mercredi 3 août 2016 - par Gabriel

Digression sur un monde en vrac

     Demain, neuf milliards d’êtres humains peupleront cette planète qui ne peut satisfaire, en l’état actuel de nos comportements de consommateur compulsif, que la moitié de cette masse. Les problèmes connus tel que, la pollution de l’air et de l’eau, le réchauffement climatique, l’appauvrissement des ressources naturelles et des matières premières, toutes ces complications s’amplifieront de façon exponentielle avec l’accroissement de la population mondiale. Sans un changement majeur et radical de notre mode de vie, une remise en cause profonde de nos attitudes vis-à-vis de notre environnement et d’une natalité contrôlée, la déchéance de l’humanité et sa perte son inéluctable. Malheureusement, l'époque est au culte de tous les vices. L'ambition de chacun remplace la gloire de tous. La communauté cède la place à la diversité des appétits et des intérêts. Utilisation de la terreur, de la débauche et de l’intrigue afin de satisfaire des besoins personnels et pendant ce temps, tous les artifices sont utilisés pour gaver le bon peuple avec des envies et des jeux jusque là et en plus, il en redemande. Ce monde est devenu un labyrinthe, un piège, un miroir dont il faut, si l'on veut garder son identité profonde, essayer de s'échapper à tout prix.

     La médiocrité de l’humanité est-elle jouissive ? Pour qui se complait dans ses imperfections certainement mais pour un être normal, je veux dire qui s’assume, j’en doute. La mesquinerie et l’incapacité à la fraternité l’attriste ou, dans le pire des cas, pour se protéger, l’indiffère. Le meilleur des narcotiques c’est l’absence de passion et avec le temps qui passe, malgré toute la meilleure volonté au monde, on revoit ses objectifs à la baisse. Le monde est une illusion pleine de bruit et de fureur raconté par des idiots. Les gens regardent l’idiot et son récit. Ils feraient mieux de regardez de quoi sont fait le bruit et la fureur. Nombreux sont ceux qui, sans s’en apercevoir, font avec passion des choses sans importance. Bâtir des empires, accumuler des fortunes, commander des armées, tout cela n'a pas plus de sens qu’une mouche se posant sur le toit d'une cathédrale et, par lassitude devant autant de bêtises, la question se pose d’elle même : « Reste-t-il encore quelque chose à faire dans ce monde devenu inutile ? ». 

     La croyance est l’antidote au suicide car la foi des miséreux n'est rien d'autre que la forme de leurs espérances. Ce monde est cruel et abjecte, les puissants et les riches, qui d'ailleurs sont les mêmes coupent les têtes pour occuper la veuve, dominent et massacrent les pauvres qui n'attendent plus rien de cette vie de misère et qui reportent leurs espoirs sur l'autre vie, l’utopique, l’imaginée, celle d'après plutôt que de se révolter contre l’injustice semée par des bourreaux minoritaires. Dans cette vie, l’homme est condamné à l'espace et au temps. Il croit dominer l'un mais l'autre le tue ou l'empêche de vivre. La vérité de notre être hors de son corps physique remet en cause toutes religions et toutes formes de pouvoir terrestre. Après analyse, celles-ci, pataugeant dans leurs mensonges, sombrent dans le ridicule et l’être ainsi éclairé, comprend qu’elles ne sont que le joug mis sur ses épaules afin de mieux le contrôler et l’asservir ici et maintenant.

     Demain les gouvernements de cartons s’effondreront, les nations de papiers s’enflammeront, les puissances bâties sur l’argent étoufferont dans le soufre. La terre a tellement pleuré ses morts qu’il ne reste presque plus d’eau dans ses rivières. La tempête couve, les rais de lumière qui, un peu partout dans le monde, descendent des ciels d'orages sont le passage des anges venus chercher les âmes méritantes. Ils se moquent autant de votre morale que de votre politique, de votre logique que de votre psychologie. Ils n'adhèrent à aucun de vos principes, ne s’arrêtent dans aucune de vos étapes et ne marchent dans aucunes de vos combines. Vos fausses valeurs les font sourire autant qu'elles les attristent. Quand ils pensent au cadeau que vous a fait la vie et ce que vous en faite, quel gâchis... Cependant, à terme, ils vous sauveront tous malgré vos contradictions car, bien que le plus bel amour soit bâti avec les pierres du cœur, retirez en une seule et tout le merveilleux et précaire édifice s'écroule. En finalité vos faiblesses sont vos excuses à qui sait les reconnaitre et s’en amender. L’homme n’est qu'une fraction de la vie, à l’origine la fleur la plus achevée qui comprend toutes les autres.

     Fatigué de ce monde qui s'imagine avoir tout découvert mais qui ne comprend jamais rien. Dans la recherche de la vérité nous sommes notre propre ennemi et nos certitudes sont nos chaînes. Notre prétention nous pousse à croire que nous connaissons toutes choses alors que nous ignorons jusqu’à la couleur des roses. Cette vie est une guerre de tranchée, l’homme lutte sans cesse pour conserver ses positions ou en acquérir d’autres. Est-ce une attitude illusoire ? Perte de temps ? Peut-être, sûrement d’ailleurs mais a-t-il d’autres choix ?

     Le monde est devenu un immense champ d’expériences de plus en plus négatives que Dieu, le diable ou le hasard brassent dans leurs éprouvettes. C’est pourquoi, il y aura toujours dans un coin de mon cœur aussi sacré qu’une cité interdite, la trace indélébile de cet amour fou, cet espace temps qui s’étire à l’infini bien au-delà de nos mémoire et, colère ou haine passagère du à l’abandon momentané n’ont fait que tester victorieusement ses invincibles murailles. Il en ressort une foi indéfectible en l’homme où leurs bêtises ne sont que la preuve constante d’une immaturité permanente qui leur inflige plus de tort qu’ils n’en commettent. Peut-être qu’enfants, sont ils venus trop tard dans un monde trop vieux….



24 réactions


  • tf1Groupie 3 août 2016 11:37

    Si l’humanité est si médiocre, si méprisable, alors sa disparition est une immense bonne nouvelle.

    Je ne comprends pas pourquoi l’auteur ne la célèbre pas ?


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 14:10

      @tf1Groupie
      On ne célèbre pas une défaite même et surtout si celle ci n’a servi qu’une très petite minorité au détriment de la majorité.


  • Taverne Taverne 3 août 2016 12:02

    Ayant lu votre article, après celui de Dugué, un refrain me vient spontanément : « y’a d’la joie ! »

    Bon, en fait non, je déconnais...


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 14:02

      @Taverne
      Votre réflexion humoristique n’est pas aussi déconnectée qu’il n’y parait, pour preuve l’état de ce monde certains s’en réjouissent vu qu’ils en tirent profit en le pourrissant.


  • gogoRat gogoRat 3 août 2016 12:39

     ’Je suis ici, l’autre est ailleurs, et le silence est terrible :
    Nous sommes des malheureux et Satan nous vanne dans son crible.’
     ... cf Ténèbres de Claudel
     

     
    « Nombreux sont ceux qui, sans s’en apercevoir, font avec passion des choses sans importance. »
     là , c’est Coluche :
     ’ Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort, qu’ils ont raison "


  • Taverne Taverne 3 août 2016 13:43

    Il nous faut réapprendre à explorer. L’exploration est une attitude vitale rejetée par notre société moderne qui nous dit « ceci est le monde. Il n’y a rien au-delà. Pousse ton caddy et ferme-la ! »

    Explorer du nouveau ou de l’ancien, mais explorer. Si on n’explore plus, on ne découvre plus.


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 14:07

      @Taverne
      Absolument d’accord avec vous, il faut explorer ou redécouvrir. Se redécouvrir soi-même loin des pollutions consommatrices et médiatiques. Réapprendre la nature, l’autre, la vie. Car à l’heure du glas, le chemin menant au cimetière est trop vite parcouru...


    • Taverne Taverne 3 août 2016 15:11

      @Gabriel

      On n’explore plus : les moteurs de recherche nous disent où ils faut aller.

      On ne s’interroge plus sur le monde : les réponses vous sont fournies avant même que vous formuliez la question. L’impatience prend les gens à leur propre piège ; ils veulent avoir des réponses très vite. Alors ils obtiennent les réponses qu’ils méritent, rassurantes mais sans profondeur et surtout superficielles ou officielles.


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 15:30

      @Taverne
      L’apprentissage sans effort n’a pas de structure temporelle et aucune valeur intellectuelle durable. J’ai tendance à penser qu’il faut commencer par une introspection personnelle. Que voulons être et faire ? Pas seulement d’un point de vue matériel mais d’un point de vue philosophique, spirituelle (Attention, je ne parle pas de religion.) Quel est notre but dans la vie, quelle personne désirons-nous devenir, quel souvenir voulons-nous laisser ? 


    • Taverne Taverne 3 août 2016 15:50

      @Gabriel

      Ce monde nous incite à « prendre », à toujours prendre et l’on ne sait pas « rendre ». L’ingratitude de celui qui prend sans savoir jamais rien rendre, ni même savoir qu’il doit rendre,, est sans limite et sans issue aussi. On doit rendre ce que l’on prend à la nature, à la vie, à nos maîtres (au sens large), à nos parents.

      Si nous apprenions à rendre ce que nous prenons et apprenons, nous pourrions alors comprendre le sens de l’écriteau qui dit « merci de rendre le monde dans l’état dans lequel vous l’avez trouvé », message qui veut dire « rendez-le meilleur ».


    • Taverne Taverne 4 août 2016 12:07

      Prendre sans comprendre n’est que ruine de notre planète.


  • Thorgal 3 août 2016 14:11

    « Sans un changement majeur et radical de notre mode de vie »

    Ah bah, mais pas forcément, il suffit de :
    - manger 2 fois moins
    - se laver 2 fois moins
    - chauffer 2 fois moins
    - se faire transporter 2 fois moins

    A partir de là, on pourra ... baiser 2 fois plus smiley

    Non, sérieusement, j’ai un autre truc auquel j’avais pensé il y a de ça 20 ans mais sans approfondir : il suffirait de multiplier la valeur d’une seconde par disons 2. Les nouvelles secondes vaudront 2 secondes des anciennes. Un jour complet verra 2 levés de soleil et 2 nuits, etc. Ça sera bcp plus relax comme ça. Puis on continuera à tripatouiller la durée de la seconde si ça ne suffit plus.


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 14:19

      @Thorgal

      J’aime beaucoup votre approche bien que je ne crois pas tellement à vos 2 fois moins cependant, j’adhère absolument et sans aucune retenue à votre 2 fois plus.




  • leypanou 3 août 2016 14:19

    massacrent les pauvres qui n’attendent plus rien de cette vie de misère et qui reportent leurs espoirs sur l’autre vie, l’utopique, l’imaginée, celle d’après plutôt que de se révolter contre l’injustice semée par des bourreaux minoritaires. : c’est le soft power, que l’empire utilise un peu partout sur la surface de la terre, cf par exemple les ravages que les églises genre églises protestantes évangéliques, mais pas seulement, causent dans la tête des gens.

    Vous auriez pu aussi parler de l’incitation des pauvres à se massacrer entre eux : pareil, conséquence de politique de décervelage, l’essentiel étant pour eux de maintenir l’ordre économique et social actuel.

    Un peuple inculte est un peuple manipulable, et notre devoir à mon avis est d’aider les gens à ouvrir les yeux, avec nos modestes moyens.


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 14:34

      @leypanou

      Vous avez raison, tout le monde est responsable riches comme pauvres, les riches parce qu’ils ont volé les pauvres et les pauvres parce qu’ils se laissent dépouiller par les riches. La base, l’équilibre ne s’obtient, comme vous l’avez justement signalé, que par l’éducation, la culture, l’apprentissage. Cela demande des efforts personnels. Malheureusement, une grande majorité se laisse essorer le cerveau par les médias et leurs diffusions de programmes aliénants. Pendant que la caste des dirigeants détruit ce monde, le citoyen lambda regarde des bonhommes taper dans un ballon ou pédaler sur un vélo…

  • Neymare Neymare 3 août 2016 15:45

    @Gabriel

    Vos réflexions montrent que ce monde atteint parfaitement son objectif. Si vous y étiez parfaitement heureux vous n’iriez pas chercher plus loin. Or, vous savez au fond de vous que ce bonheur parfait existe quelque part.

    Ce monde est fait pour que vous vous dépassiez. Et plus vous en souffrirez plus ce dépassement sera impératif. Vous êtes vous mêmes votre propre prison, et ce monde n’est fait que pour vous pousser à vous libérer.


    • gimo 3 août 2016 15:53

      @Neymare
      bien    ....

      L’art de savoir bien mettre en oeuvre de médiocres qualités
      dérobe l’estime et donne souvent plus de réputation que le véritable mérite.

    • Neymare Neymare 3 août 2016 16:11

      @gimo
      du meme ...

      « Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés »


    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 17:10

      @Neymare

      Je ne suis pas spécialement fan de La Rochefoucauld mais il faut bien reconnaitre que le duc avait parfois des éclairs de génie. Maintenant il est vrai que nous ne sommes que des prisonniers dont les prisons sont faites de barreaux que nous pouvons limer. 


  • gogoRat gogoRat 3 août 2016 17:09

    « Perte de temps ? »

    A ce propos, j’ai noté, dans l’article Wikipédia consacré au concept de ’Singularité technologique« , cette phrase :

    •  »La connaissance, et le développement technologique ayant leurs limites, il est tout à fait possible de se passer d’une intelligence artificielle pour faire des découvertes afin d’atteindre ses limites, peut-être moins rapidement, ce n’est pas le temps qui manque à l’humanité"

     Les implications que pourraient sous-entendre cette phrase me paraissent potentiellement prodigieuses.
     Si nous visions réellement à une confiance démocratique
    (cf J. Rancère : ’ La démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale de tous.’)
    plutôt qu’à une course à du ’mérite’ imaginé dans un Absolu fantasmé,
    alors l’objectif serait moins d’arriver au plus vite à la plus froide des ’solutions scientifiques’ que de faire progresser un partage plus large et équitablement homogène de la conscience de chacun et d’un ’tous’ qui est plus que la somme des individus regroupés.

    • Gabriel Gabriel 3 août 2016 17:16

      @gogoRat
      Penser individuellement mais agir collectivement dans l’intérêt du plus grand nombre. Ce but n’aurait jamais du nous échapper. Il serait temps de s’en souvenir. 


  • Jean Keim Jean Keim 5 août 2016 06:41

    Cependant... il y a une autre voie, il y en a une, c’est une certitude puisque nous sommes capables de faire le bilan des malheurs, des souffrances, des horreurs et des désespérances, il y a donc peut être soit l’opposé, soit plus véridiquement la possibilité de s’extraire du jeu mauvais.


    Il y a toujours la beauté de la fleur, une fleur n’est pas une rose, c’est un petit coin d’espace qui est occupé par une merveille qui se donne gratuitement, elle ne dit pas « regardez je suis une rose », elle est forme exquise et évidente, couleur extraordinaire, senteur indicible, le vent est son complice, le soleil son faire-valoir et la rosée des perles d’emprunt, que nous l’observions, la nommions ou passions sans la voir, elle est là, unique, éphémère et éternelle.

    • Jean Keim Jean Keim 5 août 2016 08:36

      La nuit n’est pas le domaine de la fleur, elle se referme et rêve de soleil.


      Et un jour de lucidité sainte et saine 
      dans le vague souvenir de nos maux
      nous témoignerons, chacun avec notre coeur et avec nos mots
      que la mort est morte
      après chacun de nos abandons, petite mort après petite mort, 
      la vie est là, et sans autre dessein que de jouir de ce don
      une joie sans objet venant d’un bonheur sans cause s’invitera à l’improviste 
      et repartira tout aussitôt nous laissant vide pour une prochaine communion
      sans attente et sans regrets.

    • Gabriel Gabriel 5 août 2016 15:00

      @Jean Keim

      Jean, les fleurs dépendent des insectes et chacune de ces fleurs à un rapport spécifique avec l’insecte qui va la féconder. Il y a toujours quelque part une certaine fleur qui ressemble exactement à certains insectes. Ce qui fait que l’insecte est attiré par cette fleur, c’est son double, son âme sœur. Et ce qui veut le plus que tous, c’est lui faire l’amour. Et puis ensuite, l’insecte s’envole et repère une autre fleur âme sœur et lui fait l’amour et ainsi il la féconde. Et ni la fleur ni l’insecte ne comprendrons un jour le sens de leur rapport sexuel. Et comment sauraient ils que leurs petites danses fait vivre le monde, pourtant c’est le cas. En faisant simplement ce pour quoi il on été conçu, ils produisent quelques chose de beau et de magnifique. En ce sens, ils nous montrent comment vivre et le seul baromètre que nous ayons est notre cœur et comment une fois qu’on a trouvé sa fleur rien ne doit plus nous arrêter.


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