Féminisme et masculinisme
Le progrès n'est jamais acquis. La démocratie elle-même est en danger. Les progrès démocratiques si importants dans notre histoire nationale sont battus en brèche. Les guerres, les invasions de pays par d'autres pays nous rappellent à l'ordre, nous qui pensions que l'humanité progressait sans cesse depuis le début des temps.
Dans le domaine de l'égalité homme-femme les droits étaient en évolution constante, même si le chemin à parcourir était encore long pour aller à l'indifférenciation sociétale, homme= femme.
Et puis patatras le masculinisme est arrivé ; venu des USA, il atteint la France avec son cortège d'âneries véhiculées par les virilistes : la femme n'est pas un homme ( certes !) et elle doit se cantonner à son rôle de femme, tel que eux le conçoivent. La vieille devise du maréchal Pétain ("travail, famille, patrie") se traduit par l'idée de retour de la femme au foyer, de l'homme tout puissant, de la femme qui s'occupe des enfants, cantonnée à son univers hors du temps. La femme actuelle est l'ennemie : trop de liberté, trop d'exercice du pouvoir, trop d'égalité.
On peut entendre : "maintenant, pour réussir, il vaut mieux être une femme qu'être compétent". Pour 4 hommes sur 10 la promotion de l'égalité femmes-hommes aboutit à discriminer les hommes. Des applications, des réseaux, prônent le culte de la performance virile, les rapports de force dans le couple. Les droits acquis par les femmes sont souvent vilipendés. L'emprise n'est pas loin.
Sombre tableau !
Heureusement un livre est tombé entre mes mains et il m'a reboosté comme il va vous rebooster, vous qui pensez que les femmes sont les égales des hommes, que les hommes sont les égaux des femmes.
Aurélia Blanc, Maelline, Anjuna Bouton ont publié aux éditions Marabulles une BD (roman graphique) de 124 pages, totalement réussie, attractive : "Eduquons nos fils"."Comment élever des enfants de façon égalitaire dans un monde encore empreint de stéréotypes ? Comment préparer une fille aux défis qui l'attendent et apprendre à un garçon à devenir un allié de la cause féministe. Des récits qui explorent des pistes sous un angle trop souvent négligé : l'éducation des garçons".
En un mot apprenons à parler aux hommes.
L'histoire de la BD en dessins calibrés et en bulles limpides, commence par le portrait d'une femme enceinte : "Qu'est-ce qu'on fera si on a un garçon ?" Elle se remémore toutes les agressions verbales, physiques pendant l'enfance et l'adolescence en tant que fille ordinaire. Puis une discussion entre amis où se pose la question du sexe de l'enfant à venir et de la préparation des parents face au féminin et au masculin. Nombreux témoignages pertinents... Et les poncifs pleuvent : "je dis pas que y a pas de très bonnes femmes scientifiques ; juste que globalement vous êtes quand même plus impulsives, vous agissez sans réfléchir... Ce n'est pas une qualité idéale pour la recherche". Ou encore dans le domaine de la séduction : "je lui porte son sac, je lui offre des trucs et elle me sort : "ouais, je préfère qu'on reste amis". "Ne pas se laisser désarçonner par un non. Insister".
Autre exemple : Soraya et Sylvain qui discutent sur les activités de leur garçon. Soraya va s'informer sur les règles du foot pour être au contact avec son fils joueur. Sylvain va lui laisser découvrir des choses de filles, lui permettre de pleurer, contrairement à l'adage : "on ne pleure pas quand on est un garçon, un homme". Dans son livre best-seller précédent, "Tu seras un homme féministe mon fils", Aurélia Blanc donne l'exemple d'un garçon promenant une poupée dans une poussette. Une dame âgée lui dit : "tu joues à la maman" et il répond : "non je joue au papa".
Autre exemple : Gérard impose une relation à sa femme : " c'est ma femme quand même !" alors qu' "elle n'a pas la tête à çà". Voilà qui doit faire réfléchir...
Et c'est N'Deye et Lucas qui parlent de leur première expérience amoureuse : "je me suis un peu forcée mais çà a été, hein !" ; "bon, çà devenait dur de faire ceinture comme dit mon daron, mais je l'ai convaincue". Voilà qui interpelle. Ainsi que ces pages qui relatent des situations où le garçon doit être fort, fort, fort : la guerre, le travail, le sport, la chasse, la pêche, le bricolage, la maladie, la vieillesse.Est-ce raisonnable d'imposer ces attitudes de force aux garçons ? De même peut-on critiquer la fille qui a un problème de gestion de la violence, convoquée avec ses parents par la Cpe qui n'a pas entendu,vu en classe les "t'as vu les nibards de Manon !, tu veux voir ma grosse teub à la pause !, les "pouet-pouet sur les seins".
Réfléchissons avant de juger. Dans la cour de récréation, si les garçons ont besoin de place pour jouer au foot, les filles qui veulent utiliser la corde à sauter ont besoin elles aussi d'espace. Le compliment pour le garçon ne doit pas être continuellement : "t'es costaud" et pour la fille :" t'es drôlement jolie". Les filles en ont marre que les garçons les traitent de pute parce qu'elles n'ont pas voulu coucher avec eux, mais aussi parce qu'elles ont eu des rapports sexuels avant eux.
Dans ces relations affectives et sexuelles, la jeunesse est très impactée par l'industrie pornographique : "beaucoup d'enfants font leur première éducation sur des sites pornographiques... les pratiques violentes vécues comme courantes car normalisées". "Les garçons les plus à l'aise avec leur sexualité et les plus à l'écoute de leurs partenaires sont ceux dont les parents y compris les pères, leur ont parlé de sexe, progressivement, d'une façon appropriée à leur âge".
Il faut donc parler aux garçons, parler aux hommes aussi, du respect pour chaque personne, chaque individu, sans humilier gratuitement, sans blesser l'autre, parler de la manière dont l'homme traite les femmes, comment dans le couple sont partagées les tâches de la vie au quotidien. Pour lutter dignement contre la domination masculine d'un autre temps, totalement obsolète. En acceptant les critiques sur les réflexes sexistes. En parlant "entre potes" aussi, autrement qu'avec les mots du café du commerce.
Evidemment tous les hommes ne sont pas des violeurs. Le masculinisme, le virilisme ne sont pas encore en pays conquis. Mais si on n'inverse pas la tendance, si l'éducation des garçons n'évolue pas dans le bon sens, le risque est grand de dérapages non contrôlés. Il ne faut pas se contenter de dire :" protégeons nos filles". Relisons Benoite Groult : " le féminisme n'a jamais tué personne, le masculinisme tue tous les jours".
La BD "Eduquons nos fils" est là pour aider les hommes qui ont les yeux ouverts à lutter contre le sexisme. Et pour ceux qui s'interrogeraient sur ce qu'est la virilité au travers de l'histoire, Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine ont écrit 3 tomes de leur "Histoire de la virilité".



