mercredi 9 octobre - par République sociale

Elections portugaises : quel bilan et quelle alliance pour le Partido socialista ?

Dimanche 6 octobre se sont déroulées les élections législatives portugaises. A cette occasion les 230 députés de l’Assemblée de la République du Portugal ont été renouvelés. Au terme du dépouillement des bulletins de vote, le Parti socialiste (PS) l’a emporté mais sans obtenir la majorité absolue. Il devra, comme lors de la précédente législature, nouer des alliances avec d’autres partis.

Source original de l'article : https://lesnouvelleslibres.com/2019/10/09/elections-portugaises-quel-bilan-et-quelle-alliance-pour-le-partido-socialista/

 

Antonio Costa après la proclamation des résultats du 6 octobre. Crédits photo : AFP

Bilan de la mandature

Grâce aux autres formations de gauche (Bloc de Gauche et CDU – Coalition démocratique unitaire, regroupant le Parti communiste portugais (PCP) et les Verts) le Parti socialiste avait pu, en novembre 2015, former un gouvernement. La CDU et le Bloc de gauche lui apportaient ainsi un soutien critique, sans participation au gouvernement. Conscients sans doute qu’appliquer certaines mesures était indispensable au maintien de l’alliance avec les autres partis de gauches le PS a, dès le début, voté des lois favorables aux plus démunis et à ceux qui avaient le plus souffert pendant la cure d’austérité imposée.

Ainsi le salaire minimum a été augmenté plusieurs fois. Il atteint aujourd’hui 600€, soit une augmentation totale de 18,8% depuis 2015. Les petites retraites ont été revalorisées- le PS dispose par ailleurs d’un important électorat issu des personnes à la retraite- de même que les salaires des fonctionnaires. La TVA sur certains biens et services a également été réduite. Ironie du sort c’est en votant ces lois, allant à l’encontre des prédications de Bruxelles, que le Portugal a réussi à sortir de la procédure pour déficit excessif en juin 2017, à afficher une croissance de 2,3% en 2018, et à réduire le déficit public. Le chômage a été en 2018 au plus bas depuis 2002. Aujourd’hui il est de 6,2%, alors qu’il culminait à 17% en 2013.

Rien de surprenant donc que le PS et son premier ministre Antonio Costa, soient donnés largement favoris des élections. Pourtant, ce « miracle » pourrait ne pas durer. En effet, par sa politique des petits pas, le PS a, certes, tourné la page de l’austérité, mais n’a pas renoncé à certaines exigences de Bruxelles, démontrant ainsi son obsession pour le redressement budgétaire. De fait, de nombreux problèmes demeurent. Le niveau général des salaires, par exemple, reste bas, il n’a d’ailleurs toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise.

L’immobilier et le logement deviennent eux-aussi un réel problème. A Lisbonne notamment où les prix flambent et où les Airbnb se développent sans précédent. La capitale portugaise est d’ailleurs devenue à la fin de l’année 2018 la capitale européenne où il y a le plus de résidences Airbnb par habitant (1). De plus il est estimé que seul 2% des logements sont des logements sociaux. En parallèle les emplois précaires augmentent considérablement si bien qu’il n’y a jamais eu autant de travailleurs précaires. La moitié des embauches se font en CDD et, en 2018, la moitié des heures supplémentaires effectuées ne furent pas payées. Contre tout ces problèmes majeurs le gouvernement n’a pas fait grand chose depuis 2015. Pourtant, à l’heure du scrutin, les Portugais ont (re)donné leur confiance au Parti socialiste.

Les résultats

La précédente composition du Parlement

En 2015 la coalition de centre-droit, regroupant le Parti social démocrate (PSD) et le Parti du centre-démocratique – Parti populaire (CDS-PP) recueillait 36,86% des voix et 107 députés, dont 89 pour le PSD. Bien qu’arrivant en tête des suffrages les deux formations n’atteignaient pas la majorité absolue (116 députés). A l’inverse la gauche, partie divisée aux élections, disposait de la majorité en accumulant tous les députés.

Le Parti socialiste obtenait ainsi 32,31% des suffrages exprimés et 86 députés. De son côté la CDU, avec 8,25%, faisait élire 17 députés, dont 15 du Parti communiste et 2 écologistes, tandis que le Bloc de gauche en obtenait 19 et 10,19% des voix. Enfin le petit parti Personnes-Animaux-Nature (PAN- Centre-gauche) faisait son entrée au Parlement avec un député.

La nouvelle Assemblée

Cinq ans plus tard le PS s’est bien renforcé. Avec 36,65% des voix il gagne 20 députés pour un total de 106. Le Bloc de gauche connaît un léger recul en terme de score (9,67%) mais garde ses 19 parlementaires. A l’inverse la CDU n’obtient que 6,46% et perd 5 sièges. La (très petite) surprise vient du PAN qui passe de 1,39% des voix à 3,28% et d’un député à 4.

A droite la coalition entre le PSD et le CDS-PP n’avait pas été renouvelée pour ce scrutin. Avec 27,96% le PSD fait élire 77 députés, soit 12 de moins que lors de la précédente mandature. De même le CDS-PP avec 4,25% perd 13 sièges et n’en obtient que 5.

Quelle alliance pour le PS ?

Les cartes sont donc rebattues. Dès lors deux questions apparaissent. D’abord, est-ce que le Portugal pourra continuer sur cette bonne lancée ? La croissance pour 2019 est estimée à 1,9% et le refus du PS d’agir hors du cadre budgétaire imposé par l’UE pourrait marquer l’arrêt des politiques sociales qui ont bénéficié aux Portugais depuis 2015. Deuxième question, directement en lien avec la première, avec quelle alliance le PS gouvernera-t-il ? De cette alliance dépendront les politiques qui seront mises en place. La relative percée de la petite formation PAN offre à Antonio Costa de nouvelles perspectives. Toutefois à eux deux ces partis ne récolteraient que 110 députés, insuffisant pour prétendre à la majorité (116 députés). Faute de majorité absolue le PS devra donc composer avec le Bloc de gauche, avec la CDU, ou avec les deux.


(1) : la face cachée du miracle portugais



5 réactions


  • kimonovert 9 octobre 14:31

    Perle d’intérêt nul pour les huîtres...


  • Eric Havas Eric Havas 9 octobre 19:00

     

    Après Tsipras la prostitué, 5 étoiles sur le cul de Soros.

     

    Du coté obscur de la Force, j’appelle l’esprit du digger Winstanley,(1649)

     

    « Lorsque l’humanité commença à acheter et à vendre, elle perdit son innocence ; et les hommes commencèrent alors à s’opprimer les uns les autres et à frauder leur droit naturel. (…) Tous les terrains incultes d’Angleterre ainsi que dans le monde entier devront être appropriés par le peuple en toute justice C’est indéniablement affaire de justice que le peuple travailleur puisse bêcher, labourer et habiter sur les communs, sans avoir à louer ni à payer une redevance à quiconque, dénonçant à la fois la privatisation par les clôtures des terres communes et en particulier des forêts et la financiarisation de leurs usages (...) Une fois la terre redevenue trésor commun, il adviendra que nul n’osera chercher à dominer les autres, nul n’osera tuer son prochain et ne désirera posséder davantage de terre que son voisin. Tous les hommes se sont dressés pour conquérir la liberté et ceux parmi vous qui appartiennent à l’espèce des riches ont peur de la reconnaître car elle s’avance vêtue des habits du rustre. La liberté, c’est l’homme résolu à mettre le monde à l’envers, comment donc s’étonner que des ennemis l’assaillent. »

     


    • Sparker Sparker 9 octobre 21:16

      @Eric Havas

      Très bon passage, merci !


    • Eric Havas Eric Havas 9 octobre 21:37

      tsss... quiproquo...alors un esprit encore plus ancestral des obscurs, qui commença à s’isoler des « Lumières » en creusant un canal dans le bras de terre de sa presqu’île, à la Trump quoi... Raphaël d’Utopia (1516)
       
      « Vos moutons, normalement si doux, si faciles à nourrir de peu de choses, les voici devenus, me dit-on, si voraces, si féroces, qu’ils dévorent jusqu’aux hommes, qu’ils ravagent et dépeuplent les champs, les fermes, les villages. En effet, dans toutes les régions du royaume où l’on trouve la laine la plus fine, et par conséquent la plus chère, les nobles et les riches, sans parler de quelques abbés, saints personnages, non contents de vivre largement et paresseusement des revenus et rentrées annuelles que la terre assurait à leurs ancêtres, sans rien faire pour la communauté, ne laissent plus aucune place à la culture, démolissant les fermes, détruisent les villages, clôturant toute la terre en pâturages fermés, ne laissant subsister que l’église de laquelle ils font une étable pour leurs moutons. Et comme si les terrains de chasse et les parcs ne prenaient pas une part suffisante de territoire, ces hommes de bien transforment en désert des lieux occupés jusqu’alors par habitation et cultures. Ainsi donc, afin qu’un seul goinfre à l’appétit insatiable, puisse entourer d’une seule clôture quelques milliers d’arpents d’un seul tenant, des fermiers sont chassés de chez eux, souvent dépouillés de tout ce qu’ils possèdent. »


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 10 octobre 08:21

    L’auteur refait l’histoire à sa manière... 

    Le gouvernement de Droite avait tellement baissé les salaires et les pensions, tellement appliqué avec zèle l’austérité demandée par Bruxelles, que le Gouvernement de coalition de Gauche a eu beau jeu de rajouter quelques dizaines d’euros, tout en restant dans les clous de feuille de route de Bruxelles !

    Il n’y a pas de politique sociale possible en restant dans l’ UE, ce que la Gauche, (sauf certains Partis communistes), refuse de comprendre.

    « Portugal une fin d’austérité en trompe l’oeil » par Cristina Semblano.

    Elle est Docteur ès Sciences de Gestion par l’Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne et membre du Bureau National du Bloco de Esquerda, un des partis de la gauche radicale portugaise. 

    " ... je dirai très fermement non, on ne peut pas se débarrasser de l’austérité en agissant dans le cadre des institutions européennes, car les traités européens – Traité de Maastricht, Pacte de Stabilité et à un degré supérieur dans l’escalade, le TSCG –, en soumettant les politiques publiques des pays à l’atteinte d’objectifs financiers de déficit et de dette, ont figé l’austérité en lui donnant un caractère perpétuel. Si un Etat veut procéder à des investissements et que leur financement met en cause le respect du ratio dette publique/PIB, il ne pourra le faire sans enfreindre les traités et s’exposer à des sanctions. De même, la décision d’embauche de nouveaux fonctionnaires, en pesant sur les dépenses publiques, se heurte sans cesse à l’obligation de respecter la barrière des 3 % de déficit public et ce d’autant plus que l’on sera en période de crise ou de faible croissance, caractérisées par la chute des recettes fiscales…"


    Il reste à la Gauche portugaise à militer pour la sortie de l’ Union européenne, si elle une vraie politique sociale.


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