Frégates de Taïwan : la vérité en marche
Le dossier des frégates de Taiwan, avec en arrière-plan celui de la vente de Mirage 2000 et de missiles au même pays, n’en finit pas depuis plusieurs semaines de rebondir, notamment depuis le décès inattendu de Philippe Jaffré. Justement, cela amène à revenir sur divers décès suspects d’acteurs liés à cette affaire qui, aujourd’hui, pourrait livrer vite tous ses dessous....
Un mois de septembre 2007 chargé
Ce mois de septembre 2007 aura été un mois chargé en informations relatives au dossier des frégates de Taïwan, et d’informations qui auront des conséquences sur son devenir.
Le 5 septembre 2007, Philippe Jaffré, ancien PDG d’Elf au moment de l’affaire des réseaux de cette société, décède, officiellement des suites d’une longue maladie. D’autres sources indiquent que sa mort aurait été "inattendue".
Selon ce lien, Philippe Jaffré était en charge du « lobbying » auprès de la Commission Eeropéenne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Jaffr%C3%A9 .
Le 6 septembre 2007, la justice suisse, avec une prudente discrétion, a officiellement donné son aval officiel, très prévisible, à la restitution à Taïwan de 520 millions de dollars bloqués dans des banques helvétiques et déposés sur des comptes privé de proches ou de membres de la famille d’Andrew Wang.
Taïwan va donc enfin, avant les élections de 2008, comme nous l’avions pronostiqué, recouvrer son argent. En aval de cette information, il faut savoir que cela obligera donc la France à verser aussi des dommages et intérêts à Taïwan, dont le montant sera bientôt discuté avec les autorités françaises, dès lors que le dossier suisse sera définitivement clos.
Le 17 septembre 2007, le journal Le Monde révèle que Dominique de Villepin, qui affronte une instruction sur la fausse liste dite de Clearsteram, a demandé publiquement la levée du secret-défense sur l’affaire des frégates vendues à Taïwan.
Puis, un site internet animé par des journalistes proches des services de renseignements. Géopolitique.com mettait en ligne le 24 septembre 2007 des documents plus que « confidentiels » sur les écoutes téléphoniques d’Andrew Wang ainsi que les conclusions du procureur de Taipei sur ce dossier. Nous invitons les lecteurs d’Agoravox à lire ce matériel authentique qui ne peut que les passionner et souligne combien la justice française est entravée par certains dans son travail serein pour découvrir la réalité des faits passés.
Entre autres choses, ces documents téléchargeables démontrent que certains en France ont tout fait pour préserver le secret-défense qui, chacun le pressent, ne couvre ici que les dessous peu reluisants d’une corruption de personnalités de diverses nationalités, dont des françaises.
Il semble donc que la marche vers la vérité dans ce dossier plus qu’explosif soit en route et que les langues se délient, ou, c’est selon, que les choses cachées jusqu’ici sortent au grand jour dorénavant.
Retour sur des morts de plus en plus suspectes
Il est intéressant de noter que, depuis le début de cette affaire, l’information qui y est relative est censurée, bâillonnée, voire étouffée littéralement.
Il en a été ainsi des information contenues dans le livre Corruption : une affaire d’Etats, de Christine Deviers-Joncours (dont je tiens ici à saluer le courage et la droiture car, sans ses qualités personnelles admirables, cette affaire serait probablement restée une dossier clos à jamais), publié en 2005 aux éditions du Rocher.
Etrangement, ce livre n’a pas connu une grande diffusion et n’a pas recueilli l’attention de nos médias hexagonaux. Ce qui est très dommage pour eux.
Et pourtant, ce livre apporte des éclairages instructifs sur trois morts suspectes d’acteurs de cette affaire, deux Français, Jean-Claude Albessard et Thierry Imbot, ainsi que le capitaine Yin, de la marine taïwanaise.
Page 107 et 108, l’auteur rapporte qu’elle a eu connaissance par des amis taïwanais d’un rapport officiel des enquêteurs taïwanais remis au président Chen fin mars 2000 sur le meurtre du capitaine Yin.
Selon ce rapport qu’on lui a communiqué par amitié, traduit en français, les enquêteurs taïwanais seraient parvenus à la conclusion que le capitaine Yin aurait été tué en présence de 5 personnes : 3 officiers de marine taïwanais (tous aujourd’hui en prison à vie pour faits de corruption), Andrew Wang et Jean-Claude Albessard.
Toujours selon ce rapport officiel taïwanais, ce serait Jean-Claude Albessard, spécialiste en arts martiaux, qui aurait porté le coup mortel au capitaine Yin qui ne voulait pas transiger sur son honneur et son intégrité.
Jean-Claude Albessard, selon les sources médiatiques officielles, est mort en mars 2001 -Wikipédia :
en mai 2000 : Techno-science.net ,
en janvier 2001 : Paradisfj qui cite Libération, en mars 2000 : http://leruisseau.iguane.org/spip.php?article5 qui cite le Monde).
Ce qui fait quatre dates de décès, au choix, selon les sources ! Beaucoup pour un seul mort...
Selon les uns, son décès serait dû à un cancer de longue durée, selon les autres, à un cancer foudroyant ! Visiblement, certains se donnent du mal pour tromper sur les dates, brouiller les pistes et cacher la vérité à la justice et aux médias.
On a appris ainsi par Libération : http://www.paradisfj.info/spip.php?article46, que, suite à son décès, l’appartement de Jean-Claude Albessard a été perquisitionné par la gendarmerie française qui y a trouvé des documents, des carnets d’adresses et les preuves de liens maintenus avec Andrew Wang alors en fuite et recherché par la justice de son pays.
On ne sait pas encore à ce jour à quoi ont servi ces documents, quel juge d’instruction a en reçu la garde et à quels résultats ils ont amené pour la manifestation de la vérité.
Une chose est certaine : celui que les enquêteurs taïwanais soupçonnent du meurtre du capitaine Yin est mort, celui qui, à leurs yeux, était le lien entre la société Thomson de l’époque, dirigée par Alain Gomez, et l’assassinat de l’officier taïwanais, est bien décédé. Et la gendarmerie a pris ses documents personnels sur son activité à Taïwan, sans que l’on sache précisément dans quel cadre et dans quel dossier, sur quel mandat de quel juge d’instruction elle agissait.
Reste à savoir qui possède maintenant ces précieux documents et quel usage en a été fait, en est fait ou en sera fait.
D’autant que la nouvelle direction de Thalès a aujourd’hui plus que grand besoin de vider l’abcès sur cette affaire et cette période sombre, ne fût-ce que pour redonner une image « restaurée » d’intégrité au groupe.
Sur Thierry Imbot, le livre de Christine Deviers-Joncour, si peu citée par les sources les plus diverses qui suivent cette affaire, apporte deux éléments très intéressants que les médias français n’ont jamais relevés.
Page 109 et suivantes, l’auteur relate son entrevue avec Thierry Imbot, entrevue qui a pris place en mars 1999. Page 111, on lit que Thierry Imbot informe son interlocutrice que la soeur de M. Alain Gomez, Geneviève, a été nommée, hasard de la vie des grandes sociétés françaises à ce moment, à la place du célèbre Alfred Sirven à la présidence d’Elf Aquitaine International à Genève.
Il en tire quelques conclusions que le livre résume très bien. Page 112, citant Thierry Imbot, le livre, jamais attaqué à ce jour en justice pour aucun des faits qui y sont mentionnés, explique que, selon ce dernier, l’introduction de la soeur du PDG de Thomson dans le groupe Elf visait en fait à semer la confusion dans ce dernier, au profit de Thomson et à cacher le scandale des rétro-commissions sur les frégates.
Et Thierry Imbot de citer à son interlocutrice les noms d’une quinzaine de personnes, de droite comme de gauche, qui, selon lui, seraient impliquées dans des détournements gigantesques d’argent sur ce dossier des frégates.
Le 12 février 2000, s’appuyant sur les informations communiquées entre autres par Thierry Imbot, Christine Deviers-Joncour adresse une lettre ouverte à la ministre de la Justice de l’époque, Mme Elisabeth Guigou. Elle fournit preuves et éléments.
Elle transmet son courrier à l’AFP. Qui n’en parlera jamais. Et les mois vont passer sans réponse de la ministre socialiste de la Justice ni un article de presse sur sa lettre pourtant très « porteuse » pour les médias ! Silence pesant et total des médias comme de la justice !
Le 11 octobre 2000, Christine Deviers-Joncour apprend - page 119 du livre - que Thierry Imbot est brutalement décédé chez lui, en tombant, selon la version officielle, de sa fenêtre alors qu’il aurait voulu fermer ses volets à cause du grand vent. Le livre cite deux faits qui, même sans lien direct entre eux, aurait pu interpeller les lecteurs et les magistrats français : page 120, il est relaté que le 9 octobre 2000, Thierry Imbot ne s’est pas présenté à l’agence immobilière pour signer des papiers concernant son nouvel appartement parisien au motif qu’il avait été pris en chasse par une voiture qui aurait essayé de le tuer.
Nous sommes à deux jours de sa mort soi-disant accidentelle.
Le livre rappelle une coïncidence intéressante : juste en face de son appartement d’où il serait donc tombé par accident, son vis-en-vis de cour en quelque sorte, s’appelait à l’époque Mme Geneviève Gomez, celle-là même dont Thierry Imbot avait afffirmé qu’elle jouait, selon lui, un rôle néfaste dans Elf au compte de la société de son frère, Alain Gomez.
Le hasard des choix de logements d’acteurs de ce dossier aurait pu intéresser médias, police et justice... Jusqu’ici, ces « détails » factuels n’ont pas retenu l’attention de grand monde, à l’exception notable du juge d’instruction Van Ruymbeke.
A ce jour, il semble que personne n’ait cherché vraiment - à part M. René Imbot, père du défunt - à savoir qui avait essayé de tuer, le 9 octobre 2000, celui qui avait fourni matière à Mme Deviers-Joncour pour solliciter une intervention nécessaire du ministre de la Justice du moment.
En juin 2002, le général René Imbot aborde, lors d’une audition comme témoin, deux morts suspectes, celle de son fils Thierry et de l’ingénieur Morisson, ceci devant le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, celui-là même que certains s’acharnent à vouloir chasser, par des moyens juridico-administratifs, des dossiers Bravo-Tango et Clearstream !
Une dernière "coïncidence", cette fois de dates, est apportée par le livre de Christine Deviers-Joncour, suite à la mort de Thierry Imbot : par une lettre datée du 12 octobre 2000, alors que Thierry Imbot ne pourra plus parler à personne de ce qu’il savait ni indiquer où sont ses documents personnels sur lesquels il appuyait ses affirmations, Mme Elisabeth Guigou répond à la lettre du 12 février 2000 de Christine Deviers-Joncour.
On appréciera le délai de réponse de la ministre de la Justice - 8 mois de perdus pour les magistrats - et sa réponse qui se veut définitive et claire : « elle ne peut en rien interférer dans la marche de la justice ».
Une nouvelle fois, l’affaire des frégates semblait refermée.
Une vérité aujourd’hui bien nécessaire pour beaucoup
Aujourd’hui, en ce mois de septembre 2007, l’affaire explose de nouveau, et ce, de plusieurs côtés.
La vérité se fraie son chemin et elle commence à nettement se dessiner, d’autant que beaucoup d’intérêts, certes fort divers, se conjuguent en ce sens :
- ceux de la direction actuelle de Thalès qui veut que son groupe retrouve une image internationale « propre » ;
- ceux de la direction actuelle du groupe Total-Elf-Fina qui a besoin aussi de se débarrasser du passé encombrant de cette affaire - surtout après le décès de Philippe Jaffré ;
- ceux de certains mis en examen dans le dossier de la fausse liste Clearstream qui veulent montrer ce que chacun subodore, à savoir qu’une fausse liste opportunément arrivée par des lettres anonymes peut cacher derrière elle des noms de vrais corrompus ;
- et, enfin, ceux des autorités de Taipei qui désirent aussi que toute la lumière soit faite sur cette affaire avant de renouer, sous réserve, un dialogue possible avec des grands groupes français pour le futur.
Sans oublier les intérêts des banques suisses, voire de Clearstream, qui aimeraient bien "travailler" avec tout le monde, dans un calme retrouvé, afin de préserver l’attrait des banques suisses et leur image de propreté indiscutable, ici quelque peu entachée.
D’un certain point de vue, une sorte de coalition objective existe aujourd’hui pour que la vérité sur les rétro-commissions liées aux frégates vendues à Taïwan sorte au grand jour.
Et cette vérité progresse donc.


TRES doucement même
Je dirais pour ma part que cela bouge tellement peu que j’ai l’impression que cela s’enfonce, et que cela s’enterre plutôt. 