État nauséeux
Jambes chancelantes, le creux au ventre, menaces d'irruption soudaine et déchirante, le regard voilé comme s'il ne voulait plus voir, oui, des excès depuis trop longtemps accumulés que le corps rejette ; il se défend le bougre : stop !
Il me supplie d'arrêter de le remplir de toutes ces sauces indigestes, ces alcools frelatés, ces veilles de trop de tensions mentales, les nerfs en pelote, les sucs qui s'aigrissent, des spasmes violents comme des tempêtes qui nous déchirent le ventre, prêtes à le retourner. Cette pâleur, où est passé le sang, ses couleurs, ses ardeurs ? Même le plus musclé des gars paraît mou, ébranlé, une pichenette le ferait s'écrouler.
C'est le manque d'air pur, les nuages de fumée et peut-être la dernière cigarette aspirée sans être préméditée qui soudain brouille, obscurcit et asphyxie.
Je veux vomir tout ce que j'ai ingurgité, je veux me nettoyer, dormir, et me réveiller neuve.
Il y a, on le sait, toujours une dernière goutte qui fait déborder le vase, le mot de trop qui enclenche la rupture, le geste, par la fatigue déplacé, l'accident provoqué. Ou bien les coups portés sur des cicatrices mal fermées, ou bien du gavage, je ne sais.
On peut passer des années à mal manger, trop, trop gras, trop riche, déséquilibré, et puis soudain, tout s'accélère, tout se détraque ; on s'en rend vaguement compte mais on ne fait rien, une démission, voilà. On discute on pinaille on ricane on tripaille comme des cons avec l'éternité dans nos sabots. Ah Ah ! On va bien durer encore un peu !
Et puis soudain, le bon sens porté par notre inconscient vers ce corps douloureux nous réveille : cesse, cesse.
Ma goutte excédentaire, l'implosion de mes forces, c'est peu de chose comparé à tout ce que j'ai appris, qui m'alourdit, me pèse. C'est une petite cruche arriviste, belle gueule bonne élève qui vient d'être désignée comme étant la meilleure pour s'occuper de notre avenir : l'éducation de nos enfants !
On se doute bien à cette nouvelle que l'éducation ne pèse pas lourd dans le cabas des faux-culs qui se révèlent tellement vrais.
Ceux qui n'en sont pas encore à la nausée diront qu'elle ou une autre, c'est du pareil au même mais ce serait oublier l'image, le symbole car il est vrai que le mal est fait et que pour guérir ce cancer, pour réparer ce saccage il nous faut bien d'autres remèdes. Un remède de cheval même serait insuffisant ; une saignée peut-être, comme au bon vieux temps ; un grand nettoyage, une désinfection ; oui.
Il faut bien comprendre que la dernière bouchée qui rend malade n'est pas forcément en soi la plus meurtrière, mais après le bal des faux-jetons qui s'offusquent ou font semblant, un peu tard, -ce qui pose question sur leur intelligence, leur capacité d'anticipation, la sincérité de leurs allégations-, ce vide, cette épure, si j'osais, qui vient comme un camouflet nous prouver notre insignifiance, est comme un couperet qui signe et signifie notre arrêt de mort. Sûr qu'un banquier en guise de chef des finances, c'est comme s'afficher avec sa maîtresse quand il y a longtemps que tout le monde connaissait l'adultère. Mais c'est un pas. Indéniable. Mais une cruche à la tête du signe porteur de l'intelligence future, c'est plus qu'une baffe, plus qu'un déni, plus qu'un affront.
Si j'étais prof, je démissionnerais, en rêvant que tout le monde le fasse ; pas de grève, pas de cri !! Ça aurait de la gueule des écoles désertées, pas un chat, même pas une balayeuse. Je sais bien que depuis le temps qu'on ternit à dessein l'image de cette corporation, qu'on ne les enseigne plus, qu'on les recrute sur des critères hallucinants d'inopportunité, qu'on les trie comme des oies plutôt sur leur plumage, qu'on les balade d'un port à l'autre, ceux qui y restent ne sont pas forcément les meilleurs, mais quand même !
On nous affirme, et sans ambages : les fils de nantis seront nantis, avec ou sans nous, et du reste, on s'en fout !!
Il n'auront même plus besoin de faire semblant, à moins qu'elle ne se prenne au jeu la diablesse, qu'elle se la joue fut-fut, qu'elle fasse genre !! On n'y étudiera plus les Fourberies de Scapin, ils garderont pour eux leur savoir !!
Peut-être décideront-ils, par modernisme avant-gardiste, de décréter que deux plus deux font cinq, d'étudier littérairement la télé réalité, en disant, bon sang quand même, nous sommes proches du peuple et tout se vaut, c'est l'égalité !
L' Histoire, de mon temps, était la création d'un roman national, une sorte d'incitation à s'identifier à Napoléon ; aujourd'hui, ce sera l'inverse, foot et jeux télévisés à tous les desserts !
Alors, après des mois de guerre en Syrie, de chaos en Libye, d'apocalypse now en Irak, d'horreurs en Afrique, de catastrophe maîtrisée soyez-en-sûrs au Japon, de menaces staliniennes, pardon poutiniennes, de juste cause pourfendue en Ukraine, de meurtres abjects à Gaza, de projet de mariage avec l'oncle sam, de moulinets, de commémorations vides de sens et d'âme, de surcharge pondérale dans les médias aux ordres, de collaboration active de tous bords au bel ordre mondial, de mensonges qui de pas-vus-pas-pris s'affichent vus-mais-pas-prenables, d'entourloupes en tous genres, d'imagination sans fin pour nous réduire, la petite Marocaine modèle US, qui réunit à elle seule le modernisme de la parité et de la diversité, n'est que peu de chose !
Pourtant, c'est elle qui m'a donné l'alerte, enfin je veux dire, le trop plein qui m'intime la supplique de faire attention à moi !!


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