samedi 3 octobre - par Patrice Bravo

France : ça sent Mai 68 ?

Les mobilisations étudiantes en France ont débuté en raison de carences concrètes dans les établissements d'enseignement et se sont intensifiées face aux projets de réduction des dépenses publiques pour le budget 2027 ; près de 2000 jeunes ont été interpellés ces derniers jours. 

L'exécutif prévoit ainsi un plan d'économies massif de 54 milliards d'euros ainsi que le gel de l'indice salarial des fonctionnaires, alors que des syndicats comme la CGT dénoncent le fait que les salaires de la fonction publique n'ont augmenté que de 5% depuis 2017, contre une inflation cumulée avoisinant les 24% ; une grève générale paralysant le pays n'est pas à exclure. 

Un nouveau Mai 68 ? Dans son livre Le Loup des steppes (Der Steppenwolf, 1927), Hermann Hesse dépeint le sentiment d'angoisse, de désespoir et de désarroi qui s'est emparé de la société européenne durant l'entre-deux-guerres ; il livre une analyse lucide de la folie d'une époque où l'ancien monde agonise sans que le nouveau ne soit encore né. Dans cette œuvre, il critique avec véhémence la société bourgeoise — « la décadence de la civilisation » —, cette dictature invisible qui anéantit les idéaux de l'individu originel pour le transformer en un être dépourvu d'esprit critique, craintif et conformiste ; anesthésié par une consommation compulsive de biens matériels, celui-ci finit inéluctablement par grossir les rangs d'une société homogène, uniforme et aisément manipulable. 

Ainsi, Hesse définit le bourgeois comme « une personne qui cherche toujours à se placer au centre, entre les extrêmes, dans une zone tempérée et agréable, à l'abri des tempêtes et des orages violents. Par conséquent, c'est par nature une créature à la vitalité faible, craintive, redoutant de se livrer elle-même et facile à gouverner. C'est pourquoi elle a substitué le régime de la majorité au pouvoir, la loi à la force et le système de vote à la responsabilité. Il est évident que cet être faible et peureux, bien qu'existant en nombre considérable, ne peut se maintenir seul et, compte tenu de ses qualités, ne saurait jouer dans le monde d'autre rôle que celui d'un troupeau de moutons au milieu de loups errants… ». 

Ces réflexions sont toujours valables près d’un siècle plus tard, puisque l’entrée en récession des économies européennes en 2027 mettra en œuvre le stigmate de l’incertitude et de l’incrédulité dans une société immergée dans la culture de l’État-providence du monde occidental et conduira ensuite à un choc traumatisant lors du passage vertigineux des niveaux de bien-être à la dure réalité de la perte d’emploi et des expulsions qui en découlent, de l’immersion dans les seuils de pauvreté et de la dépendance exclusive aux aides sociales, donc un processus de catharsis et de métanoïa collective ultérieure semble inévitable. 

Le terme « métanoïa » (du grec metanoien) désignerait « une figure de rhétorique consistant à se rétracter sur une affirmation précédente pour la corriger et l'adapter à un nouveau contexte » ; transposé à la conjoncture socio-économique actuelle, cela se traduirait par « transformer son esprit pour adopter une nouvelle façon de penser — avec des idées inédites, de nouvelles connaissances et une attitude totalement nouvelle — face à l'émergence de ce nouveau scénario socio-économique ». 

Cela implique une double connotation : un mouvement physique (revenir sur ses pas) et un mouvement psychologique (un changement de mentalité, après avoir rejeté les vieux stéréotypes économiques en vigueur au cours de la dernière décennie). Il en résultera, comme effet bénéfique, la libération de la part indomptée de l'individu originel — le « loup des steppes » — qui était restée tapie au plus profond du cœur, anesthésiée et opprimée par la tyrannie de la manipulation consumériste propre à la société bourgeoise occidentale. 

Par conséquent, nous assisterons en Europe à l'émergence d'un nouvel individu, fort d'une conscience critique solide et porté par des valeurs tombées en désuétude — telles que la solidarité et l'indignation collective face à la corruption et à l'injustice ambiantes. Sous le mot d'ordre « il est interdit d'interdire », il déclenchera un raz-de-marée populaire pour dénoncer le déficit démocratique, social et éthique de l'élite dominante actuelle. 

Il instaurera également un chaos constructif capable de dissiper l'opiacé inhibiteur de la conscience critique (le consumérisme compulsif) et provoquera la métanoïa nécessaire à la naissance d'un individu prêt à transgresser les normes et les lois imposées par la « monarchie des ténèbres ». On ne saurait exclure, à l'horizon de la prochaine décennie, une réédition de Mai 68, l'effondrement du château de cartes mercantiliste de l'Union européenne actuelle, un retour à des compartiments économiques étanches et, enfin, la reconfiguration cartographique d'une nouvelle Europe des peuples. 

Germán Gorraiz López, analyste politique 

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33 réactions


  • sylvain sylvain 3 octobre 15:04

    Non, ca sent 1936


    • Nicolas Cavaliere Nicolas Cavaliere 3 octobre 16:44

      @sylvain

      Super, depuis le temps que je veux une sixième semaine de congés payés !


    • sylvain sylvain 3 octobre 16:45

      @Nicolas Cavaliere
      Pas sur que ce soit ce 36 la. Mais on peut toujours rever


    • Patrice Bravo Patrice Bravo 3 octobre 16:54

      @sylvain

      1936 ? Ah, mais en 1936, il n’y avait pas de chemtrails ! Et ni des révoltes de lycéens !


    • Francis Francis 3 octobre 18:57

      @Patrice Bravo
       
      1936 ? Ah, mais en 1936, il n’y avait pas de chemtrails ! Et ni des révoltes de lycéens !

       
      Je ne me suis pas laissé dire que les chemtrails étaient financés par les Pharma. 
      C’est des racontars.


  • Fergus Fergus 3 octobre 15:42
    ça sent Mai 68 ?

    • Fergus Fergus 3 octobre 15:44

      Oups ! Commentaire complet :

      « ça sent Mai 68 ? »
      A mon avis, pas plus que les autres fois où ce fantasme a été exprimé !


    • Patrice Bravo Patrice Bravo 3 octobre 16:54

      @Fergus

      Fanstame ? Il ne se passera rien ?


    • Fergus Fergus 3 octobre 19:34

      @ Patrice Bravo

      Je ne dis pas qu’« il ne se passera rien ». 
      Peut-être y aura-t-il des situations d’émeute ici et là.

      Mais je ne crois pas du tout que cela puisse prendre la forme paroxystique des évènements de Mai 68 au cours desquels, rappelons-le, le mouvement étudiant a été suivi d’une grève générale de plusieurs semaines, et des pans entiers de l’économie complètement paralysés.


  • Gérard Luçon Gérard Luçon 4 octobre 05:27

    en 68 j’étais en 1ère, militant UJCF et PCF, c’est l’annonce en 67 de frais pour accéder aux universités et à l’hébergement (faute de places) qui a mobilisé les lycéens et les étudiants ... En 67 il y a eu aussi la grève à Rhodiaceta, et la mayonnaise a pris « au printemps » ...
    La convergence s’est manifestée grâce à l’existence d’un prolétariat, d’un PC puissant et de la CGT ... l’époque a bien changé, combien d’élus sont d’origine ouvrière ?


  • Gérard Luçon Gérard Luçon 4 octobre 06:11

    Marc Touati, que je suis depuis longtemps, est « alarmiste » en ce qui concerne la situation économique de notre pays, et (par hasard ?) les flics sont en « roue libre » avec un non respect des règles et une violence gratuite croissante ... leur attitude est-elle cautionnée par ceux qui sont au pouvoir pour faire monter la pression puis nous faire accepter des mesures attentatoires à notre liberté et nous faire gober un « Gouvernement de Salut National » ?

    https://x.com/martnimier/status/2105989951208763606


  • jakem jakem 4 octobre 11:54

    1— La violence n’est pas toujours l’expression de la souffrance. Elle peut exprimer la jouissance ...

    Je transfère une chronique de Charles Rojzman publiée @Causeur ( le 2 oct. ) car il n’est pas interdit de le faire ( article en lecture libre, non réservé aux abonnés, et copier-coller possible ) et surtout parce que sa narration de souvenirs, ses impressions actuelles et son analyse sont remarquables et dignes d’intérêt.

    < Lycées : les enfants de la défaite ...
                                  En 2005, souvenez-vous, les banlieues brûlaient. Vingt ans plus tard, la violence franchit les grilles des lycées. Ce n’est plus seulement la périphérie qui s’embrase : le feu gagne les lieux où la République prétend encore fabriquer ses citoyens. Entre ces deux époques, une génération a grandi, des gouvernements se sont succédé, des ministres ont prononcé des milliers de discours, des milliards ont été dépensés. Et une question, toujours la même, revient comme une malédiction : qui détient réellement le pouvoir lorsque ceux qui sont chargés de l’exercer ont perdu la volonté de s’en servir ?

    Il existe désormais des établissements où l’autorité officielle ressemble à ces gouvernements fantômes qui continuent de publier des décrets alors que les milices commandent dans les rues. Le professeur enseigne, le proviseur administre, le ministre proclame. Mais une autre autorité peut surgir, autrement redoutable, qui n’a besoin ni de diplômes, ni de légitimité, ni même de majorité. Il lui suffit de quelques garçons décidés, d’une réputation de violence et de cette peur qui transforme si rapidement les hommes en sujets obéissants.


    • jakem jakem 4 octobre 11:55

      @jakem
      2 — Car la violence possède sa noblesse de pacotille, ses décorations, ses cérémonies et ses petits maréchaux. Une humiliation filmée vaut parfois davantage qu’une réussite scolaire. Un professeur défié, un adolescent terrorisé, un adversaire contraint de baisser les yeux deviennent les trophées d’une gloire misérable que les réseaux sociaux distribuent avec la générosité des empires décadents.

      Et le phénomène déborde largement les quartiers où ces comportements ont pu prendre racine. La musique, les vêtements, le langage, les gestes, les manières de défier et de mépriser composent une culture de la puissance qui séduit une jeunesse beaucoup plus vaste. On peut habiter un quartier tranquille, appartenir à une famille parfaitement intégrée, fréquenter un établissement réputé et rêver néanmoins d’imiter ceux qui font régner la terreur ailleurs. La brutalité est devenue, dans certains univers adolescents, une marchandise culturelle. Elle possède ses vedettes, son esthétique et ses imitateurs.


    • jakem jakem 4 octobre 11:56

      @jakem
      3— 

      J’ai passé une partie de ma vie à travailler là où les hommes avaient cessé de se parler autrement qu’en ennemis. Au Rwanda, avec des rescapés du génocide et d’anciens génocidaires ; en Amérique latine, en Russie, dans les quartiers français, au sein d’institutions déchirées par leurs conflits, auprès de personnes marquées par les conséquences du terrorisme. J’ai également travaillé avec des magistrats, des dirigeants et des hommes et des femmes ordinaires, chez qui la violence prend des formes moins spectaculaires, mais parfois tout aussi destructrices.

      Cette expérience m’a appris une chose que notre époque répugne à entendre : la violence n’est pas toujours le langage de la souffrance. Elle peut être une fête.

      Il existe une volupté de la domination, une ivresse de l’humiliation, un plaisir presque physique à découvrir que l’autre tremble, qu’il recule, qu’il supplie ou qu’il se tait. Celui qui a connu l’impuissance peut découvrir dans la terreur qu’il inspire une souveraineté nouvelle. Mais il serait tout aussi faux de supposer que chaque bourreau fut d’abord une victime. Certains découvrent simplement que la cruauté rapporte, qu’elle procure des admirateurs et que la peur des autres est une monnaie dont personne ne conteste la valeur.


    • jakem jakem 4 octobre 11:57

      @jakem
      4— 

      La bande accomplit alors son miracle. Elle transforme la lâcheté en courage, la cruauté en exploit, la haine en fraternité. Elle donne à chacun le sentiment d’être un héros pourvu qu’il ne soit jamais seul. On frappe à plusieurs, on humilie à plusieurs, on menace à plusieurs. Et lorsque vient le moment de rendre des comptes, chacun disparaît dans l’innocence du groupe.

      Il ne manque plus qu’une cause.

      Avec elle commence la grande transfiguration morale. La brutalité devient résistance, l’intimidation devient engagement, la destruction devient protestation. Celui qui terrorisait hier pour le plaisir de commander peut aujourd’hui se contempler dans le miroir du justicier. Il lui suffit de trouver un drapeau assez grand pour dissimuler ses actes.

      Comment en est-on arrivé là ?

      Deux histoires, très différentes, pourraient se rencontrer dans cette décomposition.


    • jakem jakem 4 octobre 11:58

      @jakem
      5— La première concerne certaines trajectoires familiales bouleversées par les guerres, les migrations, l’exil et les ruptures de transmission. Dans certains parcours issus notamment de pays africains dévastés par les conflits, le passage d’une autorité familiale parfois brutale à un environnement où les parents ne possèdent plus les moyens culturels et sociaux de faire respecter leur parole peut produire un profond désarroi. Les enfants découvrent rapidement les faiblesses de leurs parents et les contradictions de la société qui les accueille. Il ne s’agit ni d’une caractéristique des familles africaines ni d’une explication générale des violences scolaires, mais de situations particulières dont il faudrait avoir le courage d’examiner les mécanismes réels.

      La seconde histoire est celle de la France elle-même.

      Depuis plus d’un demi-siècle, une partie de ses élites intellectuelles et éducatives entretient avec l’autorité une relation embarrassée. L’héritage de Mai 68, dans certaines de ses interprétations, a fini par installer une étrange confusion entre l’émancipation et la disparition des limites. Il fallait libérer l’enfant, soupçonner le père, contester le maître, dénoncer les hiérarchies, traquer la domination jusque dans les exigences ordinaires de la transmission. Il existait des raisons légitimes de combattre l’autoritarisme. Mais certains ont fini par oublier qu’une société sans autorité ne devient pas nécessairement une société libre.

      Elle peut devenir une société où l’autorité appartient aux plus brutaux.

      Voilà l’ironie de cette histoire : les enfants n’ont pas attendu de lire Rousseau, Foucault ou les théoriciens de l’émancipation pour découvrir les avantages du pouvoir. Tandis que les adultes discutaient de la légitimité de leur autorité, d’autres apprenaient à l’exercer sans le moindre scrupule.


    • jakem jakem 4 octobre 11:59

      @jakem
      6— 

      La bande possède ses chefs, ses tribunaux, ses rites d’initiation, ses sanctions et ses condamnations. Elle sait parfaitement ce qu’une partie du monde adulte semble avoir oublié : aucun groupe humain ne vit sans règles, aucune communauté ne subsiste sans frontières, aucune autorité ne demeure longtemps vacante.

      Seulement, ses règles sont celles de la peur.

      C’est dans ce paysage que la politique fait son entrée.

      Les mobilisations lycéennes récentes ont reçu le soutien public de La France insoumise, qui a appelé à leur extension. Le gouvernement a accusé le mouvement, ainsi que des groupes d’ultragauche, d’avoir contribué à organiser les blocages, tandis que les dirigeants insoumis ont contesté ces accusations en affirmant défendre des méthodes non violentes. Soutenir une mobilisation, organiser un blocage et participer à des violences constituent cependant trois responsabilités différentes, qui ne peuvent être confondues sans preuves.

      Reste une question que les affrontements partisans tendent à faire disparaître : quelle responsabilité ceux qui encouragent une mobilisation acceptent-ils d’assumer lorsque celle-ci devient violente ? Que proposent-ils pour protéger ceux qui refusent d’y participer ? À quel moment l’enthousiasme pour la révolte fait-il oublier la liberté de ceux qui ne veulent pas se révolter ?


    • jakem jakem 4 octobre 12:01

      @jakem
      7— 

      Ces questions concernent tous les mouvements politiques. La légitimité d’une cause ne transforme pas automatiquement en actes légitimes tous les moyens employés pour la défendre.

      Il est facile de célébrer l’insoumission depuis une tribune. Il est moins confortable d’enseigner devant une classe où quelques élèves ont décidé que le courage consistait à faire taire les autres.

      Pendant que les professionnels de l’indignation distribuent les certificats de vertu, un professeur mesure les mots qu’il peut encore prononcer, un proviseur redoute l’incident qui détruira sa carrière, un adolescent apprend qu’il vaut parfois mieux se taire que refuser les consignes de ceux qui prétendent parler au nom de toute la jeunesse.

      C’est là, dans ces lâchetés imposées, dans ces silences arrachés, dans ces humiliations minuscules que se joue quelque chose de plus grave que la dégradation de quelques établissements.

      Car la véritable conquête de la violence n’est pas la rue, ni même le lycée. C’est l’esprit de celui qui finit par considérer la peur comme une condition normale de son existence.


    • jakem jakem 4 octobre 12:02

      @jakem
      8— 

      Et ces adolescents grandissent.

      Quelques-uns trouveront leur place dans les universités, les entreprises, les administrations. Beaucoup d’autres risquent de n’avoir rien. Ni métier, ni avenir, ni même cette modeste dignité que procure le sentiment d’être utile à quelqu’un. Ils auront appris à régner sur une cour de lycée pour découvrir qu’ils ne règnent sur rien, grandi dans le culte de la force pour se retrouver désarmés devant une société qui n’attend rien d’eux. Hier, ils faisaient trembler leurs camarades. Demain, ils attendront devant les portes closes du monde des adultes, avec leurs rêves de puissance et leurs poches vides.

      Il y a quelque chose de terrible dans cette rencontre entre l’orgueil et l’inutilité, entre l’ivresse de la domination et l’humiliation de n’être personne. La violence leur aura donné, pendant quelques années, l’illusion d’exister. Que leur restera-t-il lorsque cette ivresse sera retombée, sinon le souvenir d’une souveraineté dérisoire et la tentation de la reconquérir ?

      Le chômage ne fait pas les assassins, pas plus que la misère ne produit nécessairement la haine. Mais lorsqu’une jeunesse a découvert les voluptés de l’intimidation, lorsqu’elle a appris à mépriser la faiblesse, à confondre le respect avec la terreur et la liberté avec le pouvoir de soumettre, l’absence d’avenir peut devenir le combustible d’incendies autrement dévastateurs.

      Alors viendront les marchands de salut, les prophètes de la revanche, les entrepreneurs de ressentiment. Ils n’auront pas besoin d’inventer la haine. Il leur suffira de lui donner un nom, un visage, un ennemi. À ces jeunes gens qui auront perdu jusqu’à l’espoir de conquérir une place dans la société, ils offriront quelque chose de beaucoup plus exaltant : la promesse de la mettre à genoux.

      Mais il y aura aussi les autres, ceux qui auront subi les humiliations, connu la peur, découvert que les adultes chargés de les protéger préféraient parfois négocier avec leurs bourreaux. Ceux-là n’auront pas oublié. Leur colère pourra prendre d’autres chemins, nourrir d’autres révoltes et d’autres exigences d’autorité.


    • jakem jakem 4 octobre 12:03

      @jakem
      9— 

      Tous se retrouveront devant les mêmes urnes, mais ils n’auront pas vécu dans le même pays.

      Les uns pourront rêver de revanche, les autres réclamer protection. Et lorsque l’adversaire politique sera devenu l’ennemi auquel on attribue tous ses malheurs, la démocratie risque de n’être plus qu’une cérémonie fragile, célébrée au-dessus d’une société qui aura déjà commencé à se déchirer.

      Car le véritable désastre ne sera pas d’avoir produit une génération de révoltés. Ce sera d’avoir laissé grandir des hommes auxquels la violence aura donné leur première expérience du pouvoir, le chômage leur première expérience de l’inutilité, et la politique, peut-être, leur première occasion de se venger.

      Les vitres des lycées seront remplacées, les façades repeintes, les cours nettoyées. Les ministres annonceront de nouveaux dispositifs. Les partis prépareront les élections et promettront, une fois encore, de sauver la République.

      Mais aucune entreprise de nettoyage ne pourra effacer aussi facilement ce qui aura été inscrit dans les consciences.

      La République ne sait plus très bien ce qu’elle doit transmettre à ses enfants. Elle risque de découvrir trop tard que d’autres se sont chargés de leur éducation : la rue leur aura enseigné la force, le chômage le ressentiment et les marchands de haine l’art de désigner des ennemis.

      Et lorsqu’elle leur demandera de respecter le verdict des urnes, elle pourrait découvrir qu’on ne devient pas démocrate simplement parce qu’on a atteint l’âge de voter.


    • jakem jakem 4 octobre 12:08

      @jakem
      10 et fin — 

      Depuis mi-septembre 2026, un mouvement de blocages lycéens s’est étendu à l’échelle nationale. Au 1er-2 octobre, les chiffres oscillent entre 222 blocages officiels (ministère de l’Intérieur) et plus de 640 revendiqués par les syndicats. Plus de 400 établissements ont été fermés par précaution ce 2 octobre. Les revendications portent principalement sur le manque de moyens, le remplacement des enseignants, les conditions matérielles et Parcoursup.

      Parallèlement, les classements 2026 des lycées (basés sur les résultats du bac 2025 et les IVAL du ministère) permmettent de mettre en avant les établissements affichant les meilleurs taux de réussite et de mentions. Il est intéressant de croiser ces deux listes pour en tirer des observations sociologiques générales.

      [ je ne transfère pas le tableau parce qu’il prend trop d’espace ; consultation libre sur le site ; si ça marche, il sera visible dans la suite 11 ]

       

      Le chevauchement entre les deux listes est faible. Les établissements les plus mobilisés dans les blocus sont rarement ceux qui figurent en tête des classements de réussite. Le mouvement touche surtout des lycées publics confrontés à des difficultés de moyens et de recrutement, tandis que le palmarès valorise des établissements qui cumulent déjà un public favorisé et d’excellents résultats bruts.

      Toutefois, quelques lycées parisiens réputés (Janson-de-Sailly, Charlemagne, Claude Monet…) apparaissent ponctuellement dans les listes de blocus, montrant que la contestation a aussi atteint certains établissements mieux classés. Toutefois, l’épicentre reste les lycées de banlieue et les établissements « de masse ».

      Cette comparaison met en évidence une fracture assez nette entre deux types d’établissements : d’un côté ceux qui concentrent les difficultés matérielles et sociales et alimentent la contestation ; de l’autre ceux qui dominent les classements grâce à leur public et à leurs ressources. Les indicateurs de valeur ajoutée (IVAL) restent, à cet égard, un outil plus pertinent que le seul taux de réussite brut pour évaluer l’action réelle des établissements


    • jakem jakem 4 octobre 12:10

      @jakem
      11— 

      Principaux constats de comparaison


      Lycées bloquésLycées du haut du palmarèsStatutTrès majoritairement publicsForte surreprésentation du privé + grands lycées publics d’éliteLocalisationBanlieues (93, 94, 91…), grandes villes populaires, quelques établissements parisiensCentres-villes favorisés, arrondissements bourgeois, communes aiséesProfil des élèvesPublics hétérogènes ou modestesPublics socialement favorisésRésultats au bacVariables, souvent dans la moyenne ou en dessous99-100 % de réussite + très forts taux de mentionsExemples typiquesPaul-Éluard (Saint-Denis), Joséphine Baker (Pierrefitte), Delacroix (Maisons-Alfort), Nelson-Mandela (Nantes), Saint-Exupéry (Marseille)Louis-le-Grand, Henri-IV, Stanislas, Saint-Dominique (Neuilly), Hoche, lycée international de Saint-Germain-en-Laye

  • juluch juluch 4 octobre 12:17

    ça sent surtout les élections....


  • Parrhesia Parrhesia 5 octobre 11:01

    Exact !
    Et il vrai que tant en 1936 qu’en 1968, il restait encore suffisamment d’enseignants et de fonctionnaires politiquement engagés mais professionnellement neutres pour former un corps électoral Français globalement de bon sens et patriote !
    Or, en un demi- siècles, des associations contre nature de "malfaiteurs Crypto-socialisto-capitalisto-mondialistes » ont réussi à faire basculer la masse des plus faibles intellectuellement dans le camp initialement prévu de la chienlit que ces « associations » gèrent et dominent désormais de la tête et des épaules .
    Conclusion
     :
    Faute d’une réaction de dignité, de courage et de bon sens populaire français, les derniers et les dernières Françaises dans les restes de la France peuvent maintenant s’apprêter à cirer des bottes exotiques en se faisant payer à grands coups de pieds dans le fondement de leurs glorieuses institutions passées !


  • charlyposte charlyposte 5 octobre 11:07

    Va falloir sortir du hangar la grosse BERTHA... ça urge.


  • Eric F Eric F 5 octobre 11:20

    En mai 68, le pays était prospère et avait les capacités de pouvoir non seulement encaisser les émeutes, mais aussi de rebondir ensuite.

    Le même scénario aujourd’hui conduirait à l’effondrement économique (notons au passage que l’Europe ne nous aidera pas alors que nous avions contribué à aider la Grèce). 


    • Parrhesia Parrhesia 5 octobre 11:43

      @Eric F
      C’est également vrai.
      Il faut également garder cette autre vérité incontournable

      présente en notre esprit : Le pays n’était alors prospère que parce que le peuple dans son ensemble s’était montré assez fort intellectuellement pendant dix ans pour ne se tromper ni de président, ni d’intérêt national !
      Ce dont le moins que nous puissions dire est... que ce n’est plus le cas !

      Bonne journée.


  • docdory docdory 5 octobre 11:45

    Rappelons qu’aux élections législatives ayant suivi mai 68, la droite UDR de l’époque a obtenu une majorité écrasante de sièges !!!

    Ça, c’est pour les crétins de gauche qui frétillent d’impatience à cette perspective de « nouveau mai 68 » et que la survenue d’un hypothétique « grand soir » fait saliver . La potion risque fort d’être très amère.

    Je pense que ce merdier actuel va provoquer un saut quantique en faveur du RN et de la droite dans les prochains sondages ...

    Si l’on regarde les micro-trottoirs de mai 68 et de ceux qui sont diffusés ces jours-ci, l’on observe une dégradation effarante du niveau intellectuel et des compétences linguistiques des manifestants en l’espace de 58 ans. Rien que cela permet de constater l’absurdité de toutes les politiques de l’éducation nationale commises depuis 1968 !


    • Parrhesia Parrhesia 5 octobre 12:09

      @docdory
      Egalement vrai et également significatif.
      La machine à fabriquer des « sots », assemblée en France, mais issue chronologiquement pour 1/3 de l’Union Soviétique, pour 1/3 des salons du Bilderberg, et pour 1/3 des USA s’est montré d’une redoutable efficacité !


    • Eric F Eric F 5 octobre 13:36

      @docdory
      On lit ici ou là que c’est l’oligarchie qui instaure le merdier pour mettre en place sa dictature en réaction, auquel cas les gauchistes sont les idiots utiles de l’oligarchie.


  • ETTORE ETTORE 5 octobre 12:07

    Disons que « aujourd’hui  », nous avons plus de traitres (déclarés) à la patrie qu’en Mai 68.

    Les « autres loustics mentalement prépubères » participants, festifs, eux, restent comme d’hab, la mousse qu’on touille, et qui est emulsionnée, avec toujours les mêmes principes vaseux, agitant leur cerveau mou, et maléable  !

    Disons, que ceux qui tiennent le haut du manche de la cuillère à chaudron, sont bien visibles, ( regardez qui crache dans le bouillon, pour lui donner du gras, et qui y fait des gros yeux, et y plonge sa toupette, pour récolter encore un passage au sauna des corps en sueur )

    Ch’ais pas, comment vous voyez cela, mais sincèrement, ne RIEN VOIR, fait frémir, quant à la cécité de la mélodie en sous sol, face à cette chienlit politicienne, dont les mains sont TOUTES UNIFORMEMENT SALES !


    • Parrhesia Parrhesia 5 octobre 12:21

      @ETTORE
      Salut ETTORE,
      >>> Uniformément sales... <<<. Faudrait voir... c’est suivant que c’est selon ...
      Si nous sommes effectivement dans le domaine de la crasse épaisse, il semble par contre que certaines de ces mains soient en ce moment plus « dégueux » que d’ autres.
      Mais, bonne journée quand même, si c’est encore possible.


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