jeudi 30 octobre 2025 - par PETINOS

Escales arméniennes

 

Je viens de terminer la lecture passionnante du dernier essai de Tigrane Yegavian, intitulé Escales arméniennes (Éditions ERICK BONNIER, 2025, Format 140x210 - 416 pages - 25€).

Tigrane Yegavian, journaliste, essayiste et chercheur rapporte dans ce livre toute son expérience de vie et de travail. Il retrace des parcelles de son parcours, en glanant, dans les archives du mensuel France Arménie pour lequel il collabore, des reportages en Turquie, en Syrie, au Liban, à Chypre, en Arménie. Il rassemble des textes éparpillés dans l'espace et le temps et nous fait découvrir le visage pluriel de la diaspora arménienne. Il témoigne de son époque et des défis auxquels est confronté le peuple arménien.

Une partie du livre est dédiée aux portraits des personnalités du monde des arts et de la pensée, une autre est consacrée aux entretiens et encore une autre à ses articles d'opinion qui nous donnent à réfléchir sur le présent et le devenir d'une nation fragmentée et en proie à des questionnements de nature existentielle. Yegavian parle de l’Arménie plurielle et diverse, de la diaspora riche et variée.

Il ne s’agit pas d’un énième livre sur l’Arménie ou sur le génocide arménien. Ce livre va au-delà des clichés habituels qui collent à la peau de l’Arménie.

L’auteur tente de cerner la pensée arménienne sans se focaliser sur la victimisation et le trauma du génocide et du folklore mémoriel dont les communautés arméniennes peuvent être tentées d’abuser, comme c’est le cas de nombreuses communautés / minorités vivant dans des pays étrangers. Et il n’est jamais facile de tracer une ligne entre la diaspora et la population vivant sur place et faisant face aux difficultés du quotidien d’un pays attaqué, menacé et cerné de toutes parts. Forcément, les problèmes du quotidien et de la survie ne sont pas les mêmes, dont le hiatus qui peut paraitre entre diaspora et communauté nationale vivant dans le pays, sur place.

Le cheminement personnel et familial de Tigrane Yegavian - entre le Moyen-Orient, le Portugal et la France -, ont été dictés et dirigés par cette histoire qu’il envisage de manière lucide sans jamais tomber dans la lamentation ou la pleurnicherie. Le déracinement, l’exil, l’éternel déplacement sont, de ce fait, omniprésents.

Enfin, l’auteur n’est pas un novice dans l’étude des diasporas. Il a déjà publié avec le comédien et réalisateur Serge Avédikian un livre sous forme de dialogues (DIASPORALOGUE, Éditions THADDÉE, 2017). Les principales interrogations qui jalonnaient les pages de ce livre avaient déjà trait à l’histoire des Arméniens (surtout de France), la façon dont ils vivent leur double, voire triple, appartenance et la difficulté concernant la transmission de la culture d’origine aux jeunes générations.



1 réactions


  • Mustik 30 octobre 2025 18:09

    Pour espérer une affluence de commentaires sur les Arméniens, il faut évoquer les périodes critiques et conflictuelles qui ne manquent pas.

    Les tracasseries religieuses de l’empereur byzantin,

     l’invasion des gendres du « prophète » VIIIè siècle,

     le déferlement des hordes turco-mongoles IXè siècle,

     l’installation de l’empire ottoman en lieu et place des Byzantins,

     l’invasion du Shah d’Iran Abbas au XVè dans le sud Caucase,

     plus récemment les ingérences des puissances tutélaires (monarchies russe, allemande, anglaise ) dans les affaires ottomanes qui ont conduit au génocide masqué par la Grande Guerre,

     la Conférence de la Paix de Versailles 1919 qui a permis à l’Alliée de l’Allemagne de garder la tête hors de l’eau,

     l’appui de la France et de l’Angleterre à Kémal, en 1922, pour contrer la reconquête grecque en Anatolie, permettant accessoirement à Kémal de parachever l’extermination des Arméniens,

    et pour finir, le concours d’Israël via la livraison de drones tueurs de chars ( 100 avions cargos) au profit de l’Azerbaïdjan pour terrasser ce qui reste de l’Arménie du Caucase.

    En point d’orgue, une réunion à Ankara en 2023 des représentants US russes et Européens pour donner le feu vert à Aliyev de bombarder la capitale régionale Stépanakert (pour clore la question arménienne)

    https://www.franceinfo.fr/monde/conflit-dans-le-haut-karabakh/conflit-dans-le-haut-karabakh-des-bombardements-azeris-a-stepanakert_6072009.html

    Pour reprendre la sentence du très regretté Antoine Sfer fondateur des cahiers de l’Orient  :

    «  sur les Arméniens, tout le monde s’est servi » ( période 1915  1923 )

    Les férus d’Histoire qui parcourront le Compte rendu (en Anglais) de la Conférence de la Paix de 1919 auront de belles surprises

    https://books.google.fr/books/about/What_Really_Happened_at_Paris.html?hl=fr&id=2uAgAAAAMAAJ&redir_esc=y


Réagir