samedi 12 septembre - par Jules Seyes

Élections législatives russes de septembre 2026

Du 18 au 20 septembre 2026, les 450 députés de la Douma remettront leurs mandats en jeu. L’occasion de constater l’écart entre ce pays qui tient des élections malgré le conflit et la Kiévie, pas franchement admirable pour son respect du calendrier.

Plus intéressante sera la comparaison des fiches Wikipédia dédiées à ce scrutin, entre les versions anglaise et française. L’occasion d’analyser la manière de penser de ces individus qui se donnent tous les droits. Les libéraux autrement nommés pro-ukrainiens.

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Commençons par les bases. Depuis 2022, les Russes ont continué avec leurs élections.
Mars 2024 : Élections présidentielles avec la réélection de V. Poutine1.

Élections infranationales : 20222, 20233, 20244.

Et, désormais, les législatives de 2026.

Ça en fait des scrutins, alors qu’en Ukraine, aucun scrutin ne peut être organisé en temps de guerre, nous dit-on5 :

Dans ce contexte légal, aucune élection, qu’elle soit locale ou nationale, ne peut être organisée avant la fin de la guerre. 

 

Avec comme justification :

la question de l’organisation d’élections ne fait aujourd’hui l’objet d’aucune revendication de la part de la société ukrainienne.

Si personne ne le demande, pourquoi organiser des élections, en effet. Monsieur Macron, que l’on dit réticent à quitter l’Élysée, pourrait s’en inspirer pour reporter le scrutin. Curieusement, la Russie, elle, ne semble pas attendre la moindre demande ; elle constate l’arrivée de la date légale pour le scrutin !

Sûrement deux conceptions démocratiques, mais la version ukrainienne, elle, nous est donnée par un travail de « recherche » de Sciences Po.

 

Celui-ci nous offre d’ailleurs une autre justification tout à fait intéressante :

Dans un contexte d'attaques quotidiennes, garantir la sécurité des bureaux de vote serait extrêmement complexe. Se poserait également la question de la légitimité du scrutin : comment garantir un accès équitable à l’information et au vote aux membres actifs des forces armées, aux habitants des territoires occupés, aux millions de déplacés intérieurs qui font face à des difficultés administratives d’enregistrement, et aux citoyens ukrainiens réfugiés à l’étranger ?

Curieusement, là aussi, la Russie semble parvenir à informer les membres de ses forces armées et aucun litige sur ce thème ne semble avoir eu lieu lors des scrutins précédents.

Pour les réfugiés, il est intéressant de constater qu’après quatre ans de guerre, dont une large partie sur des fronts stabilisés, le gouvernement ukrainien se déclare incapable de recenser et inscrire les réfugiés sur des listes électorales propres. Soit c’est un prétexte, soit nous avons affaire à un mensonge qui relève du plus pur mépris.

Reste l’excuse la plus complexe : la sécurité des bureaux de vote. Elle sous-entend une accusation envers les Russes qui seraient prêts à frapper des bureaux de vote et donc une volonté criminelle de frapper des civils.

Sauf que, depuis des années, malgré des milliers de frappes de drones, au 12 juillet 2026, Ukrinform relaie un chiffre de 16 400 victimes civiles depuis 20226.

Sur le seul mois de juillet, la Russie est créditée du tir de 376 missiles et 4 956 drones d’attaque7 et le conflit dure depuis plus de 65 mois, avec certes une intensité croissante. On peut estimer que la charge se situe entre 400 et 450 tonnes. Si l’on prend en compte les chiffres de Dresde, un bombardement bien documenté, ces explosifs auraient dû causer environ 3 000 morts. On en est bien loin, quelques centaines au maximum.

Si on déplore chaque victime8, la différence de ratio démontre que soit les Russes ne savent pas organiser un bombardement, soit ils ne visent pas les civils. Constatons-le, le bilan correspond aux déclarations officielles russes, ce qui incite à leur accorder un certain crédit.

Sur cette base, il n’y a aucune raison de voir les Russes viser des locaux électoraux lors d’une élection. Il est possible que, sur la masse, un ou deux bureaux soient touchés, mais cela reste de l’ordre de l’épiphénomène. Le travail de « recherche » ose tout de même le citer comme une sorte de conclusion scientifique.

Plus exactement, l’analyse de ce texte démontre que les motifs invoqués par le gouvernement de Kiev pour ne pas organiser d’élections ne tiennent pas. Désolé, si les Russes en ont fait leurs choux gras, un gamin de cinq ans l’aurait fait aussi.

Là aussi, malgré les frappes lancées par Zelenski en juin, lors de la campagne dite des quarante jours, les Russes maintiennent leurs élections. Sans doute ont-ils plus de confiance dans leur capacité à mener des opérations électorales. Encore faut-il le vouloir !

 

Passons, constatons juste que les Russes organisent les élections et se pose alors la question du récit de ces opérations. Puisque, pour une frange de l’opinion, le récit russe est non crédible, prenons deux récits occidentaux. Les fiches Wikipédia anglaises9 et françaises10.

L’anglaise indique les dates, le nombre de sièges avant d’enchaîner sur l’arrière-plan. Elle brise la neutralité seulement avec une phrase pour rappeler que l’opposition non systémique considère ces élections comme falsifiées en raison de l’exclusion de candidats et de partis, ce qui est un jugement de valeur.

La version française se sent obligée de plonger dans la polémique après avoir donné les dates et le nombre de sièges. Il convient de rappeler que V. Poutine a mis en place un régime autoritaire. Apparemment, expliquer les détails des scrutins précédents n’était pas intéressant. Par exemple, le Français n’a apparemment pas besoin de connaître le résultat du scrutin de 2021, évacué en une phrase taillée sur mesure pour entretenir les préjugés : maintien de la majorité écrasante. Un tel résultat se commente d’habitude avec des chiffres et l’omission porte deux noms : le lavage de cerveau et la propagande par répétition.

De même, le lecteur français n’aura pas droit au rappel du système électoral, accordé au lecteur en langue anglaise. Pas davantage que le redécoupage des circonscriptions, puisque la carte électorale adoptée en 2015 arrivait à échéance.

On nous épargnera aussi la liste des partis et leurs positions.

En revanche, nous aurons droit dans la version française à un paragraphe complet sur la guerre en Ukraine avec notamment cette phrase digne de tous les éloges :

Le président russe bénéficie notamment du soutien de la République populaire de Chine, ce que le président Xi Jinping lui déclare publiquement lors de sa venue en Russie en mars 2023.

Si un lecteur peut m’expliquer en quoi la position du président chinois sur la guerre en Ukraine a à voir avec l’organisation d’un scrutin, je suis preneur.

N’est-ce pas intéressant ? Certes, Wikipédia peut manquer de contributeurs, et, au vu du contenu de la version française, on comprend que ceux-ci se fassent rares. Pourtant, le discours de Wikipédia correspond à la manière dont le sujet est traité en France : une dictature sans nuance, une histoire confortable qui souffriraient d’une présentation trop complète du système électoral et de la liste des partis. Le lecteur risquerait d’y trouver une image correspondant à celle de la France et de penser que la « terrible » dictature russe ressemble à notre démocratie d’arrangement entre amis.

Ce serait dommage, tant d’efforts pour lui laver le cerveau pourraient être mis en cause par une trop grande abondance de détails !

 

Le procédé en dit long sur l’offensive de propagande lancée par cette frange de l’opinion qui prétend condamner la Russie et soutenir l’Ukraine : les faits ne les intéressent pas. Seule compte la présentation de leurs slogans.

Ainsi, au lieu d’inviter le public à penser et à réfléchir, ce qui devrait être l’objectif d’une société démocratique où des individus rationnels défendent leurs intérêts, ces gens se contentent d’un ultimatum qui enjoint à chacun de se rallier à leur position.

Dommage, en attendant, les gens vont voter en Russie : du 18 au 20 septembre ! Pas dans les territoires de Kiev !

 

1Élections infranationales russes de 2022 — Wikipédia

8Mais alors, la cohérence exige de déplorer ceux de Gaza, ceux en Iran, ceux en Syrie ou en Libye, à bon entendeur.



5 réactions


  • Com une outre 12 septembre 10:26

    Et parions que quand nous aurons les résultats, si ils sont favorables à Poutine, nos médias vont tous en chœur les dire truqués, bien évidemment, sur instruction du fada de l’Elysée.


    • Buzzcocks 12 septembre 10:40

      @Com une outre
      Navalny et beaucoup d’autres auraient aimé se présenter... Mais bizarrement, ils n’ont pas pu... vous pouvez peut être me dire pourquoi ? 


    • charlyposte charlyposte 12 septembre 10:52

      @Buzzcocks

      Sources ?


    • charlyposte charlyposte 12 septembre 10:56

      @Com une outre

      Exact smiley


    • Com une outre 12 septembre 11:22

      @Buzzcocks
      Arrêtez de nous faire croire qu’il n’existe pas d’opposition en Russie, vous êtes ridicule. Quant à Navalny, ex oligarque russe, repenti nationaliste luttant contre une corruption pour laquelle il a été lui même condamné plusieurs fois, qui voudrait d’un candidat comme ça ? La Russie, c’est pas la France.


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