mercredi 9 juin - par Patrice Bravo

Emmanuel Macron s’enferre dans sa solitude sahélienne

Dans le JDD du dimanche 30 mai, Emmanuel Macron s’est livré une nouvelle fois à des « confidences » sur l’Afrique, passant en revue tous les sujets du moment sur le continent : économie, immigration, terrorisme, gouvernance. 

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Au milieu de cet inventaire, un passage a fait l’effet d’une torpille. S’agissant de la situation au Mali après les événements du 24 mai, il a déclaré : « (…) je ne resterai pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique, ni de transition » puis il a ajouté « l’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie ! Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai ». A elles seules, ces deux phrases résument la politique africaine de Gribouille menée par l’Elysée. Cette politique de balancier aussi irrationnelle qu’illisible démonétise la parole de la France qui perd pied progressivement, lentement mais sûrement sur tout le continent. La décision de la Cedeao de suspendre le Mali de son organisation mais de ne pas lui imposer de sanctions économiques et d’avaliser la récente prise de pouvoir par le colonel Assimi Goïta, le prouve . 

De la légitimité. Si les psychodrames bamakois devaient avoir quelques vertus, ce seraient celles de renvoyer le miroir des contradictions françaises en Afrique et d’être le révélateur de l’isolement diplomatique de Paris sur le continent. Le 14 mai 2021, le Premier ministre, Moctar Ouane, présente sa démission, il est immédiatement reconduit par le président Bah Ndaw qui le charge de former un nouveau gouvernement. Dix jours plus tard, les ministres sont enfin nommés, deux des auteurs du putsch d’août 2020, le ministre de la Défense et de la Sécurité ne sont pas reconduits. Le même jour, le vice-président Assimi Goïta, aidé de ses amis officiers, démet de leurs fonctions le Président et le Premier ministre et les emmène manu-militari au camp militaire de Kati. Le 26 mai, ces derniers démissionnent et deux jours plus tard, la Cour constitutionnelle, constatant la vacance du pouvoir, rend un arrêt qui valide le remplacement du président de la transition par Assimi Goïta. Ce « coup dans le coup » pour les uns, cette « rectification de la transition » pour les autres, a déclenché l’ire du président français, qui a subitement pris la mesure des dangers de l’absence « de légitimité démocratique » et a menacé de retirer les soldats de Barkhane. Emmanuel Macron a eu tort de s’aventurer sur le terrain de la « légitimité démocratique », c’est une pente abrupte et glissante. En Afrique francophone qui peut s’en targuer ? Les chefs d’Etat qui ont été réélus grâce à des troisièmes mandats anticonstitutionnels et/ou des scrutins non-crédibles ? Dans ces conditions, faut-il demander aux 750 hommes des Forces françaises de Côte d’Ivoire (FFCI) de partir ?  

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Les anciennes autorités maliennes de transition ne pouvaient pas non plus se prévaloir d’une quelconque légitimité démocratique : Bah Ndaw et Moctar Ouane avaient été choisis par le groupe d’officiers auteurs du putsch de 2020. Avant de se retrouver à la tête de l’Etat, le premier était un colonel à la retraite et le second travaillait pour des institutions internationales. Aucun des deux n’avaient donc d’activité politique qui leur aurait permis de s’appuyer sur une once de légitimité, qu’elle soit démocratique ou populaire. D’ailleurs, et c’est assez important pour être souligné, ni leur départ, ni leur séquestration, pendant quelques jours, n’a suscité de réel mouvement de colère ou de signe d’empathie dans le pays. Cette indifférence à leur égard est à l’image de leur bilan à la tête du Mali pendant 8 mois. Il serait tout aussi hasardeux de s’aventurer sur le terrain de la légalité, l’architecture institutionnelle mise en place en septembre 2020 étant pour le moins bancale. Elle se base à la fois sur une charte de la transition rédigée à la va-vite et sur la Constitution de 92, la première étant supérieure à la seconde, ce qui n’est pas le moindre des problèmes. Le Conseil National de Transition (CNT) chargé de voter les lois en lieu et place des députés est constitué de personnalités nommées par les militaires… 

Le bon côté des choses. (…). Les Maliens s’impatientaient devant l’apathie des autorités. Syndicats et partis politiques excédés par la surdité et l’aveuglement du gouvernement s’apprêtaient à reprendre les manifestations. De plus, rien n’était entrepris pour que les élections soient organisées à la date prévue en février 2022. Faute de scrutin dans les temps impartis, les autorités de transition auraient été balayées comme l’avait été Ibrahim Boubacar Keïta. En reprenant les choses en main, les militaires évitent probablement un coup plus violent que beaucoup d’observateurs craignaient (…). 

De la diplomatie. En tout état de cause, les Maliens sont sur la voie de trouver une solution endogène à leur crise politique. Il est assez remarquable que, pour une fois, les institutions régionale et internationale leur en laissent la possibilité. Paris était sur une ligne dure face aux putschistes. La réunion du Conseil de sécurité du 25 mai a tourné court. La France venait de perdre le premier set au Conseil de sécurité pour perdre le deuxième avec la réunion de la Cedeao le 30 mai. A Accra, les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest ont accepté que le colonel Assimi Goïta reste président de la transition. 

Lorsqu’Emmanuel Macron déclare au JDD : « L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie ! Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai », il est flou. Il ne précise pas si cette décision concernerait seulement le Mali ou si elle couvrirait les cinq Etats où Barkhane opère. (…). Malgré les décisions prises en concertation avec le peuple malien, Emmanuel Macron s’est montré d’abord intraitable, puis ambigu sur le sujet. Cette posture n’est partagée ni par le Secrétaire général des Nations Unies, ni par l’Union africaine et elle contribue encore à isoler Paris. 

Leslie Varenne 

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Source : https://reseauinternational.net/emmanuel-macron-senferre-dans-sa-solitude-sahelienne/

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Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2792



12 réactions


  • jocelyne 9 juin 19:00

    "Elles n’engagent que la responsabilité des auteurs

    "

    ce qui est faux


  • Esprit Critique 9 juin 22:06

    La France intervient militairement massivement dans un pays ou les coups d’état se succède et ou aucun pouvoir stable et cohérent n’existe.

    Le Chef de nos armées qui n’a pas compris que strictement rien ne nous autorise a rester dans ce pays est totalement incompétent, immature, et terriblement dangereux.


  • titi 9 juin 23:54

    @L’auteur

    « A Accra, les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest ont accepté que le colonel Assimi Goïta reste président de la transition. »


    La Cedeao n’a rien accepté, pas plus qu’elle n’aurait pu refuser.
    Elle peut juste prendre acte : la
     Cedeao ne désigne pas les dirigeants africains.


    Par contre elle peut accepté ou refuser la participation de certains pays à ses instances.

    Et c’est ce qu’elle a fait : le Mali a été suspendu des instances de la Cedeao 


    • titi 10 juin 00:08

      @L’auteur

      « Cette posture n’est partagée ni par le Secrétaire général des Nations Unies, ni par l’Union africaine et elle contribue encore à isoler Paris. »

      En plus vous écrivez des conneries puisque Paris conditionne la reprise de la coopération militaire aux respects des exigences de l’Union Africaine et de la Cedeao. 

      Par contre une nouvelle qui elle est avérée : le Soudan revient sur ses accords avec la Russie. Pas de base navale pour la marine russe à Port Soudan.

      Vous qui semblez être le spécialiste de la zone Afrique chez radio Poutine, vous devriez faire un article.


  • zygzornifle zygzornifle 10 juin 08:02

    passant en revue tous les sujets du moment sur le continent : économie, immigration, terrorisme, gouvernance. 

    Il leur explique que tout ce qu’il a raté est bon pour eux ....


  • microf 10 juin 10:35

    Tout ce que demandent les Maliens, c´est que l´armée francaise quitte leur pays, pas seulement le Mali, mais aussi tous les pays d´Afrique francophones.

    La majorité des Maliens et des Africains tournent le dos à la France selon Seydou Badian

    https://youtu.be/CFR_CX2-qSI


    • Jean 10 juin 10:42

      @microf
      Bonjour, et comment tu obtiendras ton uranium ?
      De plus ( plutôt de moins ) ils se trouveront immédiatement sous un état islamique


    • foufouille foufouille 10 juin 10:43

      @microf
      avec 20000 soldats 4 hélicos et avions ?
      sale fils de bourgeois trouillard.


    • microf 10 juin 14:17

      @Jean

      De quel Uranium parlez-vous ? de celui que prend la France ou un autre ? Chez nous il n´ya que l´Uranium que prend la France, en dehors de cet Uranium, il n´ya plus un autre Uranium.

      Et alors s´ils se retrouvent sous un état Islamique, oú est votre problème ? C´est leur problème.

      Toutefois vous savez qui est derrière les Islamistes « les coupeurs de têtes modérés font du bon boulot en Syrie » vous savez qui a dit cela, ce n´ est ni @microf, ni un Malien.


    • Jean 10 juin 18:34

      @microf
      Il faut protéger les sources d’uranium dans les pays voisins
      Désolé, c’est pas de bol de naitre et habiter dans un pays ressources....
      Voyez avec vos dirigeants.


  •  C BARRATIER C BARRATIER 10 juin 18:27

    La France n’a rien à perdre en retirant nos soldats de ce guêpier. Lavis de l’ONU ou de l’Union africaine, ne pèse que l’argent qu’elles dépensent là bas.C’est nous qui payons, des dépenses qui représentent le prix de tonnes d’uranium...dont nos futures centrales n’auront plus besoin.

    La France a à gagner au retrait de nos troupes. Au lieu de jouer les gendarmes du monde, il faudrait d’abord assurer la tranquillité de nos quartiers. Voilà où déployer nos forces. Contre les violences urbaines chez nous, contre la drogue et ses coûts en soins auprès de ses victimes.

    Liberté dit notre devise. Déconfinés nous nous sentons enfin libres...sauf dans les quartiers où on n’est même pas libre de circuler dans nous escaliers, couloirs, caves, ou ascenseurs .


  • nemesis 11 juin 22:23

    ZEMMOUR a dit en gros : « les EU permettent à la France de coloniser l’Afrique, car le continent ne les intéressent pas, ils sont occupés avec la Russie et la Chine où les enjeux économiques sont bien plus importants... ! »

    Dommage, le contribuable français va encore devoir payer la note !


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