mardi 26 novembre 2019 - par Mohamed Belaali

« Dérapages », « buzz » et fascisation des esprits

Depuis quelque temps maintenant, une vague de « dérapages », de « phrases choc », de « clashs », de « badbuzz », de « polémiques » etc. tourne en boucle dans les médias dominants. Cette richesse dans le vocabulaire contraste tristement avec la misère morale et politique de celles et ceux qui saturent l'espace médiatique par leurs propos haineux. Les journalistes, les philosophes, les écrivains, les hommes et les femmes politiques etc. se précipitent et se succèdent sur les plateaux de télévision et les stations de radio pour déverser leur haine de classe sur une partie de la population notamment la fraction la plus vulnérable, les femmes musulmanes. Elles doivent être, au nom de la laïcité et de la libération des femmes, pourchassées, humiliées, stigmatisées et livrées à la vindicte populaire. La surenchère de propos ignobles, encadrés par des présentateurs réactionnaires, fait rage. Mais derrière ces « dérapages », spontanés ou contrôlés, pour faire parler de soi et faire le buzz... se cache la classe dominante. Car les idées ne tombent pas du ciel comme la pluie. Elles sont l'expression générale de la réalité économique et sociale des hommes et des femmes vivant en société. Comme disaient Marx et Engels « les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante » (1).

En ces temps de crise, les valeurs dont se targue encore la république bourgeoise s’effondrent lentement sous la pression des changements économiques et avec eux toute cette construction idéologique : droit de l’homme, laïcité, démocratie, État de droit, égalité entre citoyens, liberté de culte etc. Elles sont remplacées aujourd'hui par la propagation d'autres « valeurs » comme la haine, l'islamophobie, la xénophobie, la misogynie, la démagogie, la délation, etc. Il s'agit là des ingrédients essentiels utilisés ou plus précisément instrumentalisés par la classe dominante pour, en dernière analyse, maintenir les privilèges et les richesses entre ses propres mains.

Mais pour pouvoir imposer sa politique en temps de crise, la bourgeoisie a besoin non seulement de gouvernements autoritaires, mais aussi de tromper les masses populaires pour obtenir leur passivité voire leur complicité. Il lui faut des boucs émissaires capables de détourner la colère des masses des vrais problèmes et du combat politique. La stigmatisation du musulman aujourd'hui comme, toute proportion gardée, du juif hier, correspond à cette nécessité pour la classe dirigeante d'occulter sa propre responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France et son incapacité à sortir le pays de la crise. Elle attise la haine religieuse à travers ses hommes politiques, ses journalistes, ses intellectuels, ses philosophes etc. afin de dresser les citoyens les uns contre les autres pour les diviser et pour mieux attirer, tel un prestidigitateur habile, l'attention de la population sur le voile, la construction des mosquées, les jupes longues, le burkini, la viande hallal etc. Il faut donc construire cet ennemi à force d'images et de phrases haineuses pour cimenter une population traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoûtée par le comportement d’une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d’une minorité de très riches. Ce faisant la classe dominante déforme et travestit la réalité.

Mais cette prolifération et ce développement fulgurant dans l'espace médiatique de ces « dérapages/ commentaires/dérapages... » constituent, dans une certaine mesure, les symptômes d'une société en crise profonde qui glisse progressivement et insidieusement vers un régime encore plus autoritaire que celui qui est déjà en place (2). On ne compte plus, dans l'espace médiatique, le nombre de débats sur le port du voile, de tribunes, d'éditoriaux et de chronique sur l'islam. Les mots et les « théories » utilisés sont souvent vides de sens mais toujours chargés de haine. Avec ces « dérapages » à répétition, on assiste à un processus irrésistible de résignation, de dépolitisation et de fascisation des esprits.

C'est dans ce cadre qu'il faut peut-être comprendre cette omniprésence et cette audience démesurée donnée à l'idéologie d'extrême droite dans les grands médias. Par exemple, sur BFM-TV, Cnews, France Info et LCI, on compte 161 invitations des représentants du Rassemblement national sur une période de moins de 3 mois : « Sur la période allant du 1er janvier au 17 mars 2019, on ne dénombre pas moins de 161 invitations sur BFM-TV, Cnews, France Info ou LCI, soit plus de deux apparitions par jour en moyenne. (...) Cette omniprésence des représentants du parti d’extrême-droite s’accompagne d’un traitement médiatique tout en complaisance à l’égard de Marine Le Pen » (3). Les idées et les thèmes fétiches et obsessionnels de ce parti comme l'immigration, l'islam, le voile, les banlieues, le terrorisme, la sécurité etc, sont ainsi, grâce au matraquage des grands médias, légitimés, banalisés et intériorisés.

Rappelons pour mémoire que dans les années 80 par exemple les journalistes traitaient autrement Jean-Marie Le Pen, le père de Marine (4). Autrefois indésirable et peu fréquentable, le parti d'extrême droite est devenu aujourd'hui l'objet de toutes les convoitises médiatiques.

Aujourd'hui, le capitalisme en crise produit et continuera à produire des « valeurs » de haine, de xénophobie, d’islamophobie, de délation etc. C'est à ce système qu'il faut s'attaquer et à la minorité d'oppresseurs qui dresse les citoyens les uns contre les autres jouant sur leurs préjugés nationaux et religieux et non aux femmes, aux travailleurs immigrés, aux réfugiés quelle que soit leur confession.

 

Mohamed Belaali

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(1)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm

(2)Voir la répression exercée sur le Mouvement des Gilets jaunes par le gouvernement Macron http://www.belaali.com/2019/11/gilets-jaunes-une-annee-de-combat-et-d-espoir.html

(3)https://www.acrimed.org/Les-chaines-tele-deroulent-le-tapis-rouge-devant

(4)https://www.ina.fr/video/CAB85106298

 



7 réactions


  • Désintox Désintox 26 novembre 2019 19:28

    " la minorité d’oppresseurs qui dresse les citoyens les uns contre les autres jouant sur leurs préjugés nationaux et religieux et non aux femmes, aux travailleurs immigrés, aux réfugiés quelle que soit leur confession"

    Vous avez raison. Il faut le dire plus souvent ici.


  • titi titi 26 novembre 2019 20:45

    Tout est une question de relativité.

    En France est taxé de facho un discours qui est considéré comme tout à fait normal ailleurs.

    Des pays comme l’Australie ont une politique migratoire qui conduit la marine Australienne a raccompagner les bateaux de migrants en haute mer… ca ne choque personne.

    Au royaume uni, la police à le droit de renverser avec leur voiture de service, les auteurs de rodéo en 2 roues… ca ne choque personne.

    Au canada la loi prévoit qu’un candidat à l’immigration souffrant d’une pathologie grave ne doit pas être accueilli sur le territoire…. ca ne choque personne.

    Finalement, en France être facho, c’est tenir un discours qui ailleurs s’apparente au bon sens.


  • popov 27 novembre 2019 02:23

    La France est un pays bien ingrat, qui récompense les immenses apports des mahométans à l’économie et à la culture française en en faisant des boucs émissaires.

    Et les mahométans sont bien bons, de supporter tout ce « racisme » et cette « islamophobie » sans penser à s’en aller porter leurs talents dans des pays qui pourront les apprécier à leur juste valeur.


  • Jonas Jonas 27 novembre 2019 07:51

    "déverser leur haine de classe sur une partie de la population notamment la fraction la plus vulnérable, les femmes musulmanes. Elles doivent être, au nom de la laïcité et de la libération des femmes, pourchassées, humiliées, stigmatisées et livrées à la vindicte populaire....Aujourd’hui, le capitalisme en crise produit et continuera à produire des « valeurs » de haine, de xénophobie, d’islamophobie, de délation etc. « 

    Vous avez vu ça où vous ? J’ai habité Saint-Denis pendant 35 ans de ma vie, vous ne faites pas 30 mètres dans la rue sans croiser une femme en hijab, je n’ai jamais vu de femmes musulmanes  »pourchassées , humiliées, stigmatisées et livrées à la vindicte populaire" !

    Il n’y a PAS « d’islamophobie » ! C’est une politique de victimisation organisée à la base par les islamistes des Frères Musulmans, et soutenue par les idiots utiles de l’extrême-gauche pour souder la communauté musulmane contre la France et les Français.

    La France a accueilli des millions de musulmans en moins de 40 ans, et ils vivent dans des conditions bien meilleures que dans n’importe quel pays musulman.
    L’État Français a fait construire des milliers de mosquées pour eux (et plus de 400 sont actuellement en cours de construction), et paradoxalement, il est même plus facile de construire un lieu de culte musulman en France que dans un pays musulman.
    En effet, dans les pays musulmans, les prédications et les imams sont strictement encadrés et contrôlés par l’État, et même les textes religieux lus pendant la prière du vendredi sont écrits par l’État, il est donc très difficile dans ces conditions drastiques d’obtenir un nouveau lieu de culte.
    Ce qui est impensable en France, car la laïcité interdit de se mêler des affaires internes religieuses. Chacun peut donc en France construire une mosquée sans contrôle, tant qu’il apporte l’argent, généralement avec l’aide financière de l’État français.


    Alors arrêtez de nous casser les couilles avec l’islamophobie !


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