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Friedrich Jeckeln : l’architecte nazi des massacres de Babi Yar et des tueries en Ukraine - AgoraVox le média citoyen
mercredi 7 janvier - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

Friedrich Jeckeln : l’architecte nazi des massacres de Babi Yar et des tueries en Ukraine

Kiev, 29 septembre 1941. Le ciel est gris, chargé de fumée et de poussière. Une colonne interminable de Juifs – hommes, femmes, enfants – avance sous la garde d’Allemands en uniforme et d’auxiliaires ukrainiens armés de matraques. Ils marchent vers le ravin de Babi Yar, un fossé profond de 30 mètres à la périphérie de la ville. Friedrich Jeckeln, général de la SS, observe depuis une colline voisine, manteau noir flottant au vent. Il ne crie pas d’ordres. Il n’a pas besoin. Ses subordonnés savent : rassembler, déshabiller, exécuter. Les coups de feu claquent comme un orage continu. Les corps tombent par couches, comme des sardines dans une boîte. En deux jours, 33 771 personnes sont assassinées. Jeckeln note froidement dans son rapport : "Action terminée. Pas d’incidents". Pas de noms. Juste des chiffres. C’est son style : efficace, bureaucratique, impitoyable.

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L’ascension d’un exécuteur méthodique

Friedrich Jeckeln naît en 1895 à Hornberg, dans le Bade-Wurtemberg allemand. Fils d’un fabricant de papier, il grandit dans une famille bourgeoise modeste. Pendant la Première Guerre mondiale, il sert comme officier d’artillerie, reçoit la Croix de fer pour bravoure. Après l’armistice, il rejoint les Freikorps, ces milices d’extrême droite qui écrasent les révoltes communistes en Allemagne. En 1929, il adhère au parti nazi, attiré par l’ordre et la discipline promise par Adolf Hitler. Il grimpe rapidement les échelons : SA-Sturmführer, puis SS. En 1933, il est nommé chef de la police à Brunswick. Il purge les opposants avec zèle. En 1939, il devient chef supérieur de la SS et de la police de Westphalie, puis en Russie occupée. Jeckeln n’est pas un idéologue fanatique comme Himmler. Il est un exécutant. Un organisateur. Il applique les ordres sans émotion, avec une précision presque administrative.

 

Lot - FRIEDRICH JECKELN

 

Jeckeln est l’un des rouages essentiels des Einsatzgruppen, ces unités mobiles de tuerie qui suivent la Wehrmacht pour "nettoyer" les territoires conquis de l’Est. Nommé en juin 1941 commandant de la SS et de la police en Ukraine et Lettonie, il dirige l’Einsatzgruppe C et ses sous-unités. Il recrute des auxiliaires locaux pour accélérer le travail : en Ukraine, des policiers auxiliaires ukrainiens, souvent des nationalistes ou opportunistes recrutés par les nazis, aident à rassembler et exécuter les victimes. Jeckeln les utilise sans scrupule. Il invente la "méthode sardine" : les victimes s’allongent dans les fosses, tête-bêche, pour optimiser l’espace et les balles. Pas de gaspillage. Tout est calculé. Son efficacité est telle que le Reichsführer-SS Heinrich Himmler le félicite personnellement lors d’une visite en 1941 : "Vous êtes un homme sur qui on peut compter".

 

Collections Search - United States Holocaust Memorial Museum

 

Le massacre de Babi Yar : 33 771 morts en deux jours

Le 19 septembre 1941, les Allemands entrent à Kiev. Dix jours plus tard, Jeckeln orchestre le massacre de Babi Yar. L’ordre vient d’en haut : éliminer les Juifs de la ville pour "prévenir les sabotages". Jeckeln supervise l’opération avec le Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C, dirigé par Paul Blobel. Des affiches en ukrainien ordonnent aux Juifs de se rassembler avec leurs biens. 33 771 personnes – hommes, femmes, enfants – obéissent, pensant à une déportation. Elles sont escortées vers le ravin par des SS, des policiers allemands et des auxiliaires ukrainiens. Ces derniers, recrutés localement parmi des volontaires nationalistes ou contraints, aident à battre les retardataires, à confisquer les biens, à déshabiller les victimes. Anatoli Kuznetsov, un survivant ukrainien de 12 ans, témoigne plus tard : "Les auxiliaires ukrainiens criaient et frappaient. Ils riaient quand les femmes nues essayaient de se couvrir".

 

 

Au bord du ravin, les exécutions commencent. Par groupes de dix, les victimes sont abattues d’une balle dans la nuque. Les corps tombent sur les corps. Les blessés sont achevés à coups de pelle. Jeckeln est présent le premier jour. Il observe depuis une colline, cigarette à la main, notant les progrès. Le soir du 30 septembre, le rapport est envoyé : "33 771 Juifs liquidés. Pas d’incidents". Pas de noms. Juste des chiffres. Babi Yar n’est pas un accident. C’est une usine de mort et Jeckeln en est le contremaître. Des survivants comme Dina Pronicheva, qui s’est cachée sous les corps, racontent : "J’ai senti les balles siffler. Puis les pas sur les cadavres. Ils piétinaient pour tasser la couche".

 

Babi Yar, 1941. Le massacre des Juifs de Kiev restitué dans un documentaire  exceptionnel | CNRS Le journal

 

Les autres crimes en Lettonie et en Ukraine

Jeckeln ne s’arrête pas à Babi Yar. En novembre 1941, il est nommé en Ostland (Lettonie, Estonie, Lituanie). À Rumbula, près de Riga, il organise le massacre de 25 000 Juifs du ghetto local. Même méthode : rassemblement, marche forcée, exécution en masse. Des auxiliaires lettons participent. Jeckeln supervise personnellement. À Kamianets-Podilskyï, en Ukraine, fin août 1941, il dirige l’assassinat de 23 600 Juifs hongrois et ukrainiens en une semaine. Il utilise des policiers auxiliaires ukrainiens pour boucler le périmètre et exécuter les fuyards. Son bilan total : plus de 100 000 meurtres entre juillet et décembre 1941. Il rapporte tout à Himmler avec une précision comptable. Pas de passion. Juste des chiffres.

 

Le massacre des Juifs des pays baltes | A propos de la Shoah

 

Les historiens comme Christopher Browning le confirment : Jeckeln était un maître de l’organisation. Il encourageait les auxiliaires locaux – en Ukraine, des nationalistes ou des opportunistes recrutés par les nazis – à participer pour impliquer la population dans la culpabilité collective. Ces auxiliaires ukrainiens, souvent issus de milices comme l’OUN ou de la police auxiliaire formée par les Allemands, aidaient à rassembler les victimes, à les escorter, à les dépouiller, parfois à tirer. Ils n’étaient pas tous volontaires ; certains étaient contraints. Mais leur rôle était crucial pour multiplier les exécutions. Jeckeln les utilisait sans scrupule. Son efficacité est telle que Himmler le félicite : "Votre méthode sardine est exemplaire".

 

Image illustrative de l’article Police auxiliaire ukrainienne

 

La chute et le jugement

En 1944, l’Armée rouge avance. Jeckeln fuit vers l’ouest. Capturé par les Soviétiques en janvier 1945, il est interrogé pendant des mois. Il reconnaît les faits sans émotion. Il dit : "J’ai agi selon les ordres du Führer". Il est jugé à Riga en février 1946, lors du procès des criminels nazis en Lettonie. Devant un tribunal soviétique, il détaille ses méthodes sans remords. Les témoins lettons et ukrainiens témoignent : "Il était là, il regardait les fosses se remplir". Il est condamné à mort pour crimes contre l’humanité. Le 3 février 1946, il est pendu en public sur la place centrale de Riga. Une foule immense assiste à l’exécution. Jeckeln monte sur l’échafaud sans un mot. Pas de remords. Pas de regrets. Juste un homme qui a accompli sa mission jusqu’au bout.

 

This is SS-Obergruppenführer Friedrich Jeckeln (2 February 1895 – 3  February 1946) who was responsible for war crimes in Latvia, Ukraine and  many other countries during the war and was hung in

 

Friedrich Jeckeln n’est pas le plus célèbre des nazis. Il n’a pas le charisme d’un Himmler, la folie d’un Mengele, la logistique d’un Eichmann. Il est un exécuteur méthodique, un bureaucrate du meurtre de masse. Il compte les corps comme on compte des sacs de grains. Il est l’incarnation de la banalité du mal. Et pourtant, son nom reste dans l’ombre. Parce qu’il n’a pas eu besoin de discours. Il a eu besoin d’efficacité. Et ça a suffi.

 



4 réactions


  • sylvie 7 janvier 11:25

    ah ! Friedrich ! je me demandais ce qu’il était devenu. smiley


  • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 7 janvier 13:23

    Et le présent ? disparu.........ça n’existe pas ? Que fuyons nous ?


  • juluch juluch 7 janvier 21:51

    les protagonistes de la conférence de Wannsee ont fait preuve également de cette meme méthode des chiffres et de l’efficacité.

    le film « la conférence » de 2022 le retrace fidèlement.


  • Tolzan Tolzan 8 janvier 11:30

    Le problème avec votre article est que vous donnez de nombreux détails d’une grande précision qui le rendent extrêmement crédible, frappent le lecteur, mais, en même temps, il ne comporte AUCUNE référence bibliographique. Quelques exemples évidents qui posent question :

     Pourquoi 33771 innocents exécutés à Babi Yae et non 33772 ? Qui a calculé ? Quel document l’atteste ?

    Quel document établit-il que  Paul Blobel dirigeait le Sonderkommando 4a de l’Einsatzgruppe C ? Etes-vous sûr que ce n’était pas le Sonderkommando 4aK3 ? 

    Comment savez-vous que " Friedrich Jeckeln, général de la SS, observait depuis une colline voisine, manteau noir flottant au vent ". Il y avait du vent ? Ou avez-vous trouvé tous ces détails ou est-ce le fruit de votre imagination ?

      "Ces auxiliaires ukrainiens, souvent issus de milices comme l’OUN ou de la police auxiliaire formée par les Allemands, aidaient à rassembler les victimes, à les escorter, à les dépouiller, parfois à tirer". Où sont consignées ces Informations ?

    De plus, pourquoi aucune image ne comporte-t-elle de légende ? Qu’est-ce qui prouve qu’elles sont reliées directement aux faits décrits. Par exemple :vous écrivez dans le texte "un fossé profond de 30 mètres ". Cela correspond à une hauteur 10 étages…. et n’est absolument corroboré dans les images présentées.

    Vous voyez : beaucoup de détails précis dans votre texte, mais, dès que l’on gratte un peu… on a l’impression que vous confondez littérature partisane et présentation rigoureuse de faits avérés. Et vous vous dites historien !!!!!!!!!!!!!!!!!

     


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