Bien sûr qu'il m'arrive de me tromper, mais c'est presque toujours par précipitation, manque de réflexion et d'approfondissement. Bien sûr que dans la fresque du monastère de Santa Maria delle Grazie à Milan, le personnage avec lequel Léonard de Vinci converse ne peut pas être Socrate comme je l'ai très imprudemment écrit dans mon précédent article. D'une part, le personnage de la fresque ne correspond pas du tout à la description qu'un de ses contemporains donne de Socrate - un visage de Silène - mais aussi et surtout parce qu'on ne voit pas ce que la présence de ce philosophe dans la fresque aurait signifié pour les moines qui prenaient leur repas dans le réfectoire. En revanche, une évocation du fondateur de la communauté, saint Dominique, s'imposait. Et encore mieux, celle de saint Augustin quand on sait que l'ordre suivait les règles qu'il préconisait. Quelques années plus tôt, Botticelli avait fixé les traits de l'illustre théologien philosophe et il suffisait à Léonard de s'en inspirer pour le représenter, et encore mieux, avec son long manteau.
Rien d'étonnant à ce que Raphaël ait repris l'image, le temps passant, en faisant perdre au saint ce qui lui restait de cheveux, à moins que cela soit toujours le même modèle mais qui aurait vieilli, plus jeune à gauche, dans la peinture de Botticelli, plus âgé au centre dans celle de Léonard, devenu chauve à droite dans celle de Raphaël. Ainsi s'expliquerait la haie d'honneur de l'école d'Athènes : d'un côté, l'ancien monde avec sa riche culture antique, de l'autre le nouveau monde chrétien avec sa nouvelle élite. Derrière saint Augustin se devine le crâne tonsuré de Thomas d'Aquin.
Ceci étant dit, il me semble qu'il serait dommage de ne pas chercher à identifier l'énigmatique personnage à la tunique rose, ou plutôt rouge à l'origine, de la Cène de Léonard de Vinci.
S'agit-il de Charles VIII ? Certes, dans ce qui se voit actuellement de la fresque, il ne semble pas avoir le nez long et busqué qu’on lui prête mais ses mains délicates font penser à un intellectuel et son geste de toucher Pierre (le pape) et Pilate (un Romain) pourrait avoir une signification. J'ai agrandi la reproduction de Wikipédia au maximum, examiné quelques copies. Vu les nombreuses restaurations qu'a subies la fresque, je ne sais que penser mais l'hypothèse est séduisante.
Voici ce que dit Wikipédia au sujet du roi de France et de son château d'Amboise (extrait) : Passionné par la culture italienne qu’il a découverte pendant les campagnes d’Italie, Charles VIII invite à Amboise de nombreux artistes italiens en 1495 (Dominique de Cortone et Fra Giocondo notamment) qui vont totalement transformer le château à la mode de la Renaissance... Plus de 250 maçons travaillaient en permanence sur ce chantier... Charles VIII mourut à Amboise d’une hémorragie cérébrale en 1498 à l’âge de 27 ans, après avoir violemment heurté de la tête un linteau de pierre de la galerie Hacquelebac le 7 avril, alors qu’il se rendait au jeu de paume.
Ce dessin signifie que Léonard était alors en pleine réflexion. Le fait qu’il ne l'ait pas suivi montre bien que c’est en voyant le bas relief sculpté de l'église de Mont-Saint-Vincent qu’il a abandonné son idée première pour s'inspirer de la sculpture comme je l'ai expliqué dans mon premier article.
Grand merci à Antenor qui m'a indiqué ce lien dans un commentaire
http://fr.structurae.de/structures/data/index.cfm?id=p0000360. Léonard de Vinci est venu en Bourgogne en prévision de la réalisation du canal du Centre. C'est la preuve inespérée de son passage à Mont-Saint-Vincent. La place forte se situe en effet sur une position dominante, à l'endroit critique où l'on pouvait réaliser la jonction entre la Saône et la Loire. Toutefois, je vois mal Léonard venir en Bourgogne uniquement pour une reconnaissance en vue d'un projet de canal dont personne n'a parlé avant lui. Je pense plutôt que c'est en se rendant à Amboise qu'il a fait étape à Mont-Saint-Vincent qui était à ce moment-là une importante seigneurie et que c'est là qu'il s'est rendu compte de cette possibibilité de canal. Le problème, c’est que je n’ai pas trouvé trace de son séjour à Amboise à cette date. En revanche, il serait étonnant que Charles VIII ne l’ait pas invité à venir, au moins pour donner son avis sur la construction de son château. A-t-on la date du passage de Léonard concernant le canal ? Cet intermède pourrait expliquer le retard pris pour terminer la fresque, mieux qu'une soi disant lenteur à la peindre.
Tout cela pour dire qu'après l'intervention de Charles VIII en Italie et un éventuel séjour de Léonard dans son entourage, à Amboise, il me semblerait assez logique que le peintre érudit ait noué des liens d'amitié avec ce prince également érudit. Par la suite, sa retraite à Amboise auprès de François Ier ne serait que le prolongement d'une histoire d'amour entre lui et la France qui aurait commencé avec Charles VIII.
J’ai aussi vérifié l’âge de Salaï. Comme il avait dix ans en 1490, il aurait donc eu 18 ans lorsque la fresque est achevée. C’est un peu juste mais n’est pas impossible, d’autant plus que Léonard a dû terminer son travail de ce côté-là.
En conclusion, je voudrais réaffirmer, une fois de plus, les thèses que je développe depuis déjà de très nombreuses annéees et qui, chaque jour, se confortent. Le bas relief sculpté de Mont-Saint-Vincent est une preuve de plus pour y situer la capitale éduenne de Bibracte.
Ce que j'ai voulu dire dans ces trois articles, c’est que le repas représenté dans le bas relief de l'église de Mont-Saint-Vincent n’a rien à voir avec la Cène des évangiles et que nous faisons la même erreur que Léonard de Vinci en essayant de faire correspondre deux scènes qui relèvent de deux croyances différentes. Dans le bas relief, nous avons une allégorie politique du III ème siècle avec, au centre, un christ du ciel, dans la fresque de Léonard, nous avons l’Evangile.
Je sais, qu'à première vue, tout cela paraît un peu fou. Imaginer que les représentations du Christ qui sont dans nos églises trouvent leur origine dans un Christ éduen du ciel qui s'opposait alors à celui des évangiles dépasse l'entendement commun.
Reste à savoir si la ministre de la Culture et la DRAC de Bourgogne vont continuer à soutenir les archéologues dans ce qu'il faut bien appeler leur mauvaise foi à prétendre que le mont Beuvray est le site de Bibracte, ce qui est une tragique erreur.
E. Mourey le 23 septembre 2013
Illustrations : extraits de Wikipédia et Wikimédia.
Mes deux précédents articles :