jeudi 11 juillet 2013 - par Bernard Dugué

Débuts fracassants pour les Milanais de Progenesi

C’est devenu une évidence que de considérer l’Italie comme le pays le plus présent sur la scène progressive, avec les anciens des seventies ayant repris du service, les formations rodées depuis une ou deux décennies et les nouveaux groupes qui ne cessent d’éclore dans toutes les villes d’Italie, de Naples à Milan où vient de se former Progenesi, jeune formation qui vient de sortir en 2013 un album enregistré en 2012 dans les studios de la Raffinerie musicali qui en a assuré l’édition. Progenesi est un quartet conventionnel basse, batterie, clavier, guitare, complété sporadiquement par un duo violon violoncelle assurant à l’ensemble une densité musicale affirmée comme on peut s’en rendre compte en écoutant « Ulisse l’alfiere nero », un concept album où dominent la guitare et surtout les claviers superbement maîtrisés par Giulio Stromendo, claviériste compositeur et arrangeur qui signe les six pièces musicales de ce CD. Cette formation regroupe des musiciens de la scène locale et des anciens élèves de l’académie Verdi basée à Milan, la plus prestigieuse école de musique toute l’Italie.

La virtuosité du claviériste Stromendo s’entend tout de suite. On sent le professionnalisme et la formation classique poussée de cet instrumentiste qui sait aussi improviser des séquences plus jazzy. Les compositions sont travaillées et sophistiquées comme rarement dans le genre rock. On se situe pratiquement dans un registre de musique contemporaine et d’ailleurs, le second morceau est inspiré de la suite opus 14 de Bartok. Mais d’allez pas imaginer que vous allez entendre une réplique de ELP. La musique proposée par Progenesi est extrêmement complexe, sans les repères de la mélodie comme on trouve le plus souvent dans le rock, même quand il se veut progressif. Il sera difficile de comparer Progenesi à des références connues, même si le premier morceau endiablé fait penser à PFM, formation qui dans le style présente le plus de similitude mais l’intention esthétique est plus proche du légendaire Anglagard, sans qu’il n’y ait pour autant de similitudes de styles. Progenesi semble pouvoir viser un style propre et personnel qui séduira les amateurs les plus exigeants de la prog music, ceux qui veulent de l’originalité, des ruptures, des inventions mélodiques et sonores à n’en plus finir, capables de perdre l’auditeur dont les repères sont mis hors circuit.

C’est parti. Le premier morceau attaque avec un tempo soutenu, une mélodie pour se repérer. Cela ressemble fort à du PFM période « chocolate kings » mais après, tout bascule, l’orgue semble dérailler, quitter la trame qui soutient la musique. Ce jeu très facétieux et exécuté avec virtuosité n’est pas sans rappeler les inventions de Morgan Fisher dans les seventies. La musique se fait plus reposante et puis ça repart avec le thème du début et à nouveau un changement d’atmosphère. Pour préparer le second morceau qui démarre avec du piano saccadé et joué très contemporain, ensuite c’est la guitare qui prend le relais pour une atmosphère flottante et c’est reparti pour un dialogue entre orgue et piano assez envoûtant. Le piano se fait alors jazzy et le style devient un peu plus prog fusion, proche de ce qu’on a pu entendre chez les maîtres de l’école de Canterbury. Très mélodique, très travaillé, découpes de sonorités puis à nouveau un break et un tempo très bien soutenu par la basse et les percussions. Ce second morceau s’avère d’une complexité formelle et stylistique que seul les musiciens d’Anglagard savent manier sans aucune faute. A la fin de ce second morceau, le violoncelle s’invite pour une conclusion. Puis reprend du service dans le troisième chapitre de ce concept album où un dialogue avec le piano s’installe. C’est feutré, calme, puis le piano s’accélère, la rythmique entre en scène et à nouveau un style prog fusion. Puis l’atmosphère devient plus symphonique avec le mellotron suivi par l’orgue Hammond conférant à l’ensemble des réminiscences très seventies qui finissent par évoquer nombre de formations du prog italien de cette époque ainsi que leurs cousins ELP. Ce troisième morceau est le plus long de l’album et se conclut avec un violon langoureux enlaçant un piano aventureux. Cette impression de calme est rapidement rompue avec une quatrième pièce musicale qui démarre fort, comme pour réveiller l’auditeur. La guitare est mélodique, s’envole pour assurer une trame sur laquelle les claviers vont s’inscrire en débordant d’inventivité et d’énergie. Les instrumentistes semblent entraînés par la musique ce qui constitue la marque d’une technique parfaitement maîtrisée, au-dessus de bien des formations progressives. Sans compter le travail de composition et d’arrangement permettant aux différents instruments de s’enchevêtrer sans se fondre. Le niveau d’excellence est soutenu tout au long des quelques 50 minutes que dure le CD. Somptueux et même baroque dans l’âme.

Au final, il n’y a pas photo, ce CD est sans conteste en lice pour être l’album prog de l’année 2013. Progenesi est une formation prometteuse dont les débuts sont fracassants, plaçant ce groupe au top du prog, dans la tranche des 10 % qui culminent au dessus des autres productions. Et pour résumer, on peut dire que c’est le croisement entre le prog dynamique symphonique de PFM et les expérimentations arty de Henry Cow, voire Gentle Giant. Avec ça, vous pouvez foncer pour vous procurer ce CD !

à écouter ici : http://www.youtube.com/user/Progenesi

Line-up / Musicians
- Giulio Stromendo / Piano, Hammond, Keyboards
- Dario Giubileo / Bass
- Patrik Matrone / Guitars
- Omar Ceriotti / Drums and Percussions

With guests
- Eloisa Manera / Violin
- Issei Watanabe / Cello

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