Démolir l’autre mur !
LE MUR DE L'ARGENT
La Dépendance des Chefs d'État Occidentaux au Capital Financier :
Le rôle prépondérant des banques dans les démocraties occidentales. Les chefs d'État exercent un pouvoir apparent de décision souveraine, mais une analyse approfondie révèle une dépendance structurelle au capital financier, particulièrement aux banques.
Cette réalité, souvent masquée par des discours de souveraineté, se manifeste à travers des mécanismes comme le financement des campagnes électorales, les pressions économiques et les contraintes institutionnelles.
Comme l'évoquait François Mauriac en référence à la politique gaulliste, les ambitions politiques se heurtent souvent au "mur de l'argent", symbolisant les barrières imposées par les intérêts financiers.
Cet article démontre cette dépendance à travers des exemples historiques et contemporains, en se focalisant sur la France comme cas emblématique, tout en élargissant à l'Occident.
Le "Mur de l'Argent" : Un concept historique Illustrant la dépendance.
L'expression "le mur de l'argent" remonte aux années 1920 en France, désignant les résistances des milieux bancaires et financiers aux réformes progressistes.
Popularisée lors de l'échec du Cartel des gauches, elle illustre comment les banques, par des spéculations monétaires et des fuites de capitaux, peuvent faire chuter un gouvernement.
François Mauriac, dans ses écrits philosophiques et politiques, a étendu cette métaphore à la politique de Charles de Gaulle, suggérant que même une vision volontariste comme "l'intendance suivra" – priorisant le politique sur l'économique – se brise sur ces contraintes financières.
Sous De Gaulle, malgré des avancées en matière d'indépendance nationale (comme la sortie du commandement intégré de l'OTAN en 1966), les réformes économiques ont dû composer avec les banques.
La dévaluation du franc en 1958 et le Plan Rueff-Pinay visaient à stabiliser les finances pour attirer des investissements, démontrant une dépendance aux flux de capitaux bancaires.
Cette époque montre que les chefs d'État, pour éviter des crises inflationnistes ou des dévaluations forcées, alignent souvent leurs politiques sur les attentes des institutions financières, limitant leur autonomie réelle.
Les campagnes électorales :
Un vecteur clé de dépendance, l'exemple de Jacques Chirac.
Le financement des campagnes électorales constitue un levier majeur d'influence des banques et du capital financier.
En France, les coûts exorbitants des élections présidentielles – souvent des dizaines de millions d'euros – obligent les candidats à recourir à des prêts bancaires, des dons et parfois des financements occultes, créant une dette morale ou littérale envers les créanciers.
Jacques Chirac incarne parfaitement cette dynamique. Sa campagne de 1995, officiellement évaluée à 18 millions d'euros, a été entachée d'irrégularités, incluant des rabais illicites et des contributions non déclarées provenant de sources liées au capital financier. ( Quid de « l’aide de l’Irak » ?)
Le Conseil constitutionnel, malgré des preuves d'irrégularités flagrantes, a validé les comptes pour éviter une crise institutionnelle, révélant comment le système protège les alignements avec les intérêts financiers.
Des affaires comme les emplois fictifs à la Mairie de Paris servaient à financer illégalement des activités politiques, souvent avec l'implication indirecte de réseaux bancaires.
Cette dépendance n'est pas unique à Chirac : depuis les lois de 1988 encadrant le financement, les candidats restent vulnérables aux prêts bancaires et aux lobbies.
Aux États-Unis, des figures comme Donald Trump ou Joe Biden dépendent de Super PACs ( collectes de fonds) financés par Wall Street, illustrant une dépendance similaire où les banques influencent les politiques fiscales et réglementaires post-élection.
Exemples contemporains : L'influence des banques sur les politiques publiques.
Aujourd'hui, cette dépendance se manifeste dans la régulation financière et les réponses aux crises. Lors de la crise de 2008, les gouvernements occidentaux ont injecté des billions dans les banques pour éviter l'effondrement, renforçant leur pouvoir. En Europe, la banque centrale européenne (BCE) impose des politiques monétaires qui priorisent la stabilité bancaire sur les besoins nationaux, comme vu en Grèce où les prêts conditionnels des banques internationales ont dicté des austérités sévères.
Des personnalités comme Emmanuel Macron, passé par la banque Rothschild avant la présidence, exemplifient le "pantouflage" entre finance et politique, où les liens avec les banques influencent les réformes pro-marché.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) résiste parfois aux pressions présidentielles, mais sa proximité avec Wall Street limite l'autonomie des chefs d'État sur les taux d'intérêt ou les régulations.
De plus, la dépendance aux capitaux étrangers expose les États à des risques, comme les sanctions bancaires ou les fuites de capitaux en cas de politiques hostiles aux financiers.
Les Limites des Politiques Réformistes : vers une réflexion révolutionnaire sur l'Économie Mixte.
En conséquence de cette dépendance structurelle, il convient de poser les limites des politiques réformistes, qui visent à ajuster le système existant sans le transformer fondamentalement.
Ces approches, bien qu'utiles pour atténuer les excès du capitalisme financier – comme des régulations bancaires ou des taxes sur les transactions – se heurtent souvent à des contraintes inhérentes : la mobilité du capital limite l'autonomie des États, et les réformes institutionnelles peinent à produire des changements durables dans les démocraties occidentales.
Par exemple, la compatibilité du capitalisme avec la démocratie est mise en question lorsque l'accumulation de richesse permet aux élites financières d'influencer les politiques, rendant les réformes superficielles et réversibles.
Cela invite à une réflexion sur une approche plus radicale : une révolution vers une société d'économie mixte où l'État gagne une quasi-autonomie sur les forces économiques.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) en France, adopté en 1944, représente un jalon historique en ce sens. Il a conduit à des nationalisations massives des secteurs bancaires et industriels, à la création de la Sécurité sociale et à une économie mixte où l'État détenait une part significative des moyens de production, favorisant une croissance inclusive post-guerre.
Cependant, ses limitations sont évidentes : malgré ces avancées, la Quatrième République a souffert d'instabilité, et les réformes n'ont pas empêché un retour progressif au néolibéralisme dès les années 1980, avec des privatisations et une intégration européenne renforçant l'emprise des marchés.
Aller "un peu plus loin que la politique du CNR" impliquerait une révolution – non nécessairement violente, mais transformative – pour étendre la démocratie à la gouvernance économique. Contrairement au réformisme, qui modifie les externalités sans altérer la structure capitaliste, une approche révolutionnaire vise à renverser les rapports de force, par exemple via une socialisation accrue des banques centrales, une planification démocratique et une limitation stricte de la mobilité des capitaux.
Des penseurs comme Rosa Luxemburg ont argué que le réformisme seul ne mène pas au socialisme véritable, mais prépare le terrain à une révolution pour une économie mixte où l'État, soutenu par des mouvements populaires, priorise le bien public sur les intérêts privés.
Bien que risquée, cette voie pourrait offrir une autonomie accrue, comme suggéré dans des débats contemporains sur la socialisation de la finance pour contrer les inégalités.
Conséquences et Perspectives : Vers une Souveraineté Retrouvée ?
Cette dépendance au capital financier érode la démocratie, transformant les chefs d'État en gestionnaires contraints par les marchés plutôt qu'en leaders souverains. Elle favorise des inégalités, comme l'évoque la critique du capitalisme financier qui se fracasse sur la promesse d'égalité démocratique.
Cependant, des réformes comme les taxes sur les transactions financières ou une régulation accrue des banques offrent des pistes pour regagner de l'autonomie.
En conclusion, du "mur de l'argent" de Mauriac aux scandales de Chirac, en passant par les crises modernes, la dépendance des chefs d'État occidentaux aux banques est une réalité structurelle. Elle appelle à une réflexion sur la primauté du politique sur le financier pour préserver la souveraineté nationale, potentiellement via des transformations plus profondes que les réformes passées.


