Énergie : le mépris de la législation parlementaire pour la législation scientifique et technique va nous coûter un pognon de dingue
Il ne peut désormais en aller autrement avec, aux affaires, un clergé séculier pas à 5 millions d’Euros près – hors taxe ! – pour financer ses vertueux gaspis. On a déjà vu que, pour lui, la voie Royale pavée d'intensions solaires mérite bien ça.
Dans le journal La Tribune du 26 février dernier, l’honorable François Durovray, spécialiste des collectivités territoriales et éphémère Ministre des transports dans le gouvernement Barnier nous alerte sur le fait que, entre nucléaire et renouvelables, la France ne peut plus se tromper de débat, avec la PPE3 (1). Doit-on comprendre par là que l’heure n’est plus aux débats byzantins et hors sol dont notre classe politique a le secret en la matière – dans ce cas, on comprend mal le reproche fait au RN de ne pas préférer la discussion d’une trajectoire à la motion de censure – ou plutôt que cette heure sonne la fin du principe DNTE, la mascarade Débat National sur la Transition Énergétique et son avatar « Convention Citoyenne » ? En 2013 et en 2018, ce processus vendu comme l’exercice indépassable de la démocratie ayant eu pour ambition de soumettre les lois de la physique au suffrage universel a gratifié le pays de résolutions dont les aperçus ci-après donnent une idée de la pertinence et permettent a posteriori d’en mesurer la fécondité.
Résumé synthétique des conclusions du DNTE de 2013
[…] La transformation de notre système énergétique s’inscrit dans un contexte mondial où les incertitudes sont fortes tant sur le niveau et l’accessibilité des ressources disponibles que sur les perspectives de la demande, alors que l’évolution du climat rend plus que jamais nécessaire la réduction marquée de la consommation d’énergie d’origine fossile et la substitution progressive d’énergie sans CO2. Les citoyens français l’ont compris : ils soutiennent une transition énergétique sans bouleversement ni restriction, fondée sur l'efficacité et la sobriété énergétique, le développement des énergies renouvelables et l’innovation. Pour beaucoup, elle est considérée à la fois comme une nécessité et une chance, notamment pour maîtriser leur facture énergétique […]
L’ambition française, au-delà des choix déjà effectués par l’Union européenne, doit être de porter la transition énergétique comme un projet de relance de la dynamique de construction européenne. La France doit proposer une stratégie cohérente de transition énergétique européenne, fondée sur une politique de promotion de l’efficacité énergétique et sur une politique industrielle de développement des énergies renouvelables, la réduction massive les émissions de gaz à effet de serre, la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité et la recherche […]
Entre 2012 et 2020, sans bouleversement de la politique menée jusqu'à présent, le volume global de la CSPE liée aux énergies renouvelables pourrait atteindre environ 40,5 Mds€, directement supportés par les consommateurs d'électricité, particuliers ou professionnels, contre 3,3 Mds€ au total entre 2005 et 2011 […]
Pour couronner le tout, ces conclusions ont gravé dans le marbre la directive européenne de 2011 dite des 3x20 – réduction de 20 % des émissions de GES, amener à 20 % la part des EnR dans le mix énergétique, améliorer l’efficacité énergétique de 20 % – et l’inique norme RT2012. Édictée en application de la loi Grenelle 1 du 3 août 2009, cette règlementation stipule qu’un bâtiment neuf ne doit pas consommer plus de 50 KWh d’énergie primaire par mètre carré et par an pour ses besoins thermiques, précisant que, dans le cas du gaz ou du fioul, énergie finale et énergie primaire sont équivalentes, quand la seconde vaut 2,58 fois la première dans le cas de l’électricité. Résultat : les occupants des logements construits en France depuis 16 ans sont invités à se contenter d’une consommation électrique de 50/2,58, soit 20 KWh par mètre carré et par an, pour leur chauffage et pour leur eau chaude, c’est-à-dire à préférer le confort des 50 KWh de gaz ou de fioul pour ces deux usages. On appréciera la prescience géopolitique des auteurs d’une telle disposition, à l’aune de la tragique actualité Moyen-Orientale.
Quant aux conclusions du DNTE de 2018, loin d’infléchir la trajectoire écologiste amorcée par le DNTE de 2013, elles ont consolidé la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) instaurée par la loi n°2015-992 du 17 août 2015 dite de transition énergétique pour la croissance verte. En vertu du principe de sobriété adopté cinq ans plus tôt, la PPE issue de ce débat prétendument contradictoire programma une réduction de la consommation totale d’énergie primaire guère difficile à mettre en œuvre, dont on réalise aujourd’hui qu’elle traduisait une volonté délibérée de décroissance. De plus, on doit bel et bien aux débatteurs de 2018 la programmation de la calamiteuse substitution progressive de la production EnRi (Énergie Renouvelable Intermittente) à la production d’énergie nucléaire, en lieu et place de la substitution des énergies décarbonées aux énergies carbonées conforme à la transition prescrite ; les premières ayant été de surcroît programmées à la baisse entre 2015 et 2030, soit de 133 à 112 Mtep sur la période.
Le procès de la déplorable politique énergétique française menée depuis 25 ans reste à faire
L’article de monsieur Durovray tombe à point nommé pour fournir à l’accusation le plan idéal de son réquisitoire. Le propos commence fort avec ceci : La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) n’est pas un débat de spécialistes. Non seulement ce qui vient d’être développé et ce qui suit suffisent à battre en brèche une affirmation dont la mise en pratique a déjà fait tant de mal au pays, mais il y a plus que jamais lieu d’en combattre la publicité.
L’ancien ministre continue ainsi : L’électrification n’est pas un slogan : c’est le seul chemin réaliste pour décarboner en profondeur notre économie, car l’ennemi c’est d’abord le pétrole et le gaz. Cela signifie recourir à l’hydrogène bas-carbone là où c’est pertinent, électrifier les usages de sorte à nous obliger à produire beaucoup plus d’électricité décarbonée et, à terme, presque doubler notre production par rapport à aujourd’hui. Notre priorité devrait être simple : construire un mix bas-carbone capable d’alimenter cette électrification massive, sans renchérir nos factures ni fragiliser le système énergétique. Ni l’exclusion de l’éolien et du solaire, ni le renoncement au nucléaire ne sont des solutions.
Voilà que ressurgit chez le notable territorial l’obsession maniaque des DNTE de jeter toutes les forces économiques du pays dans la guerre prioritaire contre les dernières traces de CO2 dont l’indigente économie française se rendrait coupable. Aucun des lieux communs argumentaires ne nous est épargné que, bien entendu, le moindre soupçon de spéciosité ou de contrevérité ne saurait entâcher. Pour ce qui est de la spéciosité, ce monsieur tirerait un grand profit de la lecture de l’article « Charbon maudit : prohiber des KWh quand on en expolose le besoin » (2). Quant à la contrevérité suivante qu’il aime sans doute à colporter, la correspondante de CNews en Chine vient de l’énoncer sans complexe, à propos des réactions de Pékin à l’embrasement du Moyen-Orient : prêter à l’empire du Milieu la politique énergétique résolument pro-renouvelables destinée à libérer ce dernier de la dépendance aux hydrocarbures, voire à lui conférer l’autonomie énergétique. Selon cette dame, les renouvelables représenteraient déjà 30 % du mix énergétique chinois dans lesquels elle se garde bien de préciser la part de l’éolien et du photovoltaïque.
Viennent ensuite le rituel appel à la ressource hydrogène dont, sans surprise, le mirage entretenu à prix d’or sur fonds publics (3) n’en finit pas de faire long feu dans l’industrie des transports et dans les plans d’équipement des collectivités de toute nature, puis l’oxymore ci-après exprimé sous la forme d’une profession de foi… du charbonnier : la priorité est de construire un mix bas-carbone capable d’électrification massive sans renchérir les factures, ni fragiliser le système, ni renoncer à l’éolien et au solaire.
On se pince en lisant cette affirmation dans laquelle tout est antinomique de tout et dont, de surcroît, la réalité technique et économique illustre l’invraisemblance depuis des années. On n’aurait que l’embarras du choix des démonstrations spécialisées soulignant le caractère grotesque de cette expression n’ayant que valeur de slogan.
Pour continuer, monsieur Durovray ne craint pas d’aggraver son cas avec ceci : La relance nucléaire prendra du temps, et, à elle seule, ne suffira pas à couvrir la hausse de la demande d’électricité décarbonée. C’est précisément pourquoi les renouvelables doivent être pensées non pas contre le nucléaire, mais comme son complément pour sortir au plus vite des énergies fossiles. Refuser l’éolien et le solaire, ce n’est pas “protéger le nucléaire” : c’est prolonger, de fait, la dépendance aux fossiles.
Là encore, on est consterné devant une aussi flagrante absence de pertinence combinée à l’ignorance patente du sujet technique que l’auteur des lignes ci-dessus a néanmoins l’audace d’aborder. Faut-il lui rappeler que, en mobilisant les moyens idoines, la France a naguère été capable de se doter de 58 réacteurs électronucléaires en guère plus de 20 ans ? Est-il encore utile de chercher à lui démontrer que les renouvelables ne nous sont d’aucuns secours ni en substitution, ni en complément du nucléaire pour répondre au gigantesque défi énergétique que va poser dans moins de 20 ans l’effet falaise de la fin de vie du parc actuel, concommitamment au colossal appétit de KWh que l’IA ne va pas tarder à manifester (4) ? Au risque de déplaire à monsieur Durovray et à ses émules, armer nos générations futures contre la vraie menace existentielle c’est avant tout leur épargner la pénurie d’énergie… et sûrement pas un taux de gaz carbonique dans l’atmosphère jugé prohibitif ! Au demeurant, la démonstration n’est plus à faire que, sur ce plan, recourir à un éolien et à un solaire aggravant la dépendance aux fossiles est plutôt néfaste. Pour ne rien arranger, on a désormais la preuve que cette production électrique fantasque et néanmoins prioritaire sur le réseau abîme dangereusement un parc nucléaire contraint de la lisser servilement (5).
Et maintenant…
La conclusion ci-après de l’article ayant motivé la rédaction de celui-ci vaut son pesant d’or : Nous devons sortir par le haut : le gouvernement doit associer pleinement le Parlement, donner de la visibilité aux filières, et construire une concertation exigeante avec les territoires.
L’ancien ministre de Michel Barnier n’y déplore nullement le dévoiement du débat démocratique consistant à placer ce dernier au même niveau et à lui donner la même forme pour tous les sujets gouvernementaux, mais y revendique au contraire de continuer à jouir d’un droit au chapitre que son incompétence devrait lui interdire. C’est, hélas, en disséminant de la sorte son pouvoir décisionnel qu’une gouvernance fonctionnant depuis trop longtemps en mode clientéliste a mis le pays dans l’état où il est, poussant EDF et récemment Stellantis sur le chemin de l’insolvabilité, deux plus prestigieux éléments d’une short list incomplète que nous n’avons pas fini d’actualiser.
Il ne date donc pas d’hier que la France et tout particulièrement son gouvernement ont davantage besoin d’ingénieurs que d’énarques et même d’économistes (6), mais, dans les circonstances présentes, cette carence prend sans abus de langage une tournure dramatique. Le général De Gaulle en 1958 et Deng Xiaoping au début des années 80 avaient parfaitement compris ça et efficacement agi en conséquence.
(3) https://frontpopulaire.fr/o/Content/co305296/quand-la-bulle-hydrogene-eclatera Ce jour-là, commenceront de sauter, un peu partout en UE, les mines dispersées par les promoteurs institutionnels de la plus grande imposture technicoéconomique de l’ère moderne : des préjudices de toute nature, bien entendu éligibles à aucun dédommagement, ni à recours contre un quelconque responsable. Songez que le billet d’entrée dans l’ère radieuse de l’hydrogène va être payé 9 milliards d’euros par le pays des Grünen, 2 milliards d’euros par un plan France Relance ne doutant de rien, surtout pas de l’avion à hydrogène, l’UE se disposant à déployer de 180 à 470 milliards d’euros, entre 2024 et 2050, dans cette paraît-il rupture technologique…
(4) https://www.contrepoints.org/2025/06/24/480473-intelligence-artificielle-et-revolution-economique
(5) https://www.agoravox.fr/actualites/article/taire-la-dispendieuse-maltraitance-266376



