lundi 27 septembre 2010 - par L’enfoiré

Epaulé et jeté

Les études diffèrent de plus en plus de la profession exercée. L’allongement de la vie poussent à entrevoir plusieurs vies avec des professions différentes. Dans les hautes sphères, on assure l’héritage. Contraint ou lassé, on épaule ou on jète.

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Tout le monde se souvient de "J’aurais voulu être un artiste", de Starmania.

Les vocations parfois brisées par la mauvaise ou l’inexistante orientation sont à la source de vie gâchée. Les difficultés pour trouver un emploi poussent à se retourner vers d’autres opportunités.

Les tests psychotechniques sont là mais ne permettent qu’une approche très standardisée de ce que pourquoi et de ce que à quoi, le jeune va pouvoir exercer dans sa vie d’adulte avec le maximum de chances.

La vision du futur ne peut se faire en suivant une intuition, une illumination. Alors, c’est parfois du quitte ou double.

Cela peut-être un professeur qui parvient orienter le jeune par son charisme et sa manière éducative qui éveille une vocation. Certaines professions attirent pour le prestige qu’elles donnent, par le goût du risque, de l’argent, de la vie facile. Sans être une branche facile, la médecine attire les jeunes en première candidature.

De ce fait, un numerus clausus dans le médical même s’il n’a pas bonne presse auprès des étudiants, est souvent pris comme soupape de sécurité. Mais ce sont les spécialisations qui ont, souvent, le plus d’attrait par le côté financier.

Un "Envoyé spécial" avait soulevé le problème suite à la limitation des vocations de médecins généralistes. Les anciens médecins de campagne n’osaient plus quitter et prendre leur retraite de peur de laisser leur village sans aide médicale. En dehors des grandes villes, une véritable pénurie de médecins en empêche beaucoup de prendre un peu de repos arrivés à l’âge d’être remplacés. En Belgique, ce le fut de même. Pénurie de médecins généralistes de campagne.

Du coup, la Ministre Laurette Onkelinx voudrait récemment l’abolir, mais ce n’est pas gagné d’avance. "Effet d’annonce", craint l’opposition.

Certains parents dictateurs imposent leur voie. Ce diktat avancé par les études poussées universitaires, pourraient faire penser amener au bonheur, mais rien n’est assuré.

"Mes parents voulaient que je fasse des études de droits ou autre chose qui aboutisse à un métier "concret" et bien rémunéré", Voilà le crédo.

Jacques Brel a très bien connu cette tentation et le chantait avec ses mots "J’aurais dû être pharmacien parce que papa ne l’était pas". Les bonnes relations avec ses parents sont-elles à ce prix ? Certains étudiants se retrouvent sans le sous parce qu’ils se sentent dévoyés. Chacun, son cursus, son charma diraient certains. Quand cela s’envenime, on arrive à des situations inadmissibles et paradoxales. Pénuries ou trop plein ? Pas adaptés aux besoins, sous-qualifiés ou sur-qualifiés, pas assez d’expérience ou trop d’expérience et donc trop chers ?

Un autre "Envoyé Spécial" avait enquêté sur ces jeunes qui s’adressent à la justice pour obtenir des pensions alimentaires de leurs parents. Chaque année, quelque 2000 jeunes Français assignent leurs parents devant les tribunaux. En Belgique, 7600 bénéficient de l’aide des CPAS en 2008. Le Code Civil qui oblige les ascendants à subvenir aux besoins de leur progéniture, est brandi pour les appuyer dans leurs convictions. Les parents le ressentent comme une "pompe à fric". Ce qui dérive vers de vives confrontations et à laver le linge sale en dehors de la famille devant le juge. Le ratage, à coup sûr, se situe surtout dans le fait qu’ils n’ont pas su s’aimer.

Le cinéma avait donné un César, au film "De battre, mon coeur s’est arrêté" qui traite d’un sujet approchant le changement d’orientation. Opportunité de changement qui s’accommode d’un diplôme "x" ou "y" comme carte de visite.

Pourtant, les administrations ne sont pas réellement prêtes à assumer cette manière d’adresser une carrière multiple.

Les pensions dont l’épargne se sont accumulées avec des origines multiples, n’ajoutent pas de facilités dans le calcul du revenu octroyé en fin de carrière après cette vie aux horizons multiples. Ce n’est pas uniquement une question de documents administratifs qui n’ont pas prévu de cases suffisantes pour y intercaler les éléments d’une carrière de ce genre.

La protection des travailleurs, en cas de reprise de l’actif après faillite, existe dans le droit belge depuis vingt ans. L’extrapolation de cette loi fait par contre sortir plusieurs problèmes. En cas de faillite, l’ancienneté même interrompue devrait être ajoutée à l’ancienneté acquise auprès d’un nouvel employeur.

Le cumul des anciennetés pose toujours question. Il y a l’ancienneté acquise, les épargnes pensions de deuxième plafond, ne sont pas plus aisées même s’i elles devraient profiter aux travailleurs. 20090503LiberalSocialiste.jpg

La durée de vie qui s’allonge, les pensions prises plus tard, vont certainement approfondir le problème avec ses changements de professions qui deviennent de plus en plus nombreux et plus fréquents.

Les erreurs de parcours seront peut-être aussi plus nombreuses, mais le pli sera pris et la conversion moins douloureuse. Ce sera changer de peau comme dans une carrière dans le théâtre.

Élevons le débat à d’autres altitudes.

1.jpgSur le terrain des "grands", les choses se corsent, encore plus, dans cet exercice d’"épaulé et jeté". Les réalités dépassent souvent la fiction. L’intelligence de papa ne se transfère pas automatiquement de génération en génération. Cela même si beaucoup de "passionnés" attendent aux portillons.

L’air de rien, on passe souvent par le rayon "népotisme" à toutes les échelles. Mais, rien n’est joué pour autant, pour assurer la pérénité des entreprises.

Le cas de la famille Empain, est emblématique. La première génération créé la fortune, la suivante, la gèré et la troisième, la dilapidé.

Le feuilleton de l’été de la famille Bettencourt, du style "Dallas", voyait la fille qui s’était lancée dans une guerre sans merci contre sa mère en la déclarant incompétente. Depuis, on apprend que la mère règle ses compte en Suisse.

En Allemagne, les grands patrons assurent leur succession par le biais de fondations. C’est le cas pour ceux de VW, Aldi, Bertelsmann et d’autres.

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Ferdinand Piëch de VW a créé la Fondation "Ferdinand Karl Beta" pour éviter le déchirement de ses douze enfants à sa succession. Les successeurs de Ferdinand Porshe contestent pourtant l’héritage.

Carl Bertelsman prende les devants en créant la "Fondation Bertelsmann Management Company".

Fritz Henkel a déjà fixé ses 100 héritiers sur ce qu’ils détiendront soit 52% du capital.

L’accord à l’amiable prévaut aussi chez Johanna Quandt dont le mari était le sauveur de BMW.

On a appris que, comme Bill Gates, Warren Buffet a legué 50% de sa fortune à des associations caritatives. 99% même à cinq Fondations également caritatives. On est parmi les ’anges rédempteurs’ dans la haute. Il n’en reste pas moins qu’un milliard de dollars est destiné à ses enfants.

En Belgique, Albert Frère n’est toujours pas décidé de raccrocher, mais sa succession est assurée, dit-il.

Rupert Murdoc se dit probablement "après moi, les mouches" en laissant la succession à ses six enfants dans les mains de la justice, des avocats et des notaires.

Le film "L’Héritier" avec Jean-Paul Belmondo, nous rappelait à sa sortie, que le gâteau a parfois très mauvais goût.

Les convoitises sont bien présentes.

Mais en temps de crises, comment garder le patrimoine familial de la société avant de le céder à la progéniture ?

1.jpgUne des manières c’est de s’endetter pour racheter les actions actions propres de la société et rapatrier les trésors de guerre. 

Les "Big Caps" US ont racheté pour 258 milliards de dollars d’actions propres en 2010. Les émissions d’actions nouvelles n’ont jamais été aussi faibles en volume que cette année 2010. A peine 83,4 milliards de $ de nouvelles actions, ce qui représente un plancher depuis 2005.

Les raisons ? Bilans sains, loyers de l’argent bons marchés. Avec des taux d’intérêt en baisse et des dividendes en hausse, les obligations corporate n’ont plus la cote. 

Bon calcul pour les actionnaires aussi quand on sait que l’on renforce les bénéfices par action en réduisant le nombre d’actions en circulation. Ce qui a, en plus, par effet levier, le privilège de booster les cours. Cela revient à choyer les actionnaires, par la même occasion, plutôt qu’investir dans les projets de croissance. Ce qui n’est pas ce qui serait la meilleure option pour l’économie en générale.

20100924Solvay vire.jpgQuand cela va bien à bord des entreprises alors que des concurrents croulent, c’est le moment d’essayer que cela aille encore mieux. Alors, ces champions s’assurent plus, se rationalisent en diminuant drastiquement les coûts pour augmenter les bénéfices.

La société Solvay vient de décider de licencier 800 travailleurs.1.jpg 

Ce côté défensif des sociétés sont un signe d’une certaine stagnation économique que n’avait pas prévu la FED. Celle-ci se retrouve comme le dindon de la farce avec aucune autre alternative que de garder des taux directeurs proche de zéro.

Les populations, elles, se lancent dans cette conjoncture en perte de vitesse et en manque d’air, dans une épargne plus folle encore dans l’expectative d’un achat du résidu d’actions. 

L’Inde, elle, se lance dans une vague d’IPO et a besoin de cash pour investir. La Bourse, elle, est toute ouverte et n’attendait que cela pour remettre du beurre dans ses propres épinards. 1.jpg 

Quand, en Occident, on n’a plus la carrure de la résistance, de l’investissement dans l’avenir, comment voulez-vous qu’épauler assure un jeté à la bonne distance ?

1.jpgAlors, bas les masques ou circulez, y a rien à voir. Rideau.

 

 

L’enfoiré,

 

 

 

Citations :

  • "La vocation est un absolu inconditionnel que toutes les réussites altèrent ; plus grande est la vocation, plus vague sa définition projetée.", Hubert Aquin
  • "Il faudrait rendre au passé sa véritable vocation, c’est-à-dire d’être oublié, et il cessera tout de suite d’exercer une quelconque influence nocive sur notre vie présente.", Dominique Glocheux


2 réactions


  • Fergus Fergus 27 septembre 2010 16:52

    Salut, L’enfoiré.

    Il est évident que la société moderne, les modes de management, la flexibilité de l’emploi et les restructurations d’entreprises amènent et amèneront plus encore dans l’avenir les gens à changer de poste, de boîte, de métier.

    Même dans l’administration (en France), si les passerelles sont encore trop rares d’un ministère à l’autreà qualification égale, du moins subsiste-t-il ici et là des concours soit internes soit externalisés qui permettent à ceux qui sont assez combattifs de changer ici de job, là de niveau hiérarchique. Et cela est encore plus vrai dans les services publics, notamment dans des boîtes à forte tradition de mobilité interne par voie de concours comme la SNCF ou la RATP.

    Qui plus est, le recours aux Fongecifs, organismes paritaires patronat-syndicats, est de plus en plus fréquent. Ils permettent, via un Congé Individuel de Formation, d’acquérir des compétences dans un nouveau métier, avec ou sans objectif de promotion sociale.

    Bref, tout n’est pas bloqué. Mais dans le contexte actuel, il convient de ne pas se faire trop d’illusions : acquérir de nouvelles qualifications est de moins en moins payé en retour d’une embauche ou d’un poste dans le secteur d’activité convoité.

    Et c’est ainsi, pour contredire Alexandre Vialatte, « qu’Allah est de moins en moins grand ! »

    Bonne journée.


    • L'enfoiré L’enfoiré 27 septembre 2010 17:35

      Salut Fergus,
       Merci pour cette vision à partir de la France.
       Je ne connaissais évidemment pas le terme « Fongecif ».
       Je suis persuadé que le rythme de travail va devoir s’adapter à la nouvelle norme actuelle.
       Plus beaucoup de travail disponible.
       Des travaux que l’on aimera faire pour passer un premier cap, mais qu’on ne verra plus pour toute une vie.
       Tout va de plus en plus vite. On s’emm... de plus en plus vite, aussi.
       Les patrons font et suivent les règles du jeunisme.
       Il faut rester « agile » tout en devenant de plus en plus « fragile ».
       Les changements sont perpétuels.
       Des carrières longues chez un seul employeurs, c’est fini.
       Vient un moment où il faut se recycler et alors vient le moment, il faut se « jeter » dans tout autre chose pour rester en course.
       Il y a les pauses carrières et le reste.

      Bonne soirée


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