Fanta : la boisson controversée née sous le régime de terreur d’Adolf Hitler
Berlin, été 1936. Les Jeux Olympiques électrisent la ville, un théâtre grandiose où Coca-Cola, géant américain, sert ses bulles sucrées à côté des bannières nazies. Mais derrière ce vernis de fête, une histoire plus sombre se dessine : celle de Fanta, breuvage né dans les rationnements de la guerre, sous la botte d’un régime impitoyable.
Coca-Cola, l’invité américain dans l’antre nazi
Dans l’Allemagne des années 1930, les brasseries débordent, l’odeur de la bière se mêle à celle du désespoir des foules de Weimar, où le chômage ronge les âmes. C’est là que Coca-Cola, cette potion pétillante venue d’Amérique, s’installe en 1929, portée par Ray Powers, un Yankee volubile promettant des fortunes pour qui investit dans son soda ! Les ventes explosent : de 6 000 caisses en 1929 à 100 000 en 1933, l’année où Adolf Hitler s’empare du pouvoir. Les camions sillonnent les routes, l’arôme sucré du sirop envahit les cafés où l’on chuchote des rumeurs de persécutions.

L’arrivée des nazis ne freine pas Coca-Cola. Robert Woodruff, patron à Atlanta, flaire un marché juteux. Une lettre de Powers à Woodruff, datée de 1933, exulte : "Les Allemands raffolent de notre soda, les nazis en redemandent !". Woodruff, pragmatique, approuve l’expansion : 43 usines en 1939. Max Keith, un Allemand trapu aux moustaches taillées au cordeau, prend la barre après la mort de Powers en 1938. Dans une note interne, Keith proclame : "Coca-Cola est allemand désormais, au service de la nation et de ses soifs". Charismatique mais autoritaire, il impose sa vision, transformant le soda en emblème national.
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Les Jeux Olympiques de 1936 marquent l’apogée. Berlin brille sous un soleil écrasant, les haut-parleurs crachent des hymnes martiaux et Jesse Owens défie les théories raciales nazies. Coca-Cola sponsorise l’événement avec éclat, ses fontaines scintillant près des swastikas. Un rapport olympique note : "Deux millions de bouteilles distribuées, un triomphe pour la marque". Keith, lors d’une convention en 1938, clame sous un portrait d’Hitler : "Nous honorons notre chef et offrons à l’Allemagne notre breuvage !". Mais des ombres planent : Afri-Cola, un concurrent, accuse Coca-Cola d’être lié à des influences juives en 1937, faisant chuter les ventes. Keith riposte dans un journal antisémite : "Notre soda est pur, loyal à la nation !" Ces compromis peignent une marque flirtant avec l’idéologie nazie pour survivre.

Fanta, enfant des rationnements et de la guerre
Septembre 1939. La guerre éclate, et l’Allemagne s’asphyxie sous les embargos. Coca-Cola vacille : le sirop américain, bloqué par les Alliés, ne traverse plus l’Atlantique. Keith, dans un télégramme à Woodruff en octobre 1939, désespère : "Nos stocks s’épuisent, les usines risquent la fermeture". Après l’attaque de Pearl Harbor en 1941, l’Amérique entre en guerre, et les communications s’effondrent. Keith, isolé, voit ses usines exhaler une odeur de métal rouillé et d’espoir fané.
Dans une salle d’Essen, sous le bourdonnement des raids aériens, Keith réunit ses chimistes. "Trouvez une boisson avec ce qu’on a : les miettes, les restes !" ordonne-t-il. Les ingrédients ? Des fibres de pommes, résidus acides des pressoirs à cidre ; du lactosérum, liquide fade des fromageries ; du sucre de betterave, rare comme l’or ; et des pelures de fruits ramassées à la hâte. Le résultat, un breuvage brunâtre, loin du glamour du Coke, sent la fermentation et la débrouille. Keith, dans un mémo de 1940, note : "Ça pétille, c’est sucré, ça suffira".

C’est dans cette même salle que le nom de la boisson prend forme. Keith, pressé de trouver une idée, lance à ses équipes : "Faites preuve d’imagination, trouvez un nom qui inspire !".Un vendeur, Joe Knipp, propose d’un ton assuré : "Fanta !". Le mot, court et vibrant, évoque une évasion, un souffle de fantaisie dans la grisaille de la guerre. Il est adopté sur-le-champ. Une rumeur prétend qu’Adolf Hitler aurait goûté ce breuvage en regardant un film. Ce qui est certain, c’est le succès de Fanta : en 1943, 3 millions de caisses sont vendues, parfois utilisées pour sucrer des plats, le sucre étant introuvable. Keith, dans une lettre de 1942, vante son produit : "Fanta éclaire la nuit sombre de la guerre". Ces faits, tirés de documents internes, cachent une ombre : certaines usines recourent au travail forcé, bien que Keith, dans un rapport de 1945, nie toute implication directe, jurant avoir agi pour sauver la marque.
Coca-Cola et le nazisme : une danse ambiguë
Sous le régime nazi, l’Allemagne se pare d’un vernis de modernité : autoroutes utilante, usines grondantes, et une propagande efficace menée par Joseph Goebbels. Coca-Cola s’y engouffre. Woodruff, depuis Atlanta, voit les profits grimper : de 100 000 caisses en 1933 à 4,5 millions en 1939. Dans une lettre à Keith en 1935, il écrit : "Lie notre marque à l’effort national, c’est la clé du succès". Keith obéit, transformant le soda en emblème du nouvel homme allemand. Lors des rassemblements de la Jeunesse hitlérienne, les camions Coca-Cola défilent, offrant des gorgées gratuites aux jeunes en chemises brunes.

Le sponsoring des JO de 1936 est le clou du spectacle. Berlin vibre : stades immenses, foules en délire et une atmosphère lourde de nationalisme. Coca-Cola fournit les boissons officielles, installant des fontaines le long des avenues bordées de drapeaux nazis. Woodruff, en invité d’honneur, pose avec des officiels nazis et des brochures proclament : "Coca-Cola : le rafraîchissement olympique !". Un rapport interne note que 2 millions de bouteilles sont distribuées, logos entrelacés avec les anneaux olympiques. Keith, dans un discours post-JO rapporté par un journal nazi, déclare : "Ces Jeux ont prouvé que Coca-Cola unit le monde, l’Allemagne en tête !". Ces faits montrent une alliance opportuniste : la marque finance la propagande nazie pour un accès privilégié au marché.

Mais les compromissions vont plus loin. Keith, pour contrer les rumeurs antisémites, publie des annonces dans un journal nazi : "Coca-Cola : pur, aryen, sans tache !". Une lettre de 1937 à Woodruff révèle son dilemme : "Les concurrents nous accusent ; nous devons nous aligner sur le régime". Woodruff approuve tacitement, priorisant les profits. Une anecdote obscure : en 1938, lors de l’Anschluss en Autriche, Keith absorbe les filiales locales, profitant du chaos. Les archives autrichiennes mentionnent des livraisons aux troupes SS, bien que Keith nie toute implication militaire. Pendant la guerre, les usines Fanta emploient des travailleurs forcés – prisonniers, déportés –, un fait admis dans un rapport de 1945, mais minimisé comme "inévitable". Keith, interrogé en 1945, jure : "J’ai refusé l’adhésion au parti nazi ; ma loyauté allait à Coca-Cola". Ces ambiguïtés reflètent celles de nombreuses firmes américaines, comme IBM ou Ford, naviguant dans les eaux troubles du régime génocidaire
Héritage et controverses : du passé trouble à la gloire mondiale
1945. L’Allemagne gît en ruines. Les usines Coca-Cola, bombardées, ne sont plus que des squelettes de métal. Keith, dans un télégramme à Atlanta, annonce : "Coca-Cola GmbH fonctionne encore. Envoyez des auditeurs". Les Américains, stupéfaits, le célèbrent : il a préservé les actifs, évité la saisie nazie et rendu les profits, y compris ceux de Fanta. Harrison Jones, vice-président, le qualifie de "grand homme" dans une lettre de 1945. Keith est promu à la tête de Coca-Cola Europe, une ironie pour un homme qui frôla l’exécution par un général nazi furieux de son refus de renommer l’entreprise.

Fanta renaît en 1955 en Italie, avec une recette orange éclatante, loin du breuvage laiteux d’antan. Les rues de Naples s’emplissent d’une odeur citrusée et le soda conquiert le monde : 200 saveurs aujourd’hui. Mais son passé pèse. En 2015, une pub allemande évoquant "les bons vieux temps" pour le 75e anniversaire de Fanta déclenche un tollé, retirée après des accusations de nostalgie nazie. La compagnie s’excuse : "Fanta n’a aucun lien avec le nazisme". Une anecdote méconnue : aux Pays-Bas, Fanta adopta une saveur de sureau sous l’Occupation. Keith, dans une citation de 1950, résume : "Fanta est né de la nécessité mais a survécu par l’imagination". Ce breuvage, fruit d’une époque trouble, porte les cicatrices d’un passé que ses bulles ne peuvent effacer.



