Des frégates à rétro-commissions dans le sillage de « Z » ou de « I comme Icare » : « La Vénitienne » sur Arte
On en redemande. Ça change des navets hollywoodiens et de
leurs imitations dont on est inondé « ad nauseam ». Le film « La
Vénitienne » de Saara Saarela (1), diffusé sur Arte vendredi 29 octobre 2010, renoue avec la tradition des
grandes fables qu’on a tant aimés, de Costa-Gavras à Henri Verneuil.
On en retrouve la construction efficace où les scènes sont choisies pour leur charge symbolique et se succèdent à un rythme soutenu par un usage judicieux de l’ellipse qui écarte tout ce qui est inutile à la compréhension. L’attente est à ce point si bien ménagée que lorsque surviennent les ultimes coups de feu, on reste frustré tant on aurait voulu en savoir davantage. Mais c’est la qualité de ce film que de ne pas tout élucider d’une affaire, comme c’est la règle dans la vie courante : « l’exhaustivité de l’information » est une illusion semblable à « l’illusion de l’iceberg » qui montre moins qu’il ne dissimule. Il suffit de le savoir.
Une information donnée : la thèse hiérarchique de l’assassinat
Comme « Z » ou « I comme Icare », le film commence par un assassinat, celui d’une dame originaire de Venise qu’on nomme « la Vénitienne ». On apprendra que c’est l’ancienne tenancière d’une maison close de luxe parisienne dont la conduite pendant l’Occupation est controversée : elle passe pour avoir aider la Résistance et bénéficié à ce titre de la protection d’un ancien ministre ; mais elle est accusée par certains d’avoir donné les 23 Résistants dont les visages ont été divulgués sur les murs de Paris par une « Affiche rouge » devenue célèbre, chantée plus tard par un poème d’Aragon mis en musique par Léo Ferré. Et de fait, gisent près de son cadavre dans son salon où l’on a assisté à son exécution, les photos anthropométriques noir et blanc de plusieurs personnes. Elle les a trouvées sur son paillasson dans une enveloppe en rentrant chez elle avant d’être abattue.
Le commandant Masselot est chargée par sa hiérarchie de régler l’affaire d’autant plus vite qu’il est sous le coup d’une enquête de l’IGS pour avoir fourni un alibi de complaisance à un collègue : afin de le protéger contre une sanction prévisible, son patron attend de lui qu’il se rachète en bouclant l’affaire de la Vénitienne au plus vite. Les données ne sont-elles pas claires ? Il est dirigé vers une documentaliste, lieutenant de police. Très joli leurre d’appel sexuel, elle cherche à le séduire mais sans succès. Elle lui mâche cependant la besogne : elle lui confirme l’identité des Résistants photographiés et lui prend même rendez-vous avec un des rares survivants communistes du groupe : celui-ci confirme que « la Vénitienne » les avaient trahis. La vengeance n’est-elle pas signée par ses auteurs, même si le vieil homme le nie ?
Ainsi, comme dans « Z » et « I comme Icare », une thèse soutenue par la hiérarchie policière est-elle imposée avant même que commence l’enquête : « la Vénitienne » a été exécutée en représailles par des amis ou descendants des Résistants qu’elle a trahis. Au commandant Masselot de réunir les indices qui confirment cette « information donnée ».
Une information extorquée qui contredit la thèse hiérarchique
Seulement, comme le petit juge dans « Z » et le procureur Volney dans « I comme Icare », le commandant Masselot a une conscience professionnelle qui contrarie les plans de ses supérieurs. Enquêter pour lui signifie réunir des indices à charge et à décharge.
- La pression d’un chantage
Il s’interroge d’abord, par exemple, sur les relations entre la faute professionnelle qu’il a commise par amitié en faveur d’un collègue, sa désignation pour enquêter sur l’assassinat de la Vénitienne, l’élucidation rapide exigée de lui et les indices d’un règlement de compte de Résistants donnés d’entrée comme probables sinon évidents : n’est-il pas pris dans les mâchoires d’un chantage ? Son avenir professionnel compromis par sa faute contre la thèse officielle du meurtre par représailles étayée d’un pluralisme de sources simulé ?
- Un pluralisme de sources accédant à une information extorquée
Il choisit d’ignorer le chantage au mépris de sa carrière, de réunir le pluralisme de sources que son enquête lui fera découvrir et donc d’accéder sans préjugé à « une information extorquée ».
- Un premier indice, issu des interrogatoires de la gouvernante et du chauffeur de la victime, les met hors de cause. Une forte somme d’argent est retrouvée dans l’appartement : le vol n’est donc pas le mobile du crime.
- Un second indice capital est simultanément révélé par la gouvernante : sa patronne était une amie d’un ancien ministre qui défraie justement la chronique dans une affaire de retro-commissions à l’occasion de la vente de frégates à la Corée. Y aurait-il un lien entre les deux affaires ?
- Un troisième indice est une villa que possédait la victime à Jersey.
La détention d’espèces, l’amitié d’un ministre suspecté de corruption, un paradis fiscal, ne tient-on pas les maillons de la chaîne qui mène au meurtre ?
- Son poste de tenancière de maison close sous l’Occupation, révèle un policier de la Brigade Mondaine, était stratégique en raison des personnalités qu’elle rencontrait et des chantages par photos qu’on pouvait exercer sur elles, le cas échéant.
- Un entretien inattendu avec le ministre Lectoure lui-même confirme les liens étroits qu’il entretenait avec la victime : il ne s’en cache pas. Il dresse même de son amie un portrait peu flatteur : elle a toujours été du côté du pouvoir et donc toujours prête à trahir si nécessaire.
Intimidations et assassinat pour confirmation d’une autre thèse
De là à imaginer que la victime était sur le point de menacer le ministre Lectoure suspecté de corruption dans l’affaire des frégates dont les rétrocommissions auraient transité par son compte de Jersey, c’est un pas que Masselot s’apprête à franchir. L’ennemi l’y aide par des intimidations répétées pour le dissuader de poursuivre ses recherches.
- Sa hiérarchie le décharge de l’enquête et le somme de ne plus s’en mêler.
- Comme il s’y refuse, il est un jour renversé à moto par un motard qui tente de l’écraser.
- Il trouve ensuite devant sa porte une enveloppe de photos prouvant que sa fille et sa femme sont sous surveillance.
- À la recherche de la lieutenant documentaliste qui l’a mis sur la voie du meurtre par représailles de Résistants, il apprend au centre de documentation… qu’elle n’y a jamais exercé : son nom est inconnu du service.
- Au moment de monter dans sa voiture pour rejoindre sa femme et sa fille qu’il a par précaution envoyées en province, il est finalement abattu par deux mains anonymes.
Comme « Z » et « I comme Icare » étaient inspirés d’événements historiques sans prétendre en être une reconstitution fidèle, « La Vénitienne » évoquent à l’évidence une affaire non clairement élucidée, « les frégates de Taïwan », dans laquelle un ministre a été cité comme destinataire d’éventuelles rétrocommissions. Y est aussi associée l’histoire d’une ancienne tenancière de maison close qui a été effectivement accusée d’avoir dénoncé les 23 héros de « l’Affiche rouge ». Il importe peu que l’Histoire ne soit pas respectée rigoureusement. La fiction qui s’en inspire, n’en offre pas moins une nouvelle fable intéressante pour illustrer les leurres si souvent en usage dans la relation d’information. Paul Villach
(1) Le scénario est de Gilles Perrault et de Daniel Psenny.
Mr PV, faudrait peut être penser à arrêter de prendre les gens pour des débiles. Deux solutions, ou bien comme moi on a regardé ce téléfilm et vos explications sont plus que superflues. Entre parenthèses, ce n’est pas pendant l’occupation mais après qu’elle a tenu une maison close. Ou bien on ne l’a pas regardé et vos explications n’explique rien.
C’est à moi que vous en avez Morice ? Avez-vous regardez ce téléfilm ? PV n’explique rien, il en fait juste un mauvais résumé car c’est un peu plus subtil que ce que PV en dit.
Ce n’est qu’une des façons dont use ce genre de triste sire pour faire régner la censure de la doxa. Remarquez au passage qu’il vient tout de même lire l’article qu’il décrie !
Qui a parlé de ce film ? Voyez les références sur Google : ce ne sont que répétitions du résumé présenté par Arte !!! On se demande à quoi servent tous ces sites perroquets !
Je confirme que j’aimerais que d’autres films comme « La Vénitienne » puissent être réalisés.
Au lieu de ça, voyez les tristes séries américaines qui envahissent les écrans de télévision et qui n’ont pour toute visée que la saturation sensorielle et le voyeurisme imbéciles. Paul Villach
Je ne veux faire taire personne mais je persiste et signe à dire que si on a vu ce téléfilm vos explications sont superflues. Si on n’a pas vu ce téléfilm vos explications sont plus qu’incomplètes, vous omettez p.ex. d’écrire qu’à la fin il démissionne de la police et c’est le pourquoi de son flingage. Je reconnais que pour une fois vous aviez bien vu, l’archiviste est un « leurre d’appel sexuel », on ne lui a pas mis un laideron dans les pattes, si elle avait ressemblé à ceci il n’aurait pas marché dans son jeu comme il l’a fait au début.