean Dugenêt
      La politique du NPA est exactement l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Les révolutionnaires doivent en toutes circonstances chercher l’indépendance de la classe ouvrière dans son combat contre l’exploiteur. Il faut refuser tout ce qui amènerait à compromettre les révolutionnaires avec les exploiteurs en se liant à tout organisme qui applique un tant soit peu la collaboration de classe. C’est notamment le cas avec les gouvernements de front populaire comme ceux de Lula ou de Chavez. C’est aussi le cas avec des mouvements comme Syriza ou Podemos.

      Les révolutionnaires doivent aussi, pour rester indépendants, se garder de se lier avec toute organisation qui pratique la collaboration avec l’ennemi de classe. C’est donc le cas, en général, avec les organisations ouvrières-bourgeoises, avec les partis de la classe ouvrière qui sont passés du côté de l’ordre bourgeois. Mais, il y a sur ce point une nuance délicate à introduire. Il peut être tactiquement utile d’entrer dans des organisations dont la direction est compromise quand c’est la meilleure solution pour les révolutionnaires d’avoir une existence publique et/ou quand il y a un afflux massif vers ces organisations. Il faut savoir apprécier les conditions dans lesquelles cela peut être fait. Ce n’est pas la même si on est dans une dictature ou s’il y a une montée révolutionnaire. Cela dépend aussi de l’implantation plus ou moins importante des révolutionnaires. Il y a un exemple célèbre. En août 1934, à l’initiative de Trotsky, les trotskistes entrent dans la SFIO « à drapeau déployé » c’est-à-dire sans nullement se dissimuler. Ils forment dans la SFIO la tendance Bolchévique-Léniniste. En formant ainsi ouvertement une tendance, ils ne perdent en rien leur autonomie. Ils seront d’ailleurs exclus par Léon Blum dès 1935 et formeront le Parti Ouvrier Internationaliste en 1936.

      Cette question est au centre de la discussion entre le MST et l’IS. Dès sa première intervention Alejandro Bodart, qui sait sur quel point il est attaqué par l’IS, annonce : " Nous défendons l’entrisme que nous avons fait dans le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela), comme nous avons défendu l’entrisme dans le PT(Parti des Travailleurs), comme nous pensons qu’il était nécessaire de faire de l’entrisme pendant la période de boom de Syriza ou à Podemos. Ce sont des tactiques qui prennent le meilleur du trotskisme."

      Il faut qu’il justifie que ses camarades sont entrés au Venezuela et au Bresil dans les partis au pouvoir sous Chavez et Lula de même qu’ils ont soutenu Syriza et Podemos. Il explique donc que c’étaient des tactiques qui ne remettaient pas en question le principe fondamental de la lutte révolutionnaire que nous venons de rappeler. Ses arguments sont-ils convaincants ?

      Nous allons examiner cela et surtout nous poserons la question : ces divergences sont elles insurmontables au point qu’une réunification entre ces deux organisations ne soit pas envisageable ?


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 25 mars 12:22

      @Jean Dugenêt
      " Nous défendons l’entrisme que nous avons fait dans le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela), comme nous avons défendu l’entrisme dans le PT(Parti des Travailleurs), comme nous pensons qu’il était nécessaire de faire de l’entrisme pendant la période de boom de Syriza ou à Podemos. Ce sont des tactiques qui prennent le meilleur du trotskisme."

      Pour justifier cette politique Alejandro Bodart développe plusieurs fois un argument qui me parait bien peu recevable. Il dit qu’avec cette politique les organisations de la LIS-ISL se sont davantage développées que celle de l’UIT-QI. Voici précisément comment il formule cela.

      « Si vous sortez plus fort d’une tactique, avec un parti révolutionnaire plus fort, la tactique était légitime et correcte. »

      "Le Parti révolutionnaire, le MST de Cordoue, est plus fort et vous êtes plus faible. Que cela vous plaise ou non, c’est cela et rien d’autre la réalité."

      Je rejette cet argument car il peut arriver qu’une organisation centriste ait du succès quand une organisation qui a une orientation révolutionnaire peine à se développer. Cela dépend de multiples facteurs. En Espagne,Trotsky critiquait la politique centriste du POUM. Cependant il n’avait aucun moyen de développer sa politique révolutionnaire. Andrès Nin avait assurément plus de succès que Trotsky. C’était pourtant assurément l’orientation de Trotsky qui était révolutionnaire.

      J’accepte beaucoup mieux tous les arguments que le MST avance pour montrer que les organisations de la LIS-ISL ne se sont pas compromises et qu’elles ont gardé leur indépendance. Sergio Garcia dit notamment :
      "Nous n’avons jamais fait partie du gouvernement, nous n’avons jamais perdu notre indépendance politique. Nous avions notre propre organisation, notre propre journal, nos propres cadres, nos propres cours de formation et nous avons construit une organisation en intervenant dans ce processus.« 
       »Ce qu’ils doivent se demander c’est : est-ce que le MST, dans cette tactique, a perdu son indépendance politique a cessé de construire un parti révolutionnaire ? Et ce n’est pas le cas, nous n’avons jamais cessé de progresser. Même à l’Assemblée législative, lorsque nous sommes entrés, nous avions notre propre bloc. Vérifiez les bulletins de vote de notre député au cours de ces quatre années. C’était une réussite politique de notre tactique. Il n’y a pas un seul vote qui puisse être critiqué pour avoir violé des principes de classe.« 

      Bien évidemment, il est encore plus clair qu’une organisation garde son indépendance au Venezuela quand elle ne rejoint pas le PSUV. C’est ce qu’explique Guillermo Sanchez Porta :
       »nous agissons aujourd’hui au Venezuela, sans capituler devant le Chavisme ou le « socialisme du XXIe siècle », sans rejoindre le PSUV, et en promouvant la mobilisation de la classe ouvrière, en construisant le syndicat autonome actuel C-CURA et le Parti du socialisme et de la liberté.« 

      Il y a donc assurément une divergence entre la LIS-ISL et la UIT-QI mais elle ne semble pas programmatique. Ils sont d’accord sur l’essentiel et cette divergence ne justifie pas qu’il y ait deux internationales séparées. Les divergences avec PO et le PST sont nettement plus importantes mais je laisse de côté la possible construction d’une organisation unique à la place du front FIT-U. C’est une question essentiellement argentine. Je m’intéresse prioritairement à la question de l’internationale car cela concerne l’adhésion de l’AGIMO.

      Je suis pleinement favorable à la proposition de Mercedes Petit :
       »Nous réitérons la proposition que nous avons déjà faite lors de la conférence latino-américaine d’unir les révolutionnaires. Commencez par coordonner des campagnes communes. […] Deuxièmement, promouvoir là où les conditions sont réunies des expériences comme celle du FIT-Unidad en Argentine. Troisièmement, prendre des mesures concrètes vers une coordination nationale et internationale sur le chemin difficile mais nécessaire vers la reconstruction de la Quatrième Internationale sur la base d’un programme révolutionnaire."

      Je pense en effet que des mesures concrètes doivent être prises pour se diriger vers la fusion des deux internationales LIS-ISL et UIT-QI. Je serais d’ailleurs favorable à ce que la LIT-QI soit aussi réunie avec les deux autres mais elle n’était pas représentée dans cette discussion. Je chercherai d’autres documents pour voir où la LIT-QI a des divergences avec les 2 autres internationales.

      Il me reste à concaténer mes différents commentaires pour écrire un texte à transmettre aux trois internationales.


  • waymel bernard waymel bernard 23 mars 19:06

    Trop long pour moi ce tract. Ce que je sais c’est que Staline c’était déjà pas mal mais ça aurait été bien pire avec Trotsky.


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 23 mars 20:47

      @waymel bernard
      « Trop long pour moi ce tract. »
      Ce n’est pas un tract.

      « Ce que je sais c’est que Staline c’était déjà pas mal mais ça aurait été bien pire avec Trotsky. »
      Il faut de tout... J’ai connu un hongrois qui avait participé au cercle Petofi en 1956. Il ne pensait pas comme vous... Je pense que ce n’était pas l’avis de Imre Nagy et de ses compagnons de potence.


  • Tesseract Tesseract 24 mars 13:26

    « Je préfère le monologue au silence. Je vais donc soliloquer, si possible, sans radoter. »

    Enfin un peu de lucidité...

    Les idéologies ont été inventées pour que celui qui ne pense pas puisse donner son opinion. (Nicolás Gómez Dávila)


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