mercredi 24 novembre - par GHEDIA Aziz

Évocation et humour

Une amie virtuelle (sur Facebook), gynécologue de profession, à Paris, vient de mettre, sur son espace Internet, la photo d’une ex-cheftaine de service de Gynécologie au CHU de Ain-Taya, dans la banlieue est d’Alger. · 

Cette grande dame est décédée depuis quelques années maintenant d’un cancer du pancréas. Paix à son âme. Mais, pour ses ex Résidents, elle reste inoubliable. Elle était très pointilleuse sur la formation des médecins et particulièrement des spécialistes en Gynécologie-obstétrique. Très pédagogique aussi. Elle était impitoyable avec ses résidents à tel point que pour 5 minutes de retard, c’est, du point de vue pécuniaire, carrément la journée qui saute. Et vous n’avez surtout pas intérêt à rouspéter. · 

 Mais, avec ses malades, elle était d’une gentillesse… Elle était aussi très compréhensive et prenait en charge toutes leurs doléances. Elle n’hésitait pas à engueuler ses médecins si ceux-ci se montraient moins respectueux ou plus agressifs envers les malades et particulièrement avec les parturientes qui, lors de l’accouchement, chialaient dans la salle de travail. C’est ainsi qu’un beau jour, elle avait surpris un résident en fin de cursus entrain de crier sur une jeune femme qui n’arrivait pas à supporter la douleur de l’accouchement : · - Alors, Dr K, lui dit-elle ? Pourquoi tu engueules la femme ? Tu ne sais pas que les contractions utérines c’est très douloureux ? · 

 - Oui Mme, je sais, réponds LE résident.

  

- Non, tu ne sais pas et tu ne le sauras jamais, réponds la Prof de Gynéco.

Parler de cette gynécologue, Mme Terki, même en si peu de mots, sans évoquer les autres patrons qui ont, eux aussi, contribué à la formation de plusieurs cohortes de médecins, serait injuste. Alors rendons à César ce qui appartient à César. Mme Terki était à l’origine dans le service de Gynécologie-obstétrique du CHU Mustapha dont le chef de service, le patron, pour utiliser un mot très en vogue dans le milieu médical à cette époque, était le Prof Ait Ouyahia, Aitou pour les étudiants… Je n’ai gardé aucun souvenir particulier de ce patron, mon passage dans ce service en tant qu’interne est à mettre aux oubliettes. En face de l’imposant bloc du service de Gynécologie, se trouve le service de Gastro-entérologie que la Prof Illoul gérait de façon très autoritaire. De mon temps, vers le milieu des années 80, on racontait, entre étudiants en médecine, une anecdote le concernant. Un jour un Mr est venu le voir. Il n’avait pas de RDV et le Prof n’était pas de consultation, ce jour-là, non plus. En fait, il l’avait carrément abordé dans le couloir à la fin de la visite des malades du service. -

Dr Illoul, Dr Illoul !

Le Prof se retourne et demande d’un ton un peu sec à cet homme qui n’aurait pas dû être là, à cette heure-ci : 

- Oui, que désirez-vous Mr ?

L’homme, un peu gêné, mais résolu tout de même à ne pas rater cette occasion commença à justifier sa présence ici :

-Voilà, Pr Illoul, je suis un de vos anciens patients et j’ai actuellement des problèmes de santé. Si cela ne vous dérange pas, j’aimerai bien que vous m’examiniez… Avant que celui-ci ne termine sa phrase, le Prof l’interrompt et lui dit : -

- Prenez RDV chez ma secrétaire, c’est le bureau au fond du couloir, à gauche.

L’homme est collant. Il ne lâche pas prise et finit par avoir le dernier mot.

Le Prof le fait entrer dans son bureau et se met à écouter de façon quasi religieuse ses plaintes. Il s’agissait, en fait, d’une histoire de proctologie qui traîne depuis plusieurs années malgré les différentes thérapies qu’on lui a prodiguées à maintes reprises. Et même par le Prof en personne qui semblait pourtant ne pas se souvenir du tout de ce malade ! Après un interrogatoire poussé, on passe à l’examen clinique proprement dit. Le malade étant sur la table d’examen, en position génu-pectorale (ou position mahométane), l’examen clinique, en Gastro-entérologie, se termine systématiquement par un toucher rectal. C’est à ce moment précis que, comme une étincelle surgie de nulle part, la mémoire du Prof se rafraîchit : -

-Tiens, tiens, dit-il, je me rappelle maintenant de ce rectum !



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