mercredi 17 septembre 2025 - par Michel J. Cuny

En route vers ce collier étrangleur du suffrage universel, en quoi consiste la « merveilleuse » Constitution de 1958-1962… (30)

Henri de Kerillis aura donc proclamé très fort la nécessite (dont était porteuse la rédaction de L’Écho de Paris, futur soutien acharné de ce plan de Gaulle dont André Pironneau devait vanter, en juin 1940, la mise en œuvre réussie par les… Allemands) d’activer, contre le vote communiste (désormais réputé être tout simplement la préfiguration d’un coup de force impliquant tout simplement la guerre civile), non seulement la police...

....mais également l’armée, et puis – à la façon italienne du début des années 1920 - les anciens combattants intégrés dans un mouvement plus ou moins fascisant, éventuellement rangé sous la bannière d’André Maginot ou de Pierre Taittinger…

À la suite de quoi, la fine équipe de L’Écho de Paris ne se gêne pas pour proclamer la réussite du système de défense de la paix civile qu’elle a su faire valoir. Grâce à elle, la France venait tout juste d’échapper à la prise de pouvoir violente préparée par le parti communiste (et Moscou ?) ou au moins à une tentative d’emprunter cette voie, accusation qui ne fait qui démontrer que, jamais, ces gens n’ont lu le moindre mot, ni de Karl Marx, ni de Friedrich Engels, ni de Vladimir Ilitch Lénine, et qu’ils ne savent rien du déroulement réel de la révolution d’Octobre… Par contre, ils ont bien compris qu’il s’agissait de déboucher sur la dictature du prolétariat ouvrier et paysan, en faisant valoir… les votes successifs qui ont émaillé ce développement, par-delà tous les problèmes que posait alors l’évolution de la Grande Guerre…

En tout cas, il paraît que le 1er mai 1929, la France l’aura échappé belle… Heureusement, la rédaction de L’Écho de Paris avait su parer au plus pressé, sans doute. Voici ce que Henri de Kerillis nous en dit dans le numéro du 2 mai 1929…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k813245k/f1.image.zoom

« La journée du premier mai - Le Gouvernement a déjoué la conspiration communiste  »

« Moscou voulait visiblement sa journée, une grande journée européenne marquée par des émeutes dans les capitales – surtout à Paris, Berlin, Londres – une grande journée sanglante qui frappât les imaginations populaires et leur fît voir son prestige de ville sainte révolutionnaire. Moscou n’a pas eu sa journée parisienne !... Le ministre de l’Intérieur, M. Tardieu, et son préfet de police, M. Chiappe ont brillamment réussi leur opération défensive contre les émeutiers. Ils ont d’ailleurs réussi cette défensive en prenant opportunément une offensive qui a eu le grand mérite d’être discrète, rapide, sûre, bien menée, de ne causer ni dégâts, ni victimes, d’être véritablement une offensive inoffensive. On a simplement fait aux communistes le coup qu’ils recommandent eux-mêmes dans leurs manuels techniques, mais en appliquant à la contre-révolution ce qu’ils préconisent pour la révolution. On les a promptement « décapités », en allant cueillir au saut du lit tout l’état-major du « parti », de « l’Internationale rouge », de la « 20e Union régionale des syndicats unitaires ». Fort heureusement pour eux, cependant, M. Chiappe n’a pas suivi leurs préceptes à la lettre. Nul parmi eux n’a été égorgé. Nul, même, à notre connaissance, n’a été passé à tabac. Trois mille quatre cents meneurs ont été délicatement conduits à l’ombre, mis à la diète pour douze heures, dans des conditions propices aux réflexions salutaires. Vingt-sept étrangers ont été ramenés à leur frontières. Après quoi, un déploiement imposant de force armée a fait rentrer sous terre les troupes privées de chefs.  »


« Tout le monde est convaincu que la méthode préventive de M. Tardieu vient d’éviter à Paris des événements violents, peut-être des scènes de pillage comme celles de la journée Sacco et Vanzetti, peut-être aussi du sang versé, des morts. »

Trois mois plus tard, c’est-à-dire : dans le numéro du 2 août 1929, Henri de Kerillis y repique… C’est qu’il y a eu une nouvelle alerte à la guerre civile… pour la veille. Voyons cela… tandis qu’une nouvelle fois, Moscou était sans doute à la manœuvre…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k813336x/f1.item.zoom

« Grâce à l’énergie de M. Tardieu et de M. Chiappe, l’ordre a régné à Paris, le 1er août. Dans les usines et sur les chantiers, les ouvriers n’ont obéi qu’en nombre intime aux consignes de Moscou »
« Le gouvernement nous a préservés de la « journée révolutionnaire » »

« Le chômage, la misère, les longues périodes de troubles économiques ou politiques sont des conditions quasi indispensables aux grands mouvements populaires. Il n’en est pas moins vrai que les agitations même les plus factices constituent un entraînement remarquable pour les états-majors et pour les cadres des émeutiers ; qu’elles peuvent parfois dégénérer brusquement en événements infiniment graves ; enfin, qu’elles introduisent dans la vie publique une méfiance, une inquiétude, une émotion, nuisibles à tous égards. C’est dire que le gouvernement a bien agi en usant d’intimidation, en prenant les mesures préventives les plus rigoureuses, en coffrant en masse les chefs communistes, en perquisitionnant dans leurs repaires, en saisissant affiches, tracts, journaux et surtout l’Humanité. »
« On frémit en pensant à ce que pourrait être la situation dans l’éventualité d’un gouvernement inférieur à sa tâche, se refusant à reconnaître le péril ou surtout complice des conjurés, comme le seraient à des degrés différents un gouvernement de cartellistes ou de socialistes. »


« Nous savons à quoi nous en tenir sur la puissance d’un parti [le parti communiste, MJC] qui groupe 400.000 électeurs, sur ses candidats dans la seule région parisienne, qui dispose d’énormes ressources financières fournies par l’étranger ; qui entretient une véritable milice insurrectionnelle permanente, fournie en majorité par la basse pègre. La journée d’hier montre tout simplement ce que le pays doit à la présence de M. Tardieu, par la volonté des Chambres, au ministère de l’intérieur. »-

Décidément, c’est bien le suffrage universel qui déconne… À ce moment-là, il ne restait plus qu’à attendre 29 ans encore pour que les Charles Benoist (1861-1936), André Tardieu (1876-1941), Jacques Bardoux (1876-1945), qui n’est autre que le grand-père d’un certain Valéry Giscard d’Estaing, viennent, en quelque sorte, mettre la puce à l’oreille de… Michel Debré (1912-1996)… pour lui permettre de donner naissance à la si efficace – et si admirée, par les étranglés tout autant que par les étrangleurs – Constitution de 1958…

N.B. Pour voir dans quel cadre général se range le présent travail, veuillez suivre ce lien…
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. Cuny



3 réactions


  • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 18 septembre 2025 07:19

    Salut, je ne savais pas que l’univers votait.

    Dans un univers dont nous croyons penser savoir tout, mais ne savons que si peu, seul l’humain choisit un maitre

    ceci amène deux questions, au moins voir des milliers ! 

    pourquoi vouloir être un esclave ?

    pourquoi vouloir un maître ?

    "Chose vraiment surprenante (...) c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel"


    • MONTAG451 18 septembre 2025 07:36

      @Julian Dalrimple-sikes
      « ceci amène deux questions, au moins voir des milliers ! »
       smiley
      T’es sympa de te limiter aujourd’hui à deux questions seulement... et de garder les milliers pour les prochains jours...
       smiley
      Et n’oublies pas « ti es né , ti va mourir »
       smiley


    • La Bête du Gévaudan 18 septembre 2025 15:34

      « Chose vraiment surprenante (...) c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel »

      On dirait la description d’un régime communiste ou robespierriste ! 

      Chose donc « encore plus surprenante », c’est que ceux qui ont voulu s’émanciper de la tutelle de l’autorité ont souvent sombré dans des tyrannies encore plus sanguinaires, macabres, perverses, arbitraires et ineptes. 

      A moins que, ainsi que l’a écrit Aristote, « l’homme est un animal social »... ce qui expliquerait beaucoup de choses mais invaliderait les thèses modernes du « contrat social » et de l’homme « naturellement bon »

      Quoi qu’il en soit, c’est un sujet à vastes réflexions. 


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