Dignité et rémunération urgentes pour nos éleveurs de porcs !
Note agricole du 5 novembre 2026 : Dignité et rémunération urgentes pour nos éleveurs de porcs !
Les éleveurs de porcs en France tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs semaines. 34 centimes de baisse en un mois au marché du cadran de Plérin ( Côtes-d’Armor) qui sert de référence au niveau national !
Les cours s’effondrent en-dessous des 1,50 euros le kilo. La Cooperl amplifie la donne par ses propres cotations, puisque retirée du cadran de Plérin depuis juillet 2016.
Le « Marché du Porc Français » ( MPF ) indique un prix couvrant les coûts de production à hauteur de 1,75 euros. Ce prix est bien en-dessous de la réalité, nous sommes plus proches des 2 euros le kilo pour couvrir les coûts de production ( comprenez sans se dégager encore de salaire, il en faudrait davantage pour l’éleveur, surtout que le kilo de porc se retrouve à plus de 12euros en moyenne dans les boucheries et les grandes surfaces). Et c’est d’ailleurs ce qu’affirmait, fin 2021, Inaporc, l’interprofession porcine.
En cinq ans de temps, vous imaginez bien qu’avec le coût des aliments, des charges, ce chiffre a dû encore augmenter. Nous avons l’effet ciseaux : augmentation des charges et baisse des revenus, de quoi fragiliser des milliers d’exploitation porcine, en particulier dans l’ouest de la France, ce qui ne facilitera pas le renouvellement des générations. Il est hors de question d’envoyer des jeunes agriculteurs dans un métier qui ne rémunère pas ! C’est indigne !
En 2020, j’adressais déjà un courrier à l’interprofession porcine, pointant du doigt la croyance forte d’un marché chinois demandeur de viande porcine, marché qui s’est refermé sur lui-même, la Chine est désormais autosuffisante.
A la faveur de la crise sanitaire du coronavirus, la Chine a cherché l’autosuffisance alimentaire, elle avait commencé, à cette époque, à augmenter son cheptel porcin. En assurant que ce débouché serait permanent, l’interprofession a envoyé les éleveurs dans le mur.
Rappelons-nous de 2014 : le refus de livrer des navires à la Russie a entraîné un embargo russe sur des produits alimentaires européennes dont le porc. Résultat :la Russie est devenue autonome dans la production porcine.
Rappelons-nous également, ce qui s’est produit à l’usine Synutra, à Carhaix dans le Finistère. Cette usine qui vendait aux chinois de la poudre de lait infantile, a été racheté par Sodiaal, coopérative laitière, pour "éponger les dettes" laissées par les chinois, tout en continuant à leur vendre.
Et cela sans mettre au courant les éleveurs laitiers quant aux nouveaux débouchés... hypothétiques..
En 2023, c’est la peste porcine africaine (PPA) qui avait permis aux éleveurs de porcs de se refaire une petite santé, une bulle d’oxygène, les cours étaient remontés très haut. Mais il fallait se douter, qu’une fois cette turbulence sanitaire passée, les cours allaient de nouveau s’effondrer.
Alors, que faut-il en conclure ?
Que les éleveurs paient des cotisations colossales envers des groupements professionnels qui ne font pas leur travail comme il devrait être fait.
Que l’argent est bien présent dans la filière mais est très mal réparti et ceci n’est pas une nouvelle sensationnelle tant les éleveurs demandent des comptes à tous ceux qui les entourent depuis de nombreuses décennies.
Et d’ailleurs, certains affirment que le prix du porc baisse pour préserver les outils d’abattage... au détriment des outils de production ! Une aberration ! Les éleveurs, comme finalement tous les travailleurs de ce pays, n’ont pas de vision claire et stable pour l’avenir.
De quel droit une profession peut-elle se permettre de vendre à perte ? Pourquoi les agriculteurs – parce que derrière le cas du porc, se cachent aussi les éleveurs de bovins laitiers et allaitants et même toutes les filières agricoles de France ! - ne pourraient pas vivre de leur métier ?
Le cours du porc est en chute libre et les abattoirs et salaisonniers s’approvisionnent en porcs espagnol et allemand.
Tout le monde - abattoir, transporteur, industrie ou coopérative, grandes surfaces – perçoit son salaire et l’éleveur devrait gentiment ne rien dire face à l’absence de salaire ?
Qu’on ne s’étonne pas que les tracteurs ressortent et que du lisier soit pulvérisé sur certains bâtiments. Et que les éleveurs ne se trompent pas de cibles, c’est le groupement professionnel ou la coopérative qui verse la vente des porcs sur leurs comptes, pas les grandes surfaces qui sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à demander un achalandage local – ce qui n’empêche pas la présence de brebis galeuses !
Mais au-delà d’un nouveau mouvement de colère qui semble éclater - que je soutiens sans sourciller - que faut-il faire ?
Mettre fin au 60 ans de foutage de gueule !
Tout d’abord, c’est à l’État de fixer une politique de souveraineté alimentaire, d’arrêter la folie réglementaire qui empêche et freine nombre d’activités économiques sur notre sol.
Ensuite, l’interprofession doit cesser ces réunionites et gueuletons, que les éleveurs leur paient grassement. Elle continue de se moquer des éleveurs, car l’approche des négociations commerciales, elle appelle « à préserver la rémunération des producteurs ».
Mais de qui se moque-t-on effectivement ? Le prix n’est que le reflet de l’offre et de la demande, le Comité régional porcin (CRP) des Pays de la Loire, le CRP de Bretagne et l’Association régionale interprofessionnelle porcine (ARIP) normande l’auraient-ils oublié ?
Chaque année, c’est le même cinéma lors des négociations commerciales, le prix à la consommation monte et le prix à la production demeure le même depuis plus de 30 ans malgré la hausse de toutes les charges !
Toute l’interprofession doit demander au gouvernement un retour au source de l’esprit originel de la loi EGALIM pour :
- mettre définitivement en place des prix minimums garantis qui couvrent – a minima- les coûts de productions. L’éleveur doit retrouver de la stabilité au plus vite et c’est par une rémunération stable et correcte que le renouvellement des générations pourra aussi s’enclencher.
- favoriser, inciter les abattoirs et les salaisonniers à s’approvisionner en produits français. La politique de patriotisme économique et de souveraineté alimentaire passe par l’intervention de l’État – sans tomber dans un soviétisme puant mais quand il faut agir, l’État doit agir car l’enjeu est si vital pour nos agriculteurs que l’État ne peut pas rester absent.
Si cette politique effleure les oreilles de Bruxelles, une seule solution : lui faire un bras d’honneur et pratiquer la politique de la chaise vide – ce que de Gaulle avait fait en 1965 pour sauver la politique agricole commune qui, à ce moment-là, protégeait les agriculteurs français et européens de toute concurrence déloyale.
Et plus largement.
- redynamiser les territoires en relocalisant les productions.
- défendre les intérêts économiques de la France.
- soutenir les projets économiques qui créent de l'emploi et de la valeur ajoutée.
- baisser les charges, supprimer les cotisations sociales et les remplacer par une TVA sociale.
- augmenter le niveau de vie des Français pour permettre à tout monde d'avoir accès à une alimentation saine, variée et équilibrée.
Autant de pistes à travailler sur le long terme mais l’urgence est là : stabilité, dignité, rémunération et protection de nos agriculteurs français ! Il faut sauver la ferme France !
Valentin Lagorio,


