vendredi 23 septembre 2011 - par Paul Villach

Devinette : quel produit hongrois vante ce leurre d’appel sexuel ?

 Le leurre d’appel sexuel, a-t-on souvent écrit sur AgoraVox, épouse la plasticité de la sexualité humaine qui est avant tout cérébrale. L’inventivité des publicitaires puise donc à l’envie dans la fantasmagorie que le désir sexuel ne cesse pas d’allumer dans les têtes.

Un leurre tous-produits

Des articles s’associent tout naturellement au leurre d’appel sexuel, dès lors qu’ils sont les auxiliaires de la séduction : la lingerie, les cosmétiques, les parfums, la parure, l’alimentation diététique ou la gymnastique esthétique, par exemple.

Mais il peut tout aussi bien promouvoir les produits les plus éloignés de lui. Ainsi a-t-on vu EDF vanter la rapidité de ses dépannages au point de surprendre une jeune femme en tenue d’Éve à sa toilette, ou encore prétendre exorciser la peur du nucléaire en contraignant un amant à laisser la lumière allumée pour contempler la grâce de son amante. Un annonceur publicitaire a pu aussi célébrer sa ponctualité d’affichage sur tout le territoire français par un strip-tease réglé en trois temps sur trois jours. Et il est arrivé au syndicat étudiant UNEF, avec l’audace gauloise qu’on connaît aux étudiants, de dénoncer la pénurie de logements pour étudiants par l’exhibition d’un coït de deux jeunes amants dans le mitan du lit conjugal entre papa et maman.(1)

La mise hors-contexte, procédé structurel de l’image

Quel est donc le produit promu par cette photo, extraite d’une vidéo de 44 secondes (2) ? Est-ce une publicité pour un sous-vêtement féminin ou une pratique sexuelle sado-masochiste ? Existerait-il à Budapest un hôtel Sofitel comme à New-York ? La mise hors-contexte, procédé structurel de l’image, interdit de le savoir. Il faut entendre l’échange de cette jeune femme surprise dans ses oeuvres par un visiteur importun comme avait pu l’être la cliente d’EDF par la promptitude de son intervention. Mais sous réserve de parler le Hongrois, on ne sera pas davantage avancé.

La stimulation du réflexe de voyeurisme

Toujours est-il que l’attention est captée immédiatement par le leurre d’appel sexuel qui déclenche un réflexe de voyeurisme. C’est le but. Et plus le produit est rébarbatif plus il est préférable de le cacher et d’exhiber comme ici une jeune femme dont la tenue ne laisse aucun doute sur l’activité que l’intrus en frappant à sa porte vient d’interrompre. La métonymie qui montre ici l’effet pour la cause, est transparente à en juger par sa nudité et le fouet qu’elle tient dans une main tandis que l’autre avec son avant bras couvre sa poitrine dénudée.

La stimulation du réflexe de frustration

Car le leurre d’appel sexuel ne peut tout exhiber en public. Selon les époques de l’Histoire et les cultures, le dévoilement sexuel public est strictement réglementé en fonction de la morale du groupe en vigueur. Mais ce n’est pas la seule raison de cette dissimulation. Le leurre d’appel sexuel ne doit pas attirer sur lui seul l’attention au risque de faire oublier qu’il n’est pas une fin en soi mais un simple moyen pour promouvoir un produit.

Le double jeu de l’exhibition et de la dissimulation est donc une de ses tactiques. Il doit à la fois montrer et cacher, offrir et refuser pour enclencher dans la foulée de la transe du voyeurisme, le réflexe de frustration dont l’inconfort demandera à être soulagé d’une manière ou d’une autre : « l’objet du désir  », comme ici, est inaccessible puisque la fille qui s’exhibe, ne peut être approchée. En revanche, « l’objet » qui lui est associé, tend à devenir désirable à son contact par concentration sur lui des feux du rayonnement du mannequin et du désir excité inassouvi ; et il a, lui, le mérite de se trouver à portée pourvu qu’on l’achète ou qu’on suive la conduite dictée. Ainsi « l’objet du désir  » originel inaccessible peut-il être échangé mentalement contre « le désir de l’objet  » accessible.

Un recensement de la population hongroise en octobre

Qu’en est-il ici ? Quel produit peut être facilement obtenu à défaut du mannequin qui, en toute impudeur sans même prendre la peine de revêtir sa nudité, ouvre sa porte à un inconnu ? Sauf erreur, il ne semble pas qu’il ait jamais été ainsi promu. Il s’agit d’une vidéo diffusée par le Bureau central des statistiques hongrois (KSH) pour attirer l’attention des citoyens et des jeunes en particulier sur le prochain recensement national qui doit s’effectuer au cours du mois d’octobre prochain en Hongrie.

Pourquoi cette intrusion indiscrète dans la vie de cette jeune femme ? C’est une métonymie, montrant ici encore l’effet pour la cause : un agent du recensement risque de surprendre les recensés dans leurs activités intimes. Le mieux est donc de les encourager à répondre au questionnaire du recensement par Internet. Ainsi ne s’exposeront-ils pas à être dérangés de manière aussi intempestive : c’est le conseil donné dans la vidéo par l’agent à qui la jeune femme vient d’ouvrir sa porte.

 

Y a-t-il produit plus éloigné du leurre d’appel sexuel qu’un austère recensement de population ? On ne cesse pas de le répéter, le leurre d’appel sexuel est un leurre-tous-produits comme il existe des voitures tous-terrains. Paul Villach

 

(1) Paul Villach, « Le joli mariage de l’eau et du feu sur une affiche de l’UNEF  », AgoraVox, 13 février 2008

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-joli-mariage-de-l-eau-et-du-feu-35865

(2) Cité par « HULALA, l’actualité hongroise la plus piquante », 12 septembre 2011

http://www.hu-lala.org/2011/09/12/le-spot-sexy-de-linsee-hongrois-pour-recenser-aussi-les-jeunes/



20 réactions


  • LE CHAT LE CHAT 23 septembre 2011 10:23

    il y a bien un nouveau gadget hongrois....  smiley


  • emmanuel muller emmanuel muller 23 septembre 2011 11:13

    Méthode utilisé pour être décrypter ou décryptage utilisé pour utiliser la méthode ?

    Je trouve que l’article est sensé donc je penche plutôt pour un décryptage qui vise a « mettre a nu » un mécanisme pour nous rendre plus critique, pour tenter de nous faire acquérir un certain recul.

    Mais d’un autre coté derrière une question associé a une image d’appel on est enfermé dans une analyse individuelle qui bien qu’utilisant plusieurs source ne mène vers aucune source externe.

    Donc décryptage ou pas l’article ne fait précisément ce qu’il décrypte.


  • Alpo47 Alpo47 23 septembre 2011 13:50

    Pin up ... produit hongrois ???
    Réponse : Sarközy de Nagy Bocsa


  • docdory docdory 23 septembre 2011 14:11

    Cher Paul Villach

    Au début de votre article, j’avais parié pour une agence immobilière ou une société d’assurance . J’étais loin de la réalité !
    Cela dit, je doute malgré tout que ce type de leurre puisse un jour être utilisé par l’église catholique pour stimuler la vocation de futurs prêtres ou moines ! Ça risquerait de produire l’effet inverse ...
    Les leurres tous-terrains sont comme les véhicules tous-terrains : ça ne peut quand même pas marcher pour tous les terrains...


    • Paul Villach Paul Villach 23 septembre 2011 14:34

      @ Cher Docdory

      je vous l’accorde, certains sujets peuvent être difficiles à traiter avec un leurre d’appel sexuel, surtout quand les personnes doivent faire voeu de chasteté... Paul Villach


  • Yohan Yohan 23 septembre 2011 14:42

    C’est la rentrée : cours de métonymie en salle 104. ça démarre fort smiley smiley


  • kiouty 23 septembre 2011 15:07

    On ne cesse pas de le répéter, le leurre d’appel sexuel est un leurre-tous-produits comme il existe des voitures tous-terrains. Paul Villach

    Oui, et ça en fait une source inépuisable d’articles pour agoravox, pour ceux qui n’auraient pas compris les 150000000 millions de fois précédentes.

    J’aimerais bien un petit article défendant DSK pour varier un peu...


  • wesson wesson 23 septembre 2011 16:03

    Bonjour l’auteur,

    Devinette : Combien d’article de Paul Villach n’emploie aucun de ces mots ou expression ?
    *leurre
    *métonymie
    *mise en abyme

    pour l’instant, j’en ai pas trouvé.

    bon sinon la fille sur votre photo, pas mal, c’est elle qui m’as décidé à venir commenter ...


    • Paul Villach Paul Villach 23 septembre 2011 18:20

      @ Wesson

      On ne peut rien vous cacher ! Vous découvrez l’eau chaude. L’analyse de l’information nécessite une gamme d’outils qui sont souvent les mêmes.
      Reprocheriez-vous à un mécanicien de se servir d’un tournevis ou d’une pince ?

      Votre dernière phrase montre le niveau où vous vous situez. Sans commentaire ! Paul Villach


    • wesson wesson 23 septembre 2011 22:37

      « Reprocheriez-vous à un mécanicien de se servir d’un tournevis ou d’une pince ? »

      il ne m’en viendrait même pas l’idée ... à moins que celui-ci ne s’en serve aussi pour scier une planche ou percer un trou - et c’est in fine ce que j’ai à dire de vos articles : votre boite à outil est bien dégarnie, et pourtant avec vous nous fabriquez le monde !

      pour continuer à filer la métaphore bricoleuse, j’emprunte cette citation d’Abraham Maslow -

      « Quand on a qu’un marteau, alors tout problème ressemble à un clou »


    • Paul Villach Paul Villach 24 septembre 2011 10:46

      @ Wesson

      Puisque vous faites dans la nuance, réduisant ma bôîte à outil à un marteau, je vous renvoie le compliment aussi nuancé : quand on a comme vous qu’un petit pois comme cervelle, on n’a pas la capacité de réfléchir sur les réflexes qui vous gouvernent. Paul Villach


  • marcel et yvette marcel et yvette 23 septembre 2011 17:27

    Ce que j’adore dans l’énoncé de l’article c’est « le réflexe de voyeurisme » !!!!!! .


    comme on dit chez nous « c’st toujours la poule qu’a pondu qui chante ! » 

    j’aime pas trop ce genre de petite culotte , on dirait une Petit bateau qui a été en machine avec un rideau de boxon qui a déteint !

  • Vipère Vipère 23 septembre 2011 18:57

    Bonsoir à tous

    La dame a les poumons à l’air !

     le haut n’est pas couvert et sa main gauche est posé sous le sein droit !

    Je propose : une publicité pour le dépistage de cancer du sein ???


     


  • Vipère Vipère 23 septembre 2011 20:28



    Marcel et Yvette et leur york, 

     vous n’auriez rien d’autre dans vos tiroirs que la poule qu’a pondu l’oeuf qui chante ?

    Pour stimuler le réfexe de voyeurisme, c’est faible !

    Quoique « la poule » isolée de l’oeuf, mais judicieusement accolée au « boxon » est infiniment plus évocateur de l’image d’une cocotte !!! 


  • asterix asterix 23 septembre 2011 21:26

    Ah, Villach et ses métonymies cachées dans tous les coins !
    Mais là vous tous, lorsqu’on compulse les articles les plus lus la veille sur Agoravox, celui qui cause des gonzesses à poil finit toujours à peu près deuxième.
    La métonymie, c’est Play Boy.


  • LE CHAT LE CHAT 23 septembre 2011 23:43

    c’est en fait une pub pour la peinture valentine , ils nous ont mis un leurre de panthère noire ! smiley


  • Patrick Samba Patrick Samba 24 septembre 2011 13:45

    Bonjour

    « Le leurre d’appel sexue
    l épouse la plasticité de la sexualité humaine qui est avant tout cérébrale. »

    une question : est-ce la sexualité ou la plasticité de la sexualité qui dans votre phrase ou chez l’humain que vous êtes ou les humains que nous sommes est avant tout cérébrale ?


  • Patrick Samba Patrick Samba 24 septembre 2011 13:46

    pardon : et chez l’humain


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