En me réveillant ce matin dans cette France profonde de Castelnaudary, avec son cassoulet et son marché qui chante comme celui de Brassens à Brive la Gaillarde, je feuillette « La Dépêche du Midi » et tombe sur une interview de Fred (Je n’utiliserai plus de nom « propre » pour un personnage qui à aucun égard n’en mérite). Stéphane Bern, son frère jumeau eût pu briguer le poste mais il lui manquait le nom. Car Il ne suffit pas d’être l’échotier de la cour, encore faut-il apporter quelque chose au pot commun… Et pour être dans Le Gotha il faut un nom ou on l’achète. C’est fait.
Donc Fred fut choisi pour illustrer la Culture dans les ors de la République et déjà on comprend de quelle Culture il s’agit car, derrière le fond de teint d’une ambition proclamée, ne doutons pas que sur la table de chevet du bon Fred on y trouvera surtout Gala et Paris Match entre divers opuscules très imagés qui, pour tout autre citoyen, attirerait les foudres de la justice. Mais les mœurs de la Cour… Dans ce journal, Fred nous en fait involontairement l’aveu et cette interview a l’avantage de proposer en creux la définition du projet culturel de l’ère sarkoziste. Tout est dit dans une phrase à propos de Mickael Jackson :
« C’était un artiste plein de grâce. La différence entre les vedettes et les artistes, c’est la dimension tragique ».
Ainsi Renoir ou Monet ne seraient-ils que des vedettes quand Dalida ou Romy Schneider incarneraient la figure accomplie de l’Artiste ! Le mythe contre la réalité, l’image contre la création, le hasard « tragique »contre la volonté… « Destin », tel était le nom d’une des émissions - léchages de fesses de ce chroniqueur mondain – à moins que ce ne soit Bern ? Ca se confond tellement !
Quand on pense à Malraux, qui, lui, écrivait cet exact contraire : « L’art est un anti destin ». ..Car une politique culturelle se forge contre ce qui condamne l’Homme à son histoire. Elle libère des faux-semblants de « la grâce », elle élève la pensée.
Tout est dit : Fort de ces principes, soyons certains que Fred sera le bon petit caniche qui fera tapisserie pour vendre l’art de l’esbroufe, l’enflure verbale et cette pédanterie qui viendront au secours des défaillances oratoires de Notre Président quand Guaino n’est plus à ses côtés ou qu’il s’est trop éloigné du prompteur. Et on en vient à comprendre que l’organe officiel de la culture française serait peut-être dans ces poubelles de luxe de la Presse française. Comme dans tel magazine où le Rédacteur en chef, aujourd’hui pape des pipoles fut hier militant maoïste !
Destin ? Non. Choix, cynisme et déshonneur.
La culture était déjà devenue déjà insupportablement légère, arrimée à la mode, au luxe et à un système de coteries. La plume de Fred lui donnera encore plus de légèreté, tendance plumes d’Autruche pour Folies Bergères ou plume trempée dans l’encre des plumards… Là où un bon coup de balai eût été salutaire, on travaillera donc au plumeau ! On n’appelle pas cela un destin mais une faillite programmée.
Au-delà d’indéniables réussites, la culture de l’ère Jack Lang s’appuyait sur des gens de qualité et des réseaux qui se sont malheureusement perpétués par cooptation pour des raisons de moins en moins artistiques et souvent peu avouables. Or Fred est le symbole de ce sirop frelaté qui se veut Culture. On avait Aubanel, la snob de Versailles, nous toucherons désormais aux bas-fonds… Ah Fred ! Il l’aime tellement cette tragédie qu’il lui préfère l’or des palais et qu’il s’abandonne à devenir le valet d’un bouffon ! Cette tragédie le fascine tellement que le gouvernement auquel il appartient s’apprête à mettre en scène des milliers de tragédies sociales et humaines. Ce ne seront sûrement pas les vedettes des médias. Mais ainsi Fred aura-t-il pu contribuer à doter la France, dans cette lumière crépusculaire qu’il affectionne, de quelques milliers d’ »artistes » de plus !
Largement d’accord avec vous sur l’analyse que vous faites du Fred en question. Mais je vous trouve bien indulgent avec ses prédécesseurs. Ne parlons pas de l’ Albanulle ou de Nom de dieu de vabre, le transparent... Mais comment peut-on parler de « la culture de Jacklang » ! Cette vieille coquette dont le seul souci est de paraître ’djeun’ a seulement profité de son passage sous les projecteurs de la République pour s’écouter parler et vérifier la bonne tenue de sa permanente dans le reflet des caméras de TV. Ce même individu, qui prône la techno comme musique (on a le Beethoven qu’on mérite) et qui qualifie d’artiste et de poête Orelsan (au secours Prévert) est bien le père spirituel du nouveau bouffon. Allons, Rollexman, encore un effort, tu peux faire mieux : Moi je verrais bien David ou Cathy Guetta à ce poste, leur carnet d’adresses est encore meilleur que celui de fredo. Et on changerait un peu la maquette de Gala qui deviendrait le J.O. de la République Française.
Je vous trouve encore bien gentil moi aussi, mais c’est vrai, il fallait que ce soit gentiment dit pour ne pas être poursuivi pour insultes. Un bel essai, et un constat « crépusculaire » inquiétant.
Anti Malraux ? Vous plaisantez ! Malraux a été un people comme Frédo et a eu des prestations médiatiques comme l’autre n’en aura peut-être jamais - avec Jackie Kennedy par exemple. Ses prêts de la Joconde et de la Vénus de Milo aux Etats-Unis et au Japon n’avaient pas d’autre objet. Quant à la citation du Grand Homme, il faut citer J.F. Revel (Contrecensures) : « Ah ! Malraux ! De combien de phrases stupides et creuses vous êtes responsable - sans oublier celles ont vous êtes l’auteur. »
Vous me retirez les mots de la bouche ! Malraux ce personnage surfait - ministre de la parole, chevalier de la dernière heure, défendant les grandes causes mais seulement à partir du moment où elles étaient porteuses, qui ne se cachait pas d’écrire ses ouvrages « au Ricard » et à qui de Gaulle avait laissé les clés d’un ministère qui ne l’intéressait pas, qui piquait les statuettes antiques en Indochine ...
Très bon article qui nous livre une peinture de « Fred » assez fidèle. Et comme l’auteur, je le vois très bien en caniche ratiocinant.
Car Mitterrand (celui-là, le Fred) n’a pas bâti sa réputation sur la finesse de ses analyses, sur l’intelligence de ses critiques, sur un style d’écriture incomparable, mais sur sa seule voix : chaude et enveloppante. Bref, bien peu de chose pour être un bon ministre de la Culture.
D’autant plus que notre Fred déteste les conflits, ces incontounables bagarres avec l’Elysée ou Matignon d’un côté, avec les conseillers et les hauts-fonctionnaires de l’autre, qui contraignent le titulaire d’un maroquin à un perpétuel numéro d’équilibriste.
Enfin, dire de Fred qu’il s’agit d’un « anti-Malraux » me semble excessif car Dédé n’a, à l’évidence, jamais réussi à hisser sa fonction ministérielle au niveau de son talent littéraire.
Ministres de la culture ou des cultures : lesquelles ?
La nomination d’un descendant plus ou moins proche ou
lointain de l’ancien Président de la République a soulevé de leurs chaisesou fauteuils confortables les habitués des
émissions de télévision dont le nouveau chargé de culture de la République était un des
émissaires principaux couvert des lauriers propres aux artistes parce qu’il
possédait l’art de la narration emprunté quelque part à celui que maitrisait
parfaitement cette niche télévisuelle.
L’un comme l’autre se sont servi au
mieux de cet instrument de diffusion en recourant à l’habilité et à l’aisance
du maniement des mots, de la syntaxe, des images. L’un arpentait les quais de
Seine pour dénicher le livre rare qu’il se plaisait à raconter à ses invités de
la rue de Seine, haut lieu de la politique machiavélique dont il était devenu
un moteur, un créateur, un maitre à penser et d’où il tirait sans doute avec
l’aide de ses convives les ficelles des marionnettes, les tactiques nécessaires
à renverser les opinions, les assemblées, les groupes d’influence et autres
lobbies indispensables à l’assise du pouvoir. Celui-là avait déjà donné des
garanties sur ses capacités politiques par son habileté diabolique, la force
des convictions, la persuasion de l’avocat avant d’avoir créé une idéologie
jusque là en perdition et la résurrection d’un parti aux bords de l’abîme.
Mieux, ce dernier ne correspondait ni à ses convictions, ni à sa foi, ni à ses
croyances. Elevé dans une autre culture et une autre philosophie, une autre
confession sinon un autre culte, homme caméléon, il se glissait entre les rangs
des adeptes d’un dogme situé à mi-chemin entre une spiritualité élargie et une
philosophie éloignée de tout académisme entre lesquelles il naviguait comme
poisson dans l’eau, donnant un coup de queue au centre, à droite ou à gauche
pour faire avancer parfois en eaux troubles son corps et son âme, merveilleuse
dualité rodée aux expériences d’une vie diversifiée dont on continue de
chercher à titre posthume les ancrages. De son descendant, on sait moins de
choses sinon une certaine habileté à réciter, à évoquer, à dessiner par des
mots justes les aventures des uns et des autres sans remplir leurs âmes restées
dans l’attente, de la nourriture et des élixirs dont elles étaient assoiffées.
Il
se plaisait à évoquer la vie, les sources et ressources des âmes égarées, à régénérer
les héroïnes disparues et célébrées par des cérémonies dans lesquelles les
sonorités populaires d’une musique pour tous le disputaient à la banalité sinon
la médiocrité du discours dont la seule excuse se trouverait dans l’ancienneté
de la conception. Tous deux possédaient ou possèdent au maximum l’art de l’affût,
de l’embuscade, de la cachette, du piège dans lequel est attrapé la proie, à la
grande jouissance et satisfaction du prédateur prêt à la déchirer et la broyer puis
à l’assimiler pour la livrer, impuissante aux applaudissements des spectateurs
médusés et des témoins ravis sinon stupéfaits.
Des artistes, des jongleurs, des
acrobates, certainement, des hommes politiques, des managers c’est moins sûr.
Quelle haine ! si commune dans AGORAVOX qui ne diffuse plus que des articles haineux contre tous les Ministres de la Culture quels qu’ils soient. Sans doute un profond problème avec la Culture elle-même.
Il me répugne d’intervenir face a cette haine dégoulinante de beauferie et de la suffisance des ignares. Juste pour vous soutenir, afin que vous ne vous sentiez pas trop seul !
je ne suis pas d’accord avec vous. avant d’ecrire votre article, vous auriez pu vous documenter.
vous semblez oublier, que « fred » est un un homme aux multiples facettes : "Télévision, cinéma, littérature, musique... Rares sont les champs de la
culture qui ont échappé à la patte éclectique de l’ancien directeur de
la Villa Médicis, qui arrive rue de Valois (...) «
même s’il s’est intéressé aux familles royales, il l’a fait à la manière d’un historien, ses documentaires étant d’une grande rigueur, et font référence en la matière : il fut l’un des premiers à mêler les documents privés et les sources ooficielles.
je crois qu’il faut attendre de le voir à l’œuvre pour le juger. et le fait qu’il soit le neveu de françois est un mauvais procès.
Enthousiasme ou méfiance ? De Dominique A
à Raymond Depardon en passant par Bertrand Bonello ou Denis Podalydès,
plusieurs artistes évoquent l’arrivée controversée de Frédéric
Mitterrand (ici avec Christine Albanel) au ministère de la Culture.
Entre enthousiasme et doutes, les artistes et professionnels de la
culture s’interrogent sur l’arrivée de Frédéric Mitterrand au
ministère. Son passé cinématographique, télévisuel et littéraire pourra
t-il faire de lui le nouveau Malraux ou Lang ? Comment gèrera t-il les
délicats dossiers en cours, d’Hadopi à l’audiovisuel public ?( )
Six jours après ses premiers pas rue de Valois, le ministre n’a
encore donné aucune piste sur sa politique à venir mais suscite déjà
bien des controverses. Certains sont ravis, certains restent
sceptiques, tandis que d’autres jugent plus sages d’attendre - à la
manière du cinéaste Bertrand Bonello : « Comme à Cannes, il faut voir les films avant de juger ».
Ozal Emier et Clémentine Delignières"
il y a aussi le très bon article de Françoise Benhamou, sur rue 89 qui élargit le débat sur les chantiers du ministre de la culture. :
Par Françoise Benhamou | Professeur d’économie à Paris-XIII | 27/06/2009 | 19H09
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De
la nomination de Frédéric Mitterrand, on peut attendre quelques beaux
discours, un art consommé de la communication, une connaissance de
certains pans des activités culturelles, tel le cinéma. Donner un
souffle, du panache, à une politique devenue bien terne, il en sera
sans nul doute capable. Mais le ministère a changé.
Il requiert deux ordres de compétences, aujourd’hui plus que jamais
en tension. D’un côté, imprimer une direction, une hauteur de vue, et
de l’autre côté, gérer et régler des dossiers devenus techniques, dont
la dimension économique et sociale entre en concurrence avec les
aspects politiques et culturels...."
Merci de signaler cet article fort utile de Franck Lepage qui donne à réfléchir à ce qu’aurait pu et dû être le ministère de la culture. L’origine de la nomination d’André Malraux est bien rappelée : " Parvenu au pouvoir, le général de Gaulle veut récompenser la fidélité d’André Malraux, ministre de l’information sous la IVe République et
directeur de la propagande du Rassemblement du peuple français (RPF),
fondé par le général en avril 1947. " Parvenu au pouvoir, Jacques Chirac a récompensé la fidélité
d’André Malraux au gaullisme en le plaçant au Panthéon, dont la devise, en la circonstance et en bien d’autres, était : « Aux Grands Hommes le Parti reconnaissant ».
Enfin un article constructif qui évoque le passé cinéphile de Frédéric Mitterrand - une passion qui d’ailleurs finit par le ruiner. Frédéric Mitterrand est un dandy pudique. Sous l’impudeur de son ouvrage « La mauvaise vie » affleure la profondeur de l’artiste aux multiple facettes qui se plait à en cacher les plus séduisantes pour ne les réserver qu’à ceux qui savent les apprécier. C’est l’anti-star par essence, jamais imbu de lui-même, d’une courtoisie égale son talent et ne hiérarchisant pas les cultures. On a beaucoup glosé à propos de Jack Lang et les tags ou la question de savoir si le rap était de la poèsie ou non. Débat dérisoire que de savoir si une émission de Fred sur la vie de George VI ou Victor Emmanuel II était pipole ou historique parce-que ces personnages étaient presque nos contemporains !
Affligeant cet article en effet mais aussi inquietant car il sue la haine ! On croirait du « Gringoire » ou du « Je suis partout ! » Je cite : onc Fred fut choisi pour illustrer la Culture dans les ors de la République et déjà on comprend de quelle Culture il s’agit car, derrière le fond de teint d’une ambition proclamée, ne doutons pas que sur la table de chevet du bon Fred on y trouvera surtout Gala et Paris Match entre divers opuscules très imagés qui, pour tout autre citoyen, attirerait les foudres de la justice. Mais les mœurs de la Cour… Dans ce journal, Fred nous en fait involontairement l’aveu et cette interview a l’avantage de proposer en creux la définition du projet culturel de l’ère sarkoziste. Tout est dit dans une phrase à propos de Mickael Jackson :
« C’était un artiste plein de grâce. La différence entre les vedettes et les artistes, c’est la dimension tragique ».
Que signifie cette allusion fielleuse aux « divers opuscules très imagés qui, pour tout autre citoyen, attirerait les foudres de la justice » ?? Vous etes intime de Mr Mitterrand peut etre ? Vous sous entendez quoi au juste ? Du fait qu’il ne cache pas son homosexualite vous voulez laisser entendre qu’il serait pedophille ? C’est curieux mais les memes methodes ont ete utilisees contre Jack Lang en son temps. Non seulement vous salissez un homme sans preuves mais en prime vous le traitez d’histrion sans aucun talent pour ce poste. Permettez moi de vous dire que je m’indigne de vos propos, Frederic Mitterrand est un homme qui par ses films ou ses livres a prouve sa culture et son talent. Comme toute personne il a des defauts sans aucun doute mais il a le merite d’etre sincere, courtois, courageux et passionne. Personellement je doute de l’utilite d’un Ministere de la Cultrure mais puisqu’il existe je pense que la nomination de Frederic Mitterrand est une bonne decision. En tous cas attaquer cet homme comme vous l’avez fait est indigne et malsain, d’autant que chacun sait qu’il est fragile et souvent depressif.
Je fais seulement allusion à ce qu’il écrit lui-même dans son autobiographie. Un ministre est une autorité morale et doit être exemplaire. « Chacun sait qu’il est fragile et dépressif... » Non, désolé, je ne savais pas. Mais rien ne l’obligeait à prendre un poste où il ne faut surtout pas être fragile. Un ministère n’est pas un cadeau, c’est une charge. Et en politique, il faut être solide. Quant au ton, je vous l’accorde, il est dur, trop parfois. Comprenez l’expression d’une colère parce que je veux avant tout une morale en politique.
Malraux était un personnage public tout comme Mitterrand (Frédéric et François). N’oublions pas que 50 ans séparent les 2, et que le rôle de ministre à évolué de manière très importante. Le ministre des années 2000 est un VRP ni plus ni moins. Politiquement il ne restera pas grand chose de Fredéric Mitterrand ministre de la culture mais remarquez qu’à part la loi malraux il ne reste pas grand chose de Malraux ministre de la culture aujourd’hui.