Envers et damnation
Le mort aux dents.
Si l'enfer est peuplé de bonnes intentions, l’ersatz de fête païenne qu'on nous impose sous les oripeaux, Halloween mériterait qu'on lui jette des mauvais sorts à foison. La caricature est au désordre du jour ou plus précisément de cette nuit de tous les excès morbides du plus mauvais goût. Il y a si loin entre cette parodie et la célébration ancienne de Samhain que le diable lui-même y perd ses diablotins.
Tout est prétexte à consommation, dépenses et parfois harcèlement des pauvres voisins qui refusent de donner des bonbons à de mauvais petits diables qui pour l'occasion et avec l'assentiment de parents aussi débiles qu'eux, viennent les importuner dans des accoutrements qui dépassent l'entendement.
Seuls les dentistes se frottent les mains durant cette nuit de toutes les caries, de toutes les grossièretés et errements de troupes fantomatiques qui n'ont strictement rien compris à tous les symboles dont ils se griment. C'est la marque de la stupidité d'une époque qui a balayé toutes les spiritualités, ne laissant que des agitations vides de sens pour faire de l'argent, seul Dieu encore en odeur de sainteté.
Les panoplies pour l'occasion mélangent du reste toutes les inepties possibles. La mort, la sorcellerie, la terreur confondues en un ballet morbide noyé sous les toiles d’araignée alors que les Arachnides se demandent bien pourquoi elles sont convoquées à cette farce ignominieuse. Jouer à se faire peur en pastichant les légendes et traditions d'antan sans strictement rien y comprendre semble passer pour le dernier cri d'une société en totale décadence.
Naturellement tout ceci n'est que du vent, l'occasion de faire une fête dénuée de toute signification tangible. Aucun des parents qui suivent bêtement la horde prétendument effrayante ne prendra la peine de situer cette satire dans le contexte symbolique dans lequel elle devrait se dérouler. La sottise fait assaut de morbidité grotesque, ce qui est le comble du mauvais goût.
Voilà bien une fête hors sol, hors contexte, hors tradition qui ne fait que copier ce qui se fait outre-Atlantique. C'est bien là la pratique d'une civilisation à la remorque du Grand Satan qui a perdu tous ses repères et ses valeurs, qui consent à l'apostasie pour se vouer corps, âmes et porte-monnaie à la domination d'un modèle fondé sur l'exploitation de toutes les naïvetés.
Pendant ce temps, ceux qui évoquent par des récits, les traditions d'antan, les récits mythologiques, les contes ancestraux ne sont pas invités à nuancer cette farce dispendieuse. Il est hors de question d'élever le niveau de générations entières qu'on a sacrifiées pour en faire de merveilleux petits consommateurs, prescripteurs insatiables d'achats inutiles.
Pour corser le tout, les médias dans leur ensemble, reprennent à qui mieux mieux cette pantomime diabolique, relayant les images de cette descente aux enfers d'une civilisation qui sombre dans le néant. Les images sont du reste aussi désolantes que les commentaires de journalistes qui doivent sans doute avoir honte de relayer pareilles âneries, d'en faire même la promotion.
Il serait grand temps qu'un sursaut intellectuel ou simplement temporel vienne mettre un terme à cette fête qui tire vers le bas, nous met collectivement un pied dans la tombe sans la moindre élévation spirituelle. Quant à tous ces envoyés de Satan qui viennent sonner à votre porte, vouez-les au diable, offrez-leur une gousse d'ail en guise de friandise puis tournez leur le dos. Vous pouvez aussi les maudire sur les sept générations qui viennent, il faudra bien ce délai pour retrouver un peu d'humanité si c'est encore possible.

