lundi 27 avril - par Epargnant30

Faut-il interdire les dividendes en temps de crise ?

Des voix s’élèvent régulièrement pour demander aux entreprises de la modération dans les dividendes versés aux actionnaires. En effet, les actionnaires, au même titre que les salariés, devraient participer à ce que certains appellent l’effort de guerre.Cependant, est-ce aussi simple que cela ? Est-ce que la modération dans les dividendes est la meilleure solution pour atteindre cet objectif ? Probablement pas !

Il faut tout d’abord casser une idée reçue : le dividende n’est pas une rémunération de l’actionnaire ! Le dividende n’a pas d’effet positif sur le patrimoine de l’actionnaire, au contraire même.

Ce qui enrichit l’actionnaire, c’est le bénéfice de l’entreprise. Le dividende est uniquement une façon de distribuer cet argent. C’est comme le salarié qui devrait choisir de mettre son salaire sur son Livret A ou sur le LDD.

Voyons comment fonctionne la distribution des dividendes : À la fin de l’année, en assemblée générale, les actionnaires approuvent les comptes, et donc les bénéfices. Ils décident alors de la meilleure façon d’affecter ce bénéfice. Il peut être versé en dividendes, il peut servir à racheter des actions (oui, une entreprise peut racheter ses propres actions), il peut être réinvesti dans des projets de l’entreprise, ou être placé sur le compte courant de l’entreprise.

Prenons un exemple. Si une entreprise vaut 100 000 euros en année N, puis fait 10 000 euros de bénéfice en année N+1, alors elle vaudra 110 000 euros. Si elle redistribue 5 000 euros de son bénéfice à ses actionnaires, elle s'appauvrit de 5 000 euros. Elle vaudra alors 105 000 euros. Cependant, l’entreprise appartient aux actionnaires, donc cela appauvrit les actionnaires de 5 000 euros. Sauf que les actionnaires touchent les dividendes, soit 5 000 euros. Les actionnaires possèdent l’entreprise, qui vaut alors 105 000 euros, et 5 000 euros de dividendes soit 110 000 en tout. C’est le même montant que si l’entreprise avait gardé cet argent. C’est un jeu à somme nulle pour l’actionnaire. Il s’est d’ailleurs enrichi de 10 000 euros (le bénéfice) et non de 5000 euros (le dividende).

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Il y a tout de même une subtilité. Un détail qui devrait compter pour vous. Lorsqu’un actionnaire reçoit un dividende, il est taxé. Il ne reçoit donc pas 5 000 euros, mais 3 500 euros, et l’État 1 500 euros. Le dividende est perdant pour l’actionnaire, et gagnant pour l’État.

Quand l’État demande aux entreprises dans la modération en termes de distribution de dividendes, cela a un impact sur les finances publiques. Cela n’empêche pas les actionnaires de s’enrichir. En revanche, cela endette l’État. Et l’État c’est nous !

La question suivante est : mais que vont faire les entreprises de cet argent non distribué en dividendes ?

Comme vu plus haut, elles peuvent racheter leurs propres actions. Cependant, cette possibilité devrait être aussi interdite aux entreprises qui ont bénéficié des aides de l’État.

Elles peuvent garder cet argent en cash sur leur compte bancaire. Notamment, en prévision des mauvais jours. Cependant, pourquoi inciter les entreprises à cela ? Les Français épargneraient trop, limitant ainsi la consommation et la reprise de l’économie. Et on voudrait inciter les entreprises à en faire de même. Pour rappel, la politique des taux bas des banques centrales sert justement à inciter les acteurs économiques à ne pas thésauriser, et à dynamiser l’économie ! C’est à la limite de l’absurde.

Elles peuvent investir dans des projets. Et là cela devient plus intéressant… et plus compliqué. Selon la théorie économique, si une entreprise est correctement gérée, elle devrait investir son bénéfice dans des projets rentables et rendre l’argent aux actionnaires quand elle ne trouve pas des projets rentables en nombre suffisant. L’idée serait donc de demander aux entreprises d’investir dans des projets non rentables. Les projets dans les entreprises peuvent être très variés : faire une campagne marketing, réorganiser un service, augmenter les salaires, développer un centre de Recherche et Développement, relocaliser une partie ou la totalité de la production en France, etc.

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Un dividende n’enrichit pas un actionnaire, et le supprimer ne le fait pas particulièrement participer à l’effort de guerre. En revanche, une entreprise qui investit dans des projets non rentables voit sa valeur diminuer. Cette valeur appartenant à l’actionnaire. Il y a bien là un impact sur les actionnaires.

D’ailleurs, certaines entreprises et dirigeants le savent bien. Lors d’une prise de décision, les décideurs ne regardent pas nécessairement uniquement les critères financiers. On peut étudier les externalités positives. On peut aussi prendre des actions qui sont bonnes pour la société dans son ensemble et pas uniquement pour les actionnaires. Il suffit de lire la presse, les exemples sont nombreux, et aussi en temps de crise.

Il est bien plus utile de demander aux sociétés de faire des choses utiles pour la société de leur argent, que de les empêcher de verser des dividendes. Et ce d’autant plus qu'interdire les dividendes est un manque à gagner en impôt pour l’État et donc pour l’ensemble des Français.

Le dividende est un vrai sujet, car c’est la partie visible de l’iceberg. Il n’est donc pas absurde de communiquer sur ce sujet lorsque l’on est un homme politique ou même un chef d’entreprise. Cependant, ce n’est que le sommet de l’Iceberg. Le vrai sujet est ailleurs. Il est clairement dans l’affectation des bénéfices de manière plus générale.



13 réactions


  • Inquiet 27 avril 11:40

    Cher monsieur, faites attention à la crise cardiaque :

    On doit interdire les dividendes non seulement en temps de crise, mais aussi lorsqu’ils proviennent d’actions qui n’interviennent pas dans l’économie réelle.

    Epargnez-moi votre catéchisme libéral, un simple regard sur les décénies passées suffit à voir que cette idéologie a fait beaucoup plus de dégats que le coronavirus


    • Yaurrick Yaurrick 27 avril 14:25

      @Inquiet
      Admettons qu’on interdise aux actionnaires de toucher des dividendes, comment faites pour que les investisseurs soient justement tentés d’investir si ils doivent supporter le risque sans contrepartie ?


    • Pere Plexe Pere Plexe 27 avril 15:24

      @Yaurrick
      ...vous savez pertinemment que l’actionnaire est aussi « récompensé » par la valorisation des actions qu’il détient. 
      Certaines entreprises, de plus en plus rares, favorisent ce mode de fonctionnement qui a longtemps prévalu.


    • Yaurrick Yaurrick 27 avril 16:23

      @Pere Plexe
      Le versement de dividendes impacte mécaniquement la valorisation des actions, qui diminue d’autant. L’actionnaire ne s’est donc pas enrichi, il a simplement échangé une partie de l’action en monnaie pour en faire autre chose. In fine, cela revient à la même chose si l’actionnaire vend ses actions.
      Oui, il y a des entreprises qui choisissent de ne pas verser de dividendes, comme Amazon, Facebook ou Google par exemple. Le choix de le faire ou ne pas le faire en revient uniquement aux propriétaires des entreprises, et à personne d’autre.


    • Inquiet 28 avril 08:00

      @Yaurrick
      Pour moi, les « motivations » doivent « motiver » suivant leur utilité.
      Jusqu’à présent le monde actionnarial a plutôt prouver sa nocivité.

      Allez, faites vous plaisir parler nous du ruissellement, on l’attends de pieds ferme celle-là ;)


    • Buzzcocks 28 avril 09:41

      @Yaurrick
      On parle de ne pas verser de dividendes en cette période de crise cataclysmique... car si on laissait faire la fameuse main invisible du marché, c’est simple, toutes les boites seraient mortes.
      Air France-KLM
      Renault
      etc...
      Ca va toucher des milliards d’aide pour survivre.
      Tout comme toutes les boites dont les ouvriers sont indemnisés par l’état et qui pourraient éventuellement les récupérer quand la crise sera finie.

      Donc c’est bien simple, si les banques centrales et les états ne viennent pas sauver les meubles, les actionnaires n’auraient pas de dividendes mais strictement plus rien.

      Vous pouvez donc admettre que ça serait bizarre que Air France touche des milliards pour sa survie et se servent du pognon juste pour verser des dividendes.

      L’auteur de l’article est comme vous, complètement à côté de la plaque... mais on connait les libéraux, privatiser les profits, étatiser les pertes.


    • Yaurrick Yaurrick 28 avril 12:33

      @Inquiet
      Et donc ? Que ce soit les salariés ou les actionnaires, les uns comme les autres n’interviennent pas dans les entreprises à titre gratuit : ils espèrent en retirer un profit.
      La seule différence, c’est que l’actionnaire n’a aucune garantie de récupérer sa mise, au contraire du salarié qui a un salaire contractuel.
      Qu’à voir le ruissellement avec la politique de distribution des dividendes ? Rien, absolument rien.

      @Buzzcocks
      Votre discours est assez paradoxal, d’une part vous dites que si on laisse faire la fameuse main invisible du marché, il y aura des faillites, et d’autre part vous semblez déplorer qu’il faille ensuite sauver les entreprises.
      Il bien comprendre que Les entreprises ne sont pas éternelles, elles grandissent, elles meurent, elles sont remplacées par des nouvelles mieux adaptées (cf la destruction créatrice), et cela existe depuis des siècles. Empêcher les entreprises de faire faillite, c’est empêcher l’économie de s’assainir et donc une mauvaise allocation des ressources. Et rien à voir avec du libéralisme.


    • Buzzcocks 28 avril 16:41

      @Yaurrick
      Actuellement si les états n’interviennent pas... vous n’avez plus une seule entreprise, des émeutes et plus d’état. Donc vos théories shumpeteriennes qui datent de 100 ans, vous les rangez au placard. Quand Shumpeter a écrit ses théories, le pétrole n’était pas donné, et on ne s’échangeait pas les actions en micro-seconde avec du trading haute fréquence qui n’a aucun sens. Et les taux d’intérêt à 0 n’existaient pas.... 
      Parce qu’une action, ça permet en théorie de trouver du capital pour financer des projets... A une époque où l’argent est distribué par les banques, pourquoi aller en bourses et rémunérer des actionnaires, alors qu’on vous prête de l’argent pour 0.
      Simplement parce que l’action a été détournée de sa fonction première, elle ne sert plus à financer des projets mais à rémunérer des dirigeants, les plus values étant moins taxées que les salaires.... d’autant plus quand le siège est mis en Hollande ou au Luxembourg.


    • Yaurrick Yaurrick 28 avril 21:07

      @Buzzcocks
      Les théories de Schumpeter sont au contraire toujours d’actualité. Ce n’est pas parce que le HFT n’existait pas ou que le pétrole coutait cher que cela change la validité de la destruction créatrice. Kodak aurait bien aimé que la destruction créatrice n’existe pas !
      Libre à vous de cautionner de faire tout et n’importe quoi avec l’argent publique en matière de sauvetage d’entreprises, les exemples ne manquent pas.

      Lorsque vous parlez du détournement de la fonction des actions, il faut bien comprendre que la fiscalité est trop souvent le catalyseur, particulièrement dans le cas de la France qui est malheureusement un enfer de ce point de vue. Et dans tous les cas, la politique de rémunération des actionnaires ne regarde que l’entreprise. Si en plus on passe par de fortes émissions de monnaie sans contrepartie comme le sont les QE, c’est le meilleur moyen d’encourager les mauvais investissement et prises de risques inutiles.


    • Pere Plexe Pere Plexe 30 avril 14:34

      @Yaurrick
      « Le versement de dividendes impacte mécaniquement la valorisation des actions, qui diminue d’autant. »

      NON
      C’est bien là que réside l’arnaque de cet article.
      La réalité est : le versement de dividendes impacte la valorisation des actions.
      Mais ça n’a rien de mécanique et encore moins de proportionnel.
      Le versement de dividende impact l’actif d’une société.Mais sa valorisation dépends de beaucoup d’autres facteurs souvent bien plus déterminants (comme les perspectives qui s’offre à elle). 


  • Pere Plexe Pere Plexe 27 avril 15:16

    le dividende n’est pas une rémunération de l’actionnaire !

    Ben si.

    Une rémunération qui ressemble de plus en plus à une rente tant elle est devenue due.

    Le dividende n’a pas d’effet positif sur le patrimoine de l’actionnaire.

    Pas plus que le salaire n’a d’effet positif sur celui du salarié.

    Pas moins non plus. Dans les deux cas se sont des entrées d’argent qui peuvent être réinvesties ou dépensées.

    Si une entreprise vaut 100 000 euros en année N, puis fait 10 000 euros de bénéfice en année N+1, alors elle vaudra 110 000 euros

    Ben non.

    La valorisation d’une entreprise est bien plus complexe est n’est JAMAIS le seul résultat de ses bénéfices cumulés. Elle dépend entre autres choses des perspectives qui s’offrent à elle. Les nombreuses faillites à venir confirmeront que c’est l’intérêt que peuvent avoir des repreneurs qui fixe in fine le prix.

    Le vrai sujet est ailleurs. Il est clairement dans l’affectation des bénéfices de manière plus générale


    Oui.

    Mais c’est mal barré compte tenu des contresens de l’article...


  • L'apostilleur L’apostilleur 27 avril 16:51

    « ...Le dividende est un vrai sujet, car c’est la partie visible de l’iceberg »

    Oui si l’on considère qu’un seul mouvement achat-vente d’action peut rapporter plus en 1 jour que ses dividendes.

    Le problème est ailleurs.

    En quelques dizaines d’années, la part des bénéfices versées aux actionnaires est passée de 10 % à 90 %.

    Ramenez ce pourcentage à 30% et vous referez le monde !

     


  • cilaos 28 avril 10:34

    Interdire les dividendes voilà une idée bizarre et pourquoi pas interdire tant qu’on y est la vente d’armes en temps de crise !


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