jeudi 20 septembre 2018 - par Michel J. Cuny

Faut-il vraiment répondre au cancer rien que par la guerre totale ?

Dans un livre publié aux Editions de La Découverte en 2012 – Les secrets du vivant : contre la pensée unique en biologie -, Michel Morange, dont il ne sera sans doute pas vain de rappeler qu’il est lui-même spécialiste de biologie moléculaire mais aussi, et peut-être surtout, philosophe et historien des sciences, n’y allait pas par quatre chemins :

« Le programme de séquençage du génome humain avait, il y a quelques années, été présenté comme devant nous apprendre tout sur nous-même.  »

Et nous voici aussitôt mis en alerte : n’est-ce pas ce qui se sera passé ?… Ne serions-nous pas sur la bonne voie ?… N’y aurions-nous pas déjà fait quelques pas très assurés ? Il paraît que non… Et voilà que certains prophètes des lendemains qui chantent auraient à rendre des comptes :
« Comment justifier la naïveté de certaines déclarations faites au moment du lancement du séquençage du génome humain ? »

Tout cela n’aurait donc été que « naïveté » !…

Ici, l’historien des sciences nous propose un petit retour en arrière :


« La découverte des « gènes du cancer » dans les années 1980 a apporté un modèle moléculaire de la transformation cancéreuse : le cancer est dû à une mutation, dans certaines cellules de l’organisme, de gènes dont la fonction normale est de contrôler la division cellulaire en l’adaptant aux besoins de l’organisme. Une cellule cancéreuse est une cellule qui est devenue insensible à ces signaux de régulation. »

Effectivement, tout cela était d’une grande clarté… Tellement que la cellule cancéreuse se mettait en quelque sorte à nous faire moins peur, tellement elle perdait tout à coup en étrangeté !… Elle faisait donc la sourde oreille : il ne nous restait plus qu’à trouver le moyen de nous faire à nouveau entendre d’elle.

Le découpage du génome en rondelles laissait présager de bien belles choses : les « gènes du cancer » n’avaient plus qu’à se bien tenir : d’où le son du clairon dans la – jusque-là – morne plaine du cancer, et de toutes les déroutes auxquelles cette terrifiante maladie avait donné lieu.

Et c’est de cela que Michel Morange vient tout à coup rompre le charme… auquel il nous est certainement difficile de renoncer. Car, manifestement, le cancer ne veut surtout pas tenir compte des arguments que nous lui opposons pour le faire revenir dans le droit chemin de l’intégration à cette communauté organique qu’exige la vie de l’individu lui-même :
« Les très nombreux travaux réalisés depuis les années 1980 n’ont pas remis en cause ce modèle du cancer, mais ont au contraire révélé toute la palette des mécanismes moléculaires que la cellule cancéreuse utilise pour échapper à la surveillance de l’organisme.  »

Cependant, à travers les explications que va maintenant nous fournir Michel Morange, nous allons pouvoir prendre connaissance, justement, du langage que nous essayons de tenir à la cellule cancéreuse… C’est le langage des armes…

Ah, certes, ce n’est plus le canon de 75 millimètres – qui nous a tellement réussi contre l’envahisseur allemand en 1914-1918… Voyons cela :
« Avec la découverte des mécanismes moléculaires impliqués dans la transformation cancéreuse, il devient en effet envisageable de cibler spécifiquement les protéines et les enzymes dont le dysfonctionnement est à l’origine du cancer ; et non plus, comme aujourd’hui, de tuer non spécifiquement toutes les cellules qui se divisent, cellules cancéreuses mais aussi cellules dont le renouvellement permanent est nécessaire à la vie de l’organisme, comme par exemple les cellules du sang.  »

Ainsi, inutile – grâce aux progrès envisageables du côté de la détermination des cibles – de tirer dans le tas des cellules bien obéissantes qui se trouveraient par malheur dans les environs des cellules récalcitrantes…

Mais, il s’agit – encore et toujours – de vaincre le cancer en lui faisant une guerre impitoyable… La réponse est-elle vraiment à la hauteur de la question qu’il nous pose ?

Clic suivant : De gentils patients qui ne seraient que les dindons d'une véritable foire ?



11 réactions


  • gaijin gaijin 20 septembre 2018 09:53
    c’est toute la vision de la médecine basée sur le combat contre la maladie qui devrait être changé mais ça ne serait pas rentable ......
    l’heure est a trouver le moyen de faire des médicaments a des gens en bonne santé pour augmenter les bénéfices ....alors soignez vous pour sauver la croissance et les emplois !


  • foufouille foufouille 20 septembre 2018 10:12
    la médecine n’a rien de simple donc c’est un charlatan.


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 septembre 2018 11:06

    De toutes les maladies, c’est bien la plus « perverse ». 


  • troletbuse troletbuse 20 septembre 2018 13:01
    il devient en effet envisageable de cibler spécifiquement les protéines et les enzymes dont le dysfonctionnement est à l’origine du cancer
    Mais ca fait 30 ans que l’on dit ça. Ou bien on nous l’a fait croire. Mais c’est seulement « envisageable »

  • Alcyon 21 septembre 2018 17:07

    Quand un gugusse parle du cancer comme d’un tout, on a compris qu’il n’y connaissait rien et ne brasse que du vent. Chaque type de cancer possède de grosses différences, ce serait comme parler de toutes les maladies respiratoires dans un tout qui n’aurait aucun sens. Allez gugusse, retourne à tes âneries.


    Pourquoi la « recherche n’avance pas » ? Car elle avance mais qu’en se cachant les yeux, on évite de le voir. La survie des personnes diagnostiquée a augmenté, mais comme il y a plus de diagnostics, le nombre de décès augmente, mais le taux de rémission décolle.

    Et le summum est de lire les gugusses qui expliquent qu’un patient fidélisé rapporte plus. Dites les guignols, vous avez regardez combien rapportent les petits vieux en maison de retraite ? C’est bien mieux d’avoir un petit vieux 15 ans en maison de retraite qu’un gars qui consomme des médocs pendant 5 ans à la fin de sa carrière. Réfléchissez un peu.

    Pourquoi la recherche sur le cancer ne semble pas progresser assez vite ? Car la recherche s’est focalisée sur « comment sauver le plus de malades actuels ». Donc ils sont partis sur des solutions avec résultats immédiats, même faible. Il a fallu 30 ans (allez, 20) pour débuter les campagnes de prévention/dépistage et que des techniques différentes de ma chimio soient utilisées. Mais bon, c’est tellement simple de se bercer dans l’illusion de « moi je connais la vérité ».

    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 21 septembre 2018 17:36

      =@Alcyon
      Je ne connais pas personnellement Michel Morange...
      mais pourquoi le traiter de « gugusse » ?...
      Qui êtes-vous donc vous-même ?... Une centrale d’achat vétérinaire ?... (https://www.alcyon.com/)


    • Alcyon 22 septembre 2018 14:39

      @Michel J. Cuny l’Alcyon est un oiseau en grec. Sinon, toutes mes félicitations pour l’appel à l’autorité couplé avec l’incompréhension de ses propos, mais je ne parlais pas de Morage mais de l’auteur de ce torchon.

      Morage parle du « principe » du cancer et d’une stratégie générale. L’auteur parle (en tant que biologiste moléculaire, c’est un peu son domaine d’expertise). L’auteur tire des conclusions sur la lutte contre le cancer (et c’est « légèrement » différent) en appliquant une logique complètement loufoque. Utilisons les passages cités. :

      « Le programme de séquençage du génome humain avait, il y a quelques années, été présenté comme devant nous apprendre tout sur nous-même. »

      « Comment justifier la naïveté de certaines déclarations faites au moment du lancement du séquençage du génome humain ? »

      « La découverte des « gènes du cancer » dans les années 1980 a apporté un modèle moléculaire de la transformation cancéreuse : le cancer est dû à une mutation, dans certaines cellules de l’organisme, de gènes dont la fonction normale est de contrôler la division cellulaire en l’adaptant aux besoins de l’organisme. Une cellule cancéreuse est une cellule qui est devenue insensible à ces signaux de régulation.  »

      « Les très nombreux travaux réalisés depuis les années 1980 n’ont pas remis en cause ce modèle du cancer, mais ont au contraire révélé toute la palette des mécanismes moléculaires que la cellule cancéreuse utilise pour échapper à la surveillance de l’organisme »

      « Avec la découverte des mécanismes moléculaires impliqués dans la transformation cancéreuse, il devient en effet envisageable de cibler spécifiquement les protéines et les enzymes dont le dysfonctionnement est à l’origine du cancer ; et non plus, comme aujourd’hui, de tuer non spécifiquement toutes les cellules qui se divisent, cellules cancéreuses mais aussi cellules dont le renouvellement permanent est nécessaire à la vie de l’organisme, comme par exemple les cellules du sang. »

      et sur un autre « article »

      « Les spécialistes oscillent, sans boussole, entre la recherche de médicaments spécifiques, sans effets secondaires mais à l’action souvent décevante, et des médicaments non spécifiques mais de grande efficacité, aux effets secondaires parfois moindres que ceux qui étaient redoutés. »


      « La diminution de la mortalité associée à certaines formes de cancer résulte le plus souvent de la combinaison adaptée à un type de tumeur de thérapeutiques déjà éprouvées bien que non spécifiques : combinaison de plusieurs principes actifs dans la chimiothérapie, association entre chirurgie et/ou radiothérapie et chimiothérapie. »

      « Certains des progrès viennent simplement de chimiothérapies plus agressives, rendues possibles par la mise au point de protocoles permettant d’en atténuer les effets secondaires. »

      « La diminution que l’on peut espérer du nombre de morts par cancer dans les prochaines années résultera plus de la mise en œuvre de mesures préventives, comme par exemple les restrictions apportées à l’usage de la cigarette, que de ces lents progrès thérapeutiques. »



    • Alcyon 22 septembre 2018 14:41

      Que raconte ce spécialiste ? Que la médecine actuelle obtient de meilleurs résultats dans la lutte contre le cancer par la prévention, que les traitement sont souvent simplement de tout détruire et d’espérer, avec tout ce que ça implique ; tout en essayant de limiter les conséquences d’une telle approche.Il trouve que le « tout génétique » des années 80 était une position naïve, voici l’une de ses conférence



      Dans les années 80, le milieu médical pensait qu’en séquançant complètement le génome, puis en le contrôlant, il serait capable de contrôler intégralement le vivant. C’était une position naïve.Pour revenir aux passages cités, il ne dit rien de « neuf » pour quiconque ayant suivi un minimum de vulgarisation sur le sujet. Alors revenons à l’auteur maintenant. Il parle de « rendre des comptes », comme si la recherche avait à « rendre des comptes » quand une étude prometteuse ne donnait pas les résultats espérés. L’auteur parodie toute la lutte contre le cancer, alors qu’il y a 30/40 ans c’était l’unique technique disponible.

      Mais je ne peux résister à faire un joli quote mining sur l’auteur :

      « Mais, tiens, la cigarette ?… Que vient-elle donc faire en pareille galère ?… »

      Si l’auteur ne comprend pas le lien entre la sèche et le cancer du poumon, mon premier message est encore plus pertinent.

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