Délocaliser les prisons plutôt que les entreprises
On peut dire ce qu'on veut mais s'il est une fait dont je peux témoigner, c'est qu'il était beaucoup plus facile de faire régner une stricte discipline dans les unités d'appelés du contingent quand elles étaient en Afrique du Nord que lorsqu'elles étaient en France. J'ai servi cinq ans dans l'armée d'Afrique et je sais ce dont je parle.
Totalement isolé, aux franges du Rif marocain, le 8ème bataillon de Zouaves n'avait pas la réputation d'être une unité d'enfants de choeur. La plupart des bataillons disciplinaires ayant été dissous lorsque j'ai commencé ma carrière de jeune sous-lieutenant sortant des écoles, ce 8ème Zouaves - car ce fut ma première unité - avait le privilège d'accueillir les fortes têtes que les unités de la métropole ne souhaitaient pas recevoir.
Certes, je n'approuve pas les méthodes souvent musclées qu'appliquaient certains sous-officiers revenus d'Indochine, têtes au carré et autres joyeusetés, mais il faut reconnaître que le dépaysement aidant avec en plus les marches épuisantes sous un soleil de plomb, cela pouvait redresser les esprits les plus rebelles (un seul GMC fatigué pour toute l'unité).
Moi-même, intellectuel que j'étais, j'ai eu droit à de grands discours pédagogiques de la part de vieux officiers déséchés par le soleil africain pour me convaincre de la formule "trop bon, trop con".
Mon chef de corps faisait partie de cette école. Juif métissé d'Arabe, paraît-il, vivant à part dans une maison cloitrée avec femme, ou femmes, également cloitrée, on dit qu'il connaissait par coeur le Coran et la Bible, ce qu'il mettait en pratique à l'image d'un caïd ou d'un personnage de l'ancien testament - être juste mais fort - jusqu'à déclarer en plein méchoui où il avait invité les notables de la ville arabe : si vous touchez à l'un de mes petits zouaves, je rase la médina (authentique certifié, j'étais présent et m'en souviens encore).
J'ai également fait la connaissance d'un officier qui avait servi dans les unités disciplinaires et qui ne pensait qu'à retourner dans ceux qui existaient encore, partant du principe que c'est dans l'effort, dans la discipline et dans l'épreuve qu'on peut, non seulement rééduquer, mais sauver des jeunes mal partis, évidemment en les aimant... "être dur, exigeant, mais bon".
Toutes choses égales d'ailleurs - j'aime cette formule qui ne veut rien dire - je ne devrais pas parler de bataillons disciplinaires. Le terme officiel est "bataillons d’Infanterie légère d’Afrique". Ces unités, les Bat' d'Af, avaient été créées pour incorporer les jeunes gens en âge d'effectuer leur service militaire et condamnés à plus d'un an d'emprisonnement. Ces "Joyeux" avaient, dit la tradition, tatoués sur une jambe "Marche ou Crève". C'est à cela qu'ils étaient reconnus et respectés dans le milieu, une fois revenus à la vie civile (cf Wikipédia). Nous sommes bien loin des petits gigolos inconséquents d'aujourd'hui pour lesquels on trouve toujours des circonstances atténuantes.
La paradoxe de notre époque dite moderne est que notre société n'a jamais été autant déchristianisée dans la pratique du culte et en même temps autant christianisée dans les valeurs jusqu'à faire aujourd'hui de l'individu le centre de tout alors qu'hier, le centre de tout était le bon fonctionnement de la société.
Au temps des druides gaulois, c'était simple. On mettait les condamnés dans de grands paniers et on les brûlait. Ces druides avaient l'excuse qu'ils croyaient - ou qu'ils faisaient semblant de croire - qu'ils renvoyaient aux forgerons du ciel des âmes défectueuses.
Les Romains ont jugé et bâti la première prison de Chalon-sur-Saône au pied de la tour de Taisey (certifié par un médaillon sculpté du III ème siècle).
Au Moyen âge, le seigneur de Taisey/Chalon faisait exposer les voleurs sur la place voisine du carcan pour mettre en garde la population contre eux. Le carcan était un collier métallique servant à attacher un condamné en l'exposant à l'infamie d'une humiliation publique (cf Wikipédia). L'effroyable supplice de la roue y était également pratiqué pour dissuader les mauvais garnements de commettre un acte plus grave. Sans oublier l'effrayant poteau de la pendaison qui devait se trouver à côté de la tour de Taisey.
Lors de l'instauration de la République, c'est sur la place ronde de la ville des bords de Saône qu'on dressa la redoutable guillotine qui, suivant la formule de son inventeur médecin, vous fait sauter la tête en un clin d'oeil.
Certes, il n'est pas question de revenir à ces coutumes d'un autre âge, mais comme nous sommes dans un monde solidaire, pourquoi ne pas délocaliser nos prisons à l'étranger dans des pays pauvres et deshérités auxquels nous pourrions confier une tâche de gardiennage contre rénumération. En faisant un appel d'offres, nous pourrions très probablement limiter les coûts tout en donnant du travail à des chômeurs du tiers-monde. Ne soyons ni égoïstes ni prisonniers de notre nationalisme étroit ! Il nous faut partager. C'est l'essence même du mondialisme.
Et puis, ne serait-il pas enthousiasmant que de faire profiter des peuples démunis des connaissances que nos délinquants ont acquises dans nos écoles ? Quel romantisme que de les voir ensuite s'installer dans le pays d'accueil à leur sortie de prison et d'y fonder un foyer ! Mais il n 'y a pas que la prison comme l'a dit notre ministre. D'autres alternatives existent. Ramer dans des galères au travers des mers lointaines pour le seul plaisir d'établir un record. Autre formidable esprit d'aventure, en faire des chercheurs d'or dans les montagnes verdoyantes de la Guyanne ! Quel formidable esprit civique retrouvé que d'aider ainsi à combler le déficit du budget de la nation !





