Dernière combine du système pour se maintenir : renvoyer dos à dos les « extrêmes »
C’est devenu la rengaine officielle des plateaux télévisés, des éditoriaux bien-pensants et des états-majors politiques à l’approche de l’échéance présidentielle de 2027 : il faudrait à tout prix barrer la route aux « extrêmes ». Présentée comme une évidence morale, cette formule magique agit comme un véritable réflexe pavlovien destiné à clore toute discussion de fond. Pourtant, derrière cette apparente posture de sagesse et de modération se cache une manœuvre politique d’une grande habileté : renvoyer dos à dos deux forces que tout oppose afin de permettre au système en place de perpétuer son hégémonie.
L’imposture sémantique de « l’extrême droite »
Le premier ressort de cette mécanique repose sur un mensonge par assimilation. Depuis des années, la classe dirigeante s’acharne à coller l’étiquette infamante d’« extrême droite » sur le Rassemblement national et sur la démarche portée par Marine Le Pen. Or, quiconque prend la peine d’examiner les faits et les programmes avec un minimum d’honnêteté intellectuelle constate l’absurdité d’une telle classification.
Historiquement et doctrinalement, l’extrême droite se caractérise par le rejet de la démocratie parlementaire, le culte de la force ou un libéralisme autoritaire. Rien de tel dans le projet défendu par Marine Le Pen. Bien au contraire, le mouvement qu’elle incarne s’apparente aujourd’hui bien davantage à un socialisme patriotique : il défend la protection des travailleurs français contre la mondialisation sauvage, l’attachement aux services publics, le maintien des acquis sociaux et le respect scrupuleux des institutions de la Ve République.
En réalité, l’accusation d’« extrême droite » ne décrit plus une réalité idéologique ; elle sert d’épouvantail sémantique pour disqualifier d’emblée toute remise en cause du dogme libre-échangiste, sans-frontiériste et supranational.
La symétrie factice face à l’hystérie LFI
Pour rendre cet épouvantail crédible, le système a besoin d’un contrepoids. Il le trouve dans la figure de Jean-Luc Mélenchon et de La France Insoumise, en instaurant une fausse symétrie entre deux prétendus « extrêmes » qui se nourriraient l’un l’autre. Or, cette mise en équivalence relève d’une malhonnêteté flagrante.
Autant le Rassemblement national s’inscrit dans une démarche d’ordre, de respectabilité institutionnelle et d’apaisement civil, autant Jean-Luc Mélenchon cultive une stratégie de tension permanente et de bordélisation – excusez l’expression – ouverte : nous l’avons vu avec les récentes émeutes assorties de pillages sans précédent, et d’agressions violentes. Par la violence de ses propos, ses attaques répétées contre la police, ses menaces contre les médias, son soutien obscène aux émeutiers-pillards, le leader « insoumis » affiche des caractéristiques résolument extrémistes.
Comble de l’ironie institutionnelle : les mêmes autorités administratives ou médiatiques qui s’obstinent à classer le RN à l’« extrême droite » accordent officiellement à La France insoumise le label rassurant de simple « gauche », éventuellement « radicale », mais cela ne va pas plus loin. Ce deux poids, deux mesures révèle à lui seul la nature profondément politique de ces étiquettes. Il s’agit moins de qualifier objectivement les acteurs que de désigner l’ennemi principal à abattre.
La multiplication des candidats systémiques : l’illusion du choix
Face à ce duel artificiellement diabolisé, le camp du statu quo déploie une offre politique pléthorique, donnant aux électeurs l’illusion d’un débat démocratique vivant et pluraliste. À mesure que le scrutin approche, les figures systémiques se multiplient sur la ligne de départ : Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et même David Lisnard.
Sur le papier, tout semble les séparer. Raphaël Glucksmann incarnerait une gauche sociale-démocrate et morale ; Gabriel Attal et Édouard Philippe se disputent l’héritage du centre macroniste, entre faux dynamisme gestionnaire et fausse rigueur budgétaire ; Bruno Retailleau et David Lisnard, quant à eux, jouent la partition d’une droite ferme, conservatrice sur les questions régaliennes et libérale sur le plan économique.
Pourtant, au-delà des nuances de style et des rivalités d’appareils, ces cinq personnalités partagent un socle commun indéfectible : l’acceptation du cadre européen actuel, la soumission aux contraintes supranationales, le refus de toute rupture souverainiste véritable et, surtout, le maintien d’un « cordon sanitaire » hermétique face au camp national. Qu’ils se présentent sous les couleurs du centre-gauche, du centre-droit ou de la droite traditionnelle, tous évoluent à l’intérieur du même périmètre autorisé. Leur fonction objective, particulièrement visible chez des profils comme Bruno Retailleau ou David Lisnard, consiste à capter l’électorat conservateur déçu par le pouvoir actuel, afin de l’empêcher de franchir le pas vers l’alternative patriote, tout en recyclant ses voix au profit du système le moment venu.
Le dernier levier d’un pouvoir à bout de souffle
Si les tenants de l’ordre établi recourent avec autant d’insistance à cette théorie du fer à cheval, c’est parce qu’ils n’ont plus d’autre argument à faire valoir. Après des décennies de déclassement économique, d’insécurité grandissante, de submersion migratoire et de perte de souveraineté, le bilan des partis de gouvernement est indéfendable. Incapables de convaincre par leurs résultats, ils en sont réduits à gouverner par la peur.
Renvoyer dos à dos le patriotisme populaire et l'hystérie révolutionnaire ultraviolente permet de transformer chaque élection en un chantage moral. L’électeur n’est plus invité à choisir un projet de civilisation ou une vision pour la France, mais sommé de choisir entre la « raison » autoproclamée des prétendus « gestionnaires » et le « chaos » supposé des marges. Cette stratégie de la tenaille vise à enfermer le peuple dans une alternative stérile où, quel que soit le candidat élu parmi les figures agréées par le système, la politique menée restera fondamentalement identique.
Reprendre la maîtrise des mots pour libérer l’avenir
Le véritable clivage de notre époque ne passe plus entre une prétendue « modération » centrale et de supposés « extrêmes ». Il oppose désormais ceux qui veulent dissoudre la nation dans un ensemble technocratique sans frontières et ceux qui entendent préserver l’identité, la souveraineté et la cohésion sociale du peuple français.
Pour les patriotes, les populistes (i.e. ceux qui aiment le peuple) et les conservateurs, l’urgence est donc de refuser cette assignation à résidence sémantique. Défendre ses frontières, protéger ses travailleurs, exiger l’ordre dans la rue et vouloir rester maître chez soi n’a rien d’extrémiste : c’est l’expression même du bon sens politique et de la légitime défense nationale.
Le jour où les Français cesseront d’être intimidés par les étiquettes fabriquées par ceux qui les dirigent, la dernière combine du système s’effondrera d’elle-même.
Florian Mazé,
Professeur de philosophie, écrivain


