samedi 13 décembre 2008 - par Renaud Bouchard

Foi en l’Homme

La France s’est honorée en créant un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme. L’idée, féconde, fragile mais perfectible, est là. Le pas a été franchi, que d’autres pays auraient été incapables de faire.

Au moment du 60ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme, les propos de Bernard Kouchner dans le quotidien Le Parisien du mercredi 10 décembre 2008 ont beaucoup surpris. Le ministre des Affaires étrangères, chef de la diplomatie, a en effet jugé que son idée de créer un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme était une « erreur », estimant qu’il existait une : « contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France ».

« Cette contradiction peut être féconde mais fallait-il lui donner un caractère gouvernemental en créant ce secrétariat d’Etat ? Je ne le crois plus et c’est une erreur de ma part de l’avoir proposé » à Nicolas Sarkozy, a-t-il ajouté. « On ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’Homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme ».

Vous vous trompez, Monsieur le Ministre : c’est précisément parce qu’il existe une contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la politique étrangère des Etats, quels qu’ils soient, que ces droits doivent être en permanence réaffirmés et posés comme des normes universelles face à tous ceux qui, au nom d’intérêts particuliers, refusent d’admettre ce qui les gêne : la Charte des Nations Unies ( 26 juin 1945) , et la Déclaration universelle des droits de l’Homme (10 décembre 1948), deux textes magnifiques en faveur d’un consensus indiscutable sur la valeur suprême de la personne humaine.

En créant un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme, vous avez mis en avant la Charte par laquelle les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, en se déclarant résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

De la protection des libertés publiques à l’échelle nationale, du fichage des citoyens considérés comme « ennemi intérieur », des violences policières aux brutalités et aux comportements avilissants dont une récente actualité vient encore de donner des exemples flagrants à la destruction de leurs pays par des dictateurs sanglants auxquels ont ne peut que souhaiter de rendre compte de leurs agissements, voire de la promotion d’une sauvagerie politique, économique et sociale au nom d’une course éperdue aux profits, il existe un fil conducteur, toujours le même, qui est précisément cette contradiction apparente que seule l’affirmation constante d’une universalité du respect de la vie humaine peut permettre de surmonter.

De la Cour Pénale Internationale aux dispositions du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies , l’idée est la même : l’universalité des droits de l’Homme.

De Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, à Rony Brauman, en passant par Amartyan Sen et Mario Bettati, l’idée est la même, malgré les hésitations ou les erreurs : une foi absolue en l’Homme. « Dans ce monde qui va en se rétrécissant, chacun de nous a besoin de tous les autres. Nous devons chercher l’homme, partout où il se trouve. Quand, sur le chemin de Thèbes, Oedipe rencontra le Sphinx qui lui posa son énigme sa réponse fut : l’Homme. Ce simple mot détruisit le monstre. Nous avons beaucoup de monstres à détruire. Pensons à la réponse d’Oedipe. »

Discours de Giorgos Seferis au Banquet du Prix Nobel, prononcé en français © Fondation Nobel 1963

Sources :

http://www.leparisien.fr/politique/droits-de-l-homme-l-interview-choc-de-kouchner-10-12-2008-337334.php

http://www.senat.fr/rap/r98-313/r98-313.html

http://www.un.org/french/aboutun/charte/chap7.htm

http://www.respublicanova.fr/spip.php?article349



10 réactions


  • 9thermidor 13 décembre 2008 12:23


    les "droits de l’ homme" sont une escroquerie idéologique .

    inventée par de prétendus "philosophes " aux moeurs et aux idées pourries,

    pour fonder une anti-civilsation anti-catholique

    deux siècles de calamités et de guerres ont suivi l’ érection de cette idole corrompue et corruptrice.

    il est encore temps de faire la contre-révolution...

    avant le cimetière

    vive le roi !


  • appoline appoline 13 décembre 2008 12:39

    Kouchner lui-même une belle erreur. Seulement il ne le sait pas encore.


  • Jason Jason 13 décembre 2008 14:34

    Bonjour,

    Si ce nouveu secrétariat fonctionne comme le ministère de la justice, ça nous promet une belle crise de foi... sans parler de l’ingestion de nombreuses couleuvres.

    Et puis, si la confiance en les gens était aussi idéale que vous le clamez, nous n’aurions pas besoin des sixante-trois codes de lois qui font de ce pays une usine à gaz sans nom.

    Cordialement


    • Deneb Deneb 13 décembre 2008 15:37

      l’humain est bon, c’est l’argent qui le pourrit. Si vous voulez que tout le monde soit honnete, c’est simple : eliminez l’argent.


    • 9thermidor 14 décembre 2008 15:29


      sans argent , que mangez-vous ?

      Coluche disait avec bon sens : "
       "les pauvres sont les gentils , les riches sont les méchants, ...et le monde est plein de gentils qui veulent devenir méchants !"


  • L'enfoiré L’enfoiré 13 décembre 2008 15:47

    @L’auteur,

     J’ai aimé le titre, parce que c’est de l’homme et de lui seul que viendra une vérité. C’est pour le côté face. Les Droits de l’Homme sont toujours une référence à géométrie variable dans le temps et l’espace. Ca c’est le côté pile. Espérance de jours meilleurs et solidaires.


    • JONAS Virgule 13 décembre 2008 20:49

      @ L’Enfoiré :

      Tu dis : " Ca c’est le côté pile. Espérance de jours meilleurs et *solidaires ".

      Je dirais aujourd’hui : " *Secondaire " !….ou Solitaire ".

      La vérité ! C’est que l’homme qui a faim, ne connaît qu’une loi, celle de son estomac.

      Tiens ! Ca me fait penser que si je ne prépare pas mon repas, je vais bouffer froid !

      Zut ! Le réfrigérateur est vide et je n’ai plus de " blé " !

      Mais, c’est vrai mon voisin a un poulailler ! C’est parti ! Un sac et je mangerais du poulet rôti ce soir.

      Boutade, mais l’Homme, c’est ça, ne déplais à tous….

      Bonne soirée.  smiley

       

       


  • JONAS Virgule 13 décembre 2008 17:32

    @ L’Auteur :

    En guise de Foi, j’ai peur de vous en faire attraper une !

    C’est quoi les Droits de l’Homme ? Ceux d’accepter qu’ils vivent à vos dépens ?

    C’est l’obligation de nourrir tous ceux qui ont faim ? Tous ceux qui baisent sans restrictions ! Ceux qui mettent en pratique les conseils de notre yaourt ! Pardon de Benoît XVI, du Coran ? De leurs coutumes ?

    Et si nôtre gamelle est vide ! On fait quoi ?

    Vous rêvez mon cher Monsieur ! Et vous illusionnez ce qui est plus grave.

    Vous êtes mûr effectivement pour faire de la politique, comme vous le mentionnez dans votre CV.  smiley

    @ ----


  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 13 décembre 2008 20:54

    Merci à chacun pour vos messages. Je réponds tout d’abord à « Thermidor » (superbe pseudonyme, soit dit en passant) pour qui (je le cite) « les "droits de l’homme" sont une escroquerie idéologique inventée par de prétendus "philosophes " aux moeurs et aux idées pourries, pour fonder une anti-civilisation anti-catholique ». Mais pourquoi anti Catholique ? καθολικός signifiant universel, serait-ce que les Droits de l’homme iraient à l’encontre de cette universalité qui, précisément, est la pierre angulaire du Christianisme ? Etre sensible à la question des Droits de l’Homme, pris de manière générique, n’exclut pas pour autant une certaine lucidité. Un auteur aussi clairvoyant et passionnant que Joseph de Maistre, par exemple, qui a su argumenter à son époque avec pertinence son rejet des droits de l’homme pris comme émanation de la Philosophie des Lumières dont il fut un farouche adversaire, a très bien perçu qu’en identifiant les intérêts nationaux à ceux du genre humain,  les révolutionnaires français ne se sont pas élevés à l’universalité d’un principe unificateur : ils ont surtout dévoilé les potentialités funestes d’un impérialisme portant en lui les germes de la Terreur. De même, à propos  de la souveraineté du peuple, qui fonde la démocrate, de Maistre a-t-il dénoncé les illusions de l’égalitarisme que démentent, dans l’exercice effectif du pouvoir, les prérogatives dévolues à une caste de nouveaux privilégiés : puisque, selon lui, « le régime représentatif, en remettant le pouvoir réel entre les mains de quelques élus, est un système qui conduit inévitablement à l’oppression du plus grand nombre. » Voyez en ce sens Joseph de Maistre, Œuvres, suivies d’un Dictionnaire de Joseph de Maistre, texte établi, annoté et présenté par Pierre Glaudes, Robert Laffont, Collection « Bouquins », 2007, 1348 p.

    Mais la pensée de Joseph de Maistre,  catholique ultramontain et indéfectible défenseur de la papauté, était celle d’un homme profondément religieux, fidèle à l’Eglise, au Roi, à Dieu et à la France, qui avait de sérieuses raisons de rejeter ces principes universels qui, avec la Révolution, avaient mis à bas et de manière affreuse le monde qui était le sien. Mais ce monde ne profitait qu’à une minorité. Pour de Maistre, l’homme abstrait, universel et désincarné, postulé par l’humanisme des Lumières, cet homme-là n’existe pas à proprement parler. C’est une « hypothèse idéale » ou encore un « sophisme métaphysique » tout droit issu de l’imagination démiurgique des révolutionnaires. Où se cache cette créature fantasmée, cet homme libre et égal à tous ses semblables, porteur de droits inaliénables et sacrés ? Cet individu si rationnel qu’il serait à même de s’autodéterminer dans ses choix moraux et politiques ? Cet homme si sage qu’il aurait un jour signé un « contrat social » avec ses concitoyens, un pacte fondateur dont il serait lui-même l’auteur ? De vous à moi, nous dit Joseph de Maistre, s’il y eut pacte, c’est avec le diable. Cet homme-là est une chimère maléfique, une dangereuse imposture idéologique, responsable de la Terreur et de la dictature napoléonienne. Pour ce monarchiste ultramontain, la Révolution est responsable du second péché originel : avoir substitué à l’ordre traditionnel, hiérarchique et voulu par Dieu, l’image fictive d’une société autofondée, individualiste et égalitaire. Un geste si blasphématoire qu’il faut y voir « l’ombre de Satan. » L’homme des Lumières, en proie à un délire prométhéen, a, selon de Maistre, commis le sacrilège suprême – la dissolution pure et simple du droit divin – au nom d’une confiance naïve et présomptueuse dans les pouvoirs de la raison. À Kant exhortant chacun à « avoir le courage d’user de son propre entendement » (sapere aude), de Maistre répondait que « le chef-d’oeuvre de raisonnement est de découvrir le point où il faut cesser de raisonner » et a fait l’apologie des « préjugés utiles ». Les spéculations métaphysico-morales ne valent pas une heure de peine : seuls comptent les faits, dit-il. La valeur d’une institution, d’une loi ou d’une coutume ne se mesure qu’à l’aune de sa longévité. La seule consécration légitime est celle du temps, de l’ancienneté et de l’en­racinement. En réalité, l’homme ne fabrique pas la société, c’est la société qui le façonne à son insu. Alors, malgré ce long détour par la pensée de Joseph de Maistre, escroquerie idéologique anti civilisationnelle et anti chrétienne ? Je n’en suis pas sûr.

     

    Deux siècles plus tard, en effet, je suis pour ma part enclin à considérer que, d’une certaine manière, il est des hommes et des femmes qui ont su montrer, et qui prouvent tous les jours par leur engagement personnel, par leurs actions, par leur intégrité morale, par le respect de valeurs universelles précisément héritées d’une sensibilité chrétienne en générale et catholique en particulier, la profondeur et la caractère intangible des droits de l’homme tels qu’énoncés dans les Déclarations successives dont nous parlons. Regardez ce que furent les vies d’Etty Helsum, de Simone Weil (celle de La Pesanteur et la Grâce), et plus près de nous, encore, de Raoul Follereau (celui de L’heure des pauvres, de La bataille de la Lèpre , ou d’Un jour de guerre pour la paix), et vous verrez comment on peut rédimer les Droits de l’Homme, même si ceux-ci ne sont pas respectés.

     

    Pour Apolline (« Kouchner lui-même une belle erreur. Seulement il ne le sait pas encore. »),  je m’interroge aussi. Jason n’a pas tort, qui énonce : « Et puis, si la confiance en les gens était aussi idéale que vous le clamez, nous n’aurions pas besoin des soixante-trois codes de lois qui font de ce pays une usine à gaz sans nom. » Mais je dois lui dire que, vu de ma propre expérience, c’est précisément au-delà des « soixante-trois codes » précités (ils sont au nombre de…80, en réalité !) qui malgré tout disent le Droit,  c’est parce qu’il existe un corpus juridique établi sur les principes qu’énoncent les Droits de l’Homme, que des avocats, des magistrats, des juristes, des médecins, des citoyens, une foule de gens anonymes mais efficaces, se refusent à admettre des situations quotidiennes où ne règnent que l’arbitraire, la brutalité et le mépris de la personne humaine. Deneb et l’Enfoiré (qui est loin de l’être) savent, et ils ont raison, qu’ « un autre monde est effectivement possible ». Je le crois aussi. Et contrairement à ce que pense Virgule qui craint de me faire attraper une « crise de Foi » -qu’elle se rassure sur ce point -, je suis bien loin de m’illusionner et de dire que les Droits de l’Homme sont « ceux d’accepter qu’ils (les hommes, sans doute ?) vivent à nos dépens ».

    Je lui suggère de s’intéresser avec profit à la vie et à l’engagement de René Cassin, par exemple. C’est précisément parce qu’il a voulu « effacer toute frontière entre les hommes, reconnaissant à chacun d’entre eux les mêmes droits inséparables à la dignité d’être », qu’il a réussi à faire en sorte que l’ONU adopte  la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme  en 1948. Alors oui, je suis effectivement mûr pour faire de la politique, simplement parce que comme l’a écrit Teilhard de Chardin : “Il faut à l’Homme croire à l’Humanité plus qu’à lui-même, sous peine de désespérer” (”L’Énergie Humaine” - VI p.38).


    • JONAS Virgule 13 décembre 2008 23:21

      @ L’Auteur : Renaud BOUCHARD…

      Vous concluez par : " "Il faut à l’Homme croire à l’Humanité plus qu’à lui-même, sous peine de désespérer" "

      L’humanité est une idée globale de l’homme - dieu et c’est là que vous faites une erreur magistrale, je vous le démontre :

      Les Droits de l’Homme, sont une invention humaine, vous en êtes conscient.

      Un homme a fait beaucoup plus simple et explicite, en une phrase, Jésus :

      " Ne faites pas aux autres, ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse ! "

      Pas besoin d’un étalage d’articles comme dans la Déclaration des DH. Pas de risque d’interprétations fallacieuses.

      Vous n’ignorez pas politiquement, qu’en demandant au Corbeau de la fable de dire OUI ou NON, il ouvre son large bec et laisse tomber son fromage !

      C’est ce que font les politiques et que vous venez de faire avec cet article.

      En tranchant la tête de Louis XVI, nous sommes passés du pouvoir d’Un (le cerveau) vers tous, au pouvoir de tous vers un ou quelques-unes.

      C’est le corps ( *Les citoyens), qui même démocratiquement, donne des ordres au cerveau… !

      Le cerveau doit obéis aux pulsions du *corps… !

      Vous aurez bien compris que le corps correspond à votre humanité déifiée, j’espère !

      Personnellement, je pense que c’est le retour à l’animal, la négation de l’élite, les hommes se prennent pour Dieu ! Alors qu’ils retournent vers la bête.

      Sachant que l’homme est un prédateur, en détruisant la notion de Dieu, vous l’avez affranchi, c’est vrai ! Mais vous êtes aujourd’hui, incapable de le maîtriser.

      Vous pouvez, retourner le problème dans tous les sens, la foi en l’homme est une absurdité, c’est écrit dans la Bible depuis plus de 1 500 ans !

      " L’homme est incapable de guider ses pas ".

      Cette foi que vous exaltez, je ne la partage pas ! Car votre Homme dieu, il est dans un piteux état !

      Bonne nuit.

       

       

       


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