Du rire aux larmes
Deux sujets ont mobilisé ce mois-ci nos grands médias, toujours à l’affût de l’information de qualité : la maîtresse cachée du président Hollande et la guerre à l’humoriste Dieudonné.
Pour le premier, disons que se révéler un étalon à succès est flatteur pour un homme considéré comme plutôt mou : il y a au moins un domaine dans lequel il prouve qu’il peut être dur.
Pour le second, quelques principes clairs s’imposent.
1) Les généralisations sèches dans le genre “les arabes, les juifs, les Allemands, les Américains”, etc. sont de dangereuses faiblesses de pensée qui ne correspondent à aucune réalité. Pour qu’une généralisation ait un sens il faut qu’elle soit qualifiée ou localisée, comme les X... “de tel endroit” ou “de tel culte”.
2) Les jugements de valeur qui découlent de ces généralisations sèches, vantant ou dénigrant la totalité d’un ensemble religieux ou ethnique sous une forme raciste, sont totalement inacceptables. Il n’y a pas de supériorité ou d’infériorité d’une “race” blanche, noire, jaune, arabe ou juive.
3) Il est impératif de faire la différence entre les us, coutumes et convictions d’une population et le comportement de ses dirigeants, c’est-à-dire notamment entre les attributs d’une communauté (dont sa religion) et la politique de ses chefs. Autrement dit on peut condamner Obama sans être anti-américain, Al Qaeda sans être islamophobe, le sionisme dans être antisémite ou le nazisme sans être anti-allemand.
4) La même différence s’impose entre l’apréciation d’un principe et la conduite d’un individu. Dénoncer le meurtre de Ceaucescu, d’Ossama ben Laden ou de Saddam Hussein n’est pas prendre la défense des personnages, de même que critiquer le traitement réservé à Dieudonné n’est pas avaliser ses dérapages.
5) L’Holocauste des juifs n’est malheureusement pas le seul génocide de l’Histoire. Arméniens, Serbes, populations africaines, Peaux Rouges ou Incas d’Amérique, entre autres, sans parler des peuples de l’Antiquité éliminés sans laisser de témoins, ont autant de droits que les juifs au respect d’un passé tragique. Pour ces derniers, il faut être logique : si l’on veut éviter le racisme, il ne faut pas se poser en peuple d’exception.
6) L’interdiction préventive d’exprimer une opinion, quelle qu’elle soit, est une atteinte à la liberté du citoyen. Les lois mémorielles, comme la loi Gayssot, sont par essence indéfendables. La censure ne doit pas exister. Ce n’est pas à un régime de décider ce qui doit se penser ou se dire. La diffamation et l’offense à une personne ou un groupe doivent être limitées à la constatation d’un mal réel causé aux victimes.
S’écarter tant soit peu de ces principes est semer les germes d’une société totalitaire dont nous espérons avoir dépassé les exemples. Nous voudrions croire que des responsables comme Valls sont conscients de ce risque.
Cela dit, il y a des problèmes plus sérieux que le libertinage du président ou le sort d’un humoriste provocateur. Notamment l’acte de décès du socialisme, même rose pâle, définitivement enterré par Hollande. Le “Pacte de responsabilité” proposé au patronat est la gerbe de fleurs sur le cercueil. Le réformo-libéralisme officiel – dont les piliers sont l’Europe des banques et de la grande industrie, l’économie de marché favorable aux entreprises et le dialogue à la place du combat social – a dissipé toutes les illusions. Si on y ajoute les aventures militaires, qui ruinent les velléités de réduction des dépenses de l’Etat, on n’a plus qu’à saluer la disparition de la “gauche” par un chant funèbre dans le cimetière.
Un chant plus triste à écouter que les plaisanteries douteuses de Dieudonné.
Louis DALMAS


