Étrange tableau : d’un côté, les richesses offertes par la France (De Gaulle), de l’autre, la grande faiblesse de l’allié de revers… (80)
La discussion sur le pacte franco-soviétique avait eu lieu en mai 1933… Quel en aura été l’impact sur la politique française telle qu’elle se manifestait dans L’Écho de Paris ?

De toute urgence, pourrait-on dire, André Pironneau aura choisi (numéro du 18 juillet 1933), de surseoir à la publication de grande ampleur des articles qu’il était occupé à rédiger à propos de la situation de l’armée française en face de l’armée allemande…
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Ainsi qu’il l’écrit lui-même :
« Nous interrompons aujourd’hui notre série d’articles sur la réorganisation de l’armée […] pour consacrer cette chronique au projet d’une profonde réforme qui vient d’être exposé par le commandant de Gaulle dans la Revue politique et parlementaire (numéro du 10 mai)… »
Nous y avions relevé précédemment un étrange contenu… dont voici quelques lambeaux :
« Sur sept cents kilomètres, de la Suisse à la mer du Nord, la nature ne nous protège que de quelques pans de rempart… » « L’adversaire, qui frappe à la fois en Flandre, dans l’Ardenne, en Lorraine, en Alsace, à la porte de Bourgogne, donne des coups concentriques. Les premiers pas en avant le mènent sur la Seine, l’Aube, la Marne, l’Aisne ou l’Oise, dont il n’a plus, dès lors, qu’à descendre le cours facile pour atteindre la France au cœur. Il n’y a pas deux cents kilomètres entre Paris et l’étranger, six jours de marche, trois heures d’auto, une heure d’avion… Or, toute la vie de la nation est régie par sa capitale… Notre défense nationale est, par essence, celle de Paris. »
Or, au même moment, il paraissait que l’armée allemande commençait à pointer dangereusement le bout de son nez, de l’autre côté du Rhin… et pour quoi faire ? Pour attaquer qui, lui prendre quoi et à quel prix ?
Affaire manifestement très facile, si c’est cette pauvre France qui est visée… ainsi que l’affirme un des membres du Secrétariat général de la Défense nationale (de Gaulle) dans un jugement impérieux qui nous laisse pratiquement sans voix :
« Puisque l’ordre des choses est tel que, pour nous battre, il n’est point de délai, qu’aucun recul ne nous est loisible, - fût-il de dix kilomètres, - qu’une seule bataille perdue, c’est Paris à feu et à sang, la défense doit être immédiate… »
D’où la nécessité impérieuse pour ce pauvre pays de se doter d’un instrument plus ou moins merveilleux qui couvrira tout ce qu’il faut couvrir, pas seulement Paris… en cas d’attaque allemande. Ainsi, cette malheureuse géographie, d’abord très peu favorable, peut pratiquement étaler à perte de vue… sa nudité première, couverte qu’elle sera par l’ubiquiste « corps cuirassé » :
« Il nous faut, dès les débuts, des soldats en éveil, capables de déployer toute leur force au premier choc. Encore cette avant-garde doit-elle être rompue, non seulement à la défensive, mais bel et bien à la manœuvre. Il y aurait un grave danger à nous vouer, même pour un temps, à la défense passive, alors que Mulhouse, Colmar, Strasbourg, Metz, Thionville, Charleville, Valenciennes, Roubaix, Tourcoing, Lille, Dunkerque seraient à la merci d’un incident fâcheux, que la perte de Briey, de Bruay, de Lens causerait le plus grand tort à nos fabrications de guerre, que la Belgique, le Luxembourg, la Sarre, la Suisse peut-être, exigeraient notre secours, sous peine de se transformer en bases pour l’envahisseur… »
Et revoici que surgit à nouveau le débat sur les faiblesses de la quantité (les masses) et sur les vertus de la qualité (l’élite) :
« […] la notion de quantité n’assure plus au premier échelon une valeur suffisante […]. »
« C’est par là que la technique moderne rend à la qualité, par rapport au nombre, l’importance qu’elle avait perdue. »
Cette quantité – si manifestement mise en œuvre par l’Allemagne – est tout simplement la grande chance de la France… Au lieu de l’effrayer, cette circonstance devrait la rassurer… à condition toutefois que tout soit résolu très rapidement par l’intervention du procédé magique de l’instrument de qualité : l’armée de choc. De Gaulle y insiste, tout en en précisant certaines limites :
« Il est de fait, dorénavant, que sur terre, comme sur mer et dans les airs, un personnel de choix, tirant le maximum d’un matériel puissant et varié, posséderait au début d’un conflit une supériorité terrible… Sans doute, cet avantage serait-il momentané. Pour peu que la foule trouve le temps de s’organiser et de s’instruire, bref, qu’elle cesse d’être la foule, les éléments spécialisés perdraient progressivement leur puissance relative. Mais, pour un délai de plus en plus long, dans un espace de plus en plus large, les troupes professionnelles sont assurées de dominer. »
Il est facile de le constater : avec son magnifique instrument, De Gaulle ne vise pas à arracher les richesses de la France aux mains de l’ambitieuse Allemagne. Mais à quoi prétend-il l’appliquer ?
Le voici tout à coup très modeste :
« […] on s’efforcerait, d’abord, de trancher le litige par le moyen d’une armée limitée, déployant du jour au lendemain tout ce que le matériel offre de puissance soudaine à ceux qui savent l’employer, capable d’enlever une province, de se saisir d’un gage, de secourir un autre État… »
Tout aussi prudent, André Pironneau se contente d’évoquer les missions « préventives ou répressives » qu’il serait possible de lui donner…
Nous tombons de haut… en attendant beaucoup mieux du livre Vers l’armée de métier, mais ce ne serait que pour le début du mois de mai 1934…
En attendant, nous retrouvons la marotte habituelle de De Gaulle, telle qu’André Pironneau s’en fait l’écho une nouvelle fois. À partir de ce corps d’exception…
« …on pourrait former, aussi bien qu’ils doivent l’être, « des chefs pour le peuple en armes ». « Recréer l’élite au profit de la masse, conclut l’auteur, associer le nombre et la qualité, telle est la tâche qu’exigent de l’armée, à la fois, le progrès et la tradition… ». »
Deux mois plus tard, nous voici en compagnie de Pertinax qui aura saisi l’occasion du voyage du ministre de l’Air Pierre Cot en Union soviétique pour établir une sorte de bilan de la situation générale de ce pays… Nous sommes dans L’Écho de Paris du 16 septembre 1933…
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Mais d’abord, il y avait eu le voyage – à titre privé – d’Édouard Herriot…
« Un journal radical annonçait, hier matin, sur la foi de renseignements publiés « par le Soviet central de Moscou » que M. Herriot rapportait dans sa valise : 1° Un projet d’entente militaire et aérienne ; 2° Un projet d’accord économique intéressant un certain nombre de matières premières, bois, pétrole, blé, vins, dentelles, coton, soie ; 3° Un projet d’emprunt entraînant, comme contrepartie, la promesse d’un remboursement partiel de la dette impériale russe. »
Ici, bien sûr, c’est le premier alinéa qui attire notre attention… pour autant qu’il offrirait à la France une alliance de revers dont elle aurait sans doute le plus grand besoin dans les circonstances présentes et futures…
Mais que vaut militairement le pays de Staline ? Certes, ses dimensions sont respectables :
« La Russie soviétique compte 4 millions 880.000 kilomètres carrés et 158 millions d’habitants. »
Un premier point est à retenir, selon Pertinax :
« Que la Russie, considérée dans son ensemble, soit faible, impotente : le fait est attesté par l’attitude que le gouvernement des Soviets observe à l’égard du Japon. »
Aveu de faiblesse qui la disqualifie à peu près totalement. Et la suite ne fait sans doute qu’y ajouter la mention d’une large couche d’abandons plus ou moins consentis sans trop l’avouer…
« Au début de juillet, la Russie a signé avec tous ses voisins (hormis la Finlande et la Chine), avec les États de la Petite-Entente, deux traités reprenant les dispositions du pacte Kellogg et procédant à une définition assez minutieuse de l’agresseur. Les commissaires du peuple, pour aboutir, ont même consenti à reconnaître implicitement les droits de la Roumanie sur les provinces bessarabiennes. Depuis lors, Moscou ne cesse d’échanger avec Varsovie des protestations d’amitié. Que signifie ce revirement soudain d’un État qui ne respirait que feu et flamme contre toutes les nations attachées au maintien des traités ? »
Arrivé ici, Pertinax rejoint, sans le dire, ce que nous avons entendu de la bouche même du député communiste Gabriel Péri…
« On allègue que la crainte inspirée par le mouvement hitlérien, que le mémoire Hugenberg relatif à la colonisation de l’Europe orientale, que les bruits d’entente germano-polonaise dont l’Ukraine ferait les frais, ont fait leur œuvre. »
Pour sa part, Pertinax ne se permet pas vraiment d’en douter :
« Il est possible, en effet, que de telles considérations aient agi. Mais l’élément essentiel, c’est la conscience que les chefs bolchevistes ont prise de la fidélité de leur peuple. De terroristes, ils sont devenus terrorisés. Ils s’accrochent donc maintenant aux idoles bourgeoises de la paix, à ces instruments juridiques genevois auxquels, il n’y a pas si longtemps, ils ne ménageaient pas leur mépris. »
Ainsi, tous ces révolutionnaires à la mie de pain ont-ils bien davantage besoin du parapluie des puissances occidentales que l’inverse : la France devrait s’en souvenir… Ici, une série d’autres considérations vont dans le même sens, ouvrant la voie à cette conclusion impérieuse du journaliste de L’Écho de Paris…
« La Russie veut la paix, en ce moment, parce qu’épuisée et pantelante. Sa santé lui revenant, elle reprendrait la lutte contre les pays capitalistes : tel est le sens d’une brochure distribuée actuellement à Moscou. La conclusion, c’est qu’avec les Soviets, il importe de ne traiter que fin courant, pour de brèves périodes. Tout engagement à long terme, financier, économique, militaire, risquerait de se retourner contre ceux qui l’auraient pris. »
Sait-on jamais ?
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny
