lundi 18 février 2013 - par alinea

Du spectacle dans nos patelins

Au début des années quatre-vingt, les babas cools vivaient depuis déjà quelques années dans des vallées perdues, dans des maisons haut perchées sur les flancs abrupts, sur des petits plateaux d'où naissaient de multiples valats qui nourrissaient en eaux automnales les affluents du Gardon, jeunes Gard, fleuve côtier. Ils avaient nourri, avant leur nouvelle vie, un penchant pour les choses de la culture, qui le cinéma, qui la musique qui la peinture ou le théâtre ; ils s'avisèrent donc de se doter des moyens d'apporter dans leurs contrées cette manne nécessaire, cette nourriture de l'esprit, du rêve autant que distraction.

En 1980, en Cévennes, l'association Accord se donnait pour but de promouvoir la culture en sa vallée ; dans le même temps, l'Association Ardèche images inaugurait l'ère du cinéma itinérant.

Celle-ci fut pionnière- quoique le cinéma itinérant existât bien avant elle, tel qu'il est magnifiquement vu dans le film « La fiancée du pirate » avec Bernadette Lafont-, se développa, proposa le merveilleux festival du film documentaire de Lussas, et se fit pédagogue.

Plus tard d'autres associations virent le jour un peu partout, en plaine dans le sud du Gard ou en Provence, etc, toutes suivant le modèle et l'enseignement des voies ouvertes par les ardéchois. Toutes s'appuyaient sur le volontariat, le bénévolat, la passion de ses activistes ; elles mirent en place des circuits faisant le tour des villages perdus derrière des cols, au fond des vallées, éloignés les uns des autres par un saut de puce sur la carte mais par des heures de voiture dans le réel, dans des vieilles guimbardes brinquebalantes, le valeureux projectionniste (1) – qui n'était pas toujours du sexe masculin- bravait le froid le vent la neige, pour porter aux péquins péquenots les images d'un film dont ils n'entendraient jamais parler nulle part mais qui les ravissaient, tant il est vrai que la beauté et l'intelligence sont un langage universel. Les municipalités mettaient à disposition ce qu'ils avaient comme salles, jamais de cinéma, et le ronron de la machine endormait les spectateurs fatigués qui lui étaient trop proches. Entre deux bobines, les dames du village offraient des tartes, des gâteaux, des douceurs qu'elles avaient préparées avec une généreuse intention, les babas portaient la boisson, et, devant la cheminée où brûlait un feu de bois de châtaigner pétaradant, nous devisions au chaud , chaud au ventre grâce au vin à la cannelle, et aussi dans le cœur. Je me souviens d'avoir vu comme ça « Adieu ma concubine » qui, si mes souvenirs sont bons dure à peu près trois heures, les fesses en équilibre sur un dossier de chaise pour pouvoir voir l'écran, reposant mes muscles à chaque arrêt, et ce, sans trouver le temps long tant j'ai aimé ce film ( laminé par les bobos parisiens de Télérama à l'époque ! Tant pis !).

Tous les quinze jours, nous avions droit à la fine fleur du cinéma « art et essais », puisqu'il existait déjà un cinéma qui n'était ni de l'art ni un essai !

Cela a duré assez pour que l'on pût croire être rentrés dans une nouvelle ère.

Dans le même temps « Accord » proposait du théâtre, des concerts et nos propres productions : chant choral/musique, entrées libres, à votre bon cœur messieurs mesdames ! Nous nous étions mis en tête de proposer une contre-fête votive, qui n'avait de contre que le vocable pour nous seuls prononcé, et qui offrait un bal, avec un vrai groupe de vrais musiciens. En tant que trésorière de l'association, je me payais tous les dossiers de demande de subvention, n'ignorais rien des tournures de phrases et des trucs importants à notifier dans un budget ! Nous avions l'aval de la municipalité, le lieu, les affiches et le téléphone arabe comme pub ( personne ou presque n'avait le téléphone chez soi, les cabines n'étaient pas démolies dans ce trou perdu sans délinquance et suffisaient amplement à notre usage, mais le bouche à oreilles, comme toujours, était le meilleur moyen de propagande !) , et, deux jours avant la fête, nous nous réunissions chez moi pour confectionner toutes sortes de salades, de tartes salées, sucrées, et, notre spécialité, les feuilles de vigne farcies, qui avaient cet avantage de ne rien coûter tandis que l'énorme préparation qu'elles demandaient devenait une fête ! Des amis théâtreux, occitans ou autres, assuraient la première partie.

Au cinéma comme au théâtre ou au bal, tous les autochtones étaient là ; certains grincheux semblaient vouloir nous mettre à l'épreuve, mais tous, au bout du compte était ravis. Les vieux de danser leurs danses et, au comptoir, pouvoir discuter de tout sans être assourdis par des décibels agressifs, les jeunes touristes de faire bande, et nous, de nous défoncer au boulot !

Puis, bien sûr, peu à peu les choses se gâtèrent ; ceux qui s'investissaient corps et âme sans compter leur temps ni leur peine apparaissaient vouloir prendre le pouvoir à ceux qui ne venaient aux réunions que pour le choix des films ; frustrations et tiraillements en étaient le fruit, fruit banal et non létal de toute entreprise en commun. Au bout d'un an, la trésorière du cinéma expliquait qu'il nous faudrait peut-être prévoir quelques grandes diffusions, l'été, histoire de payer les locations de films ; car les distributeurs n'étaient pas bénévoles, il fallait les payer fissa et les entrées de nos vieux et vieilles cévenols, à leurs prix dérisoires, ne suffisaient pas. Avant d'en venir à ces extrémités dont je n'étais pas la seule à considérer qu'elles étaient une trahison à notre idéal, j'eus l'idée géniale, il faut bien le dire, d'organiser « un festival Bernadette Lafont »

Le village où nous oeuvrions n'était pas son St. Tropez, mais son pays d'origine, où elle avait encore un très grand mas, des terres et des fermes en ruines. On la voyait souvent dans sa vieille 4L rouge, venir au village boire un verre, avec ses deux filles – c'est là qu'est morte Pauline- ; nous la connaissions, certains plus que moi, mais elle était plutôt simple et sympa. OK pour mon idée mais il faut ce qu'il faut, c'est moi qui devais la mener à bien.

Mme Lafont accepta avec joie, enfin c'est ce qu'elle exprima ; nous aurions les films gratuitement, elle serait là, une foule de badauds en serait attirée, nous remplirions nos caisses et pourrions continuer de projeter du bon. Après m'être acquittée de mon premier devoir, je courus voir le Maire, pour lui proposer ce beau projet. Je n'avais aucune appréhension, cette formalité ne me coûta pas. Sa tête ne me dit rien qui vaille et il reporta à plus tard sa réponse. Elle ne tarda pas : c'était niet.

Il faut dire que la dame avait refusé de céder un bout de terrain, en dessous de la route, contigu à un « pont aux chèvres » de sa propriété ( ces ponts en arches de pierres, hauts au dessus de la rivière, étroits et que seuls les piétons peuvent emprunter mais qui naguère était utiles aux chevriers ) ; elle voulait garder le coin joli ! La municipalité ne lui pardonna pas qui l'expropria ! Adieu, recettes, fêtes et galas !! Adieu films excentriques, exotiques fabuleux, hors stars ! Madame Lafont n'était pas pour l'heure en odeur de sainteté dans le bourg.

L'âme en peine, nous finîmes par acquiescer et le premier du genre fut , un beau soir d'été sous les platanes de la place, « L'As des AS » avec Belmondo en héros musclé, après quoi les plus optimistes des moins cinéphiles d'entre nous, décrétèrent que ce n'était pas si mauvais !! Le glas avait sonné ! Les distributeurs ne transformaient plus guère en 16 que les films qui avaient fait leurs preuves ! Las ; nous organisâmes des formations pour l'usage du 35 ; le matériel était plus précieux, beaucoup plus lourd et comme l'association n'en était pas propriétaire mais dépositaire, il valait mieux ne pas le mettre entre les mains de n'importe qui ; le projectionniste devint un vrai professionnel formé comme il se doit, se fit transporteur, alla lui même chercher le film, courut tous les villages et, de conséquence, voulut se faire payer. Logique et normal. (1)

Dans le courant des années quatre-vingt dix, le moule voulut nous prendre : il ne resta qu'un job !

Cela dure toujours et toujours sous forme associative, mais une commission se réunit pour choisir les films, la trésorière s'occupe du budget, souvent le Président croit qu'il a le pouvoir et souvent on le lui laisse, le projectionniste gagne sa vie et la fête est finie. Tout est rentré dans l'ordre, on en était revenu au cinéma itinérant de papa. Subventions en plus. Ce qui n'est pas un détail car le cinéma est devenu un business juteux, et, comme les trains ou les avions, mérite une masse de spectateurs dans une même salle pour être rentable, payer ses vedettes et tout le toutim !

De fil en aiguille l'association est devenue juste une structure avantageuse, le projectionniste fait tout et ne s'enrichit pas. Nous au village aussi l'on a Amélie Poulain, tous les Schrek, les histoires de Pi mais le pire aussi ! Le département, la commune, subventionne l'industrie cinématographique, américaine de préférence ! Car le choix n'a plus les moyens d'être esthétique, il est marchand, ici aussi, il n'y a pas de raison, hein ?

Quelques années plus tard dans la plaine juste en deçà de ces montagnes aux découpes ciselées, belles Cévennes afghanes, mexicaines, africaines, un grand vide culturel régnait.(2)

Dans les années deux mille, un programme audacieux autant qu'ambitieux vit le jour ; il était porté par les Affaires Culturelles du département. Chaque dimanche de novembre à janvier, dans chaque village à tour de rôle, un spectacle, musique- orchestre, chants-, théâtre, s'invitait dans les temples, les églises ; j'y fus fidèle car on voyait là ce qu'on ne pouvait voir ailleurs ; la première de troupes confirmées, d'orchestres régionaux ou la rampe de lancement de projets prometteurs, et s'asseyaient sur toutes ces mauvaises chaises les jeunes, les vieux du village et de ses environs. Un cinq à sept peu ordinaire qui finissait fatalement devant un verre, un apéro maison. On parlait aux artistes, on proclamait son admiration, on remerciait, on jetait une pièce dans le chapeau puis on rentrait chez soi à la nuit noire, les vieux sur trois pattes, lentement, les autres par grappes ou seuls, remplis d'aise et d'émerveillement. Je n'y ai vu et entendu que de belles choses ; des groupes débutants qui firent leur chemin, des amateurs éclairés et sincères, des troupes fluctuantes, étonnés, tous, d'un si bel accueil.

Ce programme s'arrêta, comme il était venu, en 2007 .

La politique culturelle, ici comme ailleurs, est précieuse car indispensable à ces réunions.

Aujourd'hui, pour la troisième fois, et parce que notre mairesse se pique de culture et en a les responsabilités à la Communauté de Communes, j'irai écouter un conteur, à deux pas . La première fois, nous étions deux, hors l'équipe municipale qui n'était pas au complet ! Un comédien seul jouait « Le journal d'un fou » de Gogol. À un bras de nous, devant dix personnes plus ses propres proches, cet homme donnait tout ; c'était épatant.(3)

Makaleï...

Nous avons écourté l'enfance...

On ne peut être émerveillé tous les soirs devant son écran ; aussi, saturé, ne l'est-on plus. Ou rarement. Le goût meurt de ces simplicités.

Et pourtant tous aiment à ce qu'on leur raconte une histoire ; c'est un moment passé sans chichis, sans paillettes, sans élites. Et quand il y a trente ans on pouvait vivre chichement, sans statut, on ne le peut plus aujourd'hui où la société étouffe : c'est cette volonté de tout gérer qui coûte cher ! Aussi passionnés et désintéressés que nous soyons, nous n'en avons pas moins à payer les loyers, élever les enfants, payer l'essence : le minimum de décence est devenue hors de prix ! Et pour tous ceux qui n'ont pas le snobisme du spectacle « à ne pas manquer », vanté, ni les moyens d'y aller, puisque par ailleurs il ne peut plus y avoir de saltimbanques, itinérants, mendiants, comment donner quand même ce bonheur partagé et vivant, présent depuis toujours dans toutes les sociétés ?

 

(1 : dans presque tous les villages concernés, une personne avait été formée ; mais certains villages n'avaient personne ; la location d'un film se fait par semaine, du mercredi au mercredi, et pour la rentabilité de la chose, il fallait que tous les jours soient occupés ; aussi, chacun son tour, ou selon les proximités, on assurait le transport ou bien l'un ou l'autre assurait plusieurs projections.

Au cours de la deuxième formation, il y eut peu de monde, son coût, assuré par la DRAC – si mes souvenirs sont bons- ne permettait pas d'initier tout un chacun dans un secteur donné ; les différents candidats venaient de tous les points géographiques du département)

(2 : j'exclue volontairement tous les festivals d'été, Junas, Sommières, Banne, Bagnols-sur-Cèze et des dizaines d'autres, qui eux, attirent soit les accrocs, soit les bobos. Ceci dit je ne crache pas sur ces programmations prestigieuses : quand on m'y invite, j'y vais de bon cœur !!)

(3) : pour ces spectacles, une participation est demandée ; celle-ci bien sûr augmente d'année en année mais reste à la portée de la plupart des bourses.

 

N B : Je parle délibérément d'un espace grand comme un confetti sur la carte de France ; mais cela s'est propagé partout, à cette même période.



18 réactions


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 18 février 2013 11:44

    Bernadette, bonne fête à toi.

    La bonne idée du coin, une fille du coin, alinéa du coin, donc idée lumineuse, mais j’aurais apprécié quelques liens vers quelques 35 mm d’époque dans l’Ardèche que j’ai bien connue. Est ce trop demander à l’auteur de cet article historique qui ne demande qu’à prendre un peu la lumière... ?


    • alinea Alinea 18 février 2013 11:48

      Lisa : je suis désolée ! Je n’ai aucune culture internet ; j’ai vu le site d’Ardèche images, que n’importe qui peut trouver à ce nom ; mais c’est bien tout !


  • Raymond SAMUEL paconform 18 février 2013 12:39

    Alinéa,

    Souvenirs, souvenirs provençaux pour moi. Les néo ruraux restent les artisans d’une épopée, pas tellement glorieuse, mais qui restera une tranche originale d’histoire et d’aventure humaine...

    Expérience certainement utile au cas où un certain réalisme naîtrait dans l’esprit des esclaves de la société industrielle (les chômeurs et les futurs chômeurs), c’est à dire lorsqu’ils se rendront compte que seule la terre permet de faire pousser des pommes de terre, chose que les manifs, les délégations et autres bruits ou agitations ne parviennent pas à faire. Je veux dire par la qu’il faut adapter la répartition démographique à la nouvelle donne post-industrielle.


    • alinea Alinea 18 février 2013 15:13

      Oui paconform, une épopée qui a laissé des traces ; tout ce qui subsiste de bien dans ce monde, en agriculture surtout, est issu de ce mouvement-là.
      C’était un mouvement spontané qui a pu naître je pense, parce que le monde était ouvert - bien que pas mondialisé !!!- et que l’aventure était possible ; j’ai écrit dans mon article sur l’agriculture, tout mon espoir que quelque chose de similaire se produise pour réinvestir tous ces coins désertés aujourd’hui. Mais tout est tellement codé, fiché, fliqué, que je me demande si ça pourra être faisable ! Les gens aussi ont changé ! le fric est devenu l’avenir souhaité, unique horizon !


  • citoyenrené citoyenrené 18 février 2013 12:50

    merci pour ce partage, on peut voir que s’il en a les moyens, si l’état ne lui mets pas de bâton dans les roues, le peuple se cultive, s’éduque, s’élève de l’intérieur dans la joie et la créativité...à travers l’histoire que vous présentez, peut-on généraliser en disant que le pouvoir se méfie de toute initiative non canalisée ? et qu’il préfère la culture descendante et orientée, qui ne remet surtout pas en cause la pensée dominante...bon, toute généralisation est un raccourci et ce n’est peut-être pas tout à fait le contenu de votre article

    mais votre texte, ce que j’en perçois, est en écho avec la formidable ’conférence gesticulée’ de Franck Lepage, assez longue mais passionnante, sur l’absolu refus du pouvoir de permettre une réelle éducation populaire à travers l’histoire de Christiane Faure


    • alinea Alinea 18 février 2013 14:58

      Je ne suis pas sûre, citoyenrené, qu’il y ait eu volonté d’un gouvernement ! C’est la société qui a évolué, qui a infantilisé tous et toutes, peut-être pour plus de maîtrise, je ne sais !! Tous les diplômes ont été inventés à cette période, il y a eu le sabordage total de l’agriculture, bref, tout s’est fait à cette époque ,qui a rendu le citoyen consommateur, passif et bientôt esclave ! Je pense parfois que ce mouvement d’un retour à la simplicité, ce que l’on nomme aujourd’hui « décroissance » ou « frugalité volontaire », s’est fait là, spontanément, dans un élan d’idéalisme et qu’il était un dernier sursaut d’intelligence et de simplicité avant la mort définitive de l’humain, je veux dire, en tant qu’animal social !.. Mais ces gens-là existent encore ; ils se sont peu ou prou intégrés mais reste nichée dans leur coeur, cette humanité solidaire, respectueuse de l’environnement..


    • citoyenrené citoyenrené 18 février 2013 16:56

      et bien Alinéa, la volonté du gouvernement est au moins visible dans le regroupement au sein du même ministère « des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative »...ce n’est pas le sujet central de votre article mais ce regroupement de compétences chacune pleines et entières n’est pas forcément un moyen de les mettre en valeur et de les accomplir sereinement et séparément....et puis je ne sais pas non plus qui de la société ou du gouvernement initie l’infantilisation et l’abrutissement, sans doute d’un commun effort, d’une lente application.....tout à fait d’accord avec le reste de votre commentaire


    • citoyenrené citoyenrené 18 février 2013 16:59

      pardon, Alinea , pas Alinéa


    • alinea Alinea 18 février 2013 19:17

      Il y a une volonté ( de tout gérer, de tout maîtriser, de tout contrôler) et un consentement ; tout cela conduit à des dérives épouvantables, et, en dehors des injustices, de la misère de l’exclusion, il y a bel et bien le meurtre d’ initiatives, l’assassinat, de toutes ces énergies de jeunesse qui sont canalisées vers des buts pour le moins incertains et qui tous se situent à l’intérieur du code autorisé ; il ne reste que les fous, les héros, les teigneux, les déterminés pour éclater ce schéma ! Peu de monde ! Il faut marcher dans la troupe sous peine d’exclusion ; à l’époque, et sans que personne ne se fût concerné, s’exclure était une évidence pour ceux qui voulaient vivre leur vie en dehors des sentiers balisés. Cette liberté là n’existe plus ! La peine que j’en éprouve est indicible !


  • aimable 18 février 2013 14:20

    avis d’un autochtone ( sans rancunes ! )
    quand ceux de la ville débarquèrent a la campagne ( surtout dans les années 60 ) ils débarquèrent chez les ploucs, ils leurs apportaient la culture et faisaient preuve de charité , envers ces esprits simples , ça nous l’avons bien compris , notre culture était inculte ! pas digne d’eux , une seule culture était bonne , la leur . ils ne pouvaient quand même pas espérer que nous allions leur ouvrir les bras en les embrassant ( quoique les filles ) et leur dire ,nous vous attendions !


    • alinea Alinea 18 février 2013 14:49

      Oui aimable : il y a eu beaucoup de gens dans l’esprit que vous dîtes, mais ceux-ci ne sont pas restés longtemps ; en tout cas en Cévennes où la vie est dure ; ceux qui sont restés se sont intégrés, ont rabaissé leur caquet si besoin était et j’ai envie de souligner le renouveau- au niveau agriculture, bio, par exemple, qu’ils ont apporté à tous. Il y avait aussi, une grande ignorance du terrain et des gens, et, souvent, ce que l’on pouvait prendre pour du mépris, était plutôt de l’ignorance et, il faut bien le dire, de « l’irréalisme », dans le sens où ils venaient expérimenter puis vivre leur idéal ! En tout cas, ce mouvement de population n’a rien eu à voir avec les hordes de gens friqués du nord, qui arrivaient avec leur pognon ; ceux-là ont, bien malheureusement été souvent mieux accueillis, alors qu’ils ont détruit, sûrement et pour toujours, la culture locale !


    • aimable 18 février 2013 15:21

      ne pas oublier la télé ,surtout certaine chaine ,pour la destruction de la culture et l’abrutissement des masses !


    • alinea Alinea 18 février 2013 15:57

      Oui, évidemment ! Je n’étais pas « branchée » sur cet aspect des choses pourtant primordial !!
      Mais quand je vois ce qu’apportent aujourd’hui les européens du nord pétés de tunes ( français compris) comme ouverture dans nos villages, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont colporté la pensée unique, le je-veux-avoir-tout-comme-en-ville, les fleufleurs et les maisons décrépies , une laideur uniforme ou une beauté personnalisée bien cachée ! S’ajoutent à ceux-là les rurbains, classes moyennes, et là, excusez du peu, mais le mépris de l’autochtone est palpable !! Sauf à faire des risettes parce qu’on est bien élevé !


    • aimable 18 février 2013 16:10

      chez moi c’est pareil et pourtant je ne suis qu’au sud de la seine, ce sont surtout les anglais, leur reine est encore (théoriquement ) duchesse et vous savez ,ceux qui habitent une très grande ville .


  • jack mandon jack mandon 18 février 2013 17:42

    Bonjour Alinea,

    L’histoire de vie, le merveilleux, s’alimentent de nos émotions.

    Une belle enfance contée par un poète, un romancier. Une enfance telle qu’elle devrait être, loin des cités crasseuses et malodorantes, plantées comme des furoncles au beau milieu du paysage, dévoreuses d’espérance, pourvoyeuses de drogue, de violence, de misère, d’illusions et de chimères.


    L’enfance c’est d’abord un lieu, un environnement harmonieux. C’est aussi une aventure de vie où la nature et la culture en accord rivalisent sans se quitter des yeux. Ce sont des émotions, des montagnes de peurs et de doutes que l’on partage avec deux modèles rassurants. Pour les plus chanceux d’entre nous, une maman et un père présents.

    Pour l’inspiration il faut savoir s’abandonner et la nature fait le reste.

    Merci Alinea

     

    • alinea Alinea 18 février 2013 19:23

      Pour moi ce fut une belle adolescence et une belle jeunesse ; j’ai été longue à retomber sur terre ! Je ne me bats plus, je n’ai plus de colère mais ne suis pas pour autant résignée ; enfin si, à une certaine solitude- non pas affective ou dans mon quotidien mais une solitude de pensée qui se meut en action ! Un rêve qui se meut en réalisation ; la force du courant semble être magnétique à les voir tous s’y laisser happer !
      Merci grand frère docte et sage...


  • Ruut Ruut 19 février 2013 09:09

    Bizarre, j’ai grandi en cité et a mon époque c’était des lieux de vie merveilleux, les commerce et les activités aux pieds des tours.

    C’est le changement de population qui a détruit cette beauté des citées.

    Lorsque le locataire ne fait pas le minimum d’entretien et de respect envers ses voisins, l’enfer est proche.

    La dégradation fut lente, mais soutenue par nos autorités tant juridiques que politiques.


    • alinea Alinea 19 février 2013 09:33

      Quand j’étais môme, j’avais des copines qui habitaient dans des cités - il est vrai que j’habitais une petite ville et que ces cités n’étaient gigantesques- mais j’adorais y aller ; je me souviens de la musique de jazz qui sortait des fenêtres, des voix des gens qui s’interpellaient, des groupes qui parlaient, des gosses qui jouaient... c’était tellement vivant pour moi tout ça que j’en ai encore les larmes aux yeux...


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