samedi 6 août 2011 - par Caleb Irri

Et c’est qui qui va payer ?

Cela faisait bien longtemps que tout le monde savait comment les choses allaient tourner : à force de vivre au dessus de ses moyens, l'Europe et les Etats-Unis sont passés du stade de débiteurs à celui de surendettés.

S'il s'agissait d'un simple particulier ou même d'une entreprise, la situation se réglerait rapidement par un dépôt de bilan, avec saisie des biens du responsable et mise sous tutelle de ses revenus, voire une procédure judiciaire au cas où le (ou les) responsable (s) auraient commis des erreurs de gestion. Les salariés seraient licenciés, et en cas d'insolvabilité du débiteur les créanciers se retourneraient alors soit vers les assurances, soit vers l'Etat.

Mais dans le cas d'un Etat surendetté, la situation est plus compliquée : on ne peut décemment pas considérer un territoire, ni sa population, comme une simple entreprise dont les responsables seraient les propriétaires, et les citoyens des salariés. Les choses sont bien plus complexes, car elles touchent à l'essence même des sociétés, la vie des êtres qui la composent et leur relative liberté d'être humain : on ne peut théoriquement ni vendre ni acheter un Etat, et encore moins les membres qui le composent.

Les agences de notation, dont le métier est le calcul de risques, n'expriment quant à elles que des probabilités de défaut de paiement, ne considérant comme facteurs objectifs que le ratio entre les recettes et les dépenses quel que soit l'acteur, banque, assurance ou Etat… Il apparaît donc clairement, pour ces agences, qu'il devient désormais inconscient de continuer à prêter de l'argent à un Etat dont on est sûr qu'il ne pourra pas rembourser.

Mais les banques ont déjà beaucoup prêté à certains des Etats aujourd'hui en difficulté, et cela bien au delà des limites du raisonnable : là où un particulier ne peut espérer s'endetter à plus de 33% de ce qu'il gagne (pour le protéger du surendettement), certains Etats le sont à plus de 100%. Cela signifie donc que les banques ont continué de prêter, contre toute « rationalité économique », à des acteurs qu'elles savaient fragiles. Cette situation n'a été rendue possible que par l'illusion de la transparence, clef de voûte de la puissance économique trompeuse des pays riches, à travers des liens étroits qui unissaient hier les pouvoirs politique et financier, liens qui se détendent à l'heure du bilan : les banques n'ont pas respecté les règles qu'elles auraient pourtant du se fixer, et leurs accointances coupables avec la sphère politique ont corrompu le système : l'humain est venu interférer avec l'argent, ce qui est interdit par le capitalisme.

Les agences de notation, elles, ne s'y sont pas trompées. Ne considérant que la perspective de profit comme règle supérieure, elles préfèrent la stabilité d'une dictature à la gestion scabreuse d'une démocratie corrompue, et menacent désormais d'abaisser également la note des banques les plus exposées dans les pays les plus endettés, tandis que les banques, elles, cherchent à se sortir de ce pétrin à moindres frais…

Ce qui va se passer maintenant sera déterminant : car il faudra bien que quelqu'un paye !

Si les banques refusent de mettre la main au portefeuille en prêtant toujours plus aux Etats, alors certains se retrouveront définitivement dans l'incapacité de rembourser leur dette, et sortiront de l'Europe pour dévaluer leur monnaie. La situation économique et sociale deviendra alors désastreuse pour de nombreuses années, et les peuples seront (comme toujours) largement mis à contribution. Les épargnants se précipiteront chercher ce qui leur reste d'épargne, et la contagion risquerait de faire s'effondrer une bonne fois pour toute le système bancaire.

Tandis qu'en continuant à prêter, elles prennent le risque de voir leur note baisser encore, et de ne jamais récupérer leur argent. Il leur faut donc de solides garanties, à savoir d'une part la mise de l'Europe sous tutelle franco-allemande, et d'une autre le recul très net des dépenses (l'allongement de la durée du travail, la dégradation des conditions de travail, la baisse des salaires, les licenciements et la hausse des impôts…) . Et si on pouvait ajouter à ce chantage une « règle d'or » économique dans la Constitution, on se trouverait alors à l'abri de bien des dérapages dans l'avenir. Reste à savoir maintenant si les banques ont de quoi prêter, mais aux vues des bénéfices engendrées l'année passée, il semble que la chose soit possible.

Mais si nous refusions de payer encore une fois ? Vous avez l'impression de vivre au dessus de vos moyens, vous ? Vous vous sentez responsables des malversations qui sont faites en votre nom ? Et pourquoi toujours vous ? Pour avoir fait l'erreur de croire aux mensonges de nos hommes politiques ? Pour avoir pensé qu'il était possible de vivre décemment de son travail ?

Pourquoi ne pas faire payer les riches ? Pourquoi ne pas supprimer les paradis fiscaux, interdire la spéculation et taxer les revenus du capital, rendre transparentes les chambres de compensation, interdire les liens incestueux entre le pouvoir politique et le pouvoir financier… ? Arrêtons-là, puisque nous n'allons pas dans la bonne direction, et puisqu'il faudra bien en changer de toute façon. Refusons de payer encore, car nous sommes, nous le peuple, les seuls véritables propriétaires de notre Etat. Et nous ne sommes pas à vendre.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr



8 réactions


  • Francis JL 6 août 2011 09:42

    Bonjour Caleb Irri,

    désolé, je me suis arrêté là : « là où un particulier ne peut espérer s’endetter à plus de 33% de ce qu’il gagne (pour le protéger du surendettement), certains Etats le sont à plus de 100%. »

    Vous mélangez taux de rembourdement et taux d’endettement.

    Un particulier qui gagne 30 000 par an peut remborser 10 000 euros par an. Sur un emprunt à 10 ans, cela fait 100 000 euros, soit plus de trois fois ses revenus : 300% ! (pour les puristes, je ne compte pas les intérêts, pas la peine de chipoter).

    Par ailleurs vous écrivez : « on ne peut ni vendre ni acheter un Etat ». Non, mais on peut vendre les biens et le patrimoine d’un Etat, la preuve.

    A mon avis, seul le congrès devrait en avoir le droit. Toute autre vente est présumée - par moi - frauduleuse ou félonne. Le gouvernement outrepasse ses droits et son mandat quand il vend notre patrimoine collectif.


    • Plus robert que Redford 6 août 2011 15:05

      Bien d’accord avec vous, JL
      Sauf que moi, j’ai décroché au second paragraphe qui disait : « en cas d’insolvabilité du débiteur les créanciers se retourneraient alors soit vers les assurances, soit vers l’Etat »
      On voit bien que l’auteur n’a jamais été en butte à un débiteur insolvable !!
      La perte, mon gars, c’est pour ta pomme, et ni l’Etat qui n’est là qu’au moment de collecter les impôts, ni les assurances qui ne couvrent JAMAIS ce genre de risque (pas celle que tu souscris pour te protéger des aléas classiques en tout cas !!) ne sauraient te venir en aide en aucune façon !
      Chacun son cul !!


  • BA 6 août 2011 14:00
    Selon l’Italie, la BCE achètera des obligations italiennes lundi.

    La situation de l’Italie dans la crise de la dette dervrait trouver une accalmie lundi. La Banque centrale européenne (BCE) est d’accord pour commencer à acheter des obligations d’Etat italiennes à partir de ce jour. Elle le fera en échange de l’engagement du gouvernement italien à accélérer la réduction des déficits, a annoncé un ministre italien.

    « Tout le monde craint que nos obligations ne deviennent des bouts de papier sans valeur mais avec le retour à l’équilibre budgétaire un an plus tôt (que prévu), la BCE a garanti qu’à partir de lundi elle achèterait nos obligations », a déclaré aux journalistes le ministre des réformes institutionnelles Umberto Bossi.

    Interrogée dans la nuit, l’institution monétaire de Francfort a refusé de confirmer cette déclaration.

    « La BCE refuse de commenter », a indiqué une porte-parole.



    Le plus fort, c’est Jean-Claude « Canadair » Trichet ?

    Ou alors c’est Ben « Helicopter » Bernanke ?

    On va voir qui est le plus fort.

    • Francis JL 6 août 2011 16:01

      @ BA,

      « La Banque centrale européenne (BCE) est d’accord pour commencer à acheter des obligations d’Etat italiennes à partir de ce jour. Elle le fera en échange de l’engagement du gouvernement italien à accélérer la réduction des déficits, a annoncé un ministre italien. »

      Oui, mais par baisse des déficits il faut comprendre réduction des dépenses de fonctionnement. Parce que ces salauds ferment mes yeux quand il s’agit de prêter, et pourtant ça augmente forcément ses déficits.


      Autrement dit, la politique des banquiers relève de la technique du gavage d’oie : ils gavent les Etats d’emprunts en veux-tu en voilà, avant de leur faire rendre gorge !

      Une pompe à fric : pendant un an je gave, à Thanksgiving je tue ! Le pire c’est qu’ils font voter les oies, et qu’elles en redemandent, les oies ! Bon, en même temps, il faut les comprendre : en jetant l’argent par les fenêtres, les politiques félons ne nous laissent pas le choix : c’est ça ou crever la gueule ouverte.


    • Francis JL 6 août 2011 16:06

      En fait, la FED comme le FMI sont en train de tiers-mondialiser l’Europe.

      Cela me rappelle une émission de télé à l’époque où ces cons croyaient qu’on allait tous voter massivement pour le TCE : à un industriel qui s’inquiétait de la concurrence que les pays à bas salaires feraient à nos entreprises, l’un de ces connard avait assuré que, « avec le TCE, très rapidement les salaires seraient les mêmes partout ».

      Il n’avait pas tort, ce salopard ! Mais il fallait comprendre dans quel sens il disait ça ! Il faut croire que beaucoup de gens avaient déjà compris, puisque le TCE a été largement rejeté comme l’on sait.


  • Gargantua 6 août 2011 14:29

    vous soulevez avec raison un problème éthique, que veux dire un État vie au dessus de ses moyens dans le contexte actuelle ? Sous une optique, les choix économiques de l’État sont ils pertinent, durable, salutaire ?
    Car il faut aussi voir une réalité dans ses choix, c’est quelle stratégie économique qui à été prise, en réalité, en autan les apparences de l’État la providence, les choix économiques non jamais été solidaire, du fait que la solidarité n’a jamais été le fondement de l’économie.
    Ce qui à toujours primé, c’est que l’on c’est toujours appuyer sur l’élitisme financier, et qu’il a toujours été favorisé.
    Ce qui a de salutaire aujourd’hui, c’est que cela devient parfaitement ingérable, et cela ne peut qu’être créateur de nouvelle impulsion Social, Économique, Politique, si la volonté est au rendez vous pour assainir la situation.


  • BA 6 août 2011 17:24
    Samedi 6 août 2011 :

    La Bourse saoudienne, la première place boursière mondiale à réagir à la dégradation de la note souveraine américaine, a perdu 5,46 % samedi en clôture, dans un marché inquiet de cette décision sur les Etats-Unis et aussi affecté par la situation dans la zone euro.

    Ouverte le samedi alors que les autres places financières sont fermées, la Bourse de Ryad, la plus importante du monde arabe, est la première à réagir à la décision historique, prise vendredi par l’agence de notation financière Standard et Poor’s, d’abaisser la note souveraine des Etats-Unis.

    A la clôture samedi, l’indice vedette Tadawul All-shares (TASI) a terminé à 6.073,44 points et la baisse a concerné toutes les valeurs de l’indice.

    Le marché saoudien a réagi au coup de tonnerre créé par la décision de l’agence de notation financière Standard and Poor’s (S&P) de priver les Etats-Unis de sa notation AAA attribuée à sa dette publique, pour la première fois de leur histoire.

    « La décision de S&P et les problèmes de dette en Europe effrayent les investisseurs », a déclaré un analyste financier Abdulwahab Abou Dahesh.

    Les actions des grandes banques saoudiennes ont perdu 4,7 % (Al-Rajhi a cédé 5,2% et Samba Bank -6,98%). 

    Celles des compagnies pétrochimiques ont reculé de 6,7% comme les actions du groupe Sabic (-5,54%). Les valeurs liées aux groupes de construction ont également abandonné 6,4%, tout comme celles du secteur des télécommunications avec les actions de STC, qui ont lâché 2,56% et celles de Zain KSA (-6,15%). Etihad Etisalat a aussi perdu 5,9%.

    « Les actions saoudiennes ont réagi à deux facteurs : les fortes pertes enregistrées sur les marchés financiers ces derniers jours, la baisse des cours pétroliers, et la décision de S&P sur la dette américaine », a indiqué l’économiste Mohammed al-Omran dans un entretien à la chaîne de télévision Al-Arabiya.


  • vinvin 8 août 2011 04:08

    C’ EST QUI QUI VA PAYER ?......


    Bien ce sont les Français de souche, qui vous voulez que ce soit d’ autre ?.....

    Mais tout cela arrange bien des chose !.... (La possibilité d’ avoir notre MARINE Nationale au second tours des élections, et pour qui je voterais au 1 tour, ainsi qu’ au second tour si elle y est !....).


    Sinon je vote BLANC au second tour pour foutre la honte aux autres politiques




    VIN-VIN.

     


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