mercredi 3 mai 2023 - par hommelibre

Extension du désert en Espagne : salauds de moutons

Je publie à nouveau cette note d’il y a quatre ans tant la situation espagnole est problématique, en espérant contribuer à mieux la comprendre. Car la désertification avance en Espagne. Ce pays disposait autrefois d’importantes forêts, il y a 1 000 ans et plus. Aujourd’hui il est devenu en partie une écorce sèche et une tête de pont du désert en Europe. Le sud et le centre du pays sont les plus touchés.

 

L’or brun

Toutes les forêts méditerranéennes ont été exploitées de manière intensive depuis environ 3 000 ans. Le bois était alors comme le pétrole aujourd’hui, avec de nombreux usages dérivés : source d’énergie pour se chauffer, cuire, travailler le métal, entretenir des bains, fabriquer des briques, pratiquer la crémation, etc.

Il faut ajouter l’usage mobilier et les besoins en charpentes dans les édifices publics et privés. La fabrication d’outils, de chars et charrettes. La construction d’importantes flottes de guerre et de commerce, de camps militaires et de matériel de combat et d’intendance pour les troupes en campagne. Le défrichage pour l’agriculture – parfois en brûlant simplement les forêts. La population augmentant régulièrement, les besoins augmentaient également.

Tout autour de la Méditerranée les forêts, gisement de cet or brun, ont été surexploitées, dirait-on aujourd’hui. Cependant nous devons y voir la nécessité de survie et de développement des populations de l’époque. Pour cette même raison nous utilisons le pétrole, qui a largement contribué à l’amélioration des conditions de vie sur la planète malgré les inconvénients liés à son utilisation.

En Espagne la forêt subit ensuite une seconde vague de défrichement.

En effet après la Reconquista le pays connaît une période de conquêtes et de guerres qui nécessitent la construction de grandes armadas. On a défriche donc de manière soutenue.

 

 

espagne,désertification

L’économie du mouton

Mais le coup de grâce vient des moutons. L’élevage de cet ovin se développe rapidement et fortement surtout à partir du XVe siècle. Le rendement sur le marché est élevé et les infrastructures minimales. Les bergers sillonnent le pays lors de longues transhumances.

Regroupés au sein d’une puissante structure corporatiste, la Mesta, ils ont le droit de traverser les récoltes et de couper du bois pour leur usage. L’économie du mouton entre dans l’alimentation et dans l’industrie textile de l’époque :

« Les propriétaires se lancent dans l’élevage, plus rentable que d’autres types d’agriculture, et choisissent le mouton : c’est un animal qui se reproduit vite, qui ne consomme pas trop, et dont on peut manger la viande –et en plus, les musulmans aussi en mangent, à la différence du porc. Surtout, on peut en exporter la laine, notamment vers les Flandres, où l’on fabrique des vêtements pour toute l’Europe médiévale. »

Après plusieurs siècles de cette économie, les forêts du centre et du sud de l’Espagne ont presque disparu. Les sols s’en sont trouvés asséchés et appauvris.

« Les conséquences environnementales sont évidemment massives, et terribles. Au fil des années, les moutons grignotent peu à peu la couverture forestière de l’Espagne –exactement comme les lapins ont pu le faire, au XIXe et XXe siècles, en Australie. Dès la fin du XVe siècle se multiplient les sécheresses, qui sont en grande partie dues à ces changements environnementaux. »

 

 

espagne,désertification

« Point chaud » atmosphérique

La Mesta a été abolie en 1836.

« Mais il est trop tard. Les millions de moutons ont causé des dégâts quasiment irrémédiables à la couverture végétale, et notamment au milieu du pays, là où les différentes routes de la transhumance se croisaient. »

Si aujourd’hui cette économie pastorale n’est plus que fragmentaire et limitée, les plantations d’oliviers en Andalousie et le maraîchage hors-sol continuent à appauvrir ces sols et à en épuiser les eaux souterraines.

Le réchauffement que nous connaissons a peu d’influence directe sur la désertification de certaines régions de l’Espagne.

Indirectement, des bulles chaudes ou des vagues de chaleur remontant du Sahara à la faveur d’une grosse dépression atlantique, rencontrent au-dessus de la péninsule une chaleur accumulée (faute de couvert végétal) qui s’ajoute à la masse d’air initiale.

La phase actuelle de réchauffement n’a donc pas engendré la désertification en Espagne, dont la cause est plus ancienne. Si la chaleur supplémentaire facilite les incendies, elle n’influe pas de manière décisive cette désertification, conséquence de la déforestation du Moyen-Âge et des sécheresses récurrentes que cela a engendré, et qui s’auto-entretient faute d’une reforestation.

En revanche, l’absence de couvert végétal rafraîchissant au niveau du sol contribue à réchauffer l’atmosphère régionale de l’ouest européen.

La recréation d’un couvert végétal utile sera très longue. Elle ne dépendra pas de la réduction du CO2 atmosphérique mais de stratégies régionales et locales.

 

À lire aussi :

 

Réchauffement : l'autoroute espagnole

 

Canicules espagnoles : revenons à nos moutons

 



13 réactions


  • saint louis 3 mai 2023 13:20

    Il y a quelques temps, j’avais remarqué une mesure assez curieuse de la part des autorités.

    Dans le sud de la France après un incendie assez important, les zones touchés où la végétation commençait à reprendre le dessus, des troupeaux de moutons ont été déployés sur ces zones sous subventions.

    Bien entendu, ces animaux ont réduit à néant toutes les repousses.

    Il doit y avoir un énarque qui a cru bien faire depuis son bureau de ville.


    • sylvain sylvain 3 mai 2023 14:55

      @saint louis
      la paturage sur brulis est une vieille technique, assez dévastatrice en effet


    • amiaplacidus amiaplacidus 3 mai 2023 15:23

      @saint louis

      Les énarques croient toujours bien faire, mais comme en dehors de théories plus ou moins absconses, ils ne savent pas grand-chose, alors, ils accumulent les catastrophes.

      La France mourra sous les coups des théoriciens qui n’ont aucun sens pratique.


    • chantecler chantecler 3 mai 2023 16:35

      @amiaplacidus
      Et des politiciens aux dents longues !


    • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 4 mai 2023 18:46

      @saint louis
      et dans le Narbonnais, dans La Clape, les troupeaux de moutons ayant disparu depuis1965 environ, ce sont les pins qui ont tout envahi. 


  • Mozart Mozart 3 mai 2023 15:16

    Ce ne sont pas les moutons qui sont dangereux mais les chèvres. En effet, les moutons coupent l’herbe, comme une tondeuse, alors que les chèvres l’arrachent. Ainsi en a-t-il été des îles grecques avec les chèvres. Les moutons ont longtemps été les entreteneurs de golfs et d’espaces verts en Angleterre.

    Donc les moutons n’ont rien à voir avec votre théorie. Maintenant, si vous remplacez moutons par chèvres, il peut y avoir du vrai !


    • amiaplacidus amiaplacidus 3 mai 2023 15:25

      @Mozart

      Je suis d’accord avec vous, les chèvres sont plus néfastes pour la végétation que les moutons.
      Les moutons sont sélectifs, ils ne mangent pas n’importe quoi. Pour les chèvres en revanche, tout ce qui entre fait ventre.


    • hommelibre hommelibre 3 mai 2023 19:00

      e @Mozart
      Oui et non. J’ai profité de votre commentaire pour faire une recherche rapide sur ce point. Je n’ai pas trouvé d’info très spécifique mais je ne l’exclus pas car la chèvre arrache, par exemple les bourgeons, des branches, alors que le mouton se cantonne à l’herbe. Je pense que c’est plus leurs besoins propres qui explique cela, car par ailleurs ils ont le même type de dentition, et le mouton arrache lui aussi :

      http://www.wikigarrigue.info/wikibrebis/wakka.php?wiki=BioMou# : :text=Dentition,animal%20d’arracher%20la%20v%C3%A9g%C3%A9tation.

      « 

      DentitionLes moutons ont 32 dents. Comme pour les autres ruminants, les huit incisives sont portées par la mâchoire inférieure qui viennent s’appuyer sur un bourrelet édenté porté par la mâchoire supérieure et qui permet à l’animal d’arracher la végétation. »

      Les chèvres sont connues pour mettre à mal les forêts en mangeant toutes les jeunes pousses : la forêt ne se renouvelle plus. Le pâturage caprin en forêt a été interdit pour cette raison.

      Il faut imaginer des troupeaux immenses, immenses, passant et repassant sur les terres, raccourcissant l’herbe à chaque passage. La couche protectrice de la végétation, sorte de tampon végétal entre l’air et la terre, qui maintient une vie biologique précieuse, est réduite à presque rien (ce qui assèche plus rapidement les premiers centimètres de terre, là où sont les racines, favorisant même les sécheresses profondes, et tassant la terre, cela pendant 3 à 4 siècles. Terre tassée, disparition de l’humus, évapotranspiration maximale, ce « traitement » laisse des traces.

      Les forêt défrichées pour usage militaire (marine) ou d’habitation de leur bois, laissaient place à des zones devenant des prairies et subissant le passage des moutons.


    • sylvain sylvain 3 mai 2023 21:20

      @hommelibre
      les chevres ont aussi tendance a arracher l’herbe quand elles broutent, elles sont effectivement plus desctructrice que les moutons meme pour les prairies, mais vous avez raison de dire que tous les surpaturages sont destructeurs.

      Le surpaturage , que ce soit de vache, de chevre ou de moutons a aussi une grosse responsabilité dans l’avance du sahara, au sahel comme au maghreb


  • I.A. 4 mai 2023 07:19

    Chouign chouign, y’a pus d’eau de source ! Chouign chouign, y’a pus d’eau de pluie !
    Et chouign chouign, le niveau des mers monte... !

    https://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/potable/dessalEau.html# : :text=Leur%20principe%20est%20simple.,dans%20l’eau%20de%20mer.
    https://www.veolia.com/fr/solution/dessalement-eau-mer-eau-potable

    Effets secondaires :

    https://ecotoxicologie.fr/impacts-dessalement-eau-mer

    En particulier, ne pas recycler pour la consommation le sel issu de la dessalinisation :

    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/dessalement-de-l-eau-l-onu-s-inquiete-des-risques-pour-l-environnement-803570.html

    Chouign chouign, y’a trop de sel dans l’eau de mer !


  • yakafokon 4 mai 2023 12:17

    Je crois que la seule solution qui reste à l’humanité, si elle veut survivre, c’est de faire comme la Chine : dans les régions de bords de mer, elle a implanté des usines de désalinisation alimentées par des champs de panneaux solaires sur des hectares, ou par des éoliennes marines gigantesques.

    Ce modèle peut être transposé dans le Sud de l’Espagne ( ce ne sont pas les zones désertiques qui manquent pour implanter des panneaux solaires qui pourraient fournir l’énergie suffisante au fonctionnement de ces usines de désalinisation ).

    Je mets aussi beaucoup d’espoir dans la mise au point des réacteurs de fusion atomique, sur lesquels toute la communauté scientifique travaille ( un plasma de plusieurs milliers de degré est maintenu au centre d’une « boule » de confinement par de puissants électro-aimants, et ce plasma peut réchauffer l’eau d’un circuit secondaire, qui se transforme en vapeur pour faire tourner un alternateur qui produit de l’électricité, comme dans une centrale nucléaire ).

    La différence, c’est que si les aimants ne sont plus alimentés, la réaction s’arrête instantanément, sans émission de radiations !

    La Chine a réussi à faire marcher ce type de réacteur durant 12 minutes et si l’on arrive à mettre au point cette production, ce sera une source d’énergie illimitée pour toute la planète, surtout pour tous les pays chauds.

    Peut-être que l’Espagne réussira à sauver le parc de la Doñana, pratiquement à sec, alors que c’était une zone marécageuse.

    Malheureusement, je crois que nous entamons une nouvelle ère de réchauffement climatique naturelle !

    Il y a 56 millions d’années ( pliocène ) un réchauffement climatique s’est produit, et il a fallu attendre 140.000 ans avant de retrouver des températures supportables.

    J’ai vraiment peur d’avoir raison !


    • charlyposte charlyposte 4 mai 2023 12:26

      @yakafokon
      Visiblement le GIEC et l’histoire de la planète.... c’est pas écrit via son logiciel ! smiley


    • jjwaDal jjwaDal 4 mai 2023 16:49

      @yakafokon
      Cela fait 50 ans qu’on annonce la fusion industrielle et commerciale pour dans 50 ans et nous en sommes très loin. On ne sait pas gérer les flux de neutrons et rayons gamma. Obtenir un retour sur investissement énergétique ne sera pas simple mais pire en faire un outil de production électrogène durable et économiquement faisable est un horizon éventuellement inaccessible avant très longtemps.
      La fission sur des filières jamais mises en pratique (thorium par ex) promet beaucoup plus beaucoup plus vite et aurait coûté bien moins cher en R&D. Mais les physiciens voulaient leur jouet et ont eu gain de cause. Et comme les bailleurs de fonds n’y connaissent rien...
      A noter que toutes les tentatives de fusion utilisent le deutérium, une ressource rare qui ne saurait donner une source d’énergie durable.


Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/