mardi 9 septembre 2025 - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

Fanta : la boisson controversée née sous le régime de terreur d’Adolf Hitler

Berlin, été 1936. Les Jeux Olympiques électrisent la ville, un théâtre grandiose où Coca-Cola, géant américain, sert ses bulles sucrées à côté des bannières nazies. Mais derrière ce vernis de fête, une histoire plus sombre se dessine : celle de Fanta, breuvage né dans les rationnements de la guerre, sous la botte d’un régime impitoyable. 

JPEG

 

Coca-Cola, l’invité américain dans l’antre nazi

Dans l’Allemagne des années 1930, les brasseries débordent, l’odeur de la bière se mêle à celle du désespoir des foules de Weimar, où le chômage ronge les âmes. C’est là que Coca-Cola, cette potion pétillante venue d’Amérique, s’installe en 1929, portée par Ray Powers, un Yankee volubile promettant des fortunes pour qui investit dans son soda ! Les ventes explosent : de 6 000 caisses en 1929 à 100 000 en 1933, l’année où Adolf Hitler s’empare du pouvoir. Les camions sillonnent les routes, l’arôme sucré du sirop envahit les cafés où l’on chuchote des rumeurs de persécutions.

 

Histoire The Coca-Cola Company | Coca-Cola en France

 

L’arrivée des nazis ne freine pas Coca-Cola. Robert Woodruff, patron à Atlanta, flaire un marché juteux. Une lettre de Powers à Woodruff, datée de 1933, exulte : "Les Allemands raffolent de notre soda, les nazis en redemandent !". Woodruff, pragmatique, approuve l’expansion : 43 usines en 1939. Max Keith, un Allemand trapu aux moustaches taillées au cordeau, prend la barre après la mort de Powers en 1938. Dans une note interne, Keith proclame : "Coca-Cola est allemand désormais, au service de la nation et de ses soifs". Charismatique mais autoritaire, il impose sa vision, transformant le soda en emblème national.

 

Soldiers in Nazi Germany drinking Coca-Cola, "delicious and refreshing"  (date uncertain) [900x696] : r/HistoryPorn

 

Les Jeux Olympiques de 1936 marquent l’apogée. Berlin brille sous un soleil écrasant, les haut-parleurs crachent des hymnes martiaux et Jesse Owens défie les théories raciales nazies. Coca-Cola sponsorise l’événement avec éclat, ses fontaines scintillant près des swastikas. Un rapport olympique note : "Deux millions de bouteilles distribuées, un triomphe pour la marque". Keith, lors d’une convention en 1938, clame sous un portrait d’Hitler : "Nous honorons notre chef et offrons à l’Allemagne notre breuvage !". Mais des ombres planent : Afri-Cola, un concurrent, accuse Coca-Cola d’être lié à des influences juives en 1937, faisant chuter les ventes. Keith riposte dans un journal antisémite : "Notre soda est pur, loyal à la nation !" Ces compromis peignent une marque flirtant avec l’idéologie nazie pour survivre.

 

 

Fanta, enfant des rationnements et de la guerre

Septembre 1939. La guerre éclate, et l’Allemagne s’asphyxie sous les embargos. Coca-Cola vacille : le sirop américain, bloqué par les Alliés, ne traverse plus l’Atlantique. Keith, dans un télégramme à Woodruff en octobre 1939, désespère : "Nos stocks s’épuisent, les usines risquent la fermeture". Après l’attaque de Pearl Harbor en 1941, l’Amérique entre en guerre, et les communications s’effondrent. Keith, isolé, voit ses usines exhaler une odeur de métal rouillé et d’espoir fané.

Dans une salle d’Essen, sous le bourdonnement des raids aériens, Keith réunit ses chimistes. "Trouvez une boisson avec ce qu’on a : les miettes, les restes !" ordonne-t-il. Les ingrédients ? Des fibres de pommes, résidus acides des pressoirs à cidre ; du lactosérum, liquide fade des fromageries ; du sucre de betterave, rare comme l’or ; et des pelures de fruits ramassées à la hâte. Le résultat, un breuvage brunâtre, loin du glamour du Coke, sent la fermentation et la débrouille. Keith, dans un mémo de 1940, note : "Ça pétille, c’est sucré, ça suffira".

 

Aucune description de photo disponible.

 

C’est dans cette même salle que le nom de la boisson prend forme. Keith, pressé de trouver une idée, lance à ses équipes : "Faites preuve d’imagination, trouvez un nom qui inspire !".Un vendeur, Joe Knipp, propose d’un ton assuré : "Fanta !". Le mot, court et vibrant, évoque une évasion, un souffle de fantaisie dans la grisaille de la guerre. Il est adopté sur-le-champ. Une rumeur prétend qu’Adolf Hitler aurait goûté ce breuvage en regardant un film. Ce qui est certain, c’est le succès de Fanta : en 1943, 3 millions de caisses sont vendues, parfois utilisées pour sucrer des plats, le sucre étant introuvable. Keith, dans une lettre de 1942, vante son produit : "Fanta éclaire la nuit sombre de la guerre". Ces faits, tirés de documents internes, cachent une ombre : certaines usines recourent au travail forcé, bien que Keith, dans un rapport de 1945, nie toute implication directe, jurant avoir agi pour sauver la marque.

 

Coca-Cola et le nazisme : une danse ambiguë

Sous le régime nazi, l’Allemagne se pare d’un vernis de modernité : autoroutes utilante, usines grondantes, et une propagande efficace menée par Joseph Goebbels. Coca-Cola s’y engouffre. Woodruff, depuis Atlanta, voit les profits grimper : de 100 000 caisses en 1933 à 4,5 millions en 1939. Dans une lettre à Keith en 1935, il écrit : "Lie notre marque à l’effort national, c’est la clé du succès". Keith obéit, transformant le soda en emblème du nouvel homme allemand. Lors des rassemblements de la Jeunesse hitlérienne, les camions Coca-Cola défilent, offrant des gorgées gratuites aux jeunes en chemises brunes.

 

sponsorointi - Häiriköt-päämaja

 

Le sponsoring des JO de 1936 est le clou du spectacle. Berlin vibre : stades immenses, foules en délire et une atmosphère lourde de nationalisme. Coca-Cola fournit les boissons officielles, installant des fontaines le long des avenues bordées de drapeaux nazis. Woodruff, en invité d’honneur, pose avec des officiels nazis et des brochures proclament : "Coca-Cola : le rafraîchissement olympique !". Un rapport interne note que 2 millions de bouteilles sont distribuées, logos entrelacés avec les anneaux olympiques. Keith, dans un discours post-JO rapporté par un journal nazi, déclare : "Ces Jeux ont prouvé que Coca-Cola unit le monde, l’Allemagne en tête !". Ces faits montrent une alliance opportuniste : la marque finance la propagande nazie pour un accès privilégié au marché.

 

4.2_Coca-Cola-Advertisements-in-Nazi-Germany-1936 Olympics - Peace History

 

Mais les compromissions vont plus loin. Keith, pour contrer les rumeurs antisémites, publie des annonces dans un journal nazi : "Coca-Cola : pur, aryen, sans tache !". Une lettre de 1937 à Woodruff révèle son dilemme : "Les concurrents nous accusent ; nous devons nous aligner sur le régime". Woodruff approuve tacitement, priorisant les profits. Une anecdote obscure : en 1938, lors de l’Anschluss en Autriche, Keith absorbe les filiales locales, profitant du chaos. Les archives autrichiennes mentionnent des livraisons aux troupes SS, bien que Keith nie toute implication militaire. Pendant la guerre, les usines Fanta emploient des travailleurs forcés – prisonniers, déportés –, un fait admis dans un rapport de 1945, mais minimisé comme "inévitable". Keith, interrogé en 1945, jure : "J’ai refusé l’adhésion au parti nazi ; ma loyauté allait à Coca-Cola". Ces ambiguïtés reflètent celles de nombreuses firmes américaines, comme IBM ou Ford, naviguant dans les eaux troubles du régime génocidaire

 

Héritage et controverses : du passé trouble à la gloire mondiale

1945. L’Allemagne gît en ruines. Les usines Coca-Cola, bombardées, ne sont plus que des squelettes de métal. Keith, dans un télégramme à Atlanta, annonce : "Coca-Cola GmbH fonctionne encore. Envoyez des auditeurs". Les Américains, stupéfaits, le célèbrent : il a préservé les actifs, évité la saisie nazie et rendu les profits, y compris ceux de Fanta. Harrison Jones, vice-président, le qualifie de "grand homme" dans une lettre de 1945. Keith est promu à la tête de Coca-Cola Europe, une ironie pour un homme qui frôla l’exécution par un général nazi furieux de son refus de renommer l’entreprise.

 

Fanta - l'aranciata d'arancia - Asta Pop Culture e Manifesti - Cambi Casa  d'Aste

 

Fanta renaît en 1955 en Italie, avec une recette orange éclatante, loin du breuvage laiteux d’antan. Les rues de Naples s’emplissent d’une odeur citrusée et le soda conquiert le monde : 200 saveurs aujourd’hui. Mais son passé pèse. En 2015, une pub allemande évoquant "les bons vieux temps" pour le 75e anniversaire de Fanta déclenche un tollé, retirée après des accusations de nostalgie nazie. La compagnie s’excuse : "Fanta n’a aucun lien avec le nazisme". Une anecdote méconnue : aux Pays-Bas, Fanta adopta une saveur de sureau sous l’Occupation. Keith, dans une citation de 1950, résume : "Fanta est né de la nécessité mais a survécu par l’imagination". Ce breuvage, fruit d’une époque trouble, porte les cicatrices d’un passé que ses bulles ne peuvent effacer.

 



8 réactions


  • confiture 9 septembre 2025 17:52

    passionnant, smiley


  • Et dans ce régime là on boit quelle boisson ?

    NETANYAHOU BOMBARDE LE QATAR ET FAIT L’UNANIMITÉ CONTRE ISRAËL
    Le but affiché était de tuer des dirigeants du Hamas réfugiés
    Le résultat est un tollé mondial.

    Plusieurs Pays ont déjà condamné cette « action terroriste »,


  • pasglop 10 septembre 2025 08:19

    Les affaires sont les affaires et Coca est la bouteille qui cache le tonneau.


  • Nolats Nolats 10 septembre 2025 09:52

    l’affiche "ein Volk, ein Reich, ein Getrank’’ on a du mal à imaginer qu’ils aient à ce point imité le slogan nazi, en fait il apparait que ce serait un fake effectué en tant que parodie artistique au début des années 2000 https://www.snopes.com/fact-check/coca-cola-nazi-ad-germany/


  • juluch juluch 10 septembre 2025 11:29

    tout a fait !

    d’ailleurs les ménages Allemands durant la guerre, utilisaient le fanta à la place du sucre pour la cuisine.


  • njama njama 10 septembre 2025 14:32

    Fanta était produit par The Coca-Cola Company 

    Fanta nazi ? USnazi ? Business was going on... la guerre n’arrête pas les affaires

    Max Keith (1903 – 1974) was a German businessman who was the head of Coca-Cola GmbH, the major bottler of Coca-Cola in Nazi Germany.

    Keith began working at the German subsidiary of Coca-Cola in 1933, at the age of 30. Between then and 1939, the sales of Coca-Cola in Germany (led by American Ray Rivington Powers) rose from 100,000 cases in 1933 to over 4 million cases just before the outbreak of the Second World War. Following Powers’ death in 1938, Keith took over the subsidiary. After the outbreak of the war, Keith worked with the German bureaucracy, and was appointed to the « Office of Enemy Property », hence avoiding nationalization of the subsidiary.[1][2]

    Coca-Cola GmbH was unable to obtain Coca-Cola syrup during World War II, because of the Allied blockade. The supply of regular Coca-Cola ran out in 1942, having been reserved primarily to wounded soldiers in hospitals.[2] To keep the plant in operation, Keith developed a fruit flavored drink made from apple fiber, left over from cider pressings, and whey, a byproduct from cheese manufacture, creating Fanta.[3] The drink sold three million cases in 1943, sustaining the firm’s business in Germany.[2] In 1945, at the last stages of the war, Keith was ordered by a German general to rename the subsidiary but he refused, and the general was killed in an air raid before any action was taken against Keith.[2]

    A street in Essen, the site of Coca Cola Germany’s former headquarters, is named after him.[4]

    Max Keith en.wikipedia


  • ricoxy ricoxy 10 septembre 2025 22:09

     

    Cf. le livre de William Reymond Coca-Cola : l’enquête interdite

     


  • agent ananas agent ananas 14 septembre 2025 19:41

    Passionnant ...

    On attend la suite sur les sociétés collabo ... L’Oréal ?, Bayer AG (une filiale IG Farben) viennent à l’esprit !


Réagir



https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/